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2011

Le tour de magie de l'Institut Montaigne

Voici peu nous observions que les partisans du maintien dans l'euro ne débattaient jamais sérieusement des conséquences d'une sortie suivie d'une dévaluation. Avec son étude du 12 décembre, l'Institut Montaigne répond à la critique. Pour le débat nous sommes donc servis, mais quant au sérieux, il faudra repasser...

 

En effet l'étude en question ressemble plus à un tour d'illusionniste qu'à une étude scientifiquement argumentée.

La méthode de l'Institut Montaigne

 

En s'appuyant sur un modèle économique du Trésor, MESANGE, l'Institut affirme pouvoir prévoir et chiffrer les conséquences d'une sortie de l'euro assortie d'une dévaluation de 20% du franc nouveau. 3 scénarios sont prévus, du pire au meilleur, afin d'être certain de saisir la réalité à venir, tous cependant prévoient une dégradation de la situation économique à court terme et à long terme. Comment cette prévision est faite?

 

MESANGE est une modélisation de l'économie française basée sur les données de la comptabilité nationale et sur des équilibres macro-économique ( Production nationale = Consommation + Investissement + Exportations – Importations), et sur des comportements économiques supposés (réaction de la consommation à une hausse des taux d'intérêt par exemple...) intégrés dans des équations. L'ensemble de cette construction donne une approximation de la réalité économique. Notons qu'une telle modélisation, qui est opérante pour décrire certaines évolutions économiques, s'appuie sur des bases idéologiques. En l'occurrence la théorie économique sous-jacente est néo-classique à long terme mais elle intègre des variations keynésienne à court terme (sur dix ans) (1).

A partir de cet ensemble d'équations qui tentent de rendre compte de la réalité, on peut observer l'impact exact, pour le modèle, de telle ou telle variation. Ainsi, une augmentation de l'investissement des administrations publiques de 1% du PIB va provoquer une hausse du PIB de 1,12% la première année et de 0,19% sur le long terme, selon le modèle MESANGE. De même, une hausse de 20% du prix du baril de pétrole va entraîner une baisse de 0,04% du PIB l'année qui suit, de 0,33% à long terme.

Ce que fait l'Institut Montaigne, c'est appliquer trois chocs prévus par MESANGE, une hausse des prix étrangers, une augmentation du coût du capital, une diminution de l'investissement des administrations. Sous des dehors scientifiques, l'intensité précise de ces chocs n'est pas du tout précisée, ce qui ne milite pas pour la transparence de l'étude. Mais ce qu'il faut bien comprendre est que le choix de ces trois chocs et le choix de leur intensité, qui détermine tous les résultats, est le fruit d'un raisonnement idéologique extrêmement contestable. En effet, l'Institut ne se contente pas d'appliquer une augmentation des prix étrangers, comme une dévaluation la provoquerait, il considère que le coût du capital, c'est-à-dire les taux d'emprunt de l'Etat et des acteurs privés se renchérirait considérablement, ce qui conduirait par ailleurs à une augmentation des dettes des administrations et donc à des coupes dans les investissements de celles-ci, pour équilibrer leurs comptes. L'augmentation des prix étrangers a alors un effet positif à court terme qui est largement annulé par les effets cumulés très négatifs et très puissants de l'augmentation du coût du capital et de la diminution de l'investissement public.

L'Institut Montaigne ne fait pas illusion
L'Institut Montaigne ne fait pas illusion

Le biais idéologique

 

Mais ce scénario est loin d'être assuré. La dévaluation, en effet, s'accompagne la plupart du temps de mesures de contrôle des capitaux qui limitent la fuite de ceux-ci à l'étranger, leur coût n'explose donc pas. Ensuite, la création monétaire de façon indirecte, ou le défaut de paiement de façon directe, limitent énormément la dépendance des administrations au coût du capital étranger. Ainsi les dévaluations récentes, en Argentine et en Russie, se sont accompagnées inévitablement de défauts et n'ont pas conduit du tout à une baisse des investissements publics.

