dim.

04

mars

2012

Pourquoi notre modèle de société n'est-il plus viable?

Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau

Dans l'histoire de l'humanité, les crises constituent toujours des moments clés. Elles sont propices à des remises en question. Comment sommes-nous tombés dans une une telle situation? Comment pouvons nous surmonter ces difficultés? Au sein d'un pays, comme la France, où la désindustrialisation se constate chaque jour un peu plus, le secteur des services était censé compenser ce phénomène. En effet dans les années 90, le discours dominant indiquait que l'avenir de la France ne passait plus par ses industries, dont notre pays ne devait conserver que les emplois à très haute valeur ajoutée, mais par ses services. Une vingtaine d'années plus tard le constat est accablant. Non seulement la France a perdu une grosse part de ses emplois peu qualifiés, au profit de pays à faible coût de production, mais elle commence également à comprendre que le processus est identique pour ses emplois hautement qualifiés.

Afin de compenser les effets désastreux de cette désindustrialisation en terme d'emplois, nos gouvernements successifs ont axé leurs efforts sur la tertiarisation de l'économie française. Dans une telle configuration la part d'emploi liée aux services doit aller grandissante mais quels métiers composent réellement ce secteur d'activité?

 

Actuellement les services à la personne constituent une part importante des métiers d'avenir. En effet le vieillissement programmée de la population française et le passage à la retraite de la génération du « baby boom », devrait générer une croissance exponentielle de la demande d'emploi dans ce secteur, ce qui constitue une formidable opportunité en ces temps de crise. Mais l'envers du décor est nettement moins flamboyant puisque beaucoup de ces métiers restent peu qualifiés, précaires et mal rémunérés. De plus les perspectives d'évolution restent bien souvent limitées. En clair ces emplois ne corrigent pas les inégalités de revenus et ont même tendance à les accroître en favorisant le travail des plus pauvres au service des plus riches comme le montre, malgré lui, le film « Intouchables ».

 

Intéressons-nous maintenant à l'évolution des métiers du secteur tertiaire. A cet égard l'exemple de France Telecom est un cas d'école puisque l'ouverture à la concurrence du marché de la téléphonie a provoqué une évolution radicale des métiers exercés au sein de cette entreprise. Les salariés ont été confrontés à cette nouvelle configuration qui les a contraint à opérer un changement d'attitude brutal puisqu'ils ont dû passer du statut de fonctionnaire au service de l'Etat et de l'intérêt général à un costume d'employé à qui la réalisation de profits est demandée. Du jour au lendemain, la direction s'est mise à la recherche de profils commerciaux au détriment de profils plus techniques. Pour les techniciens, il s'est agi de s'adapter ou de partir. Bien évidemment, ce changement complet de culture a nécessairement engendré des difficultés et des souffrances pour les salariés car le sens du travail, les méthodes utilisées et l'image de soi se sont alors complètement transformés. Cette souffrance au travail est certainement la cause du taux de suicide anormalement élevé chez France Telecom. Son ancien PDG, Didier Lombard a beau invoqué « une mode du suicide ». Personne n'est dupe. Ces suicides touchent, bien sûr, des personnes plus fragiles qui connaissant souvent des difficultés supplémentaires à l'extérieur du travail, mais l'impact des conditions de travail sur les taux de suicide ne peut pas être nié.

Jérôme Kerviel
Jérôme Kerviel

La question de l'intérêt de l'entreprise à un tel changement mérite également d'être posée, puisque la sous-utilisation ou l'utilisation à contre-emploi de ses techniciens correspond à une véritable perte d'expertise. Expertise qu'elle accroît en contrepartie au niveau de ses commerciaux. Il importe alors de savoir s'il vaut mieux détenir une véritable expertise en terme de réseaux de télécommunications ou en terme de vente de téléphones? Personnellement j'opte pour la première solution mais tout dépend de la société que l'on veut mettre en place.

 

A ce sujet un parallèle avec le cyclisme apparait particulièrement pertinent. Dans ce sport, la priorité est de remporter des victoires notamment la plus prestigieuse d'entre-elles: Le Tour de France. Pour atteindre ce but tous les moyens sont permis tant qu'ils ne sont pas dévoilés sur la place publique. Le « pas vu pas pris » fonctionne à merveille, puisque le vainqueur du Tour de France « dopé » mais pas contrôlé positif sera considéré comme un héros alors que le coureur propre mais n'obtenant pas de résultat ne fera jamais carrière. A l'inverse si le vainqueur du Tour est contrôlé positif alors il est bon à « jeter aux chiens ». Le système préfère éliminer ses enfants chéris plutôt que procéder à sa propre remise en question.

