lun.

14

mai

2012

Comme le peuple grec est grand

On l'a traité de membre du club Med, de passager clandestin, de pays d'assistés vivant au-dessus de ses moyens, de tricheurs et de je ne sais quoi encore. Comme pénitence on lui a fait subir une austérité des plus odieuses. Les retraites et les salaires des fonctionnaires ont été réduits drastiquement alors que les impôts ont connu une forte revalorisation. La sécurité sociale et le code du travail ont été « réaménagés » c'est à dire démantelés. De larges pans du secteur public ont été privatisés et des vagues de licenciements massives se sont succédées. Il ne restait à la Grèce que ses yeux pour pleurer puisqu'il était écrit qu'elle serait broyée par une « abjecte » troïka. Et pourtant malgré la jeunesse de sa démocratie, malgré le lavage de cerveau des médias, malgré la pression de l'UE et de ses pays membres, le peuple grec est en passe de se révolter.

 

Les terribles conséquences des cures d'austérité en Grèce prennent la forme de différentes histoires qui plongent des grecs dans le désespoir le plus profond. Parmi ces milliers d'histoire, le suicide de ce retraité grec refusant de fouiller dans les poubelles pour assurer sa subsistance, est particulièrement touchante. Pour expliquer son geste, il indiqua qu'il n'avait plus la force de renverser le monde et que c'était aux jeunes de prendre leur destin en main.

 

Je veux croire que ce geste n'aura pas était vain et le résultat des élections législatives grecques est une forme de reconnaissance. Au delà de l'entrée au parlement du parti néo-nazi, Aube Dorée (6,97 % des suffrages exprimés), dont les médias ont fait leurs choux gras pour dénoncer la marginalisation du peuple grec, il est essentiel de noter la performance des partis anti-austérité.

 

Ainsi derrière Nouvelle Démocratie (l'UMP grecque) créditée de 18,87 % des voix, on trouve SYRIZA (le FDG grec) 16,77% qui devance le PASOK (PS grec) à 13,19 %. Les deux principaux partis favorable à la poursuite d'austérité préconisée par la Troïka ne sont plus en mesure de former une majorité au parlement.

 

Mieux les grecs ont fait exploser le bi-partisme puisque SYRIZA a dépassé le PASOK. A ce sujet, il est intéressant de constater que les propos tenus par Mélenchon à l'égard de Marine Le Pen (« A la fin ce sera vous contre nous ») se trouvent particulièrement pertinents dans le cas grec où les votes ont tendance à s'orienter vers les extrêmes.

 

Il est tout de même extrêmement rassurant de constater que les grecs ont plus tendance à se rapprocher de la gauche radicale que de l'extrême droite. Le premier sursaut des grecs a donc été d'empêcher les deux partis majoritaire de pouvoir constituer ensemble une majorité favorable aux politiques d'austérité. Le deuxième sursaut devrait intervenir lors des prochaines élections rendues obligatoires par l'impossibilité de constituer une majorité quelconque.

 

Alexis Tsipras
Alexis Tsipras

Les sondages annoncent que le parti d'Alexis Tsipras, SYRIZA pourrait prendre la tête des prochaines élections. Une telle nouvelle constituerait une formidable avancée puisque le système grec offre un bonus de 50 députés (sur 300) au parti arrivé en tête. Cela pourrait permettre à SYRIZA de se placer en situation de force pour la constitution d'un gouvernement qui rejetterait enfin les mesures d'austérité préconisées par la Troïka. Un tel résultat pourrait enfin permettre à la Grèce de desserrer l'étau et créer les conditions d'un retour à la croissance. Une sortie de l'euro suivie d'une dévaluation de la monnaie nationale associées à des mesures protectionnistes et à un non remboursement de la dette pourraient ainsi être envisagés.

 

Il semble même que dans la grande UE, on commence à se faire à cette idée puisque le Ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble a indiqué que la zone euro pourrait surmonter une sortie de la Grèce. Ainsi celle que l'on ne cesse de considérer comme un petit pays sans réelle influence sur l'économie mondiale ou européenne est en passe d'administrer un superbe camouflet à l'idéologie néo-libérale. Il se pourrait que le comportement exemplaire des grecs puissent servir d'exemple à de nombreux pays qui semblent suivre une voie similaire. L'histoire retiendra que si les dirigeants grecs (Papandréou, Papadémos) ont été petits, son peuple a su s'élever et que c'est ainsi que la Grèce est devenue grande.

