sam.

01

oct.

2011

La primaire socialiste vue par « L'Espoir »

En désignant un candidat à l'une des présidentielles les plus importantes de l'histoire de la cinquième république, la primaire socialiste constitue un enjeu primordial. Pour surmonter la crise majeure que nous traversons actuellement, la France a besoin d'un Clémenceau, d'un De Gaulle ou d'un Jaurès. La primaire socialiste offre-t-elle un homme de cette trempe? Nul ne le sait mais l'histoire tranchera.

En attendant, le second débat télévisé de cette primaire est l'occasion de passer au crible les idées des six candidats.

Ségolène Royal


Globalement ce second débat confirme le virage de Ségolène Royal vers l'aile gauche du parti. Elle utilise beaucoup de termes forts mais qui faute de précisions peuvent apparaître creux (« la remise en ordre de la maison France »). Elle évoque des idées intéressantes comme la réforme bancaire mais reste nébuleuse sur les moyens d'y parvenir(nationalisation? mise sous tutelle?). Sa proposition de blocage des prix mérite d'être étudiée mais elle n'indique pas qui en subira les désagréments. L'Etat? Au risque de voir se creuser le déficit.°.Les grosses firmes? Les petits producteurs qui risquent alors de se voir confrontés à un terrible effet de ciseau (coûts de production qui augmentent sans la possibilité de répercuter cette hausse sur le prix de vente). On a le même sentiment face à sa proposition de réforme fiscale (de quelle manière?) ou de retraite à 60 ans pour ceux qui ont travaillé dur et longtemps ( critères? à taux plein?).
 
Ségolène Royal veut mettre fin aux licenciements boursiers, c'est à dire interdire les licenciements par des entreprises qui font des bénéfices en bourse. Cette idée permettrait à l'Etat de réaffirmer sa puissance. Mais est-ce que les entreprises ne remplaceront pas ce système par des délocalisations ou alors est-ce que cela revient à interdire les délocalisations?.Le problème est que pour réellement fonctionner, cette solution doit s'accompagner d'un protectionnisme qui taxe les entreprises produisant à l'étranger et ne respectant pas ces règles. Faute de quoi on risque de voir les firmes voulant conquérir le marché français s'installer chez nos voisins.

Martine Aubry:

 

Le moins que l'on puisse dire est que la prestation de Martine Aubry est très décevante sur le plan des propositions où les mesures symboliques (baisse de 30% du salaire du président) côtoient des mesures floues (suppression de niches fiscales, changer l'Europe, relance de la croissance par l'investissement) ou sociétales (égalité salariale homme/femme). Pour résoudre la crise économique et sociale, elle s'oppose à de nombreuses choses (interdiction des licenciements, TVA sociale...) et n'effectue que des propositions imprécises: mesures administratives, investissement dans la recherche, compétitivité, formation des salariés, taxe à l'entrée des frontières (mais sans prononcer le terme « tabou » de protectionnisme).

A l'arrivée on a l'impression que tétanisée par la peur de prendre des risques, elle ne propose rien de réellement concret. On est alors en droit de s'interroger sur les réels changements qu'elle apporterait par rapport à la politique menée par le gouvernement actuel.

 

François Hollande:

 

La prestation de François Hollande s'inscrit dans la même veine que celle de Martine Aubry. Il fait des propositions sociétales (favoriser le travail des jeunes et des séniors) sans se concentrer sur le véritable problème sous-jacent (l'emploi).

 

Concernant le problème des dettes, le pire est à craindre avec ce candidat lorsqu'il évoque la nécessité de recapitaliser les banques en leur fixant des contreparties. Le problème est qu'il ne donne aucune précision sur la réalité de ces mesures contraignantes. On croirait entendre Nicolas Sarkozy en pleine crise des subprimes. 3 ans après on en mesure le résultat...

