lun.

04

juin

2012

Salauds de grecs

A mesure que les mois passent, la Grèce se meurt sous d'inutiles plans d'austérité. Aux qualificatifs de tricheurs et de fainéants sont venus s'ajouter ceux « d'inconscients », et d'égoïstes, aveugles devant la responsabilité qu'ils prendraient en décidant de faire imploser l'Euro.

Le repli, le nationalisme brutal et puis la guerre...la rengaine classique de l'ordre libéral, incapable de penser ses contradictions sans hurler au loup.

Signe que l'étau se resserre autour des dogmes néolibéraux et de ses défenseurs, le ton médiatique s'est durci ces dernières semaines au profit d'un message violemment simpliste : l'Europe souffre, non pas de déséquilibres commerciaux effarants, de politiques sociales et fiscales régressives, d'une concurrence libre et non faussée naïve et dangereuse ou encore de sa soumission à la finance dégénérée, mais bien des Peuples fainéants qui la composent. Illustrations.

 

Le mépris vient d'en haut, c'est une habitude. Des journalistes, des politiques et faiseurs d'opinions, capables de vous expliquer sans nuance qu'on ne travaille pas en Grèce, qu'on ne paye pas d'impôts, l'Église, les armateurs, etc... et capables de transformer un problème de commerce et d'organisation économique en une qualité intrinsèque du grec, et maintenant de l'espagnol et du portugais : la fainéantise. Ou en ce qui concerne Madame Christine Lagarde, l'égoïsme et la fraude. (1)

 

 

Anecdotique ?

Certes non. Le directeur du Monde Erik Izraelewicz, par exemple, semble être du même avis. Dans un éditorial assassin du 23 mai 2012, intitulé : L'euro ou la drachme ? Aux Grecs de choisir, on lisait : « Au total, chaque Grec (ils sont onze millions), le fonctionnaire d'Athènes comme l'armateur du Pirée, a déjà touché depuis janvier 2010 l'équivalent de 31 000 euros, acquittés d'une manière ou d'une autre par les contribuables européens. »

Mais encore : «Il n'est pas admissible qu'un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l'ensemble du continent. »

Enfin : « Aux Grecs de choisir. En espérant qu'ils feront le bon choix. Sinon, l'Europe devra en tirer les conséquences. Sans état d'âme. » (2)

En clair, une « argumentation » contre le Peuple, contre les faibles et leur « retard économique », visant à démontrer l'essence « spéciale » du grec, ou d'un autre, sa différence de caractère, faible et désordonné. Référence implicite à la droiture allemande, à son austérité et sa discipline, qu'il faut saluer comme autant de vertus.

Un procédé également utilisé par inénarrable Marc Fiorentino, économiste apatride bombardé sur Canal +, lors de l'émission du 22 mai :

« La Grèce, c’est tout petit. Ce pays qui  nous ennuie, pour être sympathique , n’a que 11,4 millions d’habitants, c’est-à-dire que c’est moins d’habitants que l’Île-de-France. En proportion du PIB de la zone Euro, on est entre 2 et 3 %. C’est-à-dire qu’on parle d’un pays microscopique, mais qui a des chiffres effarants : une croissance, une décroissance ! de 6,9% l’année dernière... » (3)

Le petit doit plier devant les lois du plus fort, quand bien même ces lois seraient injustes... Car le néolibéralisme, comme la Nature, ne fait pas de cadeau. Et le fort, alors ? Sans arrogance, ni mépris, par souci de protéger l'ordre établi, que fait-il ? Il sanctionne : les politiques sociales, les déficits, les mauvais exportateurs et les étrangers, les fainéants et les sales, les grecs, ces gens à qui l'on a le droit de mal parler ; que l'on "vire" pareils à l'alcoolique au dehors du café. (4)

 

 

A ces messieurs dames droits dans leurs bottes et fiers d'insulter une Nation toute entière, il faut dire ceci : nous sommes solidaires du Peuple grec et de tous ceux qui souffrent sur le continent le plus riche du monde ; et partout dans le monde où des gens sont étranglés par des politiques économiques barbares qu'ils n'ont pas choisies. Sans relâche, c'est votre fainéantise intellectuelle que nous combattons.

Sans état d'âme.

 

 

Frederichlist

 

 

Sources :

 

(1) http://lci.tf1.fr/economie/conjoncture/grece-volee-de-bois-vert-pour-christine-lagarde-7318230.html

(2)Article intégral : http://abonnes.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/05/22/l-euro-ou-la-drachme-aux-grecs-de-choisir_1705305_3208.html

(3)A lire cette exelente analyse : http://lesmarmottesindignees.over-blog.com/article-la-crise-grecque-vue-par-marc-fiorentino-105616612.htm

(4) A noter la faute : Alexis "Tsirpas". Le """journaliste""" n'a même pas eu le temps de se renseigner sur la prononciation.

 

 

 

 

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Commentaires : 31
  • #1

    coucou (lundi, 04 juin 2012 14:16)

    il ne suffit pas d'être "le peuple" pour n'être pas responsable. La faute ne vient pas toujours d'en haut. Et, de fait, ce pays semble en proie depuis bien longtemps à ce qu'on appelle l'incivilité fiscale (comme le sud de la France ou l'Italie) pour des raisons aussi bien légales (exonération etc ... de certains) qu'individuelle (comportement de chacun). En bref, les dirigeants et les dirigés (bonjour démocratie !) sont également responsables. "On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu'ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs. "

  • #2

    Frederichlist (lundi, 04 juin 2012 14:50)

    Lorsqu'en France une situation similaire se présentera, faudra-t-il accuser les électeurs de l'UMP et du PS dont les politiques nous ont conduit dans le mur, ou bien la petite caste médiatique , économique et politique qui a passé son temps à nous expliquer que tout était sous contrôle? Qu'il fallait défiscaliser, déréguler à tort et à travers, ouvrir les marchés, passer outre l'avis des peuples lors de référendums européens...
    Quoique j'entende votre argument, je penche pour la seconde option, les braves gens n'ayant pas eu la prétention d'être des "experts" en économie et en finance.

  • #3

    FlikeFrog (lundi, 04 juin 2012 16:45)

    En somme fonctionnaires corrompus, fraudeurs, évadés fiscaux, travailleurs au noir, contrefacteurs, vendeur à la sauvette, toi qui sautes les barrières du métro pour ne pas payer le ticket, toi qui oublies de déclarer l'intégralité de tes revenus, toi qui acceptes les espèces sonnantes et trébuchantes pour amoindrir ta vigilance, oeuvre en paix car nous savons bien que tu n'es que la victime de ce système néo-libéral. C'est bien connu c'est le système libéral qui nourrit tous ces vices, regardez l'Afrique....les marchés de capitaux y sont tellement plus développés que dans nos sociétés...Et ces braves mafieux italiens sont aussi les victimes innocentes de notre système injuste. Merveilleux et limpide!

