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26

nov.

2011

Goldman Sachs ou les nouveaux maîtres du monde

La France s'est construite sur des valeurs et sur des règles qui trouvent leurs origines au sein de deux révolutions. La première spirituelle, que l'on nomme siècle des Lumières, a inspiré la seconde, plus politique, qu'est la Révolution Française.

Les pensées de Montesquieu, de Diderot ou de Rousseau ont permis d'aboutir à la rédaction de la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen » en 1789. Ce texte fondateur de la démocratie a édicté des principes de liberté et d'égalité pour offrir à chacun d'entre nous une organisation sociale optimale.

L'article 3 stipule que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément». Comment notre société en est-elle venue à accepter le bafouement de ces valeurs, qu'elle place pourtant au dessus de tout?

 

Les banques se trouvent au premier rang des accusés notamment la plus caricaturale la meilleure d'entre-elles: Goldman Sachs.

A ce propos, l'article du journaliste Matt Taibi1 est édifiant. Le rôle majeur joué par la première banque d'investissement américaine dans la création de la bulle internet y est dénoncé. Profitant d'une déréglementation2 mise en place par Bill Clinton et son ministre des finances Bob Rubin (ex co-président de Goldman Sachs), celle que l'on surnomme « The Firm » a procédé à des manipulations boursières destinées à faire bondir le cours des actions de sociétés issues de la nouvelle économie pourtant loin d'être toujours viables3. Ces manipulations rappellent étrangement celles de la « Maison Nucingen »4 que décrivaient si bien Balzac. En effet, pour arriver à leurs fins, les dirigeants de Goldman Sachs ont utilisé différents types d'artifices comme le « laddering »5. Cette « technique d'investissement » consiste à faire bénéficier à ses clients importants d'actions d'une société à un prix sous-coté en échange de leur engagement à acheter des actions de la-dite société à un prix plus élevé à une date future. En conséquence, l'action de la-dite société flambe ce qui incite les non-initiés à en acheter massivement sans forcément s'intéresser à son bilan. C'est à ce moment là que Goldman Sachs et ses clients réalisent des bénéfices importants en se séparant de leurs actions achetées à bon compte.

A l'arrivée les gagnants (Goldman Sachs et ses clients importants) amassent leurs profits pendant que les perdants (les non-initiés) constatent l'ampleur des dégâts. La différence est que les premiers connaissaient le scénario à l'avance...

Fabrice Tourre
Fabrice Tourre

 

Cet épisode nous confirme l'absence absolue d'éthique dans la religion de Goldman Sachs qui ne vénère qu'un seul dieu: l'argent. Puisque contrairement au reste de l'économie les organismes financiers se nourrissent des bulles pour développer leurs marges, Goldman Sachs et ses confrères partent à la recherche d'une nouvelle vache à lait: le marché immobilier américain.

Dans un contexte « normal », les banques cherchent avant tout à prêter à des emprunteurs solvables dont la régularité et la solidité des revenus sont avérées. Pourtant, dans une recherche outrancière du profit, prêter à des « bons pères de famille » n'est pas encore assez rentable. Mieux vaut privilégier des emprunteurs à risque puisque cela permet de proposer une augmentation du taux du crédit immobilier (prime de risque).

Mais alors comment gérer le risque de non-remboursement de ce crédit?.Goldman Sachs apporte une réponse en 3 axes :

  • Prendre une hypothèque sur le bien acheté par les emprunteurs. Le marché immobilier étant porteur, le bien est saisi au premier écart de l'emprunteur et revendu avec une substantielle plus-value.

  • « Titriser » le crédit, c'est à dire le transformer en un produit financier revendu à des investisseurs, pour transférer totalement le risque (les célèbres CDO ou « collateralized debt obligation »). Le fait que le prêteur ne supporte plus directement le risque pose problème en l'incitant à se montrer encore moins précautionneux dans ses accords de prêts. Quant aux investisseurs, ils achètent le produit financier sur sa performance en ignorant souvent la constitution réelle du produit.

