ven.

14

oct.

2011

Qu'est-ce qu'une banque?

Les établissements bancaires tels Société générale, Crédit Agricole ou encore BNP Paribas ont été assez malmenés ces dernières semaines, mais qu’est ce qu’une banque ? Le mot « banque » est dans le vocabulaire de tous mais que représente-t-il pour chacun d’entre nous ?

Voici la définition que l’on trouve dans le Larousse :

Banque, nf : Établissement financier qui, recevant des fonds du public, les emploie pour effectuer des opérations de crédit et des opérations financières, et est chargé de l'offre et de la gestion des moyens de paiement.

Camille Pissarro
Camille Pissarro

Je ne sais pas ce que cela évoque pour vous mais personnellement je suis surpris. Décortiquons cette définition.

Les banques recevraient des fonds du public afin de réaliser leur activité de prêt et de placement. Il est vrai qu’en 2008 l’Etat (via la Société de Financement de l’Economie Française) leur a fait un prêt de 10,5 milliards d’euros et qu’il a mis en place une garantie de 320 milliards d’euros. Le 1er prêt avait pour but de renforcer leurs fonds propres, le second permettait aux banques de leur garantir les liquidités suffisantes nécessaires à la continuité de leur activité de crédit. En contrepartie, elles devaient augmenter le volume des encours de crédit de 3 à 4%. L’Etat est alors devenu un actionnaire important du secteur bancaire, il détenait 5,7 % du groupe Dexia, 15,19 % du capital de la BNP Paribas et 7,2 % de la Société générale en actions de préférence. L’Etat et les banques ont largement communiqué sur le fait qu’il s’agissait bien d’un emprunt à un taux d’au minimum 8%. A priori une aubaine pour l’Etat, qui gagnerait sur 2 tableaux : le taux d’intérêt et la plus-value potentielle des actions. Sauf que les banques se sont empressées de rembourser l’emprunt et donc de racheter leurs actions au prix d'émission, le cours des actions ayant largement progressé, elles ont réalisé une petite plus-value. Ce remboursement anticipé les a dégagées de leur obligation. De plus, cette opération a même coûté indirectement à l’Etat, car si « […] la SFEF est considérée non seulement par Eurostat mais également par les marchés comme une dette publique, elle alourdit le montant de celle-ci et contribue donc à alourdir la prime de risque payée par l’Etat lorsqu’il se refinance ». Nous nous éloignons un peu de notre définition mais ce passage oublié de la crise est intéressant. Finalement les établissements financiers effectuent bien des opérations financières avec les fonds du public sauf que ce n’est pas le concitoyen qui en profite. De surcroît si vous demandez à votre banquier de rembourser votre prêt par anticipation, n’allez vous pas payer des pénalités ? Vous savez les 3% du capital restant dû ou les 6 mois d’intérêt…

 

Pablo Picasso
Pablo Picasso

 est chargé de l’offre et de la gestion des moyens de paiement

 

 

Cette seconde partie de la définition reflète la réalité. Si quelqu’un d’entre vous a déjà ouvert un compte sans qu’on lui propose de moyens de paiement je veux bien manger mon chéquier ! Et lisons bien LES moyens de paiement, entre toutes les gammes de carte bancaire, les cartes désormais personnalisables, les types de virements...nous ne manquons pas de moyens de paiement. N’oublions pas le petit nouveau qui pointe son nez : le paiement via Smartphone ! Bientôt peut être nos enfants paieront avec leur console de jeux qui sait. Nos banques gèrent tellement bien nos moyens de paiement qu’elles ne pouvaient s’empêcher de commercialiser des téléphones portables, c'est désormais un moyens de paiement c’est donc légitime ! Et puis si l’on vend un Smartphone autant vendre le forfait qui va avec. Ainsi le Crédit Mutuel propose toute une gamme de forfait, le groupe Crédit agricole nous fait l’apologie de Kwixo chez les nudistes et BNP Paribas développe sont partenariat avec Orange. Combien rapporte et rapportera ce nouveau filon exploité par nos banques ? Le Crédit Mutuel et sa filiale le CIC ont été les premiers à se lancer il y a 4 ans. Cette banque détient d’ailleurs 90% du capital d’NRJ Mobil (les 10% restants appartiennent à NRJ group). En 2010, NRJ Mobil a réalisé un chiffre d’affaire de 320 millions en progression de 70%, une manne en période de crise ! Nous imaginons déjà les futures communications marketing pour le lancement des offres dans les autres banques (ex : BNP Paribas démarre en novembre) orientant le discours sur la satisfaction du client qui serait dans l’attente de ce genre de produits, efforçons nous de nous intéresser aux millions que vont rapporter ces nouveaux forfaits téléphoniques et à la légitimité de ces offres.