  • #4

    Frederichlist (lundi, 04 juin 2012 17:09)

    @ FlikeFrog
    La critique du système économique et commercial de l'Europe n'est pas incompatible avec la lutte contre la fraude individuelle. Simplement admettez que les vendeurs à la sauvette ou les fraudeurs du métro n'expliquent ni la dette, ni le déficit commercial, ou la stagnation des salaires...etc. Quand aux exilés fiscaux, aux patrons qui payent au noir, et aux multinationales qui défiscalisent, ils sont de votre bord ; ça n'a pas l'air de vous émouvoir outre mesure.
    En Afrique, oui, ce sont les marchés financiers et agricoles mondiaux, le libre échange ainsi que l'absence d’États forts qui sont largement responsables de la pauvreté.
    Enfin, la Mafia est liée à l'absence d’État, celui là même que la sacrosainte "liberté" de commercer, d'échanger pourfend.
    Si vous pensez pouvoir résoudre la crise européenne en insultant des Peuples aux comportements soi-disant "caractéristiques" et culturels, c'est votre affaire. Je vous renvoie à cet article : La Haine de la France ici : http://lespoir.jimdo.com/2012/04/11/la-haine-de-la-france/

  • #5

    Nebehr (lundi, 04 juin 2012 17:53)

    Αντίσταση !!

  • #6

    RadTransf (lundi, 04 juin 2012 20:00)

    C n'est pas le peuple qui exonére d'impôts l'église et les armateurs, ce n'est pas le peuple qui signe les traités iniques, ce n'est pas le peuple qui possède les médias, ce n'est pas le peuple qui finance les think tank, ce n'est pas le peuple qui envoie son fric en Suisse, ce n'est pas le peuple qui a truqué les comptes avec le concours des banques, ce n'est pas le peuple qui spécule contre son pays. Et quand le peuple se révolte contre tout ça, il est ignoré ou combattu. Alors ne venez pas me faire rire avec ça.


    PS: pour ce que ça intéresse, le taux de recette fiscale de la grèce est en fait du même ordre que celui de tous les pays européens

  • #7

    Un Expat en Bavière (mardi, 05 juin 2012 08:58)

    « Le repli, le nationalisme brutal et puis la guerre...la rengaine classique de l'ordre libéral » ou faudrait-il dire la gangrène classique…
    Je trouve effarant que la plus part des commentaires (ou plutôt que leurs auteurs) soient déjà tellement aveuglés par les opinions pré-digérées diffusées par nos medias qu’ils n’ont même pas relevé cette phrase ! Et pourtant c’est bien là ou nous allons j’en ai bien peur. Mais regardez donc à quel point la haine du Grec (ou de tout les pays d’Europe du sud) est devenue normale! Elle est propagée tout comme la haine de juif il y a 80 ans. Mais ouvrez donc un journal des années 2000 et lisez à quel point la douceur de vivre, le sens de l’hospitalité et de la fête en Grèce ou en Espagne y était vanté chaque été. Et maintenant, qu’en reste-t-il ? Regardez à quel point les opinions sont manipulées en direction de la haine de l’autre. Je ne suis ni un expert politique ni un expert économique. Je ne suis qu’un ingénieur Français travaillant dans ce pays de «toute les vertus », l’Allemagne. J’ai peur pour mon avenir et mes enfants parce que j’ai vu naitre ici la haine du Grec (entre autre) avec des commentaires du genre, « nous les braves Allemands on va quand même pas payer pour ces feignants de Grecs » (au fait, aux yeux des Allemands, les Français sont aussi assez feignants, toujours en grêve et puis avec leur salaire minimum quest-ce qu'ils veulent …)
    Maintenant cette haine gagne d’autres pays d’Europe. En fait ce sont les premiers pas sur le chemin qui même à … « Le repli, le nationalisme brutal et puis la guerre »
    C’est un signe (et pas un bon) que personne n’aie réagit sur cette phrase mais plutôt sur les «sales faignants de Grecs» Comme si c’était déjà certain et accepté que ca finisse en guerre …il ne reste plus qu’a se convaincre qu’on est du bon côté…..
    Comment on disait en 1918 et 1945…. Plus jamais ca !

  • #8

    recoucou (mardi, 05 juin 2012 10:03)

    Je ne vois aucune raison à ce que le peuple ne soit pas responsable. Les individus agissent et ça a des conséquences, de celui qui saute des portails à celui qui ne paie pas ses impôts (et on pourrait rappeler, une fois n'est pas coutume).
    Ce n'est pas le peuple qui exonère etc ... Certes pas directement. Mais il vote. Donc quoi ? Quand le peuple vote et que ses dirigeants font le "bien", le peuple est sage et quand ses dirigeants font des fautes de gestions ou sont des profiteurs le peuple est victime ? Un peu facile.
    Rappelons qu'en Grèce les même familles sont au pouvoir depuis bien longtemps. Et c'est pourtant bien une démocratie.
    En bref, je conclue identiquement : il n'y a pas ou le peuple ou les dirigeants. Ils sont également fautifs et responsables.

  • #9

    RadTranf (mardi, 05 juin 2012 15:25)

    Bla bla bla, toujours le même discours d'adolescent libéral bien privilégié sur la liberté et qu'on a toujours le choix et patati patata. Maintenant le jour o

  • #10

    RadTranf (mardi, 05 juin 2012 15:26)

    où tu sera dans la merde, la vraie, tu comprendra que le monde est plus compliqué que tes rêves d'adolescent le laisse supposer.

  • #11

    L'Espoir (mardi, 05 juin 2012 15:49)

    Quelqu'un serait-il capable de traduire ce post en grec ?
    Cordialement.

  • #12

    rerecoucou (mardi, 05 juin 2012 17:46)

    adolescent : hé bien, on préjuge ?
    libéral : voir remarque précédente.
    bien privilégié : idem.
    Je veux bien une distinction de la vraie et de la fausse merde.
    Cela étant dit, je constate que vous n'avez pas d'argument à faire valoir si ce n'est le sempiternel "c'est plus compliqué que ça" (un humoriste de France inter en avait fait un billet si ma mémoire de supposé adolescent est bonne).
    Mais enfin, comme le notait Descartes (une lecture infantile, vous m'excuserez de mes références), il ne suffit pas au problème d'être compliqué pour appeler nécessairement une réponse du même ordre.
    D'ailleurs, vous n'apportez aucune réponse du tout. Ha si, un vulgaire et parfaitement mature (qui, soit dit en passant, témoigne d'un certain manque de confiance) "patati et patata".

  • #13

    Moi-même (mardi, 05 juin 2012 22:56)

    Il n'y aura pas de grande guerre en Europe. Les passions collectives sont mortes, les vieux dominent les sociétés européennes, l'argent est la seule chose importante. Les Allemands refuseront de payer pour les Grecs, sortiront de l'UE ou en les en sortiront. Cela n'ira pas beaucoup plus loin, quelques touristes tabassés, des phrases méchantes...

