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11

oct.

2011

Nos idées et nos rêves

Vladimir Kush
Vladimir Kush

29 mai 2005. 9 octobre 2011. Plus de 6 ans. Cela faisait plus de 6 ans que les tenants du « non » attendaient de voir leurs idées être reconnues. On ne parle pas de mise en œuvre, mais bien de prise en compte. La troisième place d'Arnaud Montebourg et son score de plus de 17% aux primaires socialistes est un coup de tonnerre dans un monde politique aseptisé n'en finissant plus d'appliquer des recettes identiques, inefficaces et sans audace.

Paul Gauguin
Paul Gauguin

Cette soirée du 9 octobre avait quelque chose d'irréel. Entendre Olivier Mazerolle, Ruth Elkrief et Alain Marschall débattre de protectionnisme, de démondialisation ou de mise sous tutelle des banques est la preuve que la lutte contre le néo-libéralisme progresse. Il y a encore un an, toute personne ayant l'outrecuidance de prononcer ces mots n'aurait reçu que railleries, ignorance ou mépris. Pour les arguments il fallait repasser. Pour contrer le protectionnisme, Elie Cohen évoquait « le jeu à somme négative qui conduit à l'inefficacité économique et au discrédit politique »1. Pour discréditer la démondialisation le Monde2, le Figaro34 ou Libération5 avançaient l'idée que la France devait regarder vers l'avant pour se frotter à la concurrence internationale. Les français ne devaient pas avoir peur de cette mondialisation qui allait apporter à chacun de nous joie et bonheur. Les plans de licenciement, la désindustrialisation, le chômage de masse, l'affaiblissement de la protection sociale, la détérioration des conditions de travail devaient être des contraintes à accepter. Mais dans quel but? L'objectif d'un pays ne doit-il pas être de faire progresser les conditions de vie de ses habitants?

 

Claude Monet
Claude Monet

Le grand mérite d'Arnaud Montebourg est d'avoir porté ces idées sans relâche et sans compromis. Dès la publication de son livre (« Des idées et des rêves »), il a dénoncé l'injustice du capitalisme néo-libéral, la financiarisation de notre économie, les effets pervers de la concurrence internationale, l'absurdité du gaspillage de la société de consommation dans un monde aux ressources limitées, le cercle vicieux des politiques d'austérité et les dérives de l'UE.

 

Sa troisième place est à la fois la naissance d'un formidable espoir et la mort d'un superbe projet. Nicolas Dupont-Aignant ne s'y est pas trompé en déclarant sur Europe 1: « Avec l'élimination d'Arnaud Montebourg, le PS entérine un projet mondialiste et social-libéral sans surprise ». Il ajoute que « ce projet ne permettra pas au PS de regagner la confiance des classes moyennes et populaires qui ont bien compris l'arnaque de la mondialisation libérale. Les promesses des leaders socialistes seront vaines car ils renoncent à toute marge de manœuvre nationale »6. L'analyse du président de « Debout la République » est particulièrement pertinente même s'il va un peu vite en besogne. En effet, il anticipe les tractations entre le président du conseil général de Saône et Loire et les deux candidats qualifiés pour le second tour.

 

Arnaud Montebourg est face à deux alternatives. Soit il garde son indépendance en refusant de choisir entre un « blanc bonnet » et un « bonnet blanc » soit il apporte son soutien à l'un des deux candidats. S'il choisit cette seconde possibilité, la question cruciale est de déterminer ce qu'il obtiendra en contrepartie. Il peut jouer sa carrière personnelle et négocier une place de premier Ministre en sacrifiant ses idées. Son destin politique brûlera alors aussi vite qu'un arbre creux desséché. Il peut également obtenir des avancées majeures de la part de Martine Aubry ou de François Hollande, mais il sera alors essentiel de s'assurer de la sincérité d'un tel revirement.

 

Pour l'instant Arnaud Montebourg s'est montré habile puisqu'il contraint les candidats du second tour à s'approprier ses idées pour obtenir son soutien7. Dans la pratique ni la maire de Lille ni celui de Tulle n'ont souhaité faire de réelles concessions. La première a indiqué « je ne défends que ce à quoi je crois, et donc je ne changerai pas »8. C'était déjà mauvais signe mais le pire était à venir lorsqu'elle a tenté de nous convaincre que ses idées étaient proches de celle du nivernais. A sa mise sous tutelle des banques, elle répond qu'il faut mettre au pied les établissements financiers. A la VI ème république, qu'il faut une grande réforme constitutionnelle. Au protectionnisme, elle propose le juste échange. La différence entre M. Montebourg et Mme Aubry est que lorsque le premier évoque des mesures courageuses et concrètes, la seconde utilise des termes creux, nébuleux et imprécis. Que signifie le juste échange? Assurer des échanges commerciaux qui soient respectueux des normes environnementales et sociales. Mais comment contraindre la Chine, l'Inde ou les Etats-Unis à renoncer à leur développement économique pour favoriser le notre? Passer par une gouvernance mondiale ne fonctionne pas comme peuvent en témoigner les trois décennies passées. Il faut donc innover, trouver des solutions pour inverser la logique néo-libérale. Arnaud Montebourg livre cette proposition sur un plateau. Elle a pour nom le protectionnisme. Quelle est la réaction de Madame Aubry? « Je n'aime pas ce mot. Si on ferme les frontières, la moitié des Français qui travaillent pour l'exportation, leurs produits ne sortiront plus » répond la première secrétaire du PS. Les délocalisations, la désindustrialisation ou la balance extérieure déficitaire de notre pays cela n'a aucun poids dans l'esprit de Madame Aubry, qui reste accrochée à une idéologie qui veut que le libre-échange apporte la prospérité. S'est-elle seulement posée la question de ce que le protectionnisme peut apporter en terme d'emplois en incitant les entreprises à produire en France?