 

 

Maintenant que nous sommes lancés sur les dérives du monde bancaire dans la course aux produits annexes à forte marge, il nous reste un point à aborder…les assurances ! J’ai des difficultés à faire un lien avec la définition première de la banque. D’où, probablement, l’appellation récente de nos établissements financiers de banque ET assurance, un mot de plus et le problème est réglé. Ah si nos banques pouvaient solutionner la crise si rapidement que ce jeu sémantique. Il est certain que nous avions l’habitude de souscrire une assurance afin de garantir notre crédit immobilier au titre du décès ou de l’invalidité des emprunteurs. Aurons-nous l’habitude d’assurer la maison que nous finançons en plus ? Après tout il s’agit d’un nouveau package. Après le forfait de compte comprenant la carte, le chéquier, les virements, l’assurance des moyens de paiement, l’assurance pour rembourser le serrurier (si si vérifiez dans votre contrat de 20 pages), l’assurance des billets d’avions, le chèque de banque…voilà le package immobilier !

 

Ernst Kirchner
Ernst Kirchner

Laissez moi vous compter une histoire : Il était une fois un jeune couple qui, comme tout jeune couple de son âge souhaitait acquérir une maison, il se rendit naturellement dans un établissement bancaire que lui avait conseillé un prescripteur immobilier. Cette banque était celle qui proposait le meilleur taux, le prescripteur ayant oublié de lui préciser, par pure inadvertance, que cette même banque lui versait une commission sur chaque prospect envoyé et que les banques ne comptent sûrement pas sur la marge d’un crédit immobilier pour faire leur résultat. Au mieux cette marge sera de 0,10%, d’autant que notre couple bénéficiera d’une offre « prescripteur ». Voilà notre couple assis dans le bureau de leur futur conseiller bancaire le stylo à la main prêt à signer le taux du siècle ! Après avoir réglé les formalités administratives (copie des pièces d’identité et justificatif de domicile) nous voilà prêt à assister à l’ouverture du compte, un grand moment de bonheur tel la naissance d’un rêve réalisable, nos protagonistes se disent alors : « nous allons devenir propriétaire ! » Cela commence par la signature du package lié au compte (que nous avons tenté de décrire ci-dessus), bien évidemment étant donné que le couple représente 2 futurs clients 6 mois sont offerts, chacun pourra toujours résilier. Notre conseiller a les mots pour les rassurer. Ce projet de maison est arrivé suite à la naissance d’un petit, et oui notre couple a la trentaine, l’âge d’avoir des enfants. Justement il s’avère que leur nouveau conseiller à une offre pour les nouvelles naissances la banque vous offre généreusement disons 15€ si, bien entendu, vous ouvrez un livret à votre enfant. Le couple ouvre donc un compte au petit avec un livret et puis comme l’avenir sera difficile pour lui autant commencer à lui donner un peu d’agent mettons en place une alimentation automatique sur ce livret ! Enfin arrive le moment du crédit immobilier (je passe certaines étapes car au premier rendez vous il manque probablement quelques pièces nécessaires au dossier). Notre couple a des revenus en phase avec son crédit il ne dépasse pas le seuil fatidique des 33% d’endettement, la banque lui accorde le crédit. Le conseiller fronce alors les sourcils, prend un air grave : « Madame dans qu’elle situation seriez-vous aujourd’hui avec ce crédit immobilier sur le dos si monsieur avait eu un accident hier ?! » Le couple regarde alors le conseiller : « pardon ?» Notre conseiller bancaire est en train de préparer le terrain afin de placer quelques assurances. Le crédit immobilier est à la banque ce que la tête de gondole est à la grande surface : un produit d’appel. Pour le moment, notre couple a ouvert 4 comptes (un compte joint, 2 comptes individuels et un livret pour son enfant) a souscrit un prêt immobilier et probablement les assurances qui vont avec. Comme le couple est très amoureux et qu’il est encore attendri par la naissance de leur premier enfant il répond : « Que pouvons nous faire ?!» bien entendu le conseiller bancaire ne peut éviter la mort mais il peut vous garantir un capital si vous décédez. Notre couple souscrit alors à une protection du foyer. La probabilité que le couple décède est forcément très faible voilà un produit qui va développer le résultat de banque de manière substantielle. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin le conseiller propose alors sa gamme de mutuelles, fait une simulation pour les assurances autos et comme l’avenir économique est incertain (à cause de qui ?) il leur propose une assurance pour la perte d’emploi. Le couple étant jeune il leur expose aussi les nouveaux forfaits Smartphone et l’assurance pour mobile, nous vivons dans un monde ou l’insécurité règne protégeons nous ! Finalement le couple souscrira à quelques assurances, les offres croisées entre les contrats verrouillant le tout et donnant l’impression au couple de faire une bonne affaire. Moralité de l’histoire : Avant de signer un contrat prenez le temps de la réflexion et ne rentrez pas sur le terrain des sentiments avec votre conseiller, il est un commercial comme un autre.