  • #14

    FlikeFrog (mardi, 05 juin 2012 23:22)

    @Frederichlist
    "Si vous pensez pouvoir résoudre la crise européenne en insultant des Peuples" Non. D'ailleurs l'objet n'est pas d'insulter mais de s'interroger sur les sources d'une crise. Il est parfaitement légitime de soulever la question du rôle de la culture locale, du sens civique et de l'organisation sociale et professionnelle des pays qui sont au coeur de cette crise. Serait-il surprenant qu'un degré élevé de corruption, présent à tous les échelons, et une structure économique inefficace et rigide soit la source principale de la faillite d'un pays? Ou les marchés sont-ils voués à être désignés invariablement comme la source de tous les maux?

    Quant aux Grecs n'ayant pas d'expérience personnelle de la culture locale, je dois me fier comme la majorité d'entre nous à une mosaïque d'opinions et de faits rapportés sur la place publique. Je n'ai pas d'a priori particuliers si ce n'est qu'en tant que Français je mesure l'écart qui peut séparer la culture socio-professionnelle de deux pays (pas nécessairement en notre faveur). A cet égard un certain nombre de commentaires relatifs à la Grèce sont accablants tels celui-ci émanant d'un chercheur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques):
    La corruption est devenu quasi-culturelle en Grèce
    http://trends.levif.be/economie/actualite/politique-economique/la-corruption-est-devenue-quasi-culturelle-en-grece/article-1194728213849.htm
    Bref, je ne crois pas que les marchés ou le néo-libéralisme soit les ingrédients nécessaires et systématiques d'une faillite économique. Quant à l'Afrique votre réponse me parait très dogmatique. Pourriez-vous m'indiquer si les pays les plus exclus des flux financiers de capitaux et du système du commerce mondial présentent réellement une qualité de vie significativement meilleure?

  • #15

    Michel (mercredi, 06 juin 2012 10:32)

    FlikeFrog
    (mardi, 05 juin 2012 23:22) :

    "je ne crois pas que les marchés ou le néo-libéralisme soit les ingrédients nécessaires et systématiques d'une faillite économique"

    Oui, c'est ça, la dette n'a rien à voir avec la politique néolibérale qui fait qu'on n'impose pas suffisamment les riches. Avec l'imposition de 2000 il n'y aurait pas d'augmentation de la dette aujourd'hui en France - mais je pense qu'il faut changer les choses structurellement pour éviter ce genre de dérives de droite vers la misère. Au-dessus de ce qui était l'équivalent de $3,750,000 en 2008, il y avait une imposition fédérale de 91% en 1954 aux Etats-Unis. Ceux qui gagnaient $37,500 avaient une imposition de 20% (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Internal_Revenue_Code_of_1954 --> "a progressive tax with 24 income brackets"). Alors qu'aujourd'hui il n'y a que 6 tranches, et avec les baisses d'impôt de Bush, une personne célibataire qui gagnait $28,400 avait une imposition de 25% en 2003, alors que la tranche la plus élevée était de 35% pour ceux qui gagnaient $311,950 et plus (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Jobs_and_Growth_Tax_Relief_Reconciliation_Act_of_2003 ). Et souvenons-nous : aujourd'hui il y a des bas-salaires comme il y a très longtemps et plus de gens que depuis très longtemps qui gagnent à peine - si même ça - la vie. Et ça explique pourquoi il y a tant de dette en Grèce, en France, aux Etats-Unis... Parce que l'élite est corrompue par le néolibéralisme immoral. Et en plus il y a tout l'argent dans des guerres... Il s'agit d'un système insoutenable, impérialiste, agressif.

  • #16

    Frederichlist (mercredi, 06 juin 2012 11:38)

    @FlikeFrog

    -"Serait-il surprenant qu'un degré élevé de corruption, présent à tous les échelons, et une structure économique inefficace et rigide soit la source principale de la faillite d'un pays?"
    La culture de l’État en Grèce est-elle défaillante? Certainement y a-t-il de la fraude, mais elle vient d'abord des nantis. (les fonctionnaires sont prélevés à la source me semble t-il) Un état faible et illégitime parce qu'injuste ne peut collecter l'impôt. Idem en France, les multinationales fraudent massivement, quand les PME payent plus. Les citoyens les plus aisés profitent de niches et font de l'optimisation. Votre directeur de l'IRIS n'aborde pas ces questions. A force de construire des infrastructures, on ne produit plus rien, et ça c'est une politique de l'UE, celle de Lisbonne et de la concurrence libre et non faussée.

    -"je dois me fier comme la majorité d'entre nous à une mosaïque d'opinions et de faits rapportés sur la place publique."
    Quelle mosaïque? Cette article avait pour objectif premier de montrer qu'il n'y a pas, dans les grands médias (le monde, canal+) d'analyse de fond, mais une critique du Peuple grec, ou espagnol, et dans d'autres articles de ce blog, français, dont on raille la fainéantise, l'arriération, le poujadisme, dans la mondialisation. Ce Peuple qui s'est endetté pendant 30 ans... Mais d'où vient la dette? elle provient de la désindustrialisation, (concurrence déloyale en Europe et en Asie qui creuse le déficit commercial et provoque du chômage) des marges des actionnaires qui freinent l'investissement, des baisses d'impôts (concurrence fiscale) et du renflouement des banques !!

    -"Pourriez-vous m'indiquer si les pays les plus exclus des flux financiers de capitaux et du système du commerce mondial présentent réellement une qualité de vie significativement meilleure?"
    Les marchés financier vont là où il y a stabilité, sans laquelle il n'y a pas de développement. La stabilité, c'est l'Etat. Les pays africains dans leur complexité n'ont souvent pas d'Etat, (d'Etat Nation), ni de possibilité de le construire par des politiques commerciales (interdites par l'OMC qui prône la spécialisation agricole) ou sociales (FMI consensus de Washington, voir La Grande Désillusion de Stiglitz). List ou Bairoch, Sapir ont montré la place centrale du protectionnisme, de la diversification et de l'Etat fort dans le décollage économique des nations aujourd'hui avancées. Les exemples contemporains argentin, chinois, russe, brésilens qui contrôlent leurs douanes, leur monnaie, et les entrées de capitaux, n'en sont -ils pas la preuve vivante? Il ne s'agit pas d'être exclu des marchés de capitaux mais de les faire obéir. Quand au marché mondial agricole,(bourse de Chicago), il est avec les paradis fiscaux, l'une des plus grandes hontes de notre temps ; là sont selon moi les principales raisons du maintien de l'Afrique dans la misère.

  • #17

    Leboutte (jeudi, 07 juin 2012 01:20)

    Bonjour,
    J'ai moi-même écrit, le 29 septembre, un billet intitulé <a href="http://condrozbelge.com/?p=533">Salauds de Grecs !</a> (avec un point d'exclamation), sur mon blog CondrozBelge.com, où finalement, le tag "<a href="http://condrozbelge.com/?tag=grece">Grèce</a>" est un des plus importants.

