sam.

19

mai

2012

La Gauche française malade du fédéralisme

La sociale démocratie jubile.

La presse est conquise, fidèle à sa grande tradition de suivisme et à son goût immodéré pour la théâtralisation de tout, surtout du plus insignifiant. Derrière l'orchestration bien rodée du changement, François Hollande comme le gouvernement fraichement nommé – exception faite du « paradoxal » Arnaud Montebourg – demeurent structurellement attachés au projet d'Europe fédérale au point d'en avoir tout accepté, ses codes, son autoritarisme, sa finance et son libre échange débridé. A l'heure où la Grèce se meurt d'être « aidée » par Bruxelles qui la maintient dans l'euro au nom du « processus historique » d'intégration, il est encore des fanatiques assez furieux pour nous vendre la fédération comme solution de sortie de crise. Une frange marginale de la société, économistes, journalistes ou encore artistes « citoyens du monde », qui profite de sa visibilité médiatique et fait pression pour une Europe enfin libérée des conservatismes nationaux, égoïstes et incapables. Une position autoritaire et dangereuse qui force la main des démocraties nationales et risque le chaos.

Que la droite libérale y trouve son compte, c'est une évidence. Il y bien longtemps que les théoriciens les plus durs du néolibéralismes, experts et grands patrons ont compris que l'Etat-Nation demeurait seul rempart, dernier obstacle capable d'empêcher l'économie de prendre définitivement le pouvoir sur le politique. Mais dans les années 80 et 90, Friedman et Reagan étaient bientôt rejoints par deux courants de Gauche bien distincts : le premier libertaire, internationaliste et naïf ; le second mondialiste et financier ; l'un et l'autre fédéralistes. Et c'est le ralliement de ce second courant qui a pesé si lourd dans la balance idéologique en Europe ; lorsque même la Gauche ( qui traditionnellement défendait les ouvriers, employés, petits fonctionnaires ) n'a plus cru qu'en la « réforme » du capitalisme, il a bien fallu s'en remettre aux experts et à la Théorie monolithique enseignée à l'élite. Un exemple parmi tant d'autres : dans l'ouvrage « Culture G » destiné aux élèves de Sciences Po et de classes préparatoires, sur le thème mondialisation, deux fiches de lectures sont proposées : l'une sur la  Mondialisation heureuse  d'Alain Minc, l'autre de Zaki Laïdi, Malaise dans la Mondialisation, qui bien que plus nuancée a définitivement abandonné tout projet alternatif au néolibéralisme. (1) «  L'Europe dans la mondialisation est notre seule chance  » – nous assènent systématiquement les ouvrages de référenceà l'université, (ou comment le fédéralisme se confond avec le néolibéralisme) ;  lorsque les ouvriers l'auront compris, ils se formeront et alors en découvriront les joies et bénéfices... Car l'euroscepticisme n'est que méconnaissance et les sachant, dès lors, doivent évangéliserla masse. Pour Michel Rocard par exemple, les sachants, ce sont les patrons.

 

Au nom de la paix que le fédéralisme assurera à jamais, l'idée est admise qu'il faut avancer par dessus la violence des Nations, ces vieilles reliques du passé. L'Homme moderne en Europe a grandi ; il sait désormais qu'il ne fera jamais plus la guerre, car les idées totalitaires ont disparu, autant que les extrémismes. L'analyse de notre passé par divers  beaux esprits se réalise comme si eux ne faisaient pas partie de l'Histoire, et conséquemment se trouvaient en capacité de juger ceci et cela, ici la colonisation de Jules Ferry, là l'esclavagisme ; enduits de la certitude que leurs petites personnes se fussent dressées, seules contres tous à l'époque contre l'injustice ; et que nous même, depuis notre perchoir sommes dorénavant capables d'observer qu'il n'y a rien à redire à notre mode de vie. Nos descendants rirons très fort.

Dans le monde rêvé de Daniel Cohn Bendit par exemple, l'Allemagne étant l'égale de la Grèce ou de la France, on l'observe chaque jour un peu plus, il est temps que s'unissent les économies, les parlements et les diplomaties. Car l'effondrement est avant tout politique et non celui de la finance ou du libre échange. La solution pour une sortie de crise ? Il faut partager notre siège permanent à l'ONU avec l'Allemagne...


