mer.

22

févr.

2012

François Hollande sera-t-il Léon Blum ?

Mai 1936, en France.

Les élections législatives portent au pouvoir le Front Populaire. Communistes, Socialistes et Radicaux qui se sont rapprochés depuis le 6 février 1934 en réaction à la pression fasciste et antidémocratique des Ligues sont élus sur un programme à la fois pacifiste, réformiste et libéral. Léon Blum, chef de la SFIO, prend alors la tête d'un gouvernement d'influence pourtant plus radicale que socialiste, et privés des communistes qui ont finalement décidé de ne pas participer. Outre une réforme annoncée de la Banque de France, aux mains des « 200 familles », une politique de grands travaux ou encore la « réduction du temps de travail hebdomadaire », le Front Populaire à son arrivée n'est certes pas révolutionnaire ; il n'est pas non plus fixé sur ses capacités réelles d'action. « Le Pain, La Paix, La Liberté » voilà pour le slogan ; quant aux mesures annoncées, elles devront avant tout répondre, et au plus vite, à la crise économique qui a frappé la France en 1931. En définitive, bien plus que la volonté idéologique de s'immiscer dans l'économie, c'est l'espoir suscité par l'arrivée au pouvoir de la Gauche ainsi que les grèves qui s'en sont suivies, qui ont conduit Blum à l'action.

Le début des années 30 est marqué en France par la politique de rigueur, menée conjointement par, l'Alliance démocratique, le Parti radical et d'autres, défendue par Pierre Laval alors président du Conseil. Au programme, réduction des salaires des fonctionnaires, équilibre des comptes publics, politique du franc fort, dévaluation tardive, et récession. Un exemple si concluant qu'il inspire aujourd'hui encore les dirigeants de toute l'Europe, socialistes et libéraux dans leur course permanente à l'approbation des marchés, quitte à envisager de placer sous tutelle allemande leurs Peuples non « vertueux ».

Parmi eux, le président Nicolas Sarkozy, ouvertement « rigoriste » et pourtant si peu disert sur le vote honteux, hier après midi mardi 21 février 2012, du Mécanisme Européen de Stabilité (1), qui lie la France autant que tous les pays d'Europe à la réduction des dépenses publiques, organisée en coulisses par des technocrates et des financiers non élus. Autrefois prescrite dans une France menacée du Nord au Sud par le fascisme, la rigueur d'aujourd'hui s'impose à des sociétés pacifiées mais dépossédés de toute souveraineté et qu'il faudra bien convaincre de rester fidèle au régimes « démocratiques » qui leur serrent la vis en permanence.

L'arrogance de la droite et de son chef-président-candidat, dont les déclarations dénonçant « l'élite », « les experts », « les corps intermédiaires », et la haine du « Peuple », frôlent l'ignominie. Après 5 années passées à répéter qu'il n'y avait d'alternative à rien, le « président courage » ose tout. C'est d'ailleurs à ça qu'on le reconnaît.

La City de Londres
La City de Londres

Et le Parti Socialiste, que fait-il ?

Il est serein. Conscient que la détestation de Nicolas Sarkozy pourrait bien suffire à rafler la mise, les propositions avancées sont bien fades. Pareil au programme du Front Populaire en son temps, il ménage la chèvre et le chou, les marchés britanniques (2) et les ouvriers, les souverainistes autant que les européens. Ah! Si seulement nous étions autonomes, entend-t-on... mais la mondialisation, l'Europe... La gauche d'accord, mais pas trop. La banque d'investissement public, l'embauche de professeurs, de policiers, la taxation du capital, allons-y...