 

Pour l'entreprise et notamment le milieu des banques et de la finance, le système fonctionne exactement de la même manière. A ce sujet l'affaire « Kerviel » est particulièrement édifiante. Tant que ce dernier réalisait des profits vertigineux, ses supérieurs fermaient les yeux sur les méthodes utilisées. En revanche, dès que la situation s'est inversée, l'ensemble des acteurs de la société Générale l'ont accusé en lui accordant tous les tords. Comme dans le milieu du cyclisme, le système préfère éliminer ses « moutons noirs » plutôt que de remettre en cause son fonctionnement qui a pourtant conduit à de tels comportements.

Ainsi le type de fonctionnement des entreprises commerciales fait en sorte de mettre les individus sous pression pour les contraindre à accomplir des actes qu'ils ne réaliseraient pas en temps normal.

Les classements réalisés entre individus ou groupe d'individus exacerbent la concurrence entre les différents salariés. En conséquence ces derniers ne raisonnent plus en terme de groupe qui serait exploité par une hiérarchie coupable mais en terme d'individu qui doit sauver sa place en montrant à ses supérieurs qu'il est meilleur que tel ou tel autre.

 

Ce type de classement peut également biaiser l'image qu'un salarié peut avoir de son travail. Depuis l'enfance chacun d'entre-nous a pris l'habitude de se faire évaluer en recevant des notes et de les comparer à celles des autres. La différence fondamentale est que l'obtention d'une bonne note à l'école correspond à la réalisation d'un travail académique où les capacités d'analyse, de réflexion ou de restitution des informations sont évaluées. Dans le monde des entreprises commerciales, rien de tout cela. Le classement correspond à un résultat de vente. Point barre. La réflexion intellectuelle n'est pas évaluée puisque inutile voire néfaste lorsqu'elle est susceptible de critiquer le système en place. En effet, il est frappant de constater l'absence de place laissée à la critique au sein des entreprises commerciales. Le produit à vendre ne doit pas être critiqué sous peine d'être taxé de mauvais esprit ou de pessimisme notoire. En résumé, nos entreprises commerciales cherchent à recruter des bons « petits » soldats prêts à se sacrifier corps et âme au service de l'entreprise mais sans réfléchir au système de fonctionnement de la firme. Elles privilégient donc le recrutement de travailleurs au détriment de citoyens.

La Sorbonne
La Sorbonne

Il s'agit là d'un combat essentiel que nous devrons mener à l'avenir sur la privatisation de l'enseignement. Il faut refuser les dogmes néo-libéraux qui visent à considérer les études comme un simple investissement. Ces derniers ont déjà remporté les premières batailles avec la mise en place de l'autonomie des Universités qui vont se calquer sur le modèle anglo-saxon avec en particulier une explosion des droits d'inscription qui conditionne son accès à l'obtention d'une bourse pour les classes populaires.

 

Au bout d'un moment, il est impossible de ne pas se questionner sur le rôle et la réalité de notre société. Qu'aspirons nous à construire? Désirons-nous remplacer nos ingénieurs par des commerciaux? Préférons nous détenir une expertise sur la fabrication de téléphones portables ou sur leur vente? Voulons-nous voir les inégalités sociales se creuser encore davantage dans notre pays?

Souhaitons-nous produire des travailleurs capable de s'échiner sur des tâches très spécifiques tout en ignorant complètement l'environnement et le fonctionnement de la société pour laquelle ils travaillent? Cela peut mener à de terribles dérives comme Hannah Arendt s'est efforcée de le démontrer au travers du cas du dirigeant nazi, Adolf Eichmann, dans son étude sur la banalité du mal. Le modèle actuel de notre société n'est plus viable si l'on ne souhaite pas dériver vers une véritable tiers-mondialisation. A l'avenir notre défi sera donc d'en inventer un nouveau. Et l'avenir c'est déjà demain...

 

 

Theux

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Commentaires : 35
  • #1

    Nathalie J (lundi, 05 mars 2012 00:50)

    Bravo pour le site que je découvre... Les quelques articles que j'ai lus sont très pédagogiques...et permettent une belle réflexion sur le modèle de société que nous souhaitons pour demain...Au passage et pour l'anecdote, je me souviens de mes cours d'économie fin des années 80: il est vrai qu'on ne jurait plus que par le terciaire,la forte diminution des secteurs primaires et secondaires ne semblait inquiéter personne...

  • #2

    Damoiseau L'Xé (lundi, 05 mars 2012 20:53)

    Il est "amusant" de constater que les grands groupes font tout pour délocaliser, y compris dans le secteur tertiaire. En ce sens, l'exemple d'Orange (ex-France Télécom donc) est intéressant : il essaye de délocaliser un maximum de services (service après-vente, assistance technique par Tél etc.) dans des pays où l'employé coûte peu cher, et où il est souvent corvéable (souvent les pays du Maghreb dans ce cas précis). Preuve que ce phénomène ne touche pas que les deux premiers secteurs. C'est devenu un des principes fondamentaux de ces grands groupes qui ne courent qu'après le profit.