 

Que signifie la mise en place d'un plan de coordination économique dans l'UE? La règle d'or? Le renforcement du fond de garantie aux créanciers des Etats de l'UE en difficulté? Quel changement par rapport à la politique d'austérité actuelle qui prouve chaque jour son inefficacité?

 

Sa proposition de renforcer le coût du licenciement peut être une bonne solution lorsqu'on s'adresse à des multinationales réalisant des bénéfices gigantesques mais elle est sans doute moins judicieuse pour des plus petites entreprises qui hésiteront à embaucher.

 

Pour sortir de la crise, il propose d'investir dans l'innovation et d'avoir une stratégie industrielle réelle. Ces idées sont louables mais il ne répond pas à la question clé qui est de savoir comment établir une stratégie industrielle? Investir dans l'innovation est nécessaire mais ce ne sera pas suffisant pour affronter la concurrence de pays à bas coût qui parviennent rapidement à obtenir des transferts de technologie.

 

Il montre son accord avec l'idée de mise en place d'une TVA sociale, défendue par Manuel Valls. Cette idée peut être efficace s'il s'agit de taxer la production de biens ayant des effets nocifs sur l'environnement mais il faut alors savoir l'assumer comme du protectionnisme, ce que François Hollande se refuse à faire.

En revanche s'il s'agit d'un transfert de cotisations sociales, il faut être attentif aux effets nocifs qui pourraient réduire le pouvoir d'achat des consommateurs en faveur d'une augmentation des profits de certaines entreprises.

Arnaud Montebourg

 

Arnaud Montebourg apparaît comme le candidat le plus à même d'offrir une réelle alternative à la politique actuelle de l'UMP.

Sa proposition de mise sous tutelle des banques a le mérite de s'attaquer frontalement à l'un des problèmes majeurs de la crise actuelle qu'est la financiarisation de l'économie. Il reconnaît l'importance cruciale des banques dans un rôle de collecte de l'épargne et de financement de l'économie. Il propose donc, avec la mise sous tutelle des banques, un système permettant de revenir à ce fonctionnement « sain » de l'économie, sans recourir à des nationalisations beaucoup trop coûteuses pour les finances actuelles de l'Etat. L'idée est ingénieuse pour limiter la spéculation et les fuites de capitaux vers les paradis fiscaux. Pour que la réforme marche complètement, il serait important de mettre sous tutelle toute banque souhaitant exercer une quelconque activité en France.

 

Afin de réindustrialiser la France, Arnaud Montebourg propose de mettre en place un protectionnisme (le mot est utilisé et assumé par le président du conseil général de Saône-et-Loire) afin de mettre fin aux pratiques de dumping social et environnemental. La proposition est ingénieuse puisqu'elle renverse la logique néo-libérale en contraignant les firmes à respecter les normes environnementales et sociales de l'UE pour pouvoir accéder à son marché. Ainsi on met fin à un cercle vicieux qui met en concurrence les salariés et les politiques environnementales du monde entier.

La critique majeure que l'on puisse émettre est qu'il parait peu probable de convaincre nos partenaires européens de mettre ce type de politique en place. Il faudrait alors qu'Arnaud Montebourg ait le courage d'assumer un protectionnisme français.

 

Son refus de la TVA sociale pour maintenir le pouvoir d'achat des français est louable mais il n'indique pas comment il souhaite résoudre le problème structurel du déficit de la sécurité sociale même si une réindustrialisation de la France permettrait d'y parvenir.

Jean-Michel Baylet

 

Jean-Michel Baylet apparaît décevant par rapport à sa position d'outsider puisqu'il se maintient dans l'idéologie de la pensée unique néo-libérale comme si la crise n'existait pas.