    Et aux lecteurs de ce blog qui semblent encore considérer l'économie allemande comme un exemple à suivre, je ne saurais trop recommander, de consulter mon modeste "<a href="Une Allemagne s’il-vous-plaît, et sans modèle">Une Allemagne s’il-vous-plaît, et sans modèle</a>", où je déclare mon amour pour l'Allemagne ainsi que ma répugnance pour le "modèle allemand", dont la célébration me paraît une oeuvre transnationale d'aliénation des peuples.

    Bien à vous tous !

  • #18

    FlikeFrog (jeudi, 07 juin 2012 04:28)

    @Frederichlist
    Merci de votre réponse. J'apprécie votre sens du dialogue bien que ne partageant ni les tenants ni les aboutissants de votre réponse.

    "Certainement y a-t-il de la fraude, mais elle vient d'abord des nantis."
    Il semble qu'à vos yeux le monde se compose de deux catégories d'individus, d'un coté les nantis, fraudeurs invétérés avides de profits et de l'autre le Peuple, innocent vertueux et intègre.

    Cette césure est arbitraire et relève d'une mystique de gauche plus qu'elle ne reflète la réalité des comportements individuels. Pour paraphraser l'expression d'un autre commentateur "nous sommes tous pétris de la même glaise". Le Peuple c'est celui qui achète des produits estampillés "made in China" pour booster son pouvoir de consommation tout en ignorant rien des conditions de travail de ceux qui les produisent, celui qui vote pour les politiciens qui lui promettent une augmentation de salaire indépendamment de la question du financement de cette hausse, celui qui achète des fruits et légumes importés d'Afrique pour faire baisser le prix de son panier alimentaire, celui qui spécule sur la hausse de l'immobilier à travers l'achat de son logement et celui qui fraude lorsque l'opportunité s'offre à lui dans un système qui tolère la fraude. Bref le Peuple optimise sa fortune, quand bien même celle-ci est plus modeste. Les nantis ne sont rien d'autre que des pauvres qui ont de l'argent et vice et versa. D'ailleurs cette distinction s'estompe lorsqu'on la considère sous une autre échelle. L'écart de qualité de vie qui sépare les nantis et le Peuple Grec est infinitésimal lorsqu'on le rapporte à l'écart entre ce dernier et ceux qui subissent la misère crasse des pays en développement.

    "Mais d'où vient la dette? elle provient de la désindustrialisation (concurrence déloyale en Europe et en Asie qui creuse le déficit commercial et provoque du chômage) des marges des actionnaires qui freinent l'investissement, des baisses d'impôts (concurrence fiscale) et du renflouement des banques."

    Tous les pays Européens ont été soumis à la même conjoncture économique et ont gérés de manière différente le défi qu'elle représente. Certains l'ont bien gérés d'autre moins bien. Je ne crois pas que personne aujourd'hui présente la Grèce comme un modèle de saine gestion et de gouvernance économique. Il est parfaitement légitime que les autres pays Européens exigent que la Grèce adopte des bases plus saines en contrepartie de leur soutien financier. Je ne pense pas qu'on puisse reprocher au citoyen lambda Grec d'avoir ignoré les déséquilibres économiques qui sous-tendaient leur croissance illusoire. Leur réaction collective, exprimée au travers des manifestations violentes et le vote pour des extrêmes politiques qui promettent de faire chanter les institutions européennes (en invoquant le risque de contagion) est en revanche éloquente. Les Irlandais, qui viennent d'adopter par referendum le traité Européen, ont réagis de manière radicalement différente.

    "Les exemples contemporains argentin, chinois, russe, brésilens qui contrôlent leurs douanes, leur monnaie, et les entrées de capitaux, n'en sont -ils pas la preuve vivante?"

    Trois des pays que vous citez sont loin d'être des exemples de pays exclus des flux du commerce mondial et des marchés. Faut-il vous rappeler l'origine de l'acronyme BRIC (forgé par Goldman Sachs) pour vous en convaincre? Ils ont été ces dernières années la coqueluche des investisseurs financiers. Par ailleurs je doute qu'ils offrent réellement à l'heure actuelle une qualité de vie meilleure que celle que vous trouverez dans les pays "libéraux" et les écarts de richesse y sont éminemment plus marqués. Quand à leur Etat fort, il s'accommode parfaitement bien de la corruption, de l'injustice et de l'inefficacité de l'allocation des ressources économiques particulièrement en Russie et en Chine. J'ai du mal a voir le progrès. En outre comment peut-on d'une main encenser la gestion étatique du régime de change du Yuan destinée à renforcer la compétitivité des exportations chinoises et de l'autre dénoncer la concurrence déloyale émanant de l'Asie?

    @Leboutte
    "...le "modèle allemand", dont la célébration me paraît une oeuvre transnationale d'aliénation des peuples." C'est beau ce que vous dites, j'aimerais tellement parler le communiste.

  • #19

    Frederichlist (jeudi, 07 juin 2012 11:14)

    @FlikeFrog

    -"Il semble qu'à vos yeux le monde se compose de deux catégories d'individus, d'un coté les nantis, fraudeurs invétérés avides de profits et de l'autre le Peuple, innocent vertueux et intègre."
    Non, bien sûr, les pauvres trichent également, je suis d'accord pour considérer que nous sommes tous du même bois. Néanmoins, je me refuse à comparer un individu qui achète des vêtements ou des aliments moins chers quand ils viennent de Chine ou du Maroc, et un spéculateur immobilier, ou boursier.

    -"Leur réaction collective, exprimée au travers des manifestations violentes et le vote pour des extrêmes politiques qui promettent de faire chanter les institutions européennes (en invoquant le risque de contagion) est en revanche éloquente. Les Irlandais, qui viennent d'adopter par referendum le traité Européen, ont réagis de manière radicalement différente."
    Nous sommes ici en désaccord total : l'Europe envisage la mobilité parfaite des individus sur un marché du travail unifié. En subventionnant n'importe quoi, elle a pris le parti de considérer les grecs comme mobiles, et n'a pas surveillé la mauvaise gestion des fonds structurels. LA corruption a fait le reste. Dans l'esprit des élites Bruxelloises, il n'était pas question de rattraper l'Allemagne, mais de faire un saut fédéral grâce auquel les européens iraient tels des américains là où il y a du travail. C'est impossible, on n'efface pas les Nations d'un trait de plume. Il existe des intérêts divergents, des cultures sociales et économiques propres qui doivent s'ajuster par du protectionnisme et une monnaie dévaluable. Nous ne sommes pas tous des allemands, vieux et dociles. Dire aux grecs qu'ils doivent payer, parce que les irlandais le font, c'est implicitement dire que l'austérité est courageuse, or je m'y refuse. Le passager clandestin en Europe, c'est l'Allemagne et non la Grèce. Sa compétitivité n'existe qu'aux dépens de celle de ses voisins. Qui plus est, nous ne pouvons pas survivre avec un euro si fort, à moins de toujours s'adapter par les salaires et la protection sociale, mais alors jusqu'où descendrons nous ?