Fait capital, c'est la politique de financement par les marchés, à des taux de plus en plus élevés, mouvement à l'œuvre aujourd'hui en Europe occidentale, qui a produit un assèchement des liquidités en Russie dans les années 90 en favorisant la spéculation des banques au dépens du crédit aux entreprises. (2)

La dévaluation et le défaut, au contraire, ont permis la relance du crédit et l'amélioration de l'investissement global après 98. Avec le retour à la compétitivité, c'est en fait la croissance qui l'emporte sur les supposés effets négatifs.

Autrement dit, les choix de l'institut Montaigne ne sont fondés sur rien de solides et sont faux. Le tour de passe-passe consistant à appliquer trois scénarios mais sans remettre en cause dans aucun d'eux ce biais idéologique ne peut pas nous tromper.

 

 

Trémarec

 

Les articles pour continuer :

 

  1. Le Commerce contre les Peuples
  2. Le Libéralisme économique a-t-il enfanté Hitler
  3. Supprimons les agences de notation
  4. Yves Calvi, l'indépendant...

 

Références

 

(1)Le modèle MÉSANGE nouvelle version réestimée en base 2000, document de travail de la DGTPE, http://www.tresor.bercy.gouv.fr/etudes/doctrav/pdf/cahiers-2010-02.pdf

(2)Jacques Sapir, La crise financière russe d'aôut 98, tournant de la transition en Russie?,2001, http://cemi.ehess.fr/docannexe.php?id=966

 

L'étude de l'Institut Montaigne: http://www.chiffrages-dechiffrages2012.fr/blog/2011/12/12/proposition-sortir-de-l%E2%80%99euro/

 

 

 

 

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Commentaires : 14
  • #1

    Le Souverain (lundi, 26 décembre 2011 16:22)

    Limpide, merci pour cet éclairage. A quand une contre-étude menée par l'Espoir?

    Cordialement.

  • #2

    Alain Balu (jeudi, 29 décembre 2011 12:17)

    Merci pour cette analyse qui nous révèle un dessous des cartes quelque peu malsain. On est loin, en effet, d'une approche scientifique honnête.
    De plus, comme le souligne Le Souverain (post n°1), cette étude ne pourrait signifier quelque chose que dans la comparaison avec le coût évidemment monstrueux du maintien éventuel de l'Euro.

  • #3

    Florian L. (mardi, 17 janvier 2012 14:18)

    Je viens de lire ce post et bien que n'étant pas proches des analyses de l'institut Montaigne, je vais tenter d'expliquer pourquoi leurs choix sont logiques. Tout d'abord, il faut noter que le modèle MESANGE est un modèle d'Equilibre général calculable (ECG) qui ne prend pas en compte la monnaie (comme la plupart des modèles ECG). Par conséquent, l'IM doit provoquer des chocs réels pour évaluer l'impact d'une sortie de l'euro. J'en viens maintenant aux choix des chocs.
    1) Hausse des prix des importations: Ce choix n'est pas discuté et est logique si la sortie de l'euro s'accompagne d'une perte de valeur de la monnaie locale (franc).
    2) Hausse du coût du capital & baisse de l'investissement: Je vais montrer que ce choix est également logique même en présence de contrôle sur les capitaux. Supposons une situation dans laquelle 1$=1€/1F avant la dévaluation et une situation post-dévaluation avec 1$=2F. Une entreprise (ou un Etat) qui avait une dette de 1000$ devait rembourser 1000F doit maintenant rembourser 2000F mécaniquement. Dès lors, le coût du remboursement des dettes libellées en devises s'accroît. Trois solutions sont envisageables: (a) Certains de ces agents (entreprises ou Etat) devront donc emprunter de nouveaux pour rembourser les dettes passées. Cette demande accrue va entraîner une hausse des taux d'intérêts si l'offre de fonds ne suit pas. Une politique expansive de la BC peut réduire ce problème. Néanmoins, en situation de mobilité des capitaux, cette politique va réduire la valeur de la monnaie locale ce qui va amplifier le problème initial. Si la mobilité des capitaux est restreinte (solution préconisée) alors l'effet peut être bénéfique. Néanmoins, si la BC accroît l'offre de fonds sans contrepartie cette création monétaire peut générer de l'inflation (or dans le cas d'une dévaluation l'offre nationale ne s'accroît pas). Enfin restreindre la mobilité des capitaux s'est aussi restreinte l'offre de fonds étrangers ce qui contracte l'offre de fonds et donc accroît les taux d'intérêts.
    (b) Une autre solution pour faire face à cette augmentation du coût de l'emprunt est d'allouer une part plus grande des dépenses aux remboursements de la dette au détriment des salariés/fonctionnaires et des investissements [Explication du choix de la contraction des investissements]
    (c) Répudier les dettes: Ce choix peut être une solution pour les Etats exclusivement. Le problème est qu'une telle politique va induire une défiance vis-à-vis des futures investisseurs qui de peur de subir une nouvelle expropriation vont demander des taux d'intérêts plus élevés dans le futur (cette raison a expliqué le choix des Etats-Unis au moment de leur création d'honorer les dettes des ex-colonies britanniques).

