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05

nov.

2011

Référendum Grec: le chant du cygne de l 'euro

Le premier ministre grec, Georges Papandreou , a créé la sensation en annonçant, lundi soir, son intention de soumettre à référendum l'effacement d'une partie de la dette du pays en contrepartie d'une nouvelle cure d'austérité.

Après avoir conduit pendant des mois une politique contraire aux intérêts de son peuple, malgré des manifestations multiples et de plus en plus violentes1, dans l'unique but de satisfaire l'UE, le FMI et les marchés financiers, M. Papandréou est revenu sur terre.

Paul Klee
Paul Klee

On ne peut pas s'obstiner éternellement à foncer dans un mur et même les moins lucides finissent par s'en apercevoir. La baisse des traitements des fonctionnaires grecs de plus de 10% combinée à un gel de ces rémunérations pour une durée minimale de 3 ans, l'affaiblissement de la protection des travailleurs au sein de la procédure de licenciement, l'allongement de la durée de cotisation à la retraite, la hausse de la TVA, la baisse des pensions de retraite, la création d'un salaire minimum inférieur au seuil légal pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, toutes ces mesures2 ont saigné le peuple grec. Dans quel but? Faire en sorte que la vie des grecs s'améliore? La réponse est bien évidemment négative.

L'objectif de ces sommets européens quasi quotidiens n'est pas de sauver la Grèce mais ses créanciers. La condition des descendants de Socrate importe peu. L'essentiel est ailleurs. Il s'agit de sauver les marchés financiers, le système en place qu'est le néo-libéralisme. Il faut préserver les intérêts des classes possédantes, préserver l'hyper-rentabilité de leurs investissements.

Georges Papandreou
Georges Papandreou

Les mesures appliquées à la Grèce sont inefficaces? Peu importe on persévère dans nos erreurs. Les fonds apportés par l'UE ne suffisent plus? On fait appel au Japon, à la Chine ou au Brésil3. En face se trouve Georges Papandréou, un social libéral membre du mouvement socialiste panhellénique et président de l'internationale socialiste depuis 2006. A y regarder de plus près l'homme est en réalité un pur produit de l'idéologie néo-libérale anglo-saxonne4. Né aux Etats-Unis à Saint-Paul, il effectue sa scolarité au Canada puis aux Etats-Unis avant de passer par les Universités de Stockholm, Londres (London School of Economics) et de Harvard. Les demandes du FMI et de l'UE lui paraissent légitimes. Loin de s'y opposer, il applique à la lettre les mesures demandées.

Oui mais voilà, on ne peut pas aller contre les faits. Et les faits donnent tort à cette politique de fuite en avant perpétuelle. Loin de réduire la dette, la politique d'austérité de M. Papandréou l'accroît. Ainsi elle est passée de 129,3%5 du PIB en 2009 à 144,9%6 en 2010 et 165%7 au 21/10/2011, malgré les mesures d'austérité débutées au milieu de l'année 2010. Face à une telle réalité, le Premier ministre grec a enfin eu un éclair de lucidité. En démocratie, face à des évènements d'une importance vitale pour le pays, il faut faire appel au peuple, qui seul est habilité à prendre en main sa destinée. Le 4 octobre 2009, lorsqu'ils ont porté le PASOK et son leader M.Papandréou au pouvoir, les grecs n'ont pas voté pour des plans d'austérité. La crise de la dette n'était pas à l'ordre du jour et l'épouvantail se nommait alors « subprime ». Il est donc parfaitement légitime de le consulter sur des questions cruciales qu'il n'a jamais tranchées. M.Papandréou l'a fait, avec plus d'un an de retard certes, mais il l'a fait.

 

Henri Matisse
Henri Matisse

La suite est malheureusement moins rose. Face au seul éclair de lucidité de M. Papandréou, les grandes puissances du G20 se sont révoltées, avec à leur tête Mme Merkel et M. Sarkozy. Ces actions n'honorent pas la France et l'Allemagne. Il s'agit bel et bien d'un droit d'ingérence8 indu que s'octroient les deux premières puissances de la zone euro. Car comment pourrait-on qualifier autrement les réactions et les moyens de pression insidieux utilisés par le couple franco-allemand pour faire reculer le premier ministre grec sur la question du référendum? Il l'ont accusé de ne pas les avoir prévenus de son projet de consultation du peuple grec. Et alors ? Depuis quand les pays membres de l'Union Européenne décident-ils du mode d'acceptation des réformes prises par leurs voisins?