    -"En outre comment peut-on d'une main encenser la gestion étatique du régime de change du Yuan destinée à renforcer la compétitivité des exportations chinoises et de l'autre dénoncer la concurrence déloyale émanant de l'Asie?"
    Je pense justement qu'il faut restreindre géographiquement la concurrence. Nous devons nous remettre à produire chez nous et réserver le libre échange aux pays avec lesquels nous partageons les mêmes standards de production et de niveau social. Pour cela nous avons besoin d'une monnaie plus faible et de tarifs douaniers, au sein d'une Europe restreinte, (très restreinte) dont les normes et la fiscalité sont à peu près harmonisées. Nous défendons sur ce blog l'idée selon laquelle l'Euro est une mauvaise chose, quoiqu'il faille être très prudent quant à sa sortie, qui semble malgré tout inévitable. Le fédéralisme politique est une utopie qui mènera à de grandes frustrations populaires ; à quoi bon voter si le pouvoir est toujours plus faible et dispersé, si surtout pour les gens de gauche (cela ne nous concerne pas), voter ne sert plus à rien, la politique appliquée étant néolibérale ? Il faut le refuser, en laissant la porte ouverte à un maximum de coopération (bancaire, fiscale, R&D et d'infrastructures).

    Enfin je termine, les BRIC ont-ils des capitaux parce qu'ils sont ouverts aux marchés, ou bien les marchés s'y intéressent-ils parce qu'ils ont un potentiel de croissance fort, peu importe les contrôles de change, de douanes, et toutes les aberrations administratives du parti communiste en Chine ? C'est la croissance qui attire les capitaux, ensuite les capitaux peuvent aider. Sur votre remarque sur la corruption et les écarts de richesse dans ces pays : il y a rattrapage social, on ne peut pas leur demander une sécurité sociale en 20 années, nous avons mis 150 ans. Mais s'il faut attendre 100 (même 20 ans) ans encore avant qu'ils ne nous rattrapent, notre outil productif (déjà mal en point) sera mort, et les avancées sociales aussi. D'où l'impérieuse nécessité de rompre avec le libre échange et la concurrence libre et non faussée.

  • #20

    zorlk (jeudi, 07 juin 2012 11:28)

    L'emploi du terme d' "extrêmes politiques" pour désigner des vision politique simplement différentes, le refus total de la notion de classes sociales, et enfin l'allusion au communisme pour faire jaillir des sous-entendus provenant de décennies de propagande capitalistes, montrent que nous ne vivons pas dans la même perception du monde.
    Malheureusement la discussion est inutile tant que la déconstruction nécessaire n'a pas été faite.

    (L'argument qui consiste à justifier la richesse des uns en disant que les autres en profiteraient aussi si ils étaient riches, et par contre assez drôle.)

  • #21

    Nico (jeudi, 07 juin 2012 22:35)

    Je profite de ce premier commentaire pour vous féliciter pour ce blog que j'ai découvert tardivement mais que j'apprécie particulièrement. Ce tour d'horizon sur les propos diffamants envers la Grèce est vraiment révélateur, et vous auriez pu ajouter la tribune de l'économiste Jacques Delpla qui menace carrément les grecs d'une invasion turque s'ils ne respectent pas les plans d'austérité. Je viens de faire moi-même, à l'occasion d'un article récent sur mon blog, un tour d'horizon actualisé des analyses ou préconisations des plus grands "experts" et technocrates, ainsi que des grands journaux qui leur donnent la parole sans arrêt, et l'uniformité et la fainéantise intellectuelle comme vous dites est toujours aussi impressionnante et ne faiblit pas, comme si la réalité n'avait pas de prise, ou alors à la marge. En 2008, quand ils réalisent quand même qu'on est devant une crise financière de très grande ampleur, ils ajustent leur discours pour vitupérer contre les traders, les agences de notation ou les grandes banques, bref les dérives de la finance, pourtant idolatrée et jugée moderne par eux-mêmes depuis les années 90. Puis on passe à autre chose, et le problème devient les dettes publiques, problème auquel il faut s'attaquer par des plans de rigueur et des réformes structurelles. Lorsqu'il devient un peu trop évident que les résultats en sont catastrophiques, nouveau retournement, tout le monde se met à dire qu'il faut bien sûr aussi de la croissance et que l'austérité seule ne pouvait marcher. Pour la Grèce, les retournements sont en cours, ceux qui ont crié depuis des années que le pire pour la Grèce serait de sortir de l'euro et qui traitaient d'égoïstes ceux qui ne voulaient pas être "solidaires" avec les grecs, sont en train de trouver des raisons fallacieuses pour dire qu'en fait, il va peut être falloir s'y résoudre, puis quand ce sera fait, ils diront qu'il était évident que ça finirait comme ça, et passeront à l'espagne ou à l'italie, etc...C'est la même chose pour les modèles pris à l'étranger : les mêmes experts encensent des années le modèle anglais puis le dénoncent après la crise de 2008, encensent le modèle espagnol puis se demandent comment un pays a pu laisser se développer une telle bulle lorsqu'elle éclate, encensent le modèle allemand puis commencent tout juste à comprendre qu'il ne fonctionne qu'au détriment des autres pays européens, etc..C'est sans fin semble t-il, et quand même assez déprimant. Je ne sais pas si sur ce site vous partagez l'optimisme de Todd qui voit dans le possible effondrement des deux dogmes que sont l'euro et le libre échange, l'occasion tant attendue d'un grand coup de balai sur ces élites délégitimées. J'ai du mal à partager son optimisme mais on peut quand même rêver un peu parfois.

  • #22

    FlikeFrog (samedi, 09 juin 2012 02:50)

    @Frederichlist
    Ok essayons d’aller vérifier les statistiques et les faits.

    Sur les BRIC, à nouveau vous mésinterprétez complètement leur évolution économique et sociale. Le cas de la Chine est sans doute le plus exemplaire. Sans être du tout un expert sur la question il semble clair que:
    1) depuis près d'une vingtaine d'années la Chine a mis en œuvre une multitude de réformes destinées à libéraliser son économie et la faire évoluer vers une économie de marché. Vous trouverez le détail de toutes ces réformes sur le lien suivant (en anglais):
    http://en.wikipedia.org/wiki/Chinese_economic_reform
    On pourrait certainement trouver une multitude de statistiques illustrant cette libéralisation, l'une des plus éloquente est le nombre de milliardaires en Chine qui est passé de près de 24 en 2000 à 1900 en 2010. Les autres BRIC présente une explosion similaire du nombre de milliardaires:
    http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_the_number_of_US_dollar_billionaires
    2) ce sont ces réformes libérales qui ont permis à la Chine de sortir de la stagnation économique qui la caractérisait avant les années 80 et de bénéficier d'une croissance exponentielle
    Donc prendre les BRIC comme exemple de pays offrant une alternative au néo-libéralisme est une aberration complète. Ils sont au contraire une illustration parfaite des bénéfices (croissance économique) et coûts sociaux qui accompagnent le libéralisme.