 

Vincent Van Gogh
Vincent Van Gogh

 

 Voilà un triste tableau du monde bancaire, je pense même qu’il ne s’agit que d’une esquisse. Nous sommes malheureusement dépendants les gouvernements d’aujourd’hui ne sont plus les Etats mais les financiers, la crise financière en étant la plus sombre preuve. Certains penseny peut être encore que les banques aident au développement de notre économie et contribuent à notre bien être en nous offrant tout une gamme de produits, en nous permettant l’accès à la propriété mais cette façade n’est qu’un moyen conduisant à des résultats indécents. Les Etats vont-ils continuer à laisser croître des monstres financiers qui absorbent désormais des secteurs très loin de leur activité de base pour ensuite leur venir en aide lorsqu’ils sont en difficultés ? Une nationalisation des banques avec un retour à leur activité première n’est elle pas la solution ?

 

 

Persicaire

 

 

Bibliographie :

 

Philippe Séguin Premier président, Présentation du rapport sur les banques, Conférence de presse - 30 juin 2009

 

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/banque/7863

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/garantir-le-systeme-bancaire

Écrire commentaire

Commentaires : 3
  • #1

    Schumpeter_junior (dimanche, 20 novembre 2011 10:49)

    Bonjour, j'ai lu avec attention votre post et j'ai quelques remarques et précisions à faire:
    1- La banque reçoit des fonds du public: Quelle méprise de confondre le Public incarné par l'Etat du public qui recoupe l'ensemble des agents de la société. Aucune définition de la banque ne pose que les banques reçoivent des fonds de l'Etat. Néanmoins j'imagine (et j'espère) que cette confusion était présente uniquement pour critiquer l'aide de l'Etat au système bancaire.
    2- La confusion entre les services bancaires et d'assurance provient du mouvement des années 80-90 de bancassurance. L'idée fut d'ouvrir les deux marchés. Je suis assez d'accord pour dire que cela a enfanté de nombreuses dérives dans la gestion des banques.
    3- La gestion des moyens de paiements est un service public fournit par les banques. Bien sur, il est facile de critiquer la faculté des banques à utiliser le système pour offrir de nouveaux produits/services à fortes marges. Il convient de ne pas oublier que l'utilisation du "mobile banking" est sans doute l'une des innovations les plus importantes pour le développement des pays d'Afrique. Comme quoi, une innovation n'est pas forcément mauvaise sui generis.
    4- Enfin, votre argumentaire ignore le fondement même de la banque. Les banques servent à capter l'épargne pour la prêter aux agents en ayant besoin (qui sotn désolé pour l'exemple en grande majorité les entreprises). Sans banque, un système économique ne pourrait exister et croître.
    A mon avis, le problème n'est pas la banque en soi; il s'agit davantage des dérives issues d'une réglementation imparfaite. Les banquiers ont juste utiliser ces zones noires pour développer de nouveaux secteurs fortement rémunérateurs.

  • #2

    Persicaire (lundi, 21 novembre 2011 19:55)

    je vous remercie d'avoir lu cet article.
    1- il ne s'agit pas d'une confusion, en effet je tenais à souligner le passage de l'intervention de l'Etat dans le système bancaire et finalement, l'Etat n'est il pas un prolongement de l'ensemble des agents de notre société...
    3-je suis assez étonné du terme "service public" les cotisations pour la gestion de ces moyens de paiement permettent de générer un bénéfice direct ou indirect ( ex du paiement échelonné à des taux supérieurs à 10% intégré aux cartes de certains établissements, rappelons que cette option se déclenche automatiquement à partir d'un montant déterminé). Je ne suis pas du tout opposé à l'innovation quand celle ci permet à chacun d'y trouver son compte. il est certain que le "mobile banking" a permis l'accès, en Afrique subsaharienne, au service financier de base dans une zone "sous bancarisée". J'aimerai que le développement du micro crédit suive la même dynamique.
    4- si j'oublie le fondement même de la banque, espèrons que la banque elle même ne l'oubliera pas. Certaines pratiques tendent à s'en distancer comme vous l'avez vous même remarqué au point 2 et 3. je ne critique pas l'existance des banques mais les dérives.je souhaite mettre en exergue la nécessité d'un encadrement qui recentrerai les banques sur leurs fondementaux (service public, développement de l'économie par l'offre de crédit, transparence...). je pense que les clients et les employés de la banque ne s'en sentirons que mieux.

  • #3

    buytadalafilonline (mardi, 06 novembre 2012 08:24)

    I intended to draft you this bit of remark in order to say thank you once again for the pretty guidelines you've documented here. It is quite strangely open-handed of you to present unhampered precisely what a lot of people could have made available as an electronic book to generate some cash for themselves, and in particular now that you could have tried it if you decided. Those good tips likewise served as a good way to recognize that some people have a similar dream the same as my personal own to understand a whole lot more concerning this condition. I am sure there are lots of more fun periods ahead for many who take a look at your website.