 

Glaçant. Mais il y a pire. Il y a la Gauche qui hait le Peuple, en même temps que son pays, la France, en la personne de Jean Quatremer.

Gourou fédéraliste, depuis son petit monde bruxellois où tout le monde parle 4 langues, voyage et côtoie les faiseurs de technocratie. La symbolique est forte, et ne seraient-ce les Nations pour demeurer l'échelon principal des imaginaires collectifs, de la démocratie et de la protection sociale à travers une langue et une histoire, le fédéralisme aurait quelque chance, et probablement un certain soutien populaire. Mais non. Car nous aimons nos voisins, les espagnols, les allemands... et tous ces autres Peuples qui nous sont proches et pourtant différents... Simplement, nous ne sommes pas eux. Nous avons des intérêts et des cultures sociales différentes qui nous les rendent complexes autant que surprenants lorsque nous avons la chance et le plaisir de passer une frontière. (2)

Quoi qu'il en soit, c'est bien l'absence de prise avec le réel qui donne aux fédéralistes cette arrogance autoritaire, convaincus qu'ils ont seuls contre tous raison d'y croire ; le temps leur donnera raison pensent-ils certainement, autant qu'il donnera raison à la politique régressive de Papandréou, de Sarkozy de Merkel ou de Monti.... En attendant, si l'Europe fédérale veut avancer, elle n'a pas le choix. Il faudra se passer des citoyens, qui d'ailleurs, en ont pris l'habitude. Et Jean Quatremer ne s'en cache plus.

 

 

Que pouvons nous espérer ?

La Grèce lorsqu'elle sortira de l'Euro créera un précédent fatal à la monnaie unique telle que nous la connaissons aujourd'hui. Si d'autres pays suivent, il faudra reconstruire des partenariats économiques entre pays sur d'autres bases que la libre concurrence anarchique. Pour les pays capables de résister à la crise monétaire se posera la question du fédéralisme.

Les partis de gauche en mesure de gouverner (3) n'ont à l'heure qu'il est pas pris la mesure que la construction européenne par l'économie et le droit nous conduit quoi qu'il arrive à un fédéralisme sans cesse plus poussé qui se heurtera toujours à des réalités nationales culturelles et à des intérêts propres ; à l'idée, en définitive que les communautés de citoyens doivent se sentir maitresses de leur destin et qu'en cela il est illusoire de croire qu'un parlement non adossé à un Peuple européen puisse fonctionner sans éveiller de très graves frustrations. Le Parti Socialiste français, en même temps qu'il choisissait l'Europe à partir de 1983, abandonnait par là même les exclus de la mondialisation à leur sort ; un choix qu'il n'a toujours pas questionné aujourd'hui (4).

Le Front de Gauche quant à lui peine à parler de protectionnisme et de souveraineté, sa base militante se trouvant être plus radicale et rouge que républicaine. Là se trouve pourtant la clé : dans la défense des intérêts des classes pauvres et moyennes de notre pays, sans tergiverser sur l'Europe lorsqu'elle nous malmène.

 

 

Frederichlist

 

 

Médias, tous à Gauche?
Médias, tous à Gauche?
Le dernier des Gaullistes
Le dernier des Gaullistes
Euro ou Deutchmark
Euro ou Deutchmark

 

(1) Culture G, Jacques Bonniot de Ruisselet, Ellipse, OPTIMUM

(2) Régis Debray, Eloge des frontières. Gallimard

(3) Pour les autres. Le NPA n'a quant à lui toujours pas tiré les leçons de son internationalisme utopiste et de son refus du jeu parlementaire. Les Verts pour leur part, ont un programme de gauche qui s'appuie sur les instances internationales les plus néolibérales. Le MRC peine à rassembler. Il s'est de fait largement dispersé entre FdG, PS, DLR, et FN.

(4) voir également l'article intéressant  "les Trois Gauches" de Laurent Pinsolle.

