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07

nov.

2011

Les biocarburants : quel impact sur notre Terre ?

Camille Pissarro
Camille Pissarro

L’échéance des réserves de pétrole et l’impact environnemental de l’utilisation des produits pétroliers ont conduit au développement des biocarburants. La France, via son plan « biocarburants », a pour ambition d’incorporer d’ici 2015, 10% de biocarburants dans les carburants. Mais qu’est ce qu’un biocarburant ? Quel est leur impact sur l’environnement ? Sont ils si « écolo » qu’on le croit ?

Camille Pissarro
Camille Pissarro

Au fur et à mesure des avancées technologiques, 3 générations de biocarburants se sont développées.
La première génération regroupe les carburants issus des plantes oléagineuses (huiles brutes et esters méthyliques d’huile végétale introduits dans le diesel), ceux basés sur l’alcool (bioéthanol ou ETBE dérivé de l’éthanol introduits jusqu’à 15% dans l’essence) et ceux issus du biogaz (principalement le bio méthane). Depuis 2004, nous utilisons davantage le terme d’agrocarburant que de biocarburant. Le préfixe bio faisant généralement écho aux produits issus de l’agriculture biologique.
Une seconde génération a vu le jour, celle conduisant à la production d’éthanol cellulosique, c'est-à-dire à la transformation de lignine ou de cellulose en alcool ou en gaz. Ce deuxième mouvement a démarré en 2008 en France via le projet « Futurol ».
Enfin on trouve une troisième génération, celle des algocarburants c'est-à-dire la production d’huile de micro algues.

Pablo Picasso
Pablo Picasso

On remarque que quelle que soit la génération, elles sont toutes basées sur de la matière vivante. Essayons de décrypter la manière de produire ces bio et agrocarburants afin de réellement connaître leur impact sur notre environnement. Ce serait un comble de substituer un pétrole néfaste pour notre planète par un produit qui l’est tout autant.
Commençons par la première génération : les agrocarburants.
Comme leur nom l’indique ces carburants sont produits à partir d’éléments provenant de l’agriculture. Ainsi, en Europe, le blé peut être transformé en éthanol et le colza en biodiesel. Mais ces mêmes produits servent à la fabrication de farine, d’huile alimentaire ou encore d’aliment pour le bétail. Il n’y a pas un colza, un blé ou un tournesol spécial agrocarburant ! De plus si on s’intéresse au rendement énergétique de ces productions, on constate qu’un hectare de blé représente 0,46 Tonne d’équivalent pétrole s’il est transformé en éthanol et qu’un hectare de colza représente 0,56 Tonne d’équivalent pétrole s’il est transformé en biodiesel. Faisons alors un petit calcul :
La surface agricole utile en France et de 29 000 000ha, En 2009 la France a consommé 251 000 000T d’équivalent pétrole. Prenons le rendement maximum du colza à 0,56T d’équivalent pétrole /ha.
Ainsi, il faudrait 154% des surfaces agricoles utiles en France pour atteindre 10% d’incorporation de biocarburants à partir d’agrocarburant… Sommes-nous prêts à importer l’ensemble de nos denrées alimentaires ? Voilà le prix d’une pseudo-dépendance énergétique.
Que va-t-il se passer ?

Paul Klee
Paul Klee

La France ne va évidemment pas dédier toutes ses surfaces à la production d’agrocarburants, la dépendance énergétique liée au pétrole va se transformer en dépendance énergétique lié aux agrocarburants. L’importation passe principalement par les pays du Sud. Le problème est que dans ces pays, tel la Colombie, la Malaisie ou l’Indonésie, le choix de l’utilisation d’une terre est triple : laisser la terre boisées, les cultures vivrières ou les biocarburants ? Un fléau se répand dans ces pays, il s’agit de la culture de palmier. Cette culture est très rentable puisqu’elle permet de produire la fameuse huile de palme que l’on retrouve dans de nombreux produits alimentaires ou dans le biodiesel. Ainsi la question de la déforestation ne se pose même plus, nous sommes face à une véritable catastrophe environnementale. En Indonésie, cette déforestation se chiffre à 2ha en moins par an, en 50ans la surface forestière a diminué de plus de 50% dans ce pays ! Dans le monde 25 à 30% des gaz à effet de serre relâchés dans la nature sont liés à la déforestation. Bien évidemment les biocarburants ne sont pas les seuls responsables mais on peut néanmoins s’interroger sur le véritable bilan énergétique de ce substitut au pétrole.