    Ce qui pose question aussi c'est la philosophie de ces groupes, dans la société de consommation que l'on vit : ils veulent faire consommer et vendre un maximum de biens et services aux occidentaux, sans leur donner le travail qui leur permettrait de les acquérir. Drôle de paradoxe! Ce système bénéficie donc des solidarités et des redistributions des États, alors qu'il les combat par ailleurs. Encore un paradoxe!

    Trop de paradoxes, pour imaginer que cette société fagocitée par le néolibéralisme soit pérenne...

  • #3

    miluz (mardi, 06 mars 2012 10:52)

    Je suppose que les "services à la personne", c'est à dire ménage, courses, soin du corps (dont changement des couches, lavages des parties intimes), soin de l'esprit (c'est à dire "amitié" contre monnaie trébuchante), sont des métiers d'avenir réservés aux hommes.. hmm? Ce sont des hommes bien-sûr, connus pour leur sens des responsabilités, du sacrifice et leur dévouement, qui vont s'en charger. Quand les femmes vont se ruer sur le secteur tertiaire. A vos claviers, Mesdames! C'est l'Espoir qui le dit.

  • #4

    Damoiseau L'Xé (mardi, 06 mars 2012 12:03)

    @miluz
    Tu dois avoir de sérieux problèmes de compréhension : je ne vois pas où as-tu vu dans ce billet une évocation du genre? Curieux... Ou bien, plus certainement, tu nous fais un délire de persécution...

  • #5

    mary (mercredi, 07 mars 2012 14:55)

    Et avec le M.E.S. la tiers mondialisation est pour dans quelques mois . Voila où la droite et les "socialistes " nous ont mené en se soumettant à la politique néo libérale depuis le traité de masstrich!

  • #6

    Vin (vendredi, 09 mars 2012 21:51)

    La situation économique actuelle nous amène aujourd'hui dans une impasse :

    http://www.blogactualite.org/2012/02/lorigine-des-crises-economiques.html

    http://www.blogactualite.org/2012/03/comprendre-la-situation-economique-en.html

  • #7

    Peire (mercredi, 14 mars 2012 17:18)

    Dans les telecom, nous en sommes arrivé à délocaliser certains services d’ingénierie en Inde, Chine, Liban... En leur demandant de travailler sur nos horaires de travail.

  • #8

    HEWSTONE (jeudi, 15 mars 2012 09:18)

    Superbe analyse d'une situation opaque permettant le libre choix de croire ou de ne pas croire en l'évolution naturelle des idées nées d'un héritage culturel, lequel entretient un pouvoir d'arrogance sociale, professionnelle, et économique. Comme partout on aime montrer les quelques échappés du système autant qu'on aime pointer du doigt ceux qui l'abusent. Néanmoins, le statut quo est ce qu'il est, avec le rigueur de maintenir ce qui est, s'amusant à défaire l'histoire populaire, qu'elle non plus n'a pas sa place dans le monde moderne. Détruire les bases sociales de la France d'en bas n'est autre que de faire croire que le changement est une bonne chose. Mais ne touchez pas à nos institutions intellectuelles pour peur d'entendre des cries de "casse". Nul a changé depuis la révolution bourgeoise de 1789. La Noblesse relève sa tête avec fierté ces jours ci, et honte à lui qui demande la "Liberté, Egalité, Fraternité" d'antan.

  • #9

    ericgallier@yahoo.fr (dimanche, 18 mars 2012 09:05)

    Site l'espoir

  • #10

    secteur (samedi, 24 mars 2012 11:00)

    En lisant ce billet je pense à un livre d'un économiste américain Jeremy Rifkin "La Fin du travail", 1996.

  • #11

    herve (dimanche, 25 mars 2012 20:14)

    interessant

  • #12

    Lucie (mercredi, 28 mars 2012 11:46)