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Commentaires : 12
  • #1

    Pierre Feuille Ciseaux (samedi, 19 mai 2012 18:59)

    Sacré Quatremer !Dans Circus Politicus les auteurs l'ont surnommé "le moine soldat".
    Comment il peut demander à la fois une consultation populaire à l'échelle européenne et s'opposer à un référendum concernant les plans d'austérité ?
    Avant de faire ce "saut fédéral" tant souhaité faudrait peut être demander leur avis aux peuples quand même !
    Quatremer et les autres sont des ovnis pour moi je comprends pas leur façon de penser, si j'étais anthropologue ou ethnologue j'irai planter ma tente à l'espace Leopold.

  • #2

    Damoiseau L'Xé (samedi, 19 mai 2012 20:45)

    Concernant le Front de Gauche, je pense en fait que la base est très hétéroclite. Je dirais même LES bases. Entre humanistes partisans d'une Europe des peuples, qui ne veulent pas entendre parler de protectionnisme, altermondialistes qui pensent qu'il faut régler les problèmes à l'échelle planétaire, et d'autres enfin qui veulent dans l'urgence instaurer un protectionnisme pour se prémunir contre le néolibéralisme, la base est plus que divisée sur cette question-là...

  • #3

    Moi-même (samedi, 19 mai 2012 22:00)

    Rien à redire.
    Les Girondins sont des Girondins, capables hier, de mourir en se battant contre la révolution française. Ils prennent aujourd'hui leur revanche et iront, sinon jusqu'au bout, au moins très loin. Les Jacobins commencent à se réveiller mais produisent majoritairement l'UMP et le FN. Notre responsabilité, à nous républicains, est immense. Le refus de s'unir aura laissé la place au FN. Comportement classiquement Français, attendre la catastrophe pour commencer à s'y mettre sérieusement.
    Il faut penser le Front de gauche, simple tentative de survie d'un PC épuisé, alliance stérile de jeunes naïfs et de Girondins, espoir sérieux? Vérifions, au moins, les enjeux sont énormes et le délai est court.

  • #4

    Mélampous (dimanche, 20 mai 2012 15:11)

    Jean Quatremer n'est pas de gauche. Il se prétend observateur "neutre et objectif", alors qu'il se situe très nettement au centre-droit, tendance Bayrou/Strauss-Kahn, son mentor économique étant Jean-Claude Trichet http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/11/jean-claude-trichet-sorti-de-la-crise.html
    L'erreur classique est de présupposer que puisqu'il travaille au journal Libération, il serait de centre-gauche.
    Suivre son blog ou son fil Twitter est très intéressant pour mieux cerner son positionnement politique : les articles pour Libération sont très factuels et peu marqués politiquement, alors que ses tweets et ses articles de blogs personnels sont eux clairement orientés politiquement :
    - dénonciation des hausses d'impôts prévus pour les ultra-riches
    - assimilation grossière des hommes et femmes de gauche (Arnaud Montebourg par exemple pour le PS, les représentant du Front de Gauche) avec l'extrême-droite française
    - soumission absolue aux positions allemandes (si l'Allemagne souhaite une réforme c'est qu'elle est nécessaire, et si on s'y oppose, c'est par "germanophobie", esprit anti-européen, ou par déni des réalités)
    - dénonciation régulière de l'endettement des Etats, qui seraient trop dépensier, sans jamais remettre en cause les politiques d'allégements fiscaux, la politique de cavalier solitaire mené par le gouvernement allemand, l'absence de transfert financier ou d'harmonisation fiscale entre les états membres, l'absence de régulation financière, de protection économique ...

    Et la liste serait encore longue ...
    Il est évident que Jean Quatremer ne représente en rien la Gauche française.

  • #5

    sein-pathique (dimanche, 20 mai 2012 15:29)

    Le fait que Quatremer écrive dans libé n'est en rien neutre pour le coup. Sa défense profonde de l'Europe fédérale et le fait qu'elle ait sa place dans l'organe de presse du parti socialiste est un marqueur fort. Si quatremer n'est pas de gauche, alors libé s'en fait malgré tout le porte parole, et l'homme est toujours présenté comme journaliste à libération.
    Je vous rappelle que Strauss Kahn aurait pu être le candidat PS... SK se disait bien de Gauche. Mais comme Lamy, Blair... Quatremer ?