    Je pense avoir apporter qq éléments d'explications sur le choix effectués qui contrairement à ce qui est dit n'est pas dogmatique mais logique (et scientifique). J'espère pouvoir exposer plus souvent mon point de vue sur ce blog qui diffère de celui des auteurs. Je félicite d'ailleurs ceux-ci pour la qualité des post que j'ai lu même si je ne partage pas les opinions.

  • #4

    Trémarec (vendredi, 03 février 2012 10:12)

    @ Florian L.

    Je crois que le problème central est bien soulevé par votre commentaire: l'attitude à adopter face à la dette publique.

    Effectivement, en cas de sortie de l'euro suivie d'une dévaluation, le poids de la dette augmente mécaniquement. Dès lors, si l'on reste dans la logique conventionnelle, il est évident que le coût de son remboursement étouffera la croissance de l'économie, selon une logique qui est finalement à l'œuvre aujourd'hui en Grèce (où le coût du financement de l'économie est devenue si élevé qu'il compromet le bon fonctionnement de l'économie elle-même).

    Mais à moins de plonger dans une crise de liquidité telle que le troc réapparaîtrait et la production cesserait, il faudra bien, face à cette situation de renchérissement excessif de la dette, trouver une solution (de la même façon, l'actualité illustre mon propos pour la Grèce, dont la dette a crû de façon à rendre impossible son remboursement, et qui sera obligée de faire défaut en 2012). En conséquence, le défaut, effectivement, est inévitable. Certes, il provoquera un renchérissement des taux d'emprunt sur les marchés voir une impossibilité d'y accéder, mais cette situation, de toute façon, nous y sommes condamnés si nous ne faisons rien (à plus ou moins long terme certes), comme la Grèce aujourd'hui. La vérité est que les créances qui ont été accumulées par les investisseurs ont été structurellement trop importantes et demandent à être purgées. Cette situation risque d'ailleurs de se rencontrer partout, mais là n'est pas la question.

    Pour en revenir à l'étude de l'IM, il faut bien admettre que ses choix reposent sur la non considération du défaut. Mais si on suppose un défaut, et qu'on impose un contrôle des capitaux. La monnaie va de fait, connaître une dépréciation, ce qui va faire monter les prix étrangers (premier choc), mais en revanche le financement de l'économie et de l'Etat sera assuré, le choc 2 et le choc 3 ne se justifient donc pas, et encore moins dans les proportions utilisées.
    Il est vrai qu'on aura sans doute une poussée d'inflation, encore que la force de cette poussée puisse être discutée compte tenu de la large sous-utilisation d'un certain nombre de force productives en France. De plus cette inflation, si elle demeure contrôlée, ne sera pas nécessairement mauvaise en soi.
    Objectivement, si l'on part sur un scénario de défaut plus contrôle des changes/capitaux (ce qui revient de toute façon à une dévaluation), on ne peut appliquer que le choc 1 "augmentation du prix des importations", en revanche il est difficile d'en prévoir l'intensité puisqu'elle dépend de la réaction des marchés sur la demande de monnaie nationale. En tout les cas, MESANGE traduit cela par une augmentation de croissance à moyen terme (dix ans), ce qui contredit l'IM. J'ajoute que c'est ce qu'on observe dans les cas récents et très largement comparables à nous, de la Russie et de l'Argentine. Défaut + dévaluation, un an de récession le tps que la production s'ajuste aux nouveaux prix, puis une décennie de croissance vigoureuse. Certes ces deux pays sont différents du notre (importance des exportations agricoles en argentine, des ressources naturelles en Russie, donc forte sensibilité au cours de la monnaie), mais après tout la France est un des premiers exportateurs agricoles et à une industrie très ouverte sur le marché mondial, une dévaluation du franc ne pourrait que lui bénéficier à ce point de vue. Au delà de ces deux cas récents, les nombreuses dévaluations des années 30, en Angleterre, en Allemagne, aux EUA, ont eu des effets bénéfiques sur la croissance dans des conditions similaires d'ouverture des marchés.
    A chaque fois, j'insiste sur ce point, on n'observe pas de mécanisme de renchérissement des capitaux qui ruinent l'économie. On n'y assiste pas précisément parce que la dévaluation est l'ajustement qu'on trouve pour combattre cette situation.