Mais le compromis, toujours. Au risque de s'égarer idéologiquement sans s'opposer frontalement au Mécanisme Européen de Stabilité, en soutenant la politique d'ingérence et de mépris en Grèce ; en s'obstinant à voir naïvement la concurrence et l'ouverture de toutes les frontières comme une chance qu'il faut expliquer, avec calme et pédagogie. A moins d'une grande ruse destinée à rallier les centristes, on voit mal le député de la Corrèze lever rageusement le poing place de la Bastille au soir de la victoire. On le voit mal également bousculer l'ordre établi en Europe au service des multinationales et des créanciers privés qui rançonnent toujours plus les contribuables nationaux, au nom de la liberté de commerce et d'entreprise.

 

Gardien de « la vieille maison » (3) socialiste libérale de notre époque, François Hollande est un politicien bonhomme et idéologiquement rompu à toutes les fourberies du marché. S'il est élu, et s'il décide de conduire une véritable politique socialiste, la chose ne viendra pas seule. Bienveillant certes, mais fanatique de l'Europe, formé par Delors et Mitterrand - ces grands fossoyeurs de la Gauche populaire, il ne bousculera l'Histoire que sous pression des plus malmenés d'entre nous, ouvriers menacés, chômeurs et jeunes précaires, professeurs et employés en tout genre, après des grèves et des manifestations ; quand, à l'espoir d'une Gauche pour de bon succédera l'exaspération de la rigueur « juste ».  Le changement, c'est maintenant.  Mais il faudra forcer la porte.

 

Frederichlist

 

 

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Sources

 

(1) voir cet article qui décrypte le vote : http://www.bastamag.net/article2142.html

(2) « Hollande a accordé une interview auGuardian où il évoque les années 80. «C'était la guerre froide et Mitterrand a nommé des communistes au gouvernement. Aujourd'hui il n'y a pas de communistes en France... La gauche a gouverné pendant quinze ans pendant lesquels elle a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir», déclare-t-il. » - http://www.20minutes.fr/ledirect/879845/hollande-accorde-interview-guardian-enerve-melenchon

(3) «Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. »

D’après le compte rendu sténographique du 18e congrès national du parti socialise SFIO tenu à Tours, les 25, 26, 27, 28, 29 et 30 décembre 1920. Le Congrès de Tours de 1920 marque la séparation en France entre la SFIO et le Parti Communiste qui rejoint la IIIème Internationale.

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Commentaires : 15
  • #1

    Happy Bob (vendredi, 24 février 2012 12:40)

    La gauche de la gauche peut elle monter encore, et ainsi forcer la main de Hollande ? Des manifs? Si un scénario à la grecque se profile, Monsieur Hollande aura droit à des émeutes.

  • #2

    Damoiseau L'Xé (dimanche, 26 février 2012 17:54)

    Connaissant votre site depuis peu, je voulais vous féliciter pour la pertinences de vos analyses et décryptages, qui mettent en lumière les trop nombreux travers (dont les médias) d'un système à bout de souffle (du moins les peuples qui le subissent).

    P.S.: sur la page d'accueil de mon compte twitter, je me suis permis de mettre un lien vers votre site, si cela peut améliorer son exposition un tant soit peu. En outre, je mets maintenant des liens vers vos articles très régulièrement. Les gens ont besoin de savoir, et surtout de comprendre!

  • #3

    bt (dimanche, 04 mars 2012 14:36)

    Bel hommage à François Hollande: être comparé à Blum c'est plutôt flatteur !

  • #4

    grabuge (lundi, 05 mars 2012 17:23)

    Flatteur pour un PS qui aime à se comparer à une gauche de combat. La politique de la SFIO et de Blum à l'époque est toujours aujourd'hui considérée comme une trahison par l’extrême gauche révolutionnaire, pour avoir aménagé le capitalisme sans le renverser.

  • #5

    Sté (jeudi, 15 mars 2012 01:09)

    Flatteur mais que penseriez vous si on vous apprenez que hollande était un tricheur, fraudeur etc... Mais attention les explications viennent d un ancien allié : http://www.france24.com/fr/20090910-melenchon-temoigne-’arrangements-ps-le-passe-

  • #6

    huntziger (jeudi, 15 mars 2012 11:14)

    non, il sera Pierre Laval, puisque la France est déjà battue économiquement par la Bundesrepublik

  • #7

    huntziger (jeudi, 15 mars 2012 11:16)

    En quoi une comparaison de Mollande avec Blum Léon serait-elle flatteuse pour lui ? Vous ne connaissez pas l'histoire de France !