 

 

Vincent Van Gogh
Vincent Van Gogh

Martine Aubry ne semblant pas capable d'infléchir son programme, les regards se portent vers François Hollande. Le député corrézien a affirmé « Moi, j'entends les préoccupations des électeurs d'Arnaud Montebourg. D'abord ils ont voulu dire quelque chose sur la régulation insuffisante de la mondialisation, sur la place de la finance, sur un certain nombre de dérives dans la République. J'entends déjà ça »9. La prise en compte est déjà intéressante, reste la mise en œuvre. C'est à ce moment-là que le temps se gâte. Lorsqu'on évoque la mise sous tutelle des banques, il répond « Pas toutes les banques, on ne va pas mettre toutes les banques sous tutelle, mais celles qui demandent la participation de l'Etat doivent être sous contrôle partiel de l'Etat ». Cette proposition est un remix du célèbre « mutualiser les pertes et privatiser les profits », c'est à dire que l'Etat entrera dans le capital des banques en difficulté et revendra ses parts lorsque la situation sera rétablie sans que le système financier ne change. François Hollande conclura « Je dois non pas changer de ligne, non pas faire une espèce de virevolte, non pas essayer de séduire, ça mérite mieux, la primaire et l'élection présidentielle. Je dois donner une cohérence aux Français ». En d'autres termes, rester cohérent en étant fidèle à la social-démocratie. Vous avez dit « blanc bonnet » et « bonnet blanc »?

 

Confronté à une telle situation, il semble que la meilleure option pour Arnaud Montebourg soit de ne pas exprimer de préférence. Se ranger derrière un candidat aussi éloigné de ses convictions, lui ferait perdre toute sa crédibilité. A l'inverse, rester en retrait lui permet de garder une image intacte. L'accession au pouvoir d'un candidat (PS ou UMP) menant une politique néo-libérale renforcera la crise et apportera encore plus de crédit à ses idées. Dans le meilleur des cas, il restera une option pour un président socialiste souhaitant changer de premier ministre sous la pression de la crise financière. Dans le pire des cas, 2017 s'offre à lui. Il est triste de penser qu'il faudra attendre cette échéance pour sortir réellement de nos difficultés économiques mais telle est est la démocratie. En attendant, des candidats comme Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignant ou Jean-Pierre Chevènement vont reprendre le flambeau et ils ne seront pas de trop. Nous serons également là pour défendre nos idées à travers ce blog et lorsque l'on entend la dernière sortie de Jean-François Copé (« lidéologie d’Arnaud Montebourg, la démondialisation, décréter que la France sera une île, fermer les frontières, je ne connais qu’une seule personne qui est proche de ces idées, c’est Marine Le Pen. Il y a une proximité idéologique troublante »10), on se dit qu'il reste encore du travail...

 

Theux

 

 

Les articles pour continuer :

 

  1. La Primaire socialiste vue par l'Espoir
  2. La Gauche pour de bon...
  3. La partage de la valeur ajoutée
  4. Dieu est-il keynésien?

 

 

 

Références:

1http://etoile.touteleurope.eu/index.php/post/2009/02/13/Protectionnisme-%3A-le-mot-qui-fache

2http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/29/absurde-demondialisation_1542434_3232.html

3http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2011/07/01/10001-20110701ARTFIG00658-les-faux-semblants-de-la-demondialisation.php

4http://prod5.figaro.net/politique/2011/07/02/01002-20110702ARTFIG00388-au-cambodge-fillon-cible-les-tenants-de-la-demondialisation.php

5http://www.marianne2.fr/Pour-Demorand-la-demondialisation-releve-du-crypto-lepenisme_a204757.html

 

6http://www.europe1.fr/Politique/Dupont-Aignan-drague-les-pro-Montebourg-759581/

7http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/primaire-socialiste/20111011.OBS2236/primaire-ps-la-lettre-de-montebourg-a-aubry-et-hollande.html

8http://www.lexpress.fr/actualites/2/actualite/aubry-ne-changera-pas-pour-montebourg-mais-se-dit-sur-sa-ligne_1039102.html

9http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/francois-hollande-entend-les-preoccupations-des-electeurs-de-montebourg_1039043.html?actu=1

10http://www.planetecampus.com/actu/39865-jean-francois-cope-arnaud-montebourg-et-marine-le-pen-meme-combat

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Commentaires : 2
  • #1

    Lamnège (vendredi, 14 octobre 2011 15:34)

    L'unanimisme médiatique est effarant en effet. Reste à présent à envisager la transition vers une économie relocalisée et définanciarisée. Comment mettre en place un protectionnisme (national? européen?)qui à court terme au moins ne créera ni choc inflationniste, ni choc de financement du crédit (pour l'état, les ménages et les entreprises). Et puis, quelle politique face au remboursement de la dette? Quelles rétorsions internationales pour nos entreprises transnationales? Est ce une menace fondée ou un épouvantail?
    Nous devons penser cela.

    Cordialement

  • #2

    Le Souverain (vendredi, 21 octobre 2011 20:27)

    En écoutant attentivement Pascale Fourier interviewer Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir et Frédéric Lordon entre autres, certaines de questions posées par Lamnège trouvent réponses.
    A mettre entre toutes les mains.
    http://www.jaidulouperunepisode.org/Interviews.htm

    A+
    Jo