    Dès lors l'argumentation de l'IM peut sembler logique, mais je ne pense pas qu'elle soit scientifique au sens où l'on aurait prouvé la justesse de sa démonstration. Tout cela demeure, et heureusement, en débat.

  • #5

    Florian L. (samedi, 04 février 2012 18:51)

    @ Theux:
    "Pour en revenir à l'étude de l'IM, il faut bien admettre que ses choix reposent sur la non considération du défaut. Mais si on suppose un défaut, et qu'on impose un contrôle des capitaux. La monnaie va de fait, connaître une dépréciation, ce qui va faire monter les prix étrangers (premier choc), mais en revanche le financement de l'économie et de l'Etat sera assuré, le choc 2 et le choc 3 ne se justifient donc pas, et encore moins dans les proportions utilisées." Pourquoi? J'ai plutôt tendance à croire que le choix du défaut + contrôle des capitaux va engendrer une forte augmentation des coûts par une contraction très importante des capitaux offerts (de la part des étrangers et des nationaux, l'inflation rongeant l'épargne et favorisant sa substitution d'actifs financiers vers des actifs non financiers comme l'immobiliers).
    "Il est vrai qu'on aura sans doute une poussée d'inflation, encore que la force de cette poussée puisse être discutée compte tenu de la large sous-utilisation d'un certain nombre de force productives en France." Ce raisonnement peut être valable à une condition près: Que les biens importés puissent être produits en France à un coût proche. Si cela est vrai pour un certain nombre de produits, cela n'est pas le cas des matières premières (pétrole, gaz) qui vont accroître la facture énergétique et donc le coût de production de l'ensemble des produits.

  • #6

    Trémarec (mardi, 07 février 2012 19:06)

    - Que l'on pense qu'une politique de défaut+ dévaluation provoque ou non de l'inflation, on doit reconnaître qu'à court terme, les capitaux seront disponibles précisément parce que de la création monétaire aura été réalisée pour financer l'Etat ("avances" au Trésor)et ensuite parceque les capitaux étrangers auront été bloqués en France et seront donc disponibles pour l'économie.

    A plus long terme, les effets sont plus discutables mais à court terme les capitaux sont disponibles.

    -A long terme ensuite, cette politique conduit à une baisse de la demande de monnaie nationale qui entraîne une dévaluation de fait. Ds ce cas, effectivement, le coût de certaines importations -- primordiale pour l'économie -- augmente. Mais la question est de savoir si cette augmentation du coût des matières premières a un effet plus puissant que celui de la stimulation de la production. A cette question seule l'observation des faits peut nous apporter une réponse. Et l'Histoire industrielle récente comme plus ancienne (années 30) montre bien une stimulation de la croissance après un ajustement monétaire. L'inflation -- et reste à savoir en quoi elle est un mal si elle reste sous contrôle -- n'explose pas même si elle peut évidemment augmenter. Mais encore une fois, n'est-ce pas inévitable et en quoi est-ce un mal si la croissance suit?

  • #7

    Florian L. (samedi, 25 février 2012 15:42)

    Vous proposez une expropriation (blocage des capitaux en France)? Dans ce cas, vous préconisez la fermeture économique purement et simplement.

    Cette politique est à mon avis caduque dans le sens où elle vise à favoriser le développement du commerce extérieur dans un pays qui tire sa croissance de la demande intérieure, cherchez l'erreur? Accroître le coût des biens importés va ponctionner le budget des ménages et les ressources des entreprises au prix d'une dépression économique.

  • #8

    James (dimanche, 26 février 2012 02:23)

    @Florian L.

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  • #9

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