  • #6

    johann (dimanche, 20 mai 2012 16:16)

    Voici un article de Denis Collin qui rappelle que les "rouges" sont les plus républicains parmi les républicains: http://denis-collin.viabloga.com/news/la-valeur-du-modele-republicaniste.

    sur la question de la souveraineté et du protectionnisme, le programme du FdG est on ne peut plus clair, et cohérent.

    ce qui n'est pas le cas de cet article malheureusement. Je ne vois pas l'intérêt de reprendre à son compte le confusionnisme idéologique pratiqué par la classe dominante et ses supplétifs: le soit-disant fédéralisme en question est tout sauf du fédéralisme, il s'agit de la construction d'une Europe supranationale. Or c'est bien de fédéralisme dont nous avons besoin, c'est à dire une fédération de peuples libres et non d'un super-Etat passant outre les souverainetés populaires.
    Souhaitable, faisable, ou pas, en tout cas, le fédéralisme consiste précisément à conserver la souveraineté aux instances fédérées, ce qui via l'association, conduit à une extension de souveraineté: ce qu'un seul peuple ne peut faire, plusieurs le peuvent.

    les questions stratégiques qui se posent à notre peuple face à la structuration actuelle de l'Union Européenne ne sauraient se résoudre pas de prétendues "solutions nationales" dont l'intention "progressiste" ne ferait que masquer des velléités de retour à un impérialisme "français" qui s'appuierait sur l'exploitation interne, chasse gardée par un protectionnisme non-coopératif.

    Bien au-delà de ces illusions de "village gaulois" qui rendrait fier de n'importe quoi pourvu que ce soit "français", il importe de revenir au très prosaïque examen des "rapports de force". Et en l'occurrence, il s'agit de savoir si nous sommes confrontés aux mêmes prémisses qui poussent les "démophobes" à réclamer "plus d'Europe", sous-entendu accroître la puissance de l'entité supranationale gérée par une technocratie au service du capitalisme transnational.
    Or l'article semble tenir pour acquis que la France pourrait sans dommage sortir de l'euro et engager un redressement en pratiquant un protectionnisme, mais ne précise pas ce que signifie ce redressement (la croissance pour la croissance?) ni même comment s'y prendre (la loi du marché?), on me répondra que ça n'était pas le sujet, il n'empêche, le flou qui se dégage à la lecture, fait de cet article un témoignage de plus du confusionnisme idéologique ambiant, plutôt qu'une louable entreprise d'éclaircissement.

    Personnellement la question que je me pose c'est de savoir comment opérer sans obérer nos chances de s'en sortir par le haut. Nous sommes, certes, la 5ème puissance mondiale, mais dans un système de changes flottants, avec taux d'ouverture très élevé de notre économie, et une "puissance" qui repose sur une somme de valeurs ajoutées non intégralement réalisées en France et dont une forte proportion part en profits...profits rarement réinvestis d'ailleurs.

  • #7

    johann (dimanche, 20 mai 2012 16:20)

    #2) Donc on en revient au dilemme de 83, en plus corsé, au vu des dégâts supplémentaires que le libre-échangisme a causé à notre appareil productif, sans oublier le sous-emploi chronique de la population active.

    il se pose alors des problèmes considérables lorsqu'on imagine une France hors zone euro, à savoir la capacité à résister aux attaques délibérées qui ne manqueraient pas de se manifester face à ce "fâcheux précédent" en même temps que la capacité de résistance et d'anticipation aux chocs "mécaniques" qui découleraient d'une sortie de l'euro, notamment face à une forte inflation importée liée à notre dépendance énergétique, et celle qui viendrait en surcroît du fait même des mesures protectionnistes et qui s'exerceront tant qu'on ne produira pas les biens achetés à l'étranger. Production et ré-industrialisation qui appellent un besoin de financement massif, financement qui pose la question des moyens employés et des orientations choisies, de la présence d'une main d'oeuvre disponible pour produire, et d'une main d'oeuvre disponible et formée pour organiser tout ça, afin que la perte de pouvoir d'achat immédiate générée par le protectionnisme ne dure que très peu temps...

