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2011

Misère des villes, misère des champs

Nous voyons régulièrement des émissions traitant de la misère qui court dans nos villes. Des images chocs, nous exposent des miséreux dormant sous des cartons chauffés par les bouches d’aération des métros ou encore des jeunes, accompagnés du meilleur ami de l’homme, fouillant dans des poubelles. Mais qu’en est-il dans nos campagnes ? La misère serait elle cantonnée au milieu urbain ?

Le milieu rural français regroupe environ 20% de la population nationale. En 2006, le taux de pauvreté monétaire (60% du revenu médian national) de cette population représentait près de 14% contre 11% en milieu urbain. C'est-à-dire que 14% des personnes habitant en milieu rural vivaient avec moins de 880€/mois. Dans certaines régions ce seuil passe à 19% comme dans le Nord, l’Auvergne ou encore en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Au niveau national le taux de pauvreté a augmenté de 9% depuis 2002. Quant au nombre de personnes bénéficiaires du RSA, il a progressé de 15% depuis 2009… Y aurait-il une accélération de la pauvreté dans notre pays ?

Plusieurs caractéristiques socio-économiques expliquent la pauvreté de cette population. Citons en 3 principaux : la disparition des pôles industriels, l’importance de la population agricole et le vieillissement de la population.
L’industrie dans le milieu rural suit la même évolution que le reste de l’industrie française qui subit un processus de concentration, une exposition aux délocalisations pour les secteurs les plus utilisateurs de main-d’œuvre et un recul des actifs occupés. Les régions comme le Nord de la France, ayant héritées de l’industrie du 19e siècle, sont condamnées à se moderniser pour être génératrices d’emploi. Le problème principal réside dans une mono-industrie telle que le textile, qui a plutôt tendance à disparaître qu’à se renouveler. Si l’on s’intéresse aux hommes et aux femmes peuplant cette région on constatera que les hommes vivent en moyenne quatre ans et demi de moins qu’en Ile de France et les femmes 2ans et demi. De plus, cette population étant peu mobile et l’offre d’emploi étant rare, les salaires pour un même secteur d’activité sont souvent plus bas. Sans surprise les ouvriers de production non qualifiés du textile, de la confection et du travail du cuir font partie des 10 professions les plus mal payées. Dans cette rubrique se trouvent également les ouvriers agricoles non qualifiés, les ouvriers du maraichage ou de l’horticulture.

Le milieu agricole apporte malheureusement une contribution importante à la pauvreté en milieu rural. Le taux de pauvreté monétaire des agriculteurs est encore plus important que celui du reste de la population rurale : 25% de cette population est en dessous du seuil de pauvreté monétaire! L’activité agricole de certains secteurs comme l’élevage (à viande ou laitier), l’arboriculture ou le maraichage manque cruellement de rentabilité. Elle est tributaire du prix du foncier et du matériel agricole. Le prix des terres agricoles a progressé de 66% en 13 ans. La diminution des terres arables au profit du milieu urbain en est la principale cause. Cette concurrence engendre une spéculation sur les terrains à l’abord des villes pouvant provoquer une augmentation du prix d’environ 8%. Quant au coût du matériel il progresse d’environ 4% par an. Cela aboutit à une augmentation de l’endettement des structures et des coûts de production. De surcroît, le chiffre d’affaire généré par les productions ne permet pas, à lui seul, de faire face à ces coûts. Par exemple, la viande bovine est actuellement vendue entre 2€ et 2,40€ aux abattoirs (prix de la carcasse), au mieux 3€ pour les races à viande, alors que les coûts de revient se situent aux alentours de 4€. Ainsi, les agriculteurs ne peuvent vivre sans les subventions communautaires et nationales. Le flou de la future évolution de la Politique Agricole Commune rend les visions à long terme très incertaines. Cette précarité engendre une dégradation sociale du secteur, l’émission « l’amour est dans le pré » n’en est qu’une sinistre caricature exposant la solitude de nos agriculteurs aux français.

Dans ce contexte, la reprise des exploitations est très compliquée même s’il existe des aides à l’installation pour les jeunes. Dans des secteurs comme l’élevage, le jeune s’installe dans le meilleur des cas avec ses parents et doit s’endetter sur 15ans alors même qu’il n’est pas propriétaire de sa résidence principale. Pour ce prix, il achète son cheptel et finance la mise aux normes des bâtiments d’élevage, il louera ses terres à des propriétaires plus âgés. Lorsque la rentabilité de la structure n’est pas suffisante, le jeune devra travailler à l’extérieur. Cette pratique est malheureusement de plus en plus courante. Les 35h ne représentent alors qu’un doux rêve.

Dans les dernières statistiques, nous remarquons que le nombre de chefs d’exploitation a diminué de 21% entre 2000 et 2010, conséquence directe de ce que nous avons pu voir précédemment. Ainsi, la population agricole vieillit et avec elle celle du milieu rural. Etant donnés les faibles revenus, le montant des retraites perçues par les exploitants est faible, voire très faible. En 2008, une majorité d’agriculteurs touchait une pension de retraite comprise entre 150 et 700 euros par mois. Plus de la moitié des agriculteurs à la retraite perçoivent des pensions inférieures à 500 euros.
Les milieux ruraux offrent de vastes espaces permettant la mise en place de pôles de compétitivité pouvant servir de zones privilégiées pour développer la recherche et l’enseignement, tel que le plateau de Saclay où ont pris place des écoles comme Polytechnique et des centres de recherche industriel (Danone, Thales…). Néanmoins, ce développement ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture. La proximité des espaces urbains devrait permettre le rapprochement entre les 2 milieux via par exemple la vente directe d’une partie de la production des exploitants aux citadins en quête de qualité alimentaire.

 

 

 

Persicaire

 

 

Sources:

 

 

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/094000616/0000.pdf
http://www.senat.fr/rap/r07-468/r07-46837.html
http://www.transrural-initiatives.org/numero-277_290/TRI%2520280%2520dossier.pdf
http://www.inegalites.fr/
http://www.lefigaro.fr/matieres-premieres/2011/08/18/04012-20110818ARTFIG00532-le-prix-des-terres-agricoles-continue-son-ascension.php
http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/11/08/des-producteurs-de-viande-bovine-bloquent-neuf-abattoirs_1437228_3224.html

 

 

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  4. Référendum grec : le chant du cygne de l'euro
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Commentaires : 4
  • #1

    Bioserge (mercredi, 23 novembre 2011 05:20)

    ... quand respecterons-nous notre Mère la Terre ? Elle se défend de toutes les agressions que lui font subir les profiteurs, exploiteurs à court terme, et à vision étroite de notre belle Planète !
    http://www.youtube.com/watch?v=2zdYkhs5Oco&feature=channel_video_title

  • #2

    Sydney (samedi, 21 juillet 2012 07:35)

    I was looking for something similar, I am very grateful you have shared this subject

  • #3

    autocom cdp (mercredi, 24 octobre 2012 04:39)

    Stecken Sie einen USB-Stick mit mindestens 1 MB freien Speicherplatz ein csh

  • #4

    Vas 5054a Interface (vendredi, 20 décembre 2013 03:37)

    Outil de diagnostic VOLVO VIDA DICE, expédié de l'allemagne.feng