  • Mise en place des fameux « credit default swap »(CDS), qui permettent de s'assurer contre un éventuel défaut des emprunteurs, sur les produits titrisés.

 

 

A cet égard, le manque total d'éthique des traders et des dirigeants de Goldman Sachs est à souligner. Les réactions de l'ancien trader de cette banque, Fabrice Tourre, en sont la parfaite illustration lorsqu'il indique que «l'édifice tout entier peut s'écrouler à chaque instant» (produit titrisé basé sur des « subprime ») ce qui ne l'empêche pas de continuer à vendre ces produits qu'il sait « pourris » « à à des veuves et à des orphelins rencontrés à l’aéroport 6». Son cynisme se vérifie à nouveau lorsqu'il précise que «ce marché est complètement mort et les pauvres petits emprunteurs sub­prime ne vont pas faire long feu7

Et pourtant, Goldman Sachs est passé près de la correctionnelle au travers de la crise des subprime. Ainsi AIG qui avait utilisé à profusion les CDS pour couvrir les risques des CDO de ses clients, n'a pas pu faire face à une vague massive de dépôts de bilan des établissements de subprime. Pour éviter la faillite, elle a dû être nationalisée8. Encore une fois le « trop grand pour faire faillite » a fonctionné. Les principaux bénéficiaires ont été les établissements qui avaient souscris ces CDS comme … Goldman Sachs. Matt Taibi estime qu'au moins 13 milliards de dollars de l'argent des contribuables ayant servi à sauver AIG est parti directement sur les comptes de la première banque d'investissement américaine9. En plus de cette aide indirecte, les Etats-Unis ont largement contribué au renflouement des comptes de Goldman Sachs, même si la détermination du montant exact de cette contribution est rendue très délicate à évaluer en raison de l'opacité des documents fournis par l'administration américaine. Comment G&S a-t-elle remercié les Etats ?

 

En réalité Goldman Sachs applique la même politique au niveau des Etats qu'au niveau des particuliers. Ainsi elle ne s'intéresse pas aux grands pays dont la dette souveraine est stable mais aux plus petits, susceptibles de connaître une plus forte volatilité et d’offrir des sources de profit plus importantes10. Goldman Sachs se rapproche de la Grèce qui cherche à intégrer la zone euro en dépit de ratios sur sa dette et sur son déficit en dehors des critères imposés par Bruxelles. Qu'importe, « The Firm » a plus d'un tour dans son sac. Elle utilise des subterfuges tels que le « swap de devise » qui permet de faire baisser artificiellement la dette grecque en jouant temporairement sur les taux de change11. Le maître artificier de cette opération était le vice-président de Goldman Sachs International: Mario Draghi, accessoirement successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne12. Une fois la commission empochée, G&S peut s'attacher à la deuxième partie de son plan, spéculer contre la dette grecque. Ainsi, à l'image de sa stratégie lors de la crise des subprime, elle achète massivement des CDS sur la dette grecque et fait en sorte de faire monter au maximum les taux des obligations d'Etat de la Grèce, quitte à distiller de fausses rumeurs comme « celle qui donne l’Etat grecque aux abois allant mendier 25 milliards d’euros à la Chine… »13. Ce comportement est bien évidemment transférable à des Etats tels que l'Italie, le Portugal, l'Espagne et bientôt la France et les Etats-Unis. Voilà de quelle manière, les banques remercient les Etats qui les ont pourtant sauvées de la faillite.

 

 

Les agissements de Goldman Sachs, et de la plupart des établissements financiers, sont donc nuisibles pour les peuples. Un gouvernement responsable devrait donc en prendre acte et mettre en place les mesures nécessaires à la neutralisation de cette capacité de nuisance. Las, c'est l'inverse qui se produit. Au lieu de recentrer « The Firm » vers des activités de financement réellement utiles à l'économie, les Etats se voient dicter leur conduite par cette dernière.