    Sur la Grèce, pour revenir sur la désindustrialisation il est notable qu’entre 1998 (avant l’entrée en circulation de l’Euro) et 2007 (avant l’impact de la crise) la part de l’industrie dans le PIB est passée de 27.3% à 20.6%. En France (j’ai pas osé prendre l’Allemagne) cette part est passée de 26.1% à 20.7% soit une évolution très similaire à celle de la Grèce. La France a donc été confrontée dans la même mesure à la désindustrialisation sans pour autant connaître le sort de la Grèce. En revanche là où la Grèce se distingue clairement de ses partenaires Européens c’est dans l’évolution du coût unitaire du travail qui a augmenté de 15 à 20% en valeur relative par rapport à ceux de ses partenaires commerciaux entre 2000 et 2008. Une autre différence marquée est celle de la charge de salaire des fonctionnaires qui a augmentée de 100% entre 2000 et 2008 soit environ 9% en taux annualisé.
    Source : http://ec.europa.eu/economy_finance/publications/occasional_paper/2010/pdf/ocp61_en.pdf
    p. 5 et 16
    J’y vois difficilement la marque de l’application de politiques néolibérales, en revanche ça contribue à expliquer une balance commerciale déficitaire et un endettement élevé.

    Mais tout ça c’est bien de la faute des nantis quand même ? Bah si j’en crois les stat de l’OCDE non seulement la Grèce a un coefficient Gini en ligne avec la moyenne des pays de l’OCDE (0.32 pour la Grèce contre 0.31 de moyenne) mais en plus entre le milieu des années 80 et la fin des années 2000 la Grèce fait partie des rares pays dont le ratio a diminué (reflétant une diminution des inégalités).
    Source : http://www.oecd-ilibrary.org/docserver/download/fulltext/8111041ec016.pdf?expires=1339201231&id=id&accname=guest&checksum=C833D3D1F1837C0CB2199862BED59C26
    Et la faute de l’Euro ? J’imagine qu’en effet la monnaie unique et les taux d’intérêt avantageux ont masqué pendant des années l’incapacité des Grecs à moderniser et assainir leur économie. De là à en déduire qu’ils y seraient parvenus sans l’Euro…Mais votre conclusion rejoint parfaitement sur ce point celle de nombreux libéraux pour qui l’Euro est une création arbitraire qui fait obstacle aux mécanismes d’ajustement par le biais du marché des changes.
    Les Grecs sont-ils des salauds ? Etre un brave type n’a jamais empêché d’être un médiocre gestionnaire. Mais au regard de ce palmarès on comprend mieux la solidarité du Front de Gauche envers les Grecs, ils ont en effet beaucoup en commun (notamment une aptitude remarquable à être solidaire avec l’argent qui n'est pas le leur).

  • #23

    johann (dimanche, 10 juin 2012 10:27)

    FlikeFrog, voyez-vous, l'"aptitude remarquable à être solidaire avec l’argent qui n'est pas le leur" est plutôt l'attribut des capitalistes que celui du Front de Gauche,
    si le front de gauche a plaidé pour des prêts directs de la BCE à la Grèce, ses adversaires préfèrent que les banques privées prêtent à la Grèce à des taux proches de l'usure, ou bien des "fonds de solidarité" virtuels sont constitués pour garantir tout cela, les "marchés" spéculent , les Etats "assainissent" leurs comptes pour garantir les banques...et vous, vous osez encore parler de "coût" du travail...mais qui finance tous ces répétiteurs de l'idéologie prête-à-penser du "moderniser et assainir"? Qui paie les intérêts? et qui empoche le pactole?
    vous croyez peut-être que mon "cout" du travail sert à "aider" les grecs? vous vous trompez, les travailleurs allemands, français comme les grecs, tous sont de "coûteux" esclaves pour les banques, pour les parasites détenteurs de surconcentrations de capitaux...tout ceci est du vol organisé, légal...50 milliards chaque année rien que pour les comptes publics de la France, combien pour l'endettement privé? mystère, mais une chose est sûre, chaque centime d'intérêt est une ponction sur le travail, chaque centime de profit une charge sur le travail. Des pans entiers de secteurs hors marchés sont bradés, vendus, pour rembourser des intérêts, "rassurer" les marchés, les recettes sont sciemment coupées, la dette augmente et gonfle la besace des accapareurs, défiscalisés.
    Les génies du vol légalisé sapent les bastions de la cotisation, pour vendre aux gogos des fonds de capitalisation, des assurances et tout ce qui peut leur faire sucer un peu plus, l'essentiel est que les gogos aient l'impression d'en être, solidaires du malheur des autres titrisé, apportant leur pierre à la pyramide de Ponzi planétaire.
    les employés des financiers et des multinationales qui nous gouvernent, en France comme en Grèce, aiment bien les gens comme vous, contents de répéter "preuve à l'appui" les "évidences" du "bon sens" fabriqué à coup de propagandes permanentes (que notre travail finance d'ailleurs, cotisation obligatoire sur chaque produit, pour la propagande). Contents d'être les valets serviles de ceux qui vivent du travail des autres et sont solidaires entre eux de par le monde pour en tirer le maximum de fruits, aussi longtemps que les peuples goberont leurs contes de fées...Rassurez-vous, monsieur le vertueux collabo, un petit appel à l'EuroGendFor devrait calmer les moins fidèles des croyants...

  • #24

    FlikeFrog (dimanche, 10 juin 2012 14:34)