    les défis que cela pose ne sont pas insurmontable, J. Sapir a d'ailleurs brillament résumé les étapes, cependant il n'en a pas précisé la temporalité et le niveau de sacrifices demandés à la population, de même qu'il n'a pas prévu la totalité des possibilités de "choc en retour" de la part de l'étranger. D'où mon scepticisme, non pas sur le bien-fondé de ces idées mais sur leur faisabilité a priori. De sorte que, sauf à être gaulliste, c'est à dire partisan de la dictature d'échelle nationale, le maintien du cadre démocratique impose de regarder la situation avec des yeux pragmatiques. Ceci pour ne pas s'enfermer dans des lubies nationalistes qui nous ferais pousser un cocorico pour nous apercevoir ensuite que nous sommes sur un tas de fumier.

    Bien entendu je partage les critiques adressées à cette gauche de droite et celles d'une certaine extrême gauche, en revanche je ne partage pas les présupposés qui conduisent l'auteur à regretter à mots couverts que la Gauche ne tienne pas le même discours souverainiste que l'extrême droite. Et ceci pour une raison simple: si l'auteur présuppose que les peuples auraient par essence des "intérêts divergents" c'est qu'il se situe dans la même lignée que cette Gauche qu'il décrie, à savoir que les catégories que cette gauche prétend défendre auraient les mêmes intérêts que ceux qui les exploitent. Au moins cette gauche qui n'est plus de gauche a-t-elle de son côté la cohérence: si la prospérité collective découle de l'économie de marché, alors les condition de la prospérité ne résident plus dans les nations mais bien dans un marché de dimension suffisamment étendu et souple pour permettre aux capitalistes de maintenir leur pouvoir de marché face aux groupes "d'ailleurs". En somme, cette gauche prend acte de son impuissance nationale à faire face nationalement aux impérialismes. Et donc nous prenons acte de son impuissance à faire autre chose que de doser les injustices dans l'accompagnement du lent mouvement de vassalisation de l'Europe à l'impérialisme nord-américain, face auquel le gaullisme ne fut qu'une brève rodomontade, dont l'honneur reste entaché par une politique néocolonialiste, histoire de maintenir à flot l'impérialisme à la française....chacun ses compromissions.

    J'imagine tout de même qu'il ne s'agit pas pour l'auteur de nous enfermer derrière un "mur de Berlin protectionniste" et de nous faire consommer des ersatz pour les beaux yeux d'un "sentiment national" cachant mal les grosses bourses de capitalistes devenus subitement partageux parce que portant carte d'identité française. Donc il s'agit de nous fournir une tactique nous permettant de nous protéger de ces mécanismes nés des rapports de force d'échelle mondiale, mécanismes auxquels souscrivent les capitalistes nationaux, gros et petits porteurs associés. Capitalistes qui sont sans doute plus nos ennemis que le prolétaire allemand.

    Autrement dit, dès lors que le projet du grand marché et des "règles d'or" est porté par les "socialistes" français, il importe de les combattre, dans une dimension internationaliste, et non pas avec les lubies de l'extrême droite et un nationalisme suranné (parce que ceux à qui il profitait et justifiait leur domination sont eux passés à autre chose).

  • #8

    johann (dimanche, 20 mai 2012 16:22)

    #3) Même si j'ai bien conscience de caricaturer, et je m'en excuse par avance, j'affirme néanmoins que préparer la suite en préparant les esprits à ce que l'extrême droite propose est tout sauf constructif. ce n'est pas parce que l’Europe actuelle nous mène dans le mur que nous avons intérêt à en sortir (du moins pas tout de suite).

    Je prends arbitrairement comme postulat pour l'avenir, qu'une partie des clés réside dans l'accession au pouvoir d'une forme peut-être élargie du Front de Gauche. Et cette possibilité n'est envisageable qu'au terme d'une bataille idéologique et culturelle sortant le peuple de la pensée simpliste diffusées par les nationalistes réactionnaires, tout en démystifiant la même paresse intellectuelle qui anime les milieux néolibéraux (ce que l'auteur fait avec brio). cette double bataille est difficile, difficile d'y être audible, tant les réflexes journalistiques sont portés à la simplification.

