ven.

23

déc.

2011

Supprimons les agences de notation

Moody's, Standard&Poors, Fitch, en deux ans ces sigles sont passés du statut de quasi inconnu à celui de vedette du 20 heures. L'ensemble des pays sont suspendus au moindre de leur avertissement ou de leur changement de notations. Elles dictent la marche à suivre aux dirigeants du monde qui s'exécutent docilement. Mais comment fonctionne ce système? A quoi sert-il? Ces agences sont-elles réellement indépendantes? Analyse des agences de notation.

La première chose à étudier lorque l'on s'intéresse à une entité est d'analyser son mode de développement c'est à dire ses sources de profitabilité. Dans le cas des agences de notation, il est frappant de s'apercevoir que ce sont les établissements qui souhaitent obtenir une note qui les rémunèrent. Un tel fonctionnement pose inévitablement des questions sur l'impartialité de ces agences. Les néo-libéraux écartent ce risque d'un revers de main en affirmant que la réputation de ces dernières est en jeu est qu'elles ne peuvent donc pas se permettre d'accorder des notes qui ne correspondent pas à la réalité.

 

Un tel argument peut être accepté. Confrontons le à l'analyse des faits. Les agences de notation ont connu une très forte expansion de leur activité au cours des années 2000. En 7 ans, Moody's a ainsi vu son profit multiplié par 4. Cette expansion correspond en réalité au développement des produits dérivés et autres produits complexes inventés par la finance de marché. La difficulté à comprendre le fonctionnement de tels produits a accru le rôle des agences de notation qui permettaient aux profanes de distinguer un produit risqué d'un produit sécurisé grâce à la note accordée par S&P et ses consoeurs. Le problème est que les établissements qui proposent ces produits ont naturellement eu tendance à privilégier les agences offrant des notations généreuses. En conséquence les notes ont été poussées vers le haut et des produits toxiques se sont vus accordés la note AAA, c'est à dire celle qui correspond aux produits les plus sécurisés.

 

Le drame est qu'une partie du système est basé sur les notes des agences de notation. Ainsi les fonds de pension, qui sont des fonds d'investissement spécifiques à la retraite par capitalisation, ne peuvent avoir accès qu'à des produits possédant une note minimale afin de s'assurer que l'investissement soit sécurisé. Le corrollaire est clair, il s'agit de ne pas risquer des fonds qui servent à financer des pensions de retraite. On comprend alors le décalage lorsque des agences de notation accordent un AAA à des crédits toxiques.

Le peuple des pauvres, Jean-François Favre
Le peuple des pauvres, Jean-François Favre

La question de la responsabilité des agences est alors posée. Puisque leur rôle est crucial pour la sécurité des fonds de personnes qui n'ont peut-être que cette source de revenus pour vivre, leur activité doit être encadrée strictement. D'autant plus que leur impartialité est loin d'être acquise comme l'indique notre démonstration précédente. Malheureusement, une fois encore, les faits apportent une grande déception. Lors de la crise des « subprime », elles ont nié leur implication en affirmant qu'elles ne produisaient qu'un simple avis et qu'elles pouvaient se tromper comme tout un chacun. Si leur avis ne vaut pas plus que celui d'un indivu lambda, pourquoi leur accorder une importance aussi prépondérante?

 

Intéressons-nous maintenant au rôle qu'elles tiennent actuellement dans la crise des dettes souveraines. Leur rôle est encore une fois stratégique pour l'avenir des pays en raison de l'influence qu'elles exercent sur les marchés financiers. Un avertissement ou pire encore une baisse de notation et les taux des prêts accordés au pays concerné sont certains de s'envoler. Pour le pays en question, il s'agit alors du début d'un cercle vicieux puisqu'un renchérissement des conditions de financement provoque une réduction de ses marges de manoeuvre. Certains affirment que les agences de notation se contentent de jouer le rôle de thermomètre et que la faute est avant tout à rejeter sur le pays dispendieux incapable de maîtriser ses finances publiques.

 

Le problème réside en réalité sur le manque d'impartialité des agences de notation car qui sont les économistes de Moody's, S&P et de Fitch qui tiennent le destin des peuples entre leurs mains. Jacques Sapir? Frédéric Lordon? Bernard Conte? Jean-Luc Gréau? Emmanuel Todd? Non. Bien sûr que non. En réalité ils s'appellent plutôt Marko Mrsnik, Alexander Kockerbeck et Maria Malas-Mroueh. Ce sont de purs produits de l'idéologie néo-libérale et c'est bien évidemment cela qui pose problème. Car quelles vont être les préconisations d'économistes soumis à une telle idéologie? Dévaluer, taxer les mouvements de capitaux, instaurer un protectionnisme, taxer les hauts-revenus? Encore une fois la réponse est négative.