  • #8

    jo1934edunom (jeudi, 22 mars 2012 14:03)

    Il n'y a jamais eu de menace fasciste en France !a dit René Rémond, historien de référence sur le XXe siècle.
    « Si l’on entend par ce mot tout ce qui n’est pas à gauche, à plus forte raison si l’on pose , comme le font les communistes, que le fascisme n’est que le recours de la bourgeoisie pour perpétuer sa domination menacée, il est clair que le fascisme a connu en France une très large extension (dans les années trente)……. ».
    « Mais …la plupart des organisations où la gauche a cru l’identifier ressortissent plus à la tradition autoritaire et populaire du bonapartisme ou du nationalisme ou s’apparentent à la droite contre-révolutionnaire , qui n’ont pas grand-chose en commun avec le fascisme et sont même en contradiction ouverte avec ses fondements ».

    On voit que L'auteur ici est dans la continuité de ceux qui ont accusé de son vivant de Gaulle de fascisme.

  • #9

    frederichlist (jeudi, 22 mars 2012 14:38)

    Vous aurez mal compris. La comparaison est faite entre une possible politique sociale non programmée, et finalement mise en œuvre sous pression de la rue. Si vous parcourez un instant ce site, vous constaterez que nous défendons avant tout une ligne souverainiste et anti-libérale souvent proche du Gaullisme.

  • #10

    Audibert (lundi, 26 mars 2012 13:24)

    Il aurait pu être Léon Blum. La crise fera peut être de lui le nouveau Pierre Mendes-france.

  • #11

    perla (dimanche, 01 avril 2012 06:34)

    que d'engouement pour hollande qui n'a jamais rien fait pour son pays et pour un partie socialiste qui nous a mener a la ruine

  • #12

    calamia (vendredi, 13 avril 2012 15:57)

    Mr. Hollande ne sait rien faire que gesticuler.Par contre il veut l'Elysée pour fanfaronner. S'il passe avant 1 an nous serons pires que la Grèce, rappelez vous bien ce que je vous dis aujourd'hui, et j'ai raison

  • #13

    Vox (samedi, 05 mai 2012 15:59)

    Ha, ha.
    Il passera pourtant... demain. Je pronostique 54,6%. Les paris sont ouverts !

  • #14

    Tropic (jeudi, 16 août 2012 14:05)

    Fine article dude

  • #15

    Mazzo (jeudi, 27 septembre 2012 19:58)

    Ne faites pas une présentation idyllique de Blum ! Lisez plutôt dans les ''Mémoires de guerre'' de de Gaulle le portrait qui ressort des deux rencontres décrites par celui qui,fin 1936, était encore colonel, et qui, en 1945, était Président du GPRF. Vous verrez que Blum,en 1936, n'a pas su s'élever au-dessus de sa fonction pour modifier complètement la stratégie de l'Etat Major, comme le lui demandait de Gaulle, afin de faire face à Hitler en plein essor ! Avec Daladier, qui était dans son gouvernement en 36 et qui est allé à Munich se ''coucher devant Hitler , Blum porte une grande responsabilité sur la suite des évènements. Blum invite de Gaulle à Matignon pour lui dire qu'il a confiance dans la ligne Maginot.
    En 1945, à son retour d'Allemagne,après son séjour comme prisonnier, il est dithyrambique sur les mérites de de Gaulle le ''sauveur'' de la France, mais il refuse d'entrer au gouvernement pour se consacrer au redressement de son parti plutôt qu'à celui de la France!
    Blum fut un homme très intelligent, très digne, mais comme homme politique, il fut, pour parler familièrement, plutôt ''à côté de la plaque''.