Il est vrai que ces derniers temps, Bruxelles s'est habitué à passer au dessus des lois. Le traité de Lisbonne a été adopté. La France, les Pays-Bas et l'Irlande l'ont refusé mais il a été adopté. Il a suffit de faire voter les parlements français et néerlandais à la place des peuples qui ne comprennent rien et de soumettre une seconde fois le texte au peuple irlandais qui n'avait pas réalisé qu'il fallait voter oui. Un peu comme si on avait procédé à un second référendum sur Maaastricht (mais là le peuple avait voté comme il fallait) ou si De Gaulle, au lieu de démissioner suite au référendum du 27 avril 1969 (réforme du Sénat et régionalisation), avait décidé de faire passer sa réforme par le parlement. Nos dirigeants actuels ne sont pas de la trempe d'un De Gaulle. Toute la différence est là.

Mais les dirigeants des pays de l'UE ont-il conscience du niveau de soutien (ou de rejet c'est selon) dont bénéficie M. Papandréou dans son pays? Comme l'indique Jean-Luc Mélenchon sur son blog, le premier ministre grec a dû faire face « à douze grèves générales ». Que reste-t-il comme crédibilité à un homme ayant affronté 12 grèves générales? N'est-ce pas la preuve que son peuple ne croit plus en lui? A-t-il d'autres choix que redonner la main à son peuple?

Camille Pissarro
Camille Pissarro

Enfin, pour cette fois-ci encore, il semble que les tenants de l'idéologie dominante aient à nouveau gagné. Cela démontre à nouveau que M. Papandréou n'a pas la trempe d'un grand chef d'état puisqu'il ne parvient pas à s'extirper d'un néo-libéralisme qui condamne son peuple. L'histoire retiendra son manque de discernement, sa vision court-termiste et son incapacité à s'élever face au triumvirat qui dicte sa loi. Le second enseignement est que la victoire des tenants de l'idéologie dominante est une victoire à la Pyrrhus qui, pour paraphraser Jacques Sapir, ne fera que prolonger l'agonie de l'euro. Car tôt ou tard, M. Papandréou ou ses successeurs, devront se soumettre à la volonté du peuple par la tenue d'un référendum. Il est certain que les agissements douteux de ces derniers jours ne joueront pas en faveur d'un scrutin favorable à des cures d'austérité.

Malgré les nombreuses campagnes de presse et les avis unanimes des experts9 qui ne manqueront pas de soutenir le « oui », le peuple grec saura se dresser face à ce déferlement idéologique. Une telle décision entraînera la sortie de l'euro de la Grèce qui pourra enfin prendre des mesures structurelles (défaut de paiement10, monétisation de la dette11) qui lui permettront de sortir du cercle vicieux dans lequel elle est entrée.

D'autres pays lui emboiteront le pas jusqu'à vider totalement de sa substance la monnaie unique qui restera dans les livres d'histoire comme une erreur monumentale liée à une application trop dogmatique d'un système économique qui ne fonctionne pas: le néo-libéralisme. Car ne nous y trompons pas, cette affaire du référendum grec n'est rien d'autre que le chant du cygne de l'euro. L'ensemble des subterfuges utilisés ne permettent que de garder artificiellement le malade en vie mais ne lui offrent aucun espoir de guérison. On risque de voir un à un les pays quitter le navire en perdition jusqu'à qu'il ne reste plus que l'Allemagne, et quelques satellites, puisqu'ils sont les seuls à profiter de la politique actuelle de l'euro. Puisse la France ne pas faire partie de ces derniers satellites...