    Si je puis me permettre, et cet espace est aussi fait pour cela, pour échanger, votre analyse est complétement limitée.
    De fait, la désindustrialisation a commencé il y a bien belle lurette. Continuer à se lamenter sur la perte de nos emplois au profit des puissances émergentes - pourquoi, d'ailleurs, s'obstiner à les appeler ainsi; émergentes elles ne le sont plus tout à fait- s'obstiner sur ce point donc, est une perte de temps et un manque cruel de vue.
    La Chine, l'Inde et le Brésil sont les nouveaux pôles, que vous l'acceptiez ou non. Le monde que vous semblez regretter n'est PLUS envisageable. Dit plus clairement: je trouve votre analyse très franco-française, ce qui est bien le problème de beaucoup de nos politiques actuels cela dit. Il est juste impossible de penser les problèmes que rencontre notre société sans les remettre dans leur contexte, qui est un contexte global, ce que vous semblez oublier. On ne peut pas extraire la France du monde, elle vit dans le monde et avec lui. Les choses sont ainsi faites.
    Il s'agirait d'envisager ce monde tel qu'il s'est transformé au cours des 3 dernières décennies: un monde interconnecté où tout n'est que flux: devises, produits, personnes.
    Aussi, vous voulez proposer une réflexion sur les raisons qui conduisent notre modèle à s'effondrer, mais vous omettez totalement d'évoquer les nouvelles technologies! Vous parlez du futur sans parler de ce qui fait et fera notre futur. C'est un manque de pertinence! Internet et ses outils sont le nouveau canal que la société doit solliciter pour pallier l'inexistence inextricable de marge de manœuvre de nos politiques. Le nouveau modèle sera inventé par la base, c'est à dire nous. Ce que nous vivons actuellement est une mutation profonde de l'articulation de nos sociétés occidentales. Chacun et chacune, nous conservons notre savoir-faire, nos connaissances, nos expériences et les maîtrises de nos métiers. La crise n'est pas celle de la productivité mais celle de l'emploi. Et qui détient la productivité? La base, la population. L'état providence n'est plus, il ne peut plus être, il n'a plus les moyens de protéger sa population. Comment le pourrait-il lorsque la dictature des devises que nous vivons est basée sur l'invisibilité des flux et la toute-puissance de la spéculation qui fait et défait les cours, fait et défait des économies entières! Il y a un véritable réapprentissage, je crois, à mettre en œuvre quant à notre indépendance. L'économie ne peut s'envisager sans le modèle politique dans lequel elle s'inscrit. La démocratie de demain sera celle de la population, pas celle que nous élirons et mandaterons, non, celle que nous pratiquerons nous-même. Il y a là l'autosuffisance, la réduction des marges par une distribution directe, oui l'écologie sera la clef, sans oublier Internet et les nouvelles technologies. Nous avons à inventer le modèle de demain et l'invention se créée aujourd'hui même. Mettons-y nous! Et cessons de tergiverser sur pourquoi la France ceci, pourquoi la France cela. Pensons le monde large car il est l'est!

  • #13

    arkel (jeudi, 29 mars 2012 15:52)

    votre article trahit toutes les contradictions des discours de gauche.

    vous vous plaignez du développement des métiers peu qualifiés comme les services à la personne. à vous entendre, tout le monde devrait être cadre et travailler dans un bureau (c'est l'aspiration générale dans notre société semble-t-il). mais tout le monde ne peut pas être cadre: il faut bien qu'il y ait quelque chose à encadrer!!! même contradiction lorsque la gauche déplore la "désindustrialisation", alors que les enseignants de gauche prétendent "faire réussir tout le monde" (traduire = faire faire des bac + 5 dans des domaines intellectuels à 100% de la population). or quand les gens ont passé 7 ans dans le secondaire et 5 ans ou plus dans le supérieur, ils ne veulent pas (et ne peuvent pas non plus d'ailleurs) devenir ouvriers. les gauchistes veulent réindustrialiser, mais ils veulent que personne ne devienne ouvrier^^

    reprenons donc tout depuis le début:

    une économie ne peut pas tourner qu'avec des ingénieurs, des chercheurs et des avocats. les gens ont besoin de manger: il faut donc qu'il y ait des gens qui travaillent dans l'agriculture, l'élevage, et l'agro-alimentaire, et qui conduisent les camions qui acheminent la nourriture des usines aux magasins, pour les nourrir. bon, certes, on pourrait importer 100% de notre nourriture, mais il me semble que ce ne serait pertinent ni du point de vue économique, ni du point de vue stratégique.

    continuons. les gens ont aussi besoin de faire garder leurs enfants et de s'occuper de leurs grands-parents pendant qu'ils travaillent, de prendre le métro ou la voiture pour se rendre à leur bureau, donc il faut bien qu'il y ait des services à la personne, des mécaniciens, des pompistes, des conducteurs de train et de RER. ils vont aller au restaurant, partir en voyage, etc., donc il faudra aussi des femmes de chambre, des serveurs, des stewarts et hôtesses de l'air, etc.

    conclusion: tout le monde ne peut pas exercer des professions intellectuelles supérieures (tout le monde n'en a pas les capacités, d'ailleurs).

