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02

déc.

2011

Envoyé spécial...d'Angela Merkel

 

L'impuissance intellectuelle des commentateurs - journalistes donne lieu à de grands moments de télévision. Envoyé Spécial, émission respectée du PAF, nous a offert ce jeudi 1 décembre 2011 encore, une grande leçon de suivisme idéologique, pour ne pas dire plus. Sobrement intitulé « Les Pompiers de la crise – Est-il possible de sauver l'Euro? », le reportage nous proposait d'entrer dans les coulisses des sommets européens, des négociations de la dernière chance ou d'obtenir les confessions d'un Baroin ou d'un Von Rompuy... ces héros. 5 équipes de reporters sur le terrain durant une vingtaine de jours ; du journalisme professionnel, réfléchi et indépendant, qui fera plaisir à ces Messieurs July ou Apathie. Résultat : une émission aux grosses ficelles, pour tranquillement nous annoncer qu'il n'y a pas de plan B : l'Euro, l'Europe et la rigueur.

La forme plutôt que le fond : les procédés de base

 

Ce n'est pas une nouveauté, la politique est un spectacle. Mieux, c'est un spectacle jouissif et rigolo, une arène dans laquelle s'affrontent des people, à grand renfort de vannes et de « bons mots ». Pour « compenser » le trop sérieux, il faut du rythme, de la mise en musique et en humour, du vite, du Bref, ou de la Miss météo. Leader de l'inconsistance intellectuelle, la chaine Canal Plus contribue quotidiennement à l'affaissement de la réflexion politique, au profit des commentaires convenus des invités et des chroniqueurs. France 2 ne fait que s'adapter.

 

-le ton racolleur : M6 n'aurait pas fait mieux. La succession des classiques « pour la première fois », « mais les portes se referment vite », « on nous demande de quitter la salle » est insupportable ; certes il faut des autorisations pour entrer au parlement européen, mais tout de même ce n'est pas Bagdad. Et puis, cette excusivité des « confessions » de Nicolas Sarkozy, François Baroin ou de Bruno Le Maire, où est-elle? Le Maire était chez Ruquier la semaine passée et le Président dit toujours la même chose.

 

 

-les montages chiffrés : annoncer un chiffre ne suffit plus. Il faut l'illustrer, une courbe, un graphique, ou un compteur : Ah! Le compteur. Quelle subtilité.

 

-la personnalisation de l'action : « les Pompiers de l'Europe », expression que la journaliste emploie au moins trois fois durant son reportage ne sont pas des ministres ou des députés européens ; ils sont au dessus des simples citoyens, comme de tous soupçons. Ils travaillent. Point. La rhétorique classique de l'action contre la pensée. Et bien qu'ils soient dans l'ombre... ils sont nos sauveurs.

 

 

-l'intimité : Entrez, faites comme chez vous. Nicolas Sarkozy nous ouvre ses portes, quelle audace. Dans la tempête, il trouve tout de même un peu de temps à consacrer au peuple, lui qui traite de tant de choses que personne ne peut comprendre. Mais ouvrir son chez soi peut aussi vous desservir. Une équipe de reporter se rend chez un ancien ministre de Berlusconi qui n'a pas apprécié de se faire démettre par la Merkozy. Il accueille les journalistes chez lui ; on l'y voit parler sèchement son fils, parler de foot, exiger un café ; alors certes il conteste l'Europe allemande, mais le message est clair : c'est un gros beauf. Donc il n'est pas crédible.

 

 

Propagande, j'écris ton Nom

 

Nous avons déjà traité sur ce blog l'illusion de l'objectivité journalistique avec pour exemple l'émission C dans l'air. Nous retrouvons cette fois encore le gouffre qui sépare l'exigence a priori du débat avec l'organisation du consensus et l'absence de contradicteurs au message européiste et libéral.

 

- la proximité idéologiques des interviewés : à qui a-t-on demandé son avis pour nous parler de l'Europe et de la crise? Nicolas Saroky, François Baroin, Hermann Von Rompuy, Jean-Claude Junker et Bruno Le Maire. S'ils ont des divergences... on ne les a pas vues. Ah oui, il y a bien eu cet italien, pour dire que l'oligarchie européenne était un scandale, mais un berlusconiste...vous y croyez vous?

 

-l'expertise engagée : pour contester la parole dominante, il nous fallait un opposant ; à la ligne économique et idéologique autre que celle des gouvernements en place : ce fut Nicolas Bouzou, libéral convaincu, auquel comme tous les matins « les faits donnent raison » (sic), déguisé en faux critique. Ca décape. Et puisque nous parlions d'intimité tout à l'heure, Bouzou est suivi au volant de sa voiture, sur le périphérique, le matin, puis à Canal plus. La France qui se lève tôt, réaliste, neutre. Autre chose que l'italien. La rigueur Fillon Sarkozy est contestable apprend-on de l'expert, mais parce qu'elle n'est pas suffisante. Devant ses élèves Nicolas Bouzou prévient : il faut aller plus loin. Plus d'Europe, plus de serieux, plus de rigueur. Il y a bien débat : vous préférez beaucoup ou énormément de rigueur?

 

-la complaisance (ou superficialité) journalistique : assener des contre vérités n'est pas un problème dès lors qu'elles servent le propos. Il est rare de trouver des approximations aussi flagrantes dans un reportage en prime. Il est successivement annoncé que Mr Van Rompuy est le président de la zone Euro (il est président du Conseil) et que la vertueuse Allemagne n'a pas de dettes (!!!). Rigueur, rigueur... il faut bien que la France comprenne. On notera la mise en scène martiale, Baroin qui s'avance vers sa destinée, tel un général en campagne.

 

 

Et au cas où quelques critiques s'élèveraient à la fin du reportage, Ghilaine Chenu demande à la réalisatrice si les dirigeants n'en font pas trop sur la crise. Cette dernière répond qu'aucune des équipes n'a eu ce sentiment. Et hop.

France 2 bien sûr, n'est pas un modèle d'anti-conformisme. Messieurs Pujadas, Namias ou Mme Chabaud sont tout à fait à l'aise dans le grand bain de la crise. Jusque là rien d'anormal. Mais nom d'une pipe, ils font parfois semblant de défendre un point de vue alternatif. Non. Envoyé spécial n'a même pas essayé. 35 minutes de reportage, 35 minutes de promotion d'une Europe allemande, plus fédérale, si toutefois les pays du « club-med » voulaient bien se serrer la ceinture. C'était en substance le discours de Toulon du président de ce même jeudi. C'était bien la peine de faire travailler autant de gens pendant des semaines. Il suffisait d'attendre.

Hier soir, le journalisme était en deuil.

 

Frederichlist

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Commentaires : 5
  • #1

    L'autre c'est moi (samedi, 03 décembre 2011 16:34)

    Je suis d'autant plus déçu qu'habituellement "envoyé spécial" propose des émissions nettement plus critiques (Banques, OGM, Nucléaire).
    Mais après ce reportage sur "les pompiers de la dette", j'ai l'impression que le ressort est cassé.
    L'équipe de journaliste s'est positionnée en critique du gouvernement, mais au lieu de remettre en cause les politiques de rigueur qui ne mènent à rien d'autres qu'à de nouvelles politiques de rigueur, ils ont appelé à des réformes encore plus poussées.
    Quand ils évoquent un économiste alternatif on s'attend à voir surgir un Sapir, un Gréau ou un Lordon. A l'arrivée on tombe sur ce pur produit de la pensée unique qu'est Nicolas Bouzou.
    Affligeant...

  • #2

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