 

Pour conclure cet article je n'ai pas trouvé de mots plus pertinents que ceux de Victor Hugo dans les Misérables qui pourraient bien avoir un caractère prophétique :

« c’était l’époque où un rapport intime et spécial du préfet de police Anglès au roi sur les faubourgs de Paris se terminait par ces lignes : « Tout bien considéré, sire, il n’y a rien à craindre de ces gens-là. Ils sont insouciants et indolents comme des chats. Le bas peuple des provinces est remuant, celui de Paris ne l’est pas. Ce sont tous petits hommes. Sire, il en faudrait deux bout à bout pour faire un de vos grenadiers. Il n’y a point de crainte du côté de la populace de la capitale. Il est remarquable que la taille a encore décru dans cette population depuis cinquante ans ; et le peuple des faubourgs de Paris est plus petit qu’avant la révolution. Il n’est point dangereux. En somme, c’est de la canaille bonne. »

Qu’un chat puisse se changer en lion, les préfets de police ne le croient pas possible ; cela est pourtant, et c’est là le miracle du peuple de Paris. Le chat d’ailleurs, si méprisé du comte Anglès, avait l’estime des républiques antiques ; il incarnait à leurs yeux la liberté, et, comme pour servir de pendant à la Minerve aptère du Pirée, il y avait sur la place publique de Corinthe le colosse de bronze d’un chat. La police naïve de la Restauration voyait trop « en beau » le peuple de Paris. Ce n’est point, autant qu’on le croit, de la « canaille bonne ». Le parisien est au français ce que l’athénien était au grec ; personne ne dort mieux que lui, personne n’est plus franchement frivole et paresseux que lui, personne mieux que lui n’a l’air d’oublier ; qu’on ne s’y fie pas pourtant ; il est propre à toute sorte de nonchalance, mais, quand il y a de la gloire au bout, il est admirable à toute espèce de furie. Donnez-lui une pique, il fera le 10 août ; donnez-lui un fusil, vous aurez Austerlitz. Il est le point d'appui de Napoléon et la ressource de Danton. S'agit-il de la patrie ? il s'enrôle ; s'agit-il de la liberté ? il dépave. Gare ! ses cheveux pleins de colère sont épiques ; sa blouse se drape en chlamyde. Prenez garde. De la première rue Greneta venue, il fera des fourches caudines. Si l'heure sonne, ce faubourien va grandir, ce petit homme va se lever, et il regardera d'une façon terrible, et son souffle deviendra tempête, et il sortira de cette pauvre poitrine grêle assez de vent pour déranger les plis des Alpes. C'est grâce au faubourien de Paris que la révolution, mêlée aux armées, conquiert l'Europe. Il chante, c'est sa joie. Proportionnez sa chanson à sa nature, et vous verrez ! Tant qu'il n'a pour refrain que la Carmagnole, il ne renverse que Louis XVI ; faites-lui chanter la Marseillaise, il délivrera le monde. »



Puissent les grecs délivrer le monde...





Theux

 

La France au tournant du siècle
La France au tournant du siècle
Salauds de Grecs
Salauds de Grecs

Écrire commentaire

Commentaires : 15
  • #1

    Kléanthis (mardi, 15 mai 2012 16:12)

    Merci pour ce billet. Heureux de savoir qu'il y a (encore) des personnes sur la toile qui soutiennent la Grèce. Ce que ma mère patrie, ma "mána patrída", subit est abominable. Puisse-t-elle bientôt retrouver la dignité qu'on lui a si injustement ravie.

  • #2

    Cadmoslao (mardi, 15 mai 2012 17:51)

    Merci pour l'article. N'oubliez pas, cependant, que la majorité des Grecs semble vouloir rester dans la zone euro. Des solutions alternatives existent, bien qu'elles soient plus difficiles à mettre en oeuvre, j'en conviens, puisqu'il faudra solliciter l'ensemble des pays de la zone.

  • #3

    Nebehr (mardi, 15 mai 2012 19:06)

    Merci, j'ai été bien ému par la citation de Hugo à la fin.
    Par contre vous semblez oublier quelque chose dans votre billet : SYRIZA n'a pas la moindre intention de sortir de l'euro... avec ça votre analyse pleine "d'espoir" tombe quelque peu en morceaux.