  • #14

    arkel (jeudi, 29 mars 2012 15:53)

    suite.

    on diabolise le marché en france, mais si on analyse l'échec de l'expérience soviétique, on se rend compte que l'une de ses raisons principales, c'est l'absence de marché justement. la planificateur ne sait pas ce que les gens ont envie d'acheter. dans une économie de marché, si les gens préfèrent acheter un produit A plutôt qu'un produit B, on réduit la production de l'usine qui produit B (voire on la ferme), et on augmente la production de A. et encore autre chose: si une innovation technique ou une amélioration du process de production permet de produire à moindre coût, l'entreprise qui est la première à mettre en oeuvre cette innovation acquiert un avantage sur ses concurrentes, elle va faire plus de bénéfices ou baisser ses prix et capter une plus grande part du marché à ses concurrentes, de sorte qu'elles seront obligées d'aligner leurs process sur ceux de l'entreprise la plus performante. c'est d'ailleurs la SEULE façon d'accroître le bien-être matériel général (mais évidemment, lorsqu'une entreprise marche mal et que ses produits ne se vendent pas, ou que les progrès de la productivité engendrent des suppressions d'emplois, les gauchistes font tout pour empêcher ces évolutions nécessaires et obliger les entreprises qui marchent à subventionner les canards boîteux^^)

  • #15

    arkel (jeudi, 29 mars 2012 15:54)

    suite:

    concernant les services à la personne: il est inepte de se plaindre que leur développement engendre la création d'emplois peu qualifiés. d'une part, il y a plein de gens qui sortent de l'école avec un niveau très faible et qui ne peuvent pas occuper d'autres emplois (les gauchistes me diront que c'est parce qu'on n'a pas dépensé assez d'argent pour les former, mais bien sûr^^) et d'autre part, ce sont les BESOINS qui doivent déterminer la structure du marché du travail. on ne va pas créer des emplois d'ingénieur subventionnés pour faire plaisir aux gens, quand dans le même temps des besoins élémentaires ne sont pas satisfaits. c'est à l'appareil de production à répondre à la demande et non aux besoins de s'adapter à celui-ci!!!

    d'où une contradiction: les gens veulent que mamie soit torchée, que leurs WC soient débouchés lorsque nécessaire, que les avions décollent lorsqu'ils partent en vacances, que le moteur de leur voiture s'allume lorsqu'ils partent le matin, etc. mais personne ne veut torcher les vieux, déboucher les tuyauteries et mettre les mains dans le cambouis^^ c'est HUMAIN me direz-vous. mais bon, c'est bien gentil, mais il faut aussi être cohérent^^

    concernant les délocalisations, il ne faut pas croire que le niveau plus bas des salaires en soit la seule motivation, certaines entreprises qui auraient souhaité installer leurs usines en europe y ont renoncé du fait des contraintes environnementales et administratives (personne ne veut d'usines sur sa commune, on a là encore une belle contradiction entre les discours et les actes).

    il faudrait aussi dire aux gens que si on relocalise tout, ils paieront beaucoup de choses beaucoup plus cher (et du coup auront moins d'argent à dépenser ailleurs). si je paye ma voiture 2000 euros de plus, mon micro-ondes ou mon téléphone 50 euros de plus, etc. ben j'aurai moins d'argent pour aller au cinéma, au restaurant, etc., donc ça va faire moins d'emplois ailleurs. (à supposer que l'on puisse relocaliser la production de smartphones en france, sachant que certains composants sont fabriqués au Japon, d'autres aux US et que l'assemblage est fait en Chine, je vous dis pas les difficultés).

    j'ajouterais qu'obliger les gens à acheter français, dans les domaines où les produits français ne sont pas compétitifs, c'est les obliger à acheter de la m... c'était la même chose en URSS: certes ils achetaient des voitures soviétiques, mais ils n'avaient pas d'autre choix que de rouler en Lada^^

  • #16

    arkel (jeudi, 29 mars 2012 15:55)

    suite et fin:

    si vous voulez vivre bien, il faut produire des biens et des services que les gens sont prêts à payer cher, donc de bonne qualité. vivoter sur un marché clos, où les consommateurs sont captifs, ce n'est pas la meilleure manière d'inciter les entreprises françaises à améliorer leurs produits.

    de plus je ne vois pas pourquoi les gens dans les pays émergents n'auraient pas le droit d'améliorer leur niveau de vie. le point de vue de votre article reflète l'égoïsme des pauvres des pays riches, qui profitent des bas salaires dans les pays émergents pour s'acheter des produits pas chers, réclament des emplois faciles et bien payés, et s'accrochent à un mode de vie hérité des 30 glorieuses mais totalement non soutenable (par exemple ils se scandalisent lorsque l'essence devient trop chère, mais c'est la conséquence de la hausse de la demande mondiale et de la hausse du niveau de vie dans les pays émergents justement, de quel droit empêcherait-on ces gens de consommer plus de pétrole alors que ça fait un siècle qu'on se gave nous les Occidentaux? les ressources étant finies, la hausse du niveau de vie des uns se traduit par une tension du côté des ressources, c'est un aspect essentiel du problème que vous occultez soigneusement).

    par ailleurs lorsque vous dites au sujet des salariés de FT "Les salariés ont été confrontés à cette nouvelle configuration qui les a contraint à opérer un changement d'attitude brutal puisqu'ils ont dû passer du statut de fonctionnaire au service de l'Etat et de l'intérêt général..." ... hem... rappelons qu'à la fin du monopole FT faisait payer l'abonnement seul 13 euros par mois avant même de commencer à téléphoner... maintenant je paye 33 euros pour l'abonnement + les communications illimitées fixe+mobile en france + vers 150 pays + l'internet haut débit... alors quand vous dites qu'ils étaient au service de l'intérêt général... ils étaient surtout au service de leur propre intérêt, hein^^

    bref il y aurait beaucoup de choses à dire mais je vais en rester là pour le moment...