    @ Johann
    Il y a vaguement l'ombre d'un argument économique dans la logorrhée d'invectives que vous nous livrez contre les marchés et le capitalisme: pour résumer d’une part les spéculateurs financiers exigent un taux d'intérêt usurier des Etats et d’autre part ces taux d'intérêt sont injustifiés et aggravent l'endettement des Etats en Europe et particulièrement celui de la Grèce.
    Voyons les informations objectives que nous pouvons trouver sur ce point, je ne suis pas un spécialiste de la dette souveraine mais voici ma compréhension de la situation actuelle:
    1) les taux d’intérêt astronomiques que l’ont constate actuellement sur le marché pour la dette grecque ne sont pas les taux d’intérêt auxquels la Grèce emprunte, ce sont les taux sur le marché secondaire, c’est à dire ceux qui sont utilisés pour fixer le prix des obligations émises par le passé par l’Etat grecque et non les taux du marché primaire auxquels l’Etat grecque émet actuellement des obligations. Et pour cause la Grèce à tellement perdu la confiance des marchés qu’elle ne peut plus se financer par leur biais ou alors elle devrait effectivement payer des taux prohibitifs en ligne avec ceux du marché secondaire. Donc elle ne le fait pas. Les gens comme vous devrait sauter de joie à cette nouvelle. Enfin la Grèce s’émancipe de l’ignoble tutelle des marchés ! Sauf que du coup elle n’a plus les moyens d’emprunter pour se financer et refinancer sa dette. A noter qu’elle pourrait tenter d’emprunter directement auprès du « bon peuple », ceux qui invoquent la solidarité et revendiquent l’établissement d’un système de financement alternatif des Etats. Techniquement c’est parfaitement faisable, il suffirait d’émettre des obligations grecques qui seraient souscrites directement par les particuliers comme vous. Mais ils savent trop bien que votre solidarité est une solidarité de pacotille qui consiste essentiellement à exiger que les institutions telle que la BCE, que vous dénoncez, agissent à votre place. Si l’Etat grecque venait à s’en remettre à la générosité des « alter » en demandant qu’ils investissent leur épargne personnelle pour la soutenir elle n’obtiendrait qu’un toussotement gêné. Du verbe à l’action individuelle il y a chez ces « alter » une faille béante et une incapacité profonde à mettre en œuvre les alternatives qu’ils invoquent quand bien même l’opportunité leur en serait fournie.
    Les points 2 et 3 suivent.

  • #25

    FlikeFrog (dimanche, 10 juin 2012 14:35)

    2) Du coup, à défaut de solidarité réelle des citoyens, la Grèce doit s’en remettre aux institutions Européennes. Vous affirmez que celles-ci ne prêtent pas directement aux Etats ? C’est vrai pour les pays Européens dans leur ensemble mais c’est faux pour la Grèce. La dette de celle-ci ayant été restructurée l’UE et le FMI prêtent directement à la Grèce. A des taux usuriers ? D’après les informations que j’ai trouvé à des taux moyens autour de 3.5%. Dans le même temps la dette détenue par des banques privées a été restructurée, diminuée en valeur faciale de près de 50% et les taux ont été ramenés aux environs de 3.75%. Soit des taux bien inférieurs à ceux que la Grèce devrait payer sur la base de son risque de défaut. Je doute qu’aucune des banques ayant une exposition à la Grèce antérieure à la crise ait bénéficié de cette exposition, comment serait-ce le cas lorsqu’elles doivent accepter une perte de 50% de la valeur de leur créance ? Vos affirmations sur ce point illustrent votre ignorance.
    3) Vous affirmez que même pour un pays comme la France les institutions financières exigent des taux d’intérêt qui sont à eux seuls largement responsables de la dette ? Avez-vous la moindre idée des taux auxquelles emprunte la France à l’heure actuelle ? A l’évidence non. 2.5% pour les obligations à 10 ans. Soit un taux d’intérêt réel autour de 0 .5% si l’on prend en compte l’inflation. Les Etats et particulièrement les Etats occidentaux sont les emprunteurs qui ont toujours bénéficié des taux les plus bas. Par ailleurs on ne peut pas à la fois vouloir se financer sur les marchés, comme le fait la France et d’un autre coté s’indigner lorsque ceux-ci se soucient de la solvabilité des Etats. Si on ne veut pas payer d’intérêt le plus simple est encore de ne pas s’endetter ou alors emprunter directement auprès des citoyens, au risque de devoir un jour leur dire « désolé en fait on rembourse pas ». Les Grecs seraient-ils dans une meilleure position s’ils avaient emprunté directement auprès de leur population ? J’en doute, non seulement la dette devrait toujours être restructurée mais en plus cela affecterait directement l’épargne de ses citoyens.
    Pour conclure je dirais que les critiques du système financier sont saines y compris lorsqu’elles émanent de personnes extérieures au système et non sujettes aux conflits d’intérêts qui peuvent affecter la lucidité des acteurs de ce système. Mais les critiques qui émanent d’une bonne partie de l’extrême gauche française sont d’abord une litanie de préjugés nourris d’ignorance relevant plus de la religion que de l’analyse critique. Il n’y a rien à en attendre et encore moins de leur pseudo-solidarité.

  • #26

    johann (lundi, 11 juin 2012 13:17)

    L'ignorant FlikeFrog, c'est vous, je connais les théorie qui soutiennent vos raisonnements sur le bout des doigts, mais vous ne savez pas raisonner en dehors de ces cardes, vous les supposez comme immuables, indépassables, tout justes amendables.
    vous me faites un faux procès en présupposant que je ne connais pas les conditions d'emprunt de la Grèce, les opérations de "restructuration" du FMI dont la dette grecque a fait l'objet et que je ne sais pas que la France ou l'Allemagne empruntent à des taux proches de l'inflation...cela ne m'est pas inconnu, merci, je sais aussi lire les journaux.

    en revanche vous ne comprenez pas le mécanisme de la dette puisque vous êtes incapable de vous sortir d'un conditionnement préalable, pour réfléchir autrement...chacune des institutions et des conditions qui rendent incontournables le recours aux marchés financiers ou aux banques sont pourtant le résultat de choix idéologiques et politiques contingents...les "réalités" ne sont jamais que des rapports de pouvoir...votre adhésion à l'idéologie dominante est le résultat d'une démission de la pensée face aux forces de propagande...mais vous avez parfaitement le droit d'estimer que les détenteurs de titres de propriété sur le travail des autres soient fondés à instituer des mécanismes qui obligent à ce que toute valeur économique produite ou valeur que l'on s'attend à produire passe d'abord par leurs poches, charge à eux ensuite de déterminer quelles miettes ils lancent à qui et selon quelles contreparties...après tout, il se trouvait bien des vendéens pour soutenir nobles et ecclésiastiques...libre à vous de hiérarchiser les humains en fonction de leur capacité et celle de leurs ancêtres avant eux à duper et voler autrui et à le faire travailler pour eux...je concède volontiers que votre justification idéologique de la ploutocratie, du capitalisme, est supérieure à la justification idéologique des castes indo-européennes...mais sommes-nous à la fin de l'histoire? J'ai la faiblesse de penser que l'humanité évolue et que le capitalisme n'est pas son horizon indépassable...reste à savoir par quelles régressions nous devrons passer pour parvenir à le dépasser...