Salvador Dali
Salvador Dali

Nous comprenons alors mieux pourquoi deux générations de biocarburants ont suivi.
Ces biocarburants n’entrent plus en concurrence avec la production alimentaire, ils sont générés à partir de biomasses diverses et notamment de sous-produits tels la paille, le bois les feuilles pour la deuxième génération. Intéressons nous à celle-ci.
Certaines plantes particulièrement résistantes sont alors cultivées. On peut citer le Jatropha, qui pousse en milieu aride et qui est cultivé pour son huile, ou encore le miscanthus, qu’on trouve déjà en Europe utilisé pour sa biomasse. Ce sont des plantes de l’extrême, elles utilisent des sols qui ne pourraient pas être utilisés pour des cultures alimentaires. Malheureusement les processus pour la création de biocarburants à partir de ces sources sont coûteux, soit parce qu’ils nécessitent une forte quantité de chaleur, soit parce qu’ils font appel à des hydrolyses enzymatiques. De plus l’utilisation d’enzyme conduit souvent à la production de CO2. Ils ne sont donc pas compétitifs. En France, une feuille de route sur la production de biocarburant deuxième génération conduira à une production de taille industrielle d’ici 2012-2015. Simultanément, les programmes de recherche seront poursuivis. A partir de 2015, la production devra se développer et sera intégrée à des bio-raffineries. Ainsi, pour atteindre les 10% d’incorporation de biocarburants aux carburants traditionnels il faudra véritablement compter sur les agrocarburants avec les conséquences qui en découlent.
La troisième génération n'en est pour le moment qu’au stade expérimental. La production d’algues se fait via des bio-réacteurs donc sans aucune utilisation de sol. Mais méfions nous de la science, il est certain qu’elle est capable du meilleur comme du pire. Effectivement afin d’accroitre la productivité d’algue, cette voie pourrait croiser celle des OGM, on imagine alors la conséquence de la prolifération de tels organismes dans la nature. La prolifération des algues vertes sur nos côtes bretonnes en donne une sombre idée.

 

 

Pierre-Auguste Renoir
Pierre-Auguste Renoir

La deuxième génération de biocarburants semble la plus à même d’apporter des réponses à cette filière. Mais la recherche devra permettre un coût de production plus faible afin qu’elle puisse réellement prendre place comme substitut du pétrole. Néanmoins, cette évolution technologique ne devra pas passer par les OGM qui pourraient alors bouleverser les fragiles équilibres écologiques via la création de plantes invasives. En attendant, nous avons toujours recours aux agrocarburants dont le bilan énergétique et l’impact écologique est de plus en plus mis en doute…

 

 

 

Persicaire

 

 

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  2. Bienvenue dans le modèle chinois
  3. Yves Calvi, l'indépendant...
  4. Monsieur le président...
  5. Le Tour de Magie de l'Institut Montaigne

 

Sources:

 

http://www.actu-environnement.com/ae/news/tonne_consommation_CGDD_9555.php4
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2006/1000385/index.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Biocarburant
http://agriculture.gouv.fr/biocarburants
http://www.eco-et-mat.com/veille/les-agrocarburants--avantages-et-inconvenients-de-cette-energie-renouvelable-vs-773.php
http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/spipwwwmedad/pdf/Annexe_2_biocarburants_de_2eme_generation_cle6f1daa.pdf

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Commentaires : 6
  • #1

    Leboutte (mercredi, 08 février 2012 21:50)

    Ne dites pas biocarburants, dites agrocarburants.

    Photo en Alsace: http://www.flickr.com/photos/24924800@N04/2703754274/in/photostream

  • #2

    Julian (dimanche, 22 juillet 2012 02:44)

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  • #3

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  • #4

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  • #5

    Karg (vendredi, 09 août 2013 15:59)

    Je ne sais pas d'où vous sortez vos chiffres mais vos hypothèse de rendement sont absurde:
    http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/biocarb-pelletier-07.pdf
    Blé: 1.7 TEP
    betterave : 3.4 TEP
    Colza: 1.2 TEP
    Tournesol: 0.9 TEP
    Seconde génération:
    Myscanthus: 3 TEP
    Troisième génération:
    Algue: 10 TEP
    Bref ça ne remplacera pas l'usage énergétique du pétrole, par contre pour les autres usages ça sera pertinent.

  • #6

    VF (lundi, 10 mars 2014 03:14)

    http://www.tpe-biocarburant.fr/pages/environnement/bilans-carbone.php