  • #17

    HugBert (vendredi, 06 avril 2012 08:38)

    Les dernières réponses me laissent pantois. L'internet, les nouvelles technologies (et je travaille en plein dedans), il ne faut pas prendre les chinois, brésiliens et autres indiens pour des cons. Ils ont déjà investi le secteur et vont bientôt nous expliquer qu'ils n'ont plus besoin de nous.

    On peut déjà constater les effets délétère de la mondialisation. Par exemple en Chine avec une minorité de possédant et une majorité d'ouvrier sans le sous et sans avenir. La mondialisation exacerbe les inégalités quel que soit le pays.

    Dire que l'avenir est entre nos mains est déresponsabiliser tous nos cadres qui, une fois leur larçin réalisé, n'ont plus qu'à continuer leur chemin tranquillement. La mondialisation est exactement la destruction de l'état qui va être remplacé par des mastodontes commerciaux qui n'ont pas absolument rien de démocratique. Et pour le grand malheur de la plupart.

    Mais oui, l'avenir est entre nos mains : boutons hors d'ici cette engeance mais, pour l'instant, l'échelon national me semble être la seule unité permettant ce changement.

    PS : la fin de l'état providence, c'est le retour à la jungle d'antan... réellement, l'homme a progressé parce qu'il a décidé de travailler en groupe.

  • #18

    arkel (samedi, 07 avril 2012 14:11)

    "Les dernières réponses me laissent pantois.": vos arguments svp?

    "L'internet, les nouvelles technologies (et je travaille en plein dedans), il ne faut pas prendre les chinois, brésiliens et autres indiens pour des cons. Ils ont déjà investi le secteur et vont bientôt nous expliquer qu'ils n'ont plus besoin de nous." : ben oui et c'est normal. c'est à nous de faire ce qu'il faut pour rester les meilleurs. évidemment, avec nos déficits, nos gaspillages, notre système éducatif niveleur par le bas, etc. etc. (merci les idéologies socialisantes), on n'en prend pas le chemin.

    par ailleurs je ne sais pas où vous avez lu que je ne pensais pas que nos dirigeants d'entreprises avaient fait une grosse c... en acceptant des transferts de technologies massifs depuis 30 ans. mais sur le principe, ils ont parfaitement le droit de nous concurrencer sur les segments de haute technologie. les gens en France ne l'ont toujours pas compris, mais avoir un niveau de vie supérieur aux autres, ça se mérite :D

  • #19

    arkel (samedi, 07 avril 2012 14:14)

    sinon, pour le reste de votre intervention, je ne répondrai pas: trop de jugements de valeurs, c'est un prêche et pas une argumentation à ce niveau-là. opposer la "jungle" (pas bien^^) et le "groupe" est très simpliste, je ne pense pas que l'on puisse bâtir un système économique sans compétition et je suis prêt à en débattre, mais avec des arguments rationnels.

  • #20

    Phil (dimanche, 08 avril 2012 02:09)

    Ce schéma se reproduit dans le monde entier et n'a rien de franco-français.

    Soit, les chinois (par exemple)ont une grande croissance, mais ce n'est seulement que pour rattraper les dizaines d'années de retard sur le reste du monde capitaliste.
    Dans moins de 10 ans, ils seront confrontés aux mêmes problèmes que nous car ce n'est pas leur marché interne seul qui va suffire à maintenir une croissance à deux chiffres.
    Cela est aussi valable pour l'Inde et autres pays en pleine expansion bien sûr.

    La volonté des neo-libéraux de transformer les travailleurs du monde entier en travailleurs chinois (ou autres exploités) est à peine masquée.

    Quand à l'excuse de "tout le monde ne peut pas être cadre" pour justifier les écarts de salaire mirobolants de certains, elle ne marche pas non plus.

    Si l'on devait réellement payer le travail selon les critères du mérite et de la pénibilité, les infirmières, les travailleurs du bâtiment, du secteur hôtelier et autres exploités devraient gagner plus que la plupart des cadres.

    C'est trop facile de mélanger rémunération et mérite sans les remettre en question avec de vrais critères, et non pas celui du marché.