 

Georges Papandréou décide de soumettre l'adoption de nouveaux plans de rigueur à référendum14. Il est débarqué pour être remplacé par Lucas Papadémos, ancien vice-président de la BCE et ex-président de la Banque centrale grecque. A ce titre ce dernier a participé activement à « l'opération de trucage des comptes de la Grèce perpétrée par Goldman Sachs »15.

 

Silvio Berlusconi n'applique pas assez rapidement les mesures d'austérité en Italie, il est contraint de démissionner. Son remplaçant se nomme Mario Monti, un économiste consultant de Goldman Sachs depuis 2005.

 

Eugène Delacroix
Eugène Delacroix

L'ironie de l'histoire est qu'aucun de ces trois nouveaux, en y ajoutant le cas de Mario Draghi évoqué précédemment, n'a accédé au pouvoir après une consultation directe du peuple. L'emprise de Goldman Sachs s'est étendue sur l'Europe sans que le peuple soit consulté. Emmanuel Todd avait évoqué ce risque dans son livre « Après la démocratie », où il expliquait que l'Union Européenne dans son fonctionnement actuel constituait le prototype d'un nouveau mode de fonctionnement des pays. L'illusion de participation du peuple est maintenue grâce au parlement européen mais en pratique ce dernier est loin de détenir les pouvoirs stratégiques de la commission européenne ou de la BCE. Après avoir fait main basse sur les Etats-Unis1617, Goldman Sachs commence donc son « OPA » sur l'Europe en plaçant ses hommes aux postes stratégiques. Avec une telle configuration, comment peut-on espérer moraliser les marchés financiers ? En France, « le pantouflage » est, en théorie, sévèrement réprimé. Ce n'est pas un hasard. Comment peut on tolérer de tels conflits d'intérêts aux plus hautes fonctions des Etats ou des Banque Centrales ? La France et les autres pays occidentaux sont en manque de grands hommes pour s'opposer à de telles dérives qui mettent en danger le principe même de démocratie. Le « non » au traité constitutionnel européen n'a pas été respecté, la Grèce n'est plus libre d'organiser sur son territoire un référendum et l'Italie se voit imposer un changement de premier ministre. Jusqu'où cette confiscation du pouvoir par les marchés et les établissements financiers va-t-elle aller ?

 

Nous en revenons à l'article 3 de la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen » de 1789 qui indique que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément ». "L'époque était différente. Elle appartenait aux philosophes des Lumières. Quand on parle de grands hommes...

 

 

 

 

 

 

 

Theux

 

 

Sources:

 

Matt Taibbi, « The Great American Bubble Machine - From tech stocks to high gas prices, Goldman Sachs has engineered every major market manipulation since the Great Depression - and they're about to do it again », Rolling Stone, 13 juillet 2009(traduction enhttp://www.lefigaro.fr/societes/2008/09/17/04015-20080917ARTFIG00305-aig-nationalise-.php français)

 

2idem

 

"3 Les politiques de déréglementation menées par Clinton et Rubin ont permis aux banques d'introduire sur le marché des entreprises ne répondant pas aux anciennes normes de durée d'existence (5 ans) et de réalisation de bénéfices (3ans)

 

4http://lespoir.jimdo.com/2011/08/27/voil%C3%A0-les-vrais-principes-de-l-%C3%A2ge-d-or-o%C3%B9-nous-vivons/

 

5Même article de Matt Taibbi

 

6http://www.monde-diplomatique.fr/2010/07/WARDE/19358

 

7http://www.lefigaro.fr/societes/2010/04/25/04015-20100425ARTFIG00203-nouvelles-accusations-contre-goldman-sachs-.php

 

8http://www.lefigaro.fr/societes/2008/09/17/04015-20080917ARTFIG00305-aig-nationalise-.php

 

9Même article de Matt Taibbi

 

 

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Commentaires : 10
  • #1

    Alexander Hamilton (mardi, 29 novembre 2011 09:52)