    Que dit donc l'autre gauche?

    Elle affirme que la reconquête de la souveraineté (populaire et pas nationale) passe par un changement constitutionnel majeur via une assemblée constituante.
    De cette procédure légitimante est sensé découler un ordre constitutionnel qui place le peuple en position de décideur, et notamment via l'inversion de la hiérarchie des normes entre traités et Constitution.

  • #9

    johann (dimanche, 20 mai 2012 16:23)

    #4) donc non seulement il est proposé d'organiser des référendums a propos des traités actuellement dans les tiroirs, mais aussi il est envisager que les français puissent adopter des lois et règlement qui contrediraient les traités déjà ratifiés.

    Voilà donc une manière d'engendrer un rapport de force en Europe, par la désobéissance civique. Et surtout une désobéissance qui s'affiche aux yeux des citoyens d'Europe comme le fruit de procédures démocratiques dont ils n'auront pas de mal à apprécier la portée en même temps qu'ils subiraient la frustration de s'en voir priver par leurs propres dirigeants.
    Mais cette désobéissance ne peut susciter la sympathie des autres peuples et la pression sur leurs gouvernements que nous attendons d'eux, uniquement si les mesures prises en France, sont de nature à ne pas apparaître comme des tentatives de s'en sortir aux dépends des autres peuples.

    Autrement dit, si par exemple il doit y avoir protectionnisme, cela ne peut être que dans un intérêt commun aux peuples d'Europe. c'est à dire que la posture de négociation affichée puis la rupture par la désobéissance doit pouvoir se comprendre comme un refus des gouvernements et de la commission d'apporter un surcroît de bien-être à toute l'Europe, comme par exemple l'augmentation concertée des salaires minimums, des niveaux de protection sociale et des conditions de travail.

    en matière monétaire, le front de gauche propose un changement de statut de la BCE, changement dont la Grèce aurait bien besoin autant, que l'Espagne, l'Italie ou le Portugal. Mais là encore, les mesures proposées sont à même de contrer les réticences allemandes. Cela dit, l'Allemagne est diplomatiquement facile à isoler et ses différences internes en Länders comme les différences d'intérêts flagrants entre propriétaires de Konzerns et classe laborieuse précarisée en font la proie facile d'une stratégie de la main tendue aec solution de repli. Mais cette solution de repli est loin d'être anodine, puisqu'il s'agit de créer un grand pôle bancaire public, ce qui en pratique revient à une maîtrise nationale de la création monétaire, via des prêts dont ce pôle bancaire maîtriserait le montant et la distribution. Sans oublier les mesures d'emprunts forcé et les mesure de blocage des flux spéculatifs. Sans oublier, le formidable outil de développement local et de relocalisation que sont les monnaies locales, que le FdG se propose de développer à grande échelle.

  • #10

    johann (dimanche, 20 mai 2012 16:24)

    #5)Ceci amène à un autre domaine-clé, face à l'urgence de la prise en compte de l'intérêt commun de l'humanité: la protection de l'environnement. le programme l'humain d'abord, place cet enjeu central dans une stratégie de planification écologique. Planification la plus décentralisée et la plus démocratique possible, avec pour objectif la sortie des énergies carbonées, la réduction de la dépendance énergétique mais aussi la réduction des importations et des transports. Il s'agit rien moins que de construire les moyens de la conversion écologique de la production des biens de consommation et de l'agriculture. Et ceci étant un objectif prioritaire, prenant acte que les traités européens ne permettent pas d'y songer, il va de soi que là encore la désobéissance s'impose. D'où la règle verte, soit un protectionnisme de normes environnementales, de coefficient kilométrique, et d'autres mesures nécessaires. Mais en tout cas rien qui ressemble à une sanction des importations d'essence nationaliste, il s'agit de privilégier les produits respectant des normes démocratiquement fixées et non pas de favoriser à priori les produits "français".