  • #21

    arkel (jeudi, 12 avril 2012)

    "Quand à l'excuse de "tout le monde ne peut pas être cadre" pour justifier les écarts de salaire mirobolants de certains, elle ne marche pas non plus.

    Si l'on devait réellement payer le travail selon les critères du mérite et de la pénibilité, les infirmières, les travailleurs du bâtiment, du secteur hôtelier et autres exploités devraient gagner plus que la plupart des cadres.

    C'est trop facile de mélanger rémunération et mérite sans les remettre en question avec de vrais critères, et non pas celui du marché.": donc pour vous, le salaire doit être proportionnel au diamètre des auréoles de transpiration sous les bras? :D

  • #22

    Batdan (samedi, 21 avril 2012 18:27)

    @ arkel

    "donc pour vous, le salaire doit être proportionnel au diamètre des auréoles de transpiration sous les bras? :D"

    Et pour vous tous les cadres méritent leur salaire !

    Soyons sérieux, je peux comprendre que certains titulaires de doctorats ou ayant un niveau d'expert dans un domaine quel qu'il soit aient un salaire élevé, mais quand on voit certains cadres toucher 3 à 5 fois plus que des salariés ayant un niveau de compétence beaucoup plus pointu, il y a bien un problème

  • #23

    Vox (samedi, 05 mai 2012 15:29)

    Intéressant échange de vues.
    J'aimerais porter à votre attention le cas bien particulier de ces professions dites "intellectuelles" que sont les professeurs (disons, à partir des agrégés en lycée jusqu'aux profs de fac).
    Prenons un exemple : un prof de langue (au hasard) dans un lycée français doit 18h de cours par semaine. Bien sûr, officiellement il lui faut préparer ces cours puis corriger les copies, ce qui peut l'amener (s'il fait correctement son travail) à doubler les heures effectives de travail, cours compris.
    Cela est vrai à chaque fois qu'il a un niveau pour la première fois. Or, le lycée comprend 3 niveaux. Donc, postulons que pendant 3 ans il doive travailler environ 36 heures par semaine pour un salaire d'environ 3 000 euros (c'est un exemple). Que se passe-t-il la 4e année ? Aucun prof de lycée n'est à ma connaissance tenu de réécrire ses cours d'une année sur l'autre, au pire il doit les actualiser, ce qui bien sûr lui demander beaucoup moins de temps.
    Parallèlement, il suit le rythme scolaire de ses élèves, c'est-à-dire qu'il ne travaille pas pendant 16 semaines par an. 16 semaines, c'est un peu moins de 4 mois.
    Pendant ces 4 mois non seulement il est payé à plein salaire (à se reposer, son métier étant de son aveu propre "exténuant"... il faudrait demander son avis à un travailleur manuel ou à une infirmière sur la question...), mais, s'il a des enfants, il n'a pas à débourser quoi que ce soit pour les faire garder, ou à embaucher quelqu'un pour s'en occuper à sa place. Circuit fermé, donc.
    Ma question est la suivante : combien de temps allons-nous encore payer des gens à ne rien faire pendant 4 mois par an ? Pourquoi y a-t-il une si grande disparité de traitement entre un prof (de langue, pour l'exemple) et une infirmière ? Pourquoi ne demande-t-on pas à ces personnes, indépendamment des congés "normaux" auxquels elles auraient droit, de se rendre utiles dans une société qui en a bien besoin : faire du soutien, par exemple, ou animer des ateliers, etc. ? Comment un prof peut-il se croire si "intellectuellement supérieur" (ce qui est de nos jours totalement faux : c'est un métier où l'on se sert de moins en moins de ses capacités de réflexion et où l'on rabâche de plus en plus) pour soutenir qu'il a le "droit" d'être payé à ne rien faire par les contribuables pendant quelques 11 semaines supplémentaires par rapport au "commun des mortels" ?
    Cette remarque, bien sûr, ne justifie pas l'entreprise de démolition systématique de l'éducation nationale entreprise par les gouvernements successifs depuis quelques décennies.
    Mais enfin... on ne peut pas avoir le beurre ET l'argent du beurre. Nous ne visons plus dans un monde capable de gérer des dinosaures pareils, accrochés à des privilèges (oui, des PRIVILEGES) qu'on pensait avoir abolis en décapitant l'Ancien Régime.

  • #24

    Guti (dimanche, 13 mai 2012 12:34)

    @Vox: Commentaire hilarant.
    Tu confirmes parfaitement l'un des points évoqués par l'auteur de l’article : dénoncer une minorité pour cacher le mal global.
    Et sincèrement si pour toi être prof au lycée c'est être un "dinosaure accroché à des privilèges" et bien on ne vit pas dans le même monde.
    C'est le système éducatif qu'il faut modifier, mais il est vrai il est plus simple de tirer sur les professeurs en les montrant du doigt!
    Il faut re-créditer les professeurs la est le fond du problème.Un système éducatif performant passe un point essentiel: l'acceptation de tous. Tant qu'on continuera à baver sur les professeurs au lieu d'aller dans un sens commun afin d’améliorer le système, aucune évolution positive ne sera faite.