    Bien qu'en général, je sois opposé aux vues de ce blog (néanmoins instructif), je reconnais que ce post est assez proche des mes idées. Je suis effaré de voir GS agir en toute impunité sur les marchés financiers. Néanmoins si les dérives des banques sont condamnables, celles-ci jouent en général dans les limites de la loi. Le problème à mon avis (notamment sur la crise des subprimes) est plus profond: Comment un système peut-il tenir si les flux financiers vont toujours vers les pays les plus riches (EU, Europe, etc.)? Il y a un moment où ces pays ne peuvent plus absorber ces fonds!
    Dans ce monde de la finance, j'ai envie de dire que GS sont les plus doués: Ils ont senti la crise des subprimes et l'ont évité brillamment.
    Enfin pour les dirigeants européens, je pense qu'il faut arrêter avec ces liens avec GS. Les experts travaillent tous pour des banques en général (En France aussi). D'ailleurs Mario Monti est avant tout un économiste réputé avant d'être un pion de GS.

  • #2

    Theux (mardi, 29 novembre 2011 21:10)

    Cher Alexander Hamilton,

    Ta réaction appelle deux commentaires. Tout d'abord, même si Goldman Sachs agit souvent dans les limites de la loi, il ne faut pas oublier la responsabilité du lobby bancaire dans le manque de réglementation de la finance.
    Ensuite ce n'est pas parce que dans l'ensemble, les banques "fricotent" avec des politiques que Goldman Sachs est moins coupable. Elle l'est au même titre que BNP Paribas, Deutsche Bank ou Banco Santander.

    Bien à toi

  • #3

    Lefevre (mardi, 22 mai 2012 09:53)

    "les banques jouent en général dans les limites de la loi." Que signifie cet "en général"?
    Tout simplement que les banques font changer les lois qui les gênent et pas seulement les dirigeants, en effet: pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Le pouvoir est bien plus grand quand il peut s'exercer à l'abri des regards...
    C'est du financement des campagnes électorales que provient le pouvoir. La monnaie a d'ailleurs toujours été la source du pouvoir. Le système des élection est anti-démocratique. D'ailleurs les athéniens n'ont jamais voulu l'utiliser...

  • #4

    Mark (dimanche, 22 juillet 2012 16:04)

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  • #5

    coucou (mercredi, 05 septembre 2012 12:10)

    ils sont tous une bande des bâtards qu'il faudrait fusiller pour crime organisé en groupe,ils veulent faire tomber le monde dans les chaos et une guerre mondiale. Faudrait nationaliser cette putain banque et mettre en prison tous les hauts responsables.

  • #6

    Vyersdra (mercredi, 24 octobre 2012 13:30)

    En France, il n'y a qu'un seul homme politique qui désire changer la peur de camp et en commençant par nous sortir de cette Union Européenne mortifère: François Asselineau, de l'UPR. BOycotté de tous les médias alors qu'il est inspecteur général des finances, diplômé d'HEC et énarque.

    Cherchez l'erreur...

  • #7

    Melanie (mercredi, 19 décembre 2012 12:20)

    Oui pour illustrer les propos du commentaire du 24 octobre ainsi que l'article. Je vous invite à regarder cette vidéo très intéressante il débat également avec Miret Zaki très intéressant et instructif.
    http://vimeo.com/8946672

  • #8

    Fred (jeudi, 17 janvier 2013 08:59)

    Vu en DVD le film Inside Job (ignore le titre en français) hier soir. Votre article complète et prolonge le sujet. Merci.

    Je découvre votre site et vais désormais vous suivre régulièrement depuis Londres où je vis.

    Frédérique

  • #9

    Masticating Juicer (dimanche, 21 avril 2013 20:26)

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  • #10

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    Alinéas 3 et 4 de l'article 662 du code de procédure pénale
    Irrecevabilité
    Alinéas 3 et 4 de l'article 662 du code de procédure pénale
    Irrecevabilité
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    Non renvoyée au Conseil constitutionnel
    Articles 222-22, 222-27, 222-28, 222-29, 222-29-1, 222-30 et 222-31 du code pénal
    Non renvoyée au Conseil constitutionnel
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