  • #27

    johann (lundi, 11 juin 2012 13:18)

    En filigrane vous m'accusez en sus d'être un lâche, je dirais d'abord que ma faible épargne n'a pas à servir à acheter des obligations, à moins que celles-ci ne soit pas à des taux fixés sur un marché mais bien à un taux me garantissant la non dévaluation de mon argent, sans cela je ne serais pas "solidaire", mais un vulgaire petit suceur de travail grec, un capitaliste. de plus les citoyens européens n'ont pas à souscrire des obligations grecques qui serviraient à rembourser ses usuriers, solidaires, oui, mais pas stupides, il faut d'abord un audit de la dette et effacer les créances illégitimes, faire contribuer d'abord les capitalistes grecs et les popes, établir des barrières douanières, construire des stratégies structurelles de relance de l'économie, établir une véritable démocratie, etc., ensuite on verra si les grecs ont besoin de nous...je ne mettrais jamais mon épargne au service d'un Etat au service des capitalistes et notamment l'industrie de l'armement...

    avec des nuances, dans la plupart des pays de l'UE, les emprunts servent avant tout à payer les intérêts de la dette...le problème que je souligne est là, ie que les créanciers ponctionnent sur le travail des européens un intérêt, là où les prêts direct d'une Banque Centrale n'en ponctionneraient pas...ça n'est pas qu'un problème moral, non seulement ce sont des milliards que les Etats n'investissent pas pour que de la valeur se crée, mais sont aussi autant de parts de la valeur créée par les travailleurs qui, par cette ponction, viennent augmenter le pouvoir de marché de spéculateurs. En effet, le "système financier" semble plus enclin à alimenter ses marchés dérivés qu'à dégager du crédit pour des investissements directs. De sorte que cette masse de valeur accaparée par les usuriers ne trouve même pas sa justification dans l'injection de liquidités dans l'économie "réelle"...or, pour des objectifs discutables certes, on voit bien que l'UE elle-même est capable de planifier des reconversion agricoles spectaculaires via des dons financés par des contributions des Etats...ce qui est possible pour la PAC, ne le serait pas pour financer l'homogénéisation de toute la structure productive européenne? n'y aurait-il pas là un tabou de type religieux à faire sauter au lieu de punir les grecs comme sacrifice aux dieux de la "main invisible"?

    Et quand bien même on n'accepterait pas d'être rationnels en finançant sans crédit le rattrapage des économies et la "relance" face à cette crise imaginaire, les Etats européens seraient certes fondés à pointer du doigt les mauvaises gestions s'ils étaient coresponsables des dettes via la BCE, or les détenteurs de la dette sont des banques et des zinzins, soit disant ils prennent des risques...mais qu'ils perdent! je maintiens, on n'a pas besoin d'eux.
    Au lieu de cela on effectue un chantage au risque systémique pour imposer aux Etats victimes de la spéculation des politiques d'austérité qui viennent saper les recettes et aggraver les déficits, une hérésie, puisque dans le contexte actuel, des politiques procycliques sont suicidaires.

    d'ailleurs, si les détenteurs de la dette étaient des citoyens, je ne crois pas qu'ils se seraient auto-infligés une telle ineptie.

    j'imagine qu'au moment de la crise argentine vous deviez répéter les mêmes litanies...votre propension à ingurgiter les propagandes justificatrices de la prédation m'effraie, comme ces soit-disant journalistes toujours prêts à réclamer que les autres se serrent la ceinture.

  • #28

    johann (lundi, 11 juin 2012 13:19)

    finalement l'intérêt qu'il y a à mener à l'échelle de l'Europe des politiques d'austérité est de casser l'ensemble des protections mises en place par les luttes ouvrières, la récession qui s'annonce par ces politiques coordonnées du moins disant fiscal et social sera l'occasion pour les détenteurs d'énormes capitaux d'étendre leur emprise sur l'Europe, il reste des secteurs à privatiser, des salaires à diminuer, des caisses de cotisations à transformer en assurances privées, des systèmes de santé, de soin, des horaires à allonger, des contrats à précariser...ainsi, par la gâce du libre-échangisme et de la mercatocratie, il se renforcera une caste de riches de par le monde pour lesquels quelques européens bien qualifiés mais corvéables à merci pourront produire des biens de luxe, pendant qu'ils et leurs millions de "sans emploi" mangeront de la cagade industrielle, se vêtiront de mauvais vêtements pakistanais, etc., faits par des camarades moins bien lotis encore mais alimentant les castes de riches locales...chacun ses rêves...

    personnellement, pour être honnête, je ne partage pas l'optique du Front de Gauche, j'aime beaucoup Jacques Généreux, le programme l'Humain d'abord est parfaitement sensé et applicable, néanmoins je ne peux y voir qu'une mince étape, un petit pas vers la démocratie pleine et entière, car voyez-vous, je suis fermement anticapitaliste, d'où ma conviction qu'il serait préférable supprimer la propriété lucrative pour lui substituer la propriété d'usage, c'est à dire de transférer l'ensemble de la VA aux salaires, de façon à assurer les cotisations sociales (santé, retraites) et surtout à instituer une cotisation économique qui éloigne pour de bon le spectre des "marchés", là effectivement il reviendrait au citoyens de décider de leurs conditions de travail, de leur rémunération et de l'utilisation de leurs cotisations économiques dans des investissements jugés utiles et non plus seulement "rentables"...plus besoin des banques, plus d'usure et plus de profits alimentant la spéculation ou soumettant l'investissement aux seules bonnes volontés des accapareurs...si vous vous sortez de la tête qu'un CA d'actionnaires est plus efficace pour pérenniser une entreprise que ceux qui y travaillent, si vous parvenez à imaginer qu'un expert travaillant pour une banque sera tout aussi efficace pour délivrer parcimonieusement des crédits s'il travaille pour un fond d'investissement citoyen,
    vous verrez, c'est mathématique, dans ces conditions où la valeur n'est pas créée pour l'actionnaire ni pour rembourser des intérêts, où la création monétaire est de souveraineté populaire, l'économie sera bien plus dynamique, car la liberté d'entreprendre sera délivrée du joug des suceurs de travail, le marché libre de la dîme capitaliste, et nous serons tous bien plus riches, dans tous les sens du terme...reste à décoloniser les esprits.

  • #29

    FlikeFrog (jeudi, 14 juin 2012 10:43)

    @Frederichlist

    Assez intéressant de voir ce que Paul Krugman, le prix nobel d'économie apprécié par un certain nombre d'économistes de gauche pour sa position anti-austérité et ses critiques à l'encontre de Wall Street, a à nous dire sur la Grèce dans un entretien avec Spiegel:

    "And I think the case we're making for that lending becomes a lot easier because the Greeks were actually irresponsible. The Greeks actually did behave badly, and so the political case for unlimited exposure to Greece is very hard to make. "

    Traduction: "L'argument en faveur de ce financement devient beaucoup plus fort parce que les Grecs étaient effectivement irresponsables. Les Grecs se sont effectivement mal comportés et par conséquent les arguments politiques en faveur d'une exposition illimitée à la Grèce sont difficilement soutenables".

    L'entretien dans son intégralité ici:
    http://www.spiegel.de/international/business/interview-with-economist-paul-krugman-on-euro-zone-rescue-efforts-a-834566.html

    Bon ben un de plus à ajouter à la liste de ceux dont vous combattez sans relâche ni état d'âme la fainéantise intellectuelle.

  • #30

    Masticating Juicer (jeudi, 11 avril 2013 03:07)

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  • #31

    Centrifugal Juicer (dimanche, 21 avril 2013 17:20)

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