    De cette manière, sans sortir des traités d'union douanière, il s'agit de tenter l'imposition unilatérale de normes valables pour toute l'Europe...ce qui est la moindre des choses quand on observe que non seulement les français vivent en Europe et même sur la Terre.

    En plus de la planification écologique, des mécanismes juridiques existants et nouveaux seront utilisés pour favoriser l'implantation durable des productions industrielles. Ceci selon le principe "rouge" de la république sociale, à savoir qu'il n'est pas de citoyenneté politique viable sans citoyenneté économique. Il s'agit donc de retourner en faveur du salariat les rapport de force dans les entreprises, sorte de préalable à la socialisation des moyens de production, qu'il appartient évidemment aux travailleurs eux-mêmes de réaliser. En tous les cas le Front de Gauche propose un droit de préemption pour les salariés en cas de cession d'une entreprise et d'accorder la faveur aux entreprises de l'économie sociale et solidaire, dont au premier chef, les coopératives.
    le reste, est plus connu, mais il n'est pas inutile de rappeler que le partage de la valeur ajoutée en faveur des salaires que la mesure d'augmentation du SMIC à 1700 symbolise n'est pas seulement une mesure pour un "cercle vertueux de la croissance", c'est un préalable nécessaire à toute entreprise de relocalisation et de conversion écologique: Si la PAC a l'objectif inverse de fournir une malbouffe pas chère pour reproduire une masse de travailleurs-consommateurs à petits salaires, définir pour objectif le 100% bio impose de rendre cette production accessible à tous, et bien souvent, ces produits ne sont pas trop chers, c'est nous qui sommes mal payés.

    sans refaire tout le programme, on voit bien que tout ceci est parfaitement faisable sans sortir ni de l'euro, ni de l'UE, mais tout simplement en désobéissant partiellement, sur la base de principe légitimés démocratiquement et moralement, c'est à dire que les politiques menées soient bonnes pour nous autant qu'elles le seraient pour les voisins.
    Si la gauche de gauche n'a pas la prétention de pouvoir mener ses politique en sortant de l'UE et de l'Euro, c'est qu'elle pose un regard lucide sur les rapports de force mondiaux et internes. C'est un diagnostic, sage il me semble, car la puissance déployable à l'encontre de la France est sans commune mesure avec celle qu'avaient dû affronter les camarades de Mitterrand. Il s'agit en quelque sorte d'avancer subtilement, de mettre des pieds dans la porte, constituer des alliances et des rapports de force en Europe, s'appuyer sur des partenaires hors Europe (transferts de technologies contre matières premières, etc.) , mais en ne se découvrant pas, en restant "à l'abri" de l'Euro, et des solidarités populaires en Europe.
    c'est certes un pari, mais il est bien moins risqué que le pari nationaliste, qui assurément ne permettait pas d'avoir la marge de temps nécessaire pour réorganiser la structure interne de l'économie. De plus, vu la crise de récession qui s'annonce et les tressaillements d'idées qui se font jour chez les tenants du libéralisme, nul doute que ce pari est le bon...sauf à vouloir que la France se salisse de nouveau...

  • #11

    Cheap Nfl Jerseys (vendredi, 05 octobre 2012 03:14)

    Never frown, even when you are sad, because you never know who is falling in love with your smile. I don't think that when people grow up, they will become more broad-minded and can accept everything. Conversely, I think it's a selecting process, knowing what's the most important and what's the least. And then be a simple man.And yellow leaves of autumn, which have no songs, flutter and fall there with a sign.  dcyh000061005

  • #12

    Guadet (mardi, 16 octobre 2012 15:55)

    Bravo "L'Espoir", vous nous le rendez.

    Vous insistez peut-être un peu trop sur les différences entre les nations européennes. Je pense que les différences sont une richesse et qu'elles doivent être préservées, mais il ne faut pas oublier que l'Europe a été très unie culturellement, au moins jusqu'au XVIIIe siècle, avec seulement deux langues, le latin et le grec. L'Europe serait possible si elle n'oubliait pas son passé et sa culture. Elle s'y oppose, même, aujourd'hui, et elle veut s'imposer comme une idéologie totalitaire, là est le problème.