  • #4

    Jard (mardi, 15 mai 2012 22:23)

    C'est assez sympa pour ceux qui ne sont pas Parisiens! Aujourd'hui, Paris vote PS, ce n'est plus qu'une ville de classes aisées sans aucun intérêt politique.

  • #5

    Doise (mercredi, 16 mai 2012 14:38)


    L'unique solution pour la Grèce aurait été une sortie sans préavis de la zone euro, il y a un an.

    Maintenant c'est trop tard. Impossible d'en déloger la Grèce. Et c'est triste à dire, mais pour la majorité du peuple grec l'euro a été synonyme d'accession à un niveau de vie indû au vu de la productivité de ce qui leur tient lieu d'économie.

    SYRIZA joue sur ce sentiment, en exigeant le maintien de l'euro sans l'austérité, en revendiquant de vivre à nos crochets. Ce faisant, ils servent en fait les intérêts de leur bourgeoisie et des secteurs privilégiés de la société grecque.

    SYRIZA, c'est la démagogie imbécile de Mélanchon et son mépris du peuple + SUD Rail et sa défense des régimes spéciaux.

  • #6

    Louna (vendredi, 18 mai 2012 19:07)

    @Doise
    Si la Grèce est exsangue, c'est à cause de ses élites corrompues auxquelles appartiennent les dirigeants de la Nouvelle Démocratie et du PASOK, (nos UMP et PS nationaux) qui sont inféodés à la politique néolibérale de la Troïka, initiée par Milton Friedman, poursuivie par Thatcher et Reagan et tous les autres depuis, et qui sacrifie l'Homme et la planète à leur dieu argent.
    Et vu l'état du monde dominé par cet ultralibéralisme, un enfant de 5 ans comprendrait que ça ne fonctionne pas, sauf pour une toute petite minorité de charognards.
    Vous vous trompez d'ennemi : ce ne sont pas les Grecs qui vivent aux crochets de l'Europe, mais les financiers qui se gorgent du sang des Grecs pour augmenter encore et toujours leurs profits, et SIRIZA est le seul parti qui puisse s'opposer à cette dictature financière et réinstaurer les droits de l'Homme (du travail, un toit, à manger) pour le peuple grec, comme cela a été fait en Islande, en Argentine, en Équateur...
    Si vous avez des enfants, j'espère pour vous (mais surtout pour eux) que le Front de Gauche aura une majorité aux élections législatives, et remportera la présidentielle de 2017, sinon, comme dirait ce génie de Vian, ils iront cracher sur votre tombe.

  • #7

    Michel (mardi, 22 mai 2012 10:15)

    Nebehr et Doise n'ont rien compris. SYRIZA a tout le temps dit qu'ils ont un plan A, un plan B et un plan C si nécessaire. S'ils veulent donner l'euro une chance, c'est parce que c'est important pour les grecques d'avoir essayé. Mais ils disent tout le temps que si la zone euro n'accepte pas les termes, ils n'hésitent pas à sortir de l'euro. Si on est de gauche, c'est impardonnable dans ces temps-ci de dire des mensonges comme le fait Nebehr et Doise sur SYRIZA. Honte à vous !

  • #8

    Charles (mardi, 22 mai 2012 12:50)

    Desole mais je trouve cet article desolant. Les pauvres grecs oppresses par l'austerite des grands d'Europe, ca me fait rire.
    Les grecs se comportent comme des enfants trop gates qui se rebiffent contre une realite glacee.
    Je rajouterai meme que cette realite dans un futur proche va se mettre a glacer aussi la France et les autres leaders Europeens.
    La France comme la Grece vit nettement au-dessus de ses moyens et refusent d'affronter la douleur de vivre plus sobrement.
    Je pense a la securite sociale qui est un trou noir des ressources du contribuable, je pense aussi a la protection sociale insoutenable dans un monde qui travaille plus, sans securite d'emploi et a des niveaux de salaires bien moindre, je parle aussi du systeme educatif Francais qui forme des employes et des suiveurs au lieu de former des entrepreneurs et des createurs.
    Au lieu de cela, l'auteur de l'article flatte le caractere revolutionnaire de la reaction grecque a l'auterite sans savoir que cela pourrait causer sa banqueroute. Apres tout, la Grece s'en remettra et la France aussi. Ce sont les Grecs et les Francais qui risquent de souffrir pendant des annees du manque de corrones de leurs dirigenants a prendre les mesures qui s'imposent pour revenir a l'equilibre et payer leurs dettes.
    Quand un particlulier ou qu'il soit ne peut payer ses dettes, sa banque et le systeme le mettent a poil dans la rue sans aucun etat d'ame. Par contre les etats dilettantes eux se payent un hair cut aux frais du contribuable.