 

Sa proposition de doter l'Europe d'une zone de gouvernance commune fait froid dans le dos. Nous avons déjà exprimé sur ce blog nos réserves quant aux systèmes existants de gouvernance qui sont bien souvent opaques et qui privent les citoyens d'une véritable démocratie. On ne sent pas dans ses propos de véritable envie de réformer le système de l'UE mais bien de s'y engager encore plus alors qu'il démontre chaque jour ses limites (l'euro en est l'exemple le plus flagrant).

Le président du PRG s'oppose à la proposition de Ségolène Royal sur les licenciements boursiers en arguant qu'il ne faut pas revenir aux années 60. Nous serions tentés de lui répondre pourquoi tant cette décennie est l'exemple typique d'une période économique florissante. Ses propos ne sont pas argumentés. Il ne faut pas revenir au passé car c'est mal. Tournons nous vers l'UE car c'est l'avenir. Point barre. Les délocalisations, la désindustrialisation, la montée du chômage et des inégalités? Ce sont des sacrifices que l'on doit endurer pour construire l'UE. L'UE pour l'UE. L'UE au delà de tout.

Il s'oppose également à la TVA sociale, lui préférant un changement (lequel?) concernant les charges sociales. Enfin il s'engage à un effectuer un rappel aux banques concernant leurs devoirs par rapport aux entreprises. Baudoin Prot, Frédéric Oudéa et compagnie doivent trembler dans leur fauteuil...

Manuel Valls

 

Manuel Valls joue plutôt bien son rôle d'outsider. Il présente l'avantage d'être cohérent avec lui-même et d'assumer ses idées, même si l'on peut regretter son manque d'imagination face à une situation nouvelle.

 

Ses propositions visant à rééquilibrer les pouvoirs entre président, 1er Ministre et parlement sont intéressantes même s'il n'indique pas les réformes à prendre pour y parvenir. Dans la même veine, sa volonté de préserver la liberté de la justice en conservant le juge d'instruction est une position forte.

 

En revanche, la création d'un ministère spécifique pour la production industrielle ressemble nettement plus à un effet d'annonce (semblable au ministère de l'immigration et de l'identité nationale) qu'à une mesure phare permettant de réindustrialiser notre pays.

 

Afin de contribuer à la lutte contre le déficit, il propose de mettre en place une TVA sociale en augmentant la TVA actuelle d'un point de base. Cela peut être effectivement une bonne solution mais à condition de l'accompagner par d'autres mesures pour ne pas faire porter l'ensemble de l'effort sur la consommation.

 

Il s'oppose également à la proposition d'Arnaud Montebourg sur le protectionnisme environnemental en arguant que ces mesures sont inapplicables. Pourquoi? Manuel Valls appartient à une génération d'hommes politiques qui ne croit plus en la supériorité du pouvoir politique sur le pouvoir financier. Il faut bien être conscient que si le pouvoir économique, à l'image des firmes multinationales, a pris un tel poids c'est en raison de choix politiques sur lesquels nous pouvons revenir1. La France peut prendre ces mesures comme le Brésil l'a fait et il est inquiétant que Manuel Valls n'en soit pas convaincu.

 


Bilan:

 

Les idées nouvelles proviennent de Manuel Valls, de Ségolène Royal et surtout d'Arnaud Montebourg, qui est le seul véritable candidat de transformation. Le problème est qu'ils n'ont que peu de chance d'accéder au second tour et que l'on risque de se retrouver avec deux candidats dont on ignore les idées. Il semble néanmoins qu'ils s'inscrivent dans la lignée de la social démocratie et donc du néo-libéralisme ce qui est triste pour l'avenir de notre pays. Mais tant que les primaires n'ont pas eu lieu, il nous reste de l'espoir. Et l'espoir, c'est la vie...

 

 

Theux

 

 

1« La grande régression », Jacques Généreux

 

 

 

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Commentaires : 3
  • #1

    mourad (mercredi, 16 mai 2012 13:25)

    Et ainsi commença l'air Hollande, dénigré par ses futurs ministres.
    LA fraise des bois allait en cueillir plus d'un!

  • #2

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