 

Pour séduire les agences de notation et espérer qu'elles maintiennent une note susceptible d'offrir des conditions de refinancements acceptables, il faut aller dans le sens du vent. Et le vent souffle dans une direction néo-libérale. Pour conserver une note acceptable, il faut donner aux agences de notation des gages de bonne conduite à court terme dans notre lutte pour la réduction des déficits. Il s'agit donc de réduire nos dépenses ce qui équivaut à affaiblir nos services publics, notre système de santé et l'ensemble de nos prestations sociales.

 

Le bilan des agences de notation est loin d'être brillant. Leur manque d'impartialité, leur incapacité à assumer leurs responsabilités, l'influence qu'elles exercent sur les marchés et leur soumission à l'idéologie néo-libérale posent de graves problèmes auxquels il convient de s'attaquer. La nation doit reprendre en main sa destinée et ne plus laisser son pouvoir confisqué par des agences qui n'ont aucune légitimité. Voilà pourquoi il faut supprimer les agences de notation.

 

 

Theux

Écrire commentaire

Commentaires : 8
  • #1

    Port-Jeanne-d'arc (vendredi, 23 décembre 2011 10:27)

    Mais derrière cette analyse de l'idéologie des agences de notation, derrière ce suivisme généralisé, en effet, des acteurs économiques les plus importants n'y a-t-il pas tout simplement l'aveuglement de la société toute entière, contre lequel on ne peut rien, sauf attendre qu'elle se fourvoie définitivement?
    Le possibilité de changer les choses n'est-elle pas ouverte seulement au moment ou tout ceci s'effondrera? Puisse ce blaugue nous apporter quelques réponses.

    Votre

    Port-Jeanne-d'arc

  • #2

    Le Nasik (vendredi, 23 décembre 2011 15:55)

    A voir l'émission Arrêt sur Images de cette semaine. Entre autres choses, on y apprend que les Etats n'ont pas tous le même rapport aux agences. Les AAA ne les rémunèrent pas, les pays les moins avancés non plus. En revanche, les émergents et les pays dont la crédibilité monétaire est en jeu doivent faire chauffer la carte bleue... Dans quelles conditions les sommes versées jouent-elles sur la note? Mystère. Une inconnue bientôt levée par la dégradation de la France.
    La suppression des agences se fera par sanction unilatérale de la spéculation. Sans cela, lémarchés seront toujours demandeurs de références financières.

    Très cordialement.

  • #3

    GG (samedi, 24 décembre 2011 11:39)

    Article à diffuser le plus possible

  • #4

    Daniel (dimanche, 15 janvier 2012 22:44)

    Devant le manque de compétence et de bon sens des politiques, les agences de notation, malgré leurs défauts, sont utiles pour les peuples: elles tirent le signal d'alarme malheureusement parfois trop tard, comme pour la Grèce qui, il est vrai, avait maquillé ses comptes nationaux.

  • #5

    Vincent (jeudi, 19 janvier 2012 17:43)

    Bonjour

    Supprimer les agences de notation, c'est casser le thermomètre. Cela ne servirait à rien.
    Les agences ne notent pas les Etats et leur gestion. Elles notent les obligations qu'émettent les Etats pour se financer. Comme ce sont des produits financiers qui dépendent en partie de la gestion de ces mêmes Etat, il est logique que les agences de notation tiennent compte de la gestion des Etats pour noter leurs obligations.

    La perte du triple A par la France est logique. L'achat d'une obligation française n'est pas sans risque.
    D'autres pays auraient dû se faire dégrader, mais là ça aurait été la panique et ça les agences ne le veulent pas. Elles font donc ça petit à petit.

    A mon avis, ce sont moins les agences de notation que les banques qui dictent ce qu'il faut faire à nos politiques.

  • #6

    Cassius (samedi, 21 juillet 2012 22:31)

    I was very pleased to find this website. I wanted to thank you for your time for this wonderful post!! I definitely enjoy reading it and I have you bookmarked to check out new stuff you blog post.

  • #7

    buytadalafilonline (mardi, 06 novembre 2012 13:59)

    I intended to draft you this bit of remark in order to say thank you once again for the pretty guidelines you've documented here. It is quite strangely open-handed of you to present unhampered precisely what a lot of people could have made available as an electronic book to generate some cash for themselves, and in particular now that you could have tried it if you decided. Those good tips likewise served as a good way to recognize that some people have a similar dream the same as my personal own to understand a whole lot more concerning this condition. I am sure there are lots of more fun periods ahead for many who take a look at your website.

  • #8

    Juicers Reviews (mardi, 16 avril 2013 02:08)

    This post was exactly what I had been in search of!