 

 

 

Theux

 

Les articles pour continuer :

 

  1. Le libéralisme économique a-t-il enfanté Hitler?
  2. La partage de la valeur ajoutée
  3. Vous n'avez pas voulu du mark, vous avez eu l'euro!
  4. La Gauche pour de bon...
  5. Les fanatiques de l'euro

 

 

Sources:

1hutteee://www.sudouest.fr/2011/10/20/violences-lors-des-manifestations-grecques-les-videos-531988-5096.php

2http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/dossier/300427074-athenes-s-engage-sur-un-plan-d-austerite-de-30-milliards-d-euros-en-trois-ans-58921.php

3http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20111027.OBS3371/crise-de-l-euro-l-aveu-de-faiblesse-face-aux-pays-emergents.html

4http://fr.wikipedia.org/wiki/Ge%C3%B3rgios_Papandr%C3%A9ou_%281952-%29

5http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20111024trib000658851/les-seuls-grecs-heureux-en-ce-moment-ce-sont-les-amoureux-.html

6http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20111024trib000658851/les-seuls-grecs-heureux-en-ce-moment-ce-sont-les-amoureux-.html

7http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20111024trib000658851/les-seuls-grecs-heureux-en-ce-moment-ce-sont-les-amoureux-.html

8http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_d%27ing%C3%A9rence

9http://lespoir.jimdo.com/2011/10/31/calvi-l-ind%C3%A9pendant/

10Jacques Nikonoff, « Sortons de l'euro », édtions des mille et une nuits, chapitre 18

11Jacques Nikonoff, « Sortons de l'euro », édtions des mille et une nuits, chapitre 19

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Commentaires : 9
  • #1

    Le Nasik (jeudi, 10 novembre 2011 17:17)

    Comment interpréter ce désistement de Papandréou? Fallait-il tenir sur le référundum? J'ai bien peur que la terre ne trembre bientôt en Grèce, lorsqu'il faudra passer à la caisse...encore...longtemps.

  • #2

    Theux (vendredi, 11 novembre 2011 20:40)

    Cher Le Nasik,

    Papandréou n'est pas un grand homme et sa sortie aura été à l'image de son mandat: ratée.
    Il est toujours préférable de consulter son peuple surtout dans des situations critiques, car c'est pour lui que l'on gouverne.
    A n'en pas douter la terre tremblera bientôt en Grèce, car l'ex-banquier central Papadémos n'est pas réputé pour son hétérodoxie. Pauvre Grèce...

    Bien à toi

  • #3

    ernst thälmann (lundi, 14 novembre 2011 23:13)

    Bruxelles n'a jamais imposé aux Irlandais de voter une seconde fois pour leur référendum, tout comme Bruxelles n'a jamais imposé à la France de faire voter le traité de Lisbonne par le parlement et non par référendum... Il ne faut pas confondre des institutions bureaucratiques a priori les instruments du pouvoir, mais les instruments tout de même, et la volonté du pouvoir qui est d'utiliser ces mêmes institutions à son compte !
    Au final, tout ce qui arrive est encore le contrecoup d'une élection ratée en 2007, en 2002, et en 1995.
    Et, finalement, la première responsable de tout ça, ce serait pas la gauche, qui manquerait de courage et de responsabilité ???
    Bien à toi,
    Ernst T.

  • #4

    Bernard Conte (lundi, 21 novembre 2011 11:01)

    Il faut bien suivre le cas grec... car il préfigure la Tiers-Mondialisation de l'Europe...
    je l'ai écrit en mars 2010
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003
    bc

  • #5

    Theux (mardi, 29 novembre 2011 21:41)

    @ ernst thälmann: Je suis d'accord avec toi pour dire que tout ce petit monde s'entend bien. Bruxelles et les gouvernements des différents pays de l'UE sont des alliés objectifs pour imposer une politique néo-libérale aux populations des différents pays de l'UE. Après il s'agit de théâtre, les gouvernements se servent de l'UE pour aller contre la volonté du peuple. L'UE impose donc sa volonté aux peuples grâce à la complicité des gouvernements.

    @ Bernard Conte: Ton article est très intéressant et il montre bien comment le FMI impose la doctrine néo-libérale aux pays lui demandant son aide.

  • #6

    Stephane richert (mercredi, 29 février 2012 10:26)

    Lisez le dernier ouvrage de Jacques Nikonoff paru aux éditions Le Temps des Cerises, "La confrontation, argumentaire anti-Fn".
    Très instructif !!

  • #7

    Kimi (vendredi, 01 juin 2012 05:45)

    Thanks for details

  • #8

    Ronald (samedi, 21 juillet 2012 21:48)

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