  • #25

    halevy (mardi, 19 juin 2012 09:44)

    La mutation de notre société est déjà enclenchée depuis un bon moment en faveur des inégalités sociales et des boucs émissaires que cela a créé à la suite du déclassement d'une certaine partie de la population, à savoir les classes moyennes qui tendent à disparaître et quand aux services à la personnes, pour l'avoir expérimenté durant un certain temps, je n'en ai ressenti qu'un profond malaise..

  • #26

    philippe (mardi, 02 octobre 2012 15:54)

    accumuler des mensonges su les horaires des professeurs et leur quantité de travail sans compter affirmer qu'ils gagnent le double que dans la réalité montre plus une volonté de nuire que de rendre un système plus juste. Je pense que si le salaire passe á 3000 euros comme tu l affirmes tous les profs seront comptant de n’être en vacance que 5 semaines par ans et de toucher un treizième mois,Surtout si ils n'ont strictement rien a faire pendant leurs congés.

  • #27

    Guadet (vendredi, 12 octobre 2012 12:14)

    @ Vox
    3000 Euros un enseignant qui débute ?!?!?
    Un professeur débutant est à peine payé plus qu'un smic et les deux mois d'été ne sont pas payés.
    3000€, je ne sais même pas si le professeur d'Université qui a gravi tous les échelons et qui arrive en fin de carrière touche ça, alors qu'il a fallu pour en arriver là qu'il travaille beaucoup plus que tout ce que vous pouvez imaginer.

  • #28

    malomarie (mercredi, 24 octobre 2012 17:54)

    Ça n'a pas raté, tous les sites qui font leur pub dans les commentaires d'autres sites (généralement des quotidiens) réinventent à chaque fois le fil à couper le beurre. Du bla-bla tiédasse dont je ne suis pas sûr qu'il ne fasse pas + de mal que de bien. A ce demander même s'ils ne sont pas des super trolls du grand Capital...

  • #29

    senhadji (jeudi, 10 janvier 2013 10:33)

    Interressant

  • #30

    Edgar Schmol (jeudi, 10 janvier 2013 11:06)

    Point Godwin atteint dans le dernier paragraphe. Tout le reste est disqualifié de fait.

  • #31

    dede (vendredi, 11 janvier 2013 15:49)

    @Edgar Schmol

    Le point Godwin c'est une belle connerie, en quoi parler de quelque chose qui se rapproche des nazis peut discréditer un discours ? Les nazis ont existé, comme plein d'autres choses et sont un fait marquant de l'histoire, il y a d'importantes leçons à en tirer.

    Le point Godwin ne sert qu'à ceux qui n'ont pas d'arguments et veulent discréditer un discours sans effort, comme vous-même.

  • #32

    Démocratie = pouvoir politique du peuple (mardi, 15 janvier 2013 21:24)

    Bonne analyse, et bien menée.

    Je tiens à te faire partager mon point de vue pour que l'on puisse trouver des solutions.

    Je vois beaucoup de commentaires: "les gauchistes ont fait cela..." ; "les cadres sont comme ci..." Tout cela est assez pauvre.

    Je crois qu'il faut délaisser l'approche économique (capitalisme contre socialisme, cela fait très "guerre froide"), pour approcher ce qui est selon moi essentiel: le politique.

    Je crois effectivement que tous le problème vient de là: nous devons redéfinir notre régime politique (qui est une République certes mais pas une Démocratie...)
    J'ajoute que selon moi, nos problèmes est que les citoyens (riches ou pauvres) n'ont aucun pouvoir politique réel, excepté celui de voter.
    Dans une démocratie, les citoyens réunis en une assemblée, sont à l'initiative et votent les lois directement.
    De cette manière, ceux qui ont des choses à dire, "patrons" comme "gauchistes", peuvent le faire en étant certifié que leur discours aura une incidence. Ainsi, la cohésion sociale se rétabli par l'institutionnalisation des conflits sociaux.

    Allez sur le site d' Etienne Chouard, pour une Constitution citoyenne.
    Allez sur mon blog: asilemediatique.over-blog.com
    Lisez Claude Lefort, Pierre Rosenvallon, Blandine Kriegel, Bernard Manin....

  • #33

    Agence hotesses accueil Paris (vendredi, 19 juillet 2013 14:37)

    Bonjour de Montreal avec un grand merci pour ces infos fraîches et à jour. J'ai apprécié ma lecture.

  • #34

    sextelefon (mardi, 29 novembre 2016 18:43)

    doktory

  • #35

    love spells (mercredi, 30 novembre 2016 15:01)

    Cyrylowy