  • #9

    Michel (mercredi, 23 mai 2012 14:12)

    Charles
    (mardi, 22 mai 2012 12:50) :

    Oui, c'est ça, la dette n'a rien à voir avec la politique néolibérale qui fait qu'on n'impose pas suffisamment les riches. Avec l'imposition de 2000 il n'y aurait pas d'augmentation de la dette aujourd'hui en France - mais je pense qu'il faut changer les choses structurellement pour éviter ce genre de dérives de droite vers la misère. Au-dessus de ce qui était l'équivalent de $3,750,000 en 2008, il y avait une imposition fédérale de 91% en 1954 aux Etats-Unis. Ceux qui gagnaient $37,500 avaient une imposition de 20% (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Internal_Revenue_Code_of_1954 --> "a progressive tax with 24 income brackets"). Alors qu'aujourd'hui il n'y a que 6 tranches, et avec les baisses d'impôt de Bush, une personne célibataire qui gagnait $28,400 avait une imposition de 25% en 2003, alors que la tranche la plus élevée était de 35% pour ceux qui gagnaient $311,950 et plus (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Jobs_and_Growth_Tax_Relief_Reconciliation_Act_of_2003 ). Et souvenons-nous : aujourd'hui il y a des bas-salaires comme il y a très longtemps et plus de gens que depuis très longtemps qui gagnent à peine - si même ça - la vie. Et ça explique pourquoi il y a tant de dette en Grèce, en France, aux Etats-Unis... Parce que l'élite est corrompue par le néolibéralisme immoral. Et en plus il y a tout l'argent dans des guerres... Il s'agit d'un système insoutenable, impérialiste, agressif.

  • #10

    Thucydide (mercredi, 23 mai 2012 23:58)

    Il y en a encore des hommes qui connaissent l histoire! Les autres sont sans etat d ame,comme Izraelewicz !!!

  • #11

    Jean-Marie GRANDJEAN (jeudi, 07 juin 2012 15:46)

    Kléantis : nous sommes beaucoup a vous soutenir, ne vous en faites pas. J'éspére que la "bête" sera battue !

  • #12

    diojaime (vendredi, 27 juillet 2012 14:52)

    @tous
    charles s'exprime comme s'il avait tout compris,
    mais regrettablement il faudra tout lui
    réexpliquer...
    sacrée perte de temps à l'heure ou il ya urgence...

  • #13

    buytadalafilonline (mardi, 06 novembre 2012 18:05)

    I intended to draft you this bit of remark in order to say thank you once again for the pretty guidelines you've documented here. It is quite strangely open-handed of you to present unhampered precisely what a lot of people could have made available as an electronic book to generate some cash for themselves, and in particular now that you could have tried it if you decided. Those good tips likewise served as a good way to recognize that some people have a similar dream the same as my personal own to understand a whole lot more concerning this condition. I am sure there are lots of more fun periods ahead for many who take a look at your website.

  • #14

    Tiensdonc (lundi, 14 janvier 2013 20:56)

    Le truc machin de Hugo, à la fin de votre texte, c'est du délire totale. Et ces quelques Grecs qui se pament devant tels mots enflammés, délirent eux aussi. C'est du n'importe quoi. Les Grecs ont oubliés un truc très simple : si tu gagnes 10 euros, tu peux pas en dépenser 11. Ca ne va pas. Et deuxièmement, au niveau mentalité, les Grecs (soit de gauche soit de droite), sont vraiment à la traine : la xénophobie, bonjour les dégâts. Enfin, le hic c'est qu'eux-mêmes le savent, mais bon, la mauvaise foi leur va comme une paire de gants. Bon courage, les gars, faudra serrer la ceinture. Et la fermer un peu. Grande gueule et ventre vide, ça va pas le faire.

  • #15

    matheos (vendredi, 21 mars 2014 07:50)

    La Grèce.