mer.

20

juin

2012

David Cameron, nous ne t'aimons pas non plus...

Que les britanniques n'aiment pas l'Europe, on les comprend.

Qu'ils soient attachés à leur souveraineté nationale, au libéralisme historique qui a forgé leur Nation, c'est bien naturel, après tout, la City domine le monde au service des puissants et des multinationales du monde entier : on ne change pas une équipe qui gagne pourrait-on dire...

Sauf qu'en Angleterre, comme partout, l'économie est exsangue, la pauvreté croît et l'espérance de vie décline à mesure que la désindustrialisation se poursuit. Paradis fiscal notoire, la 7ème économie de la planète n'a pas peur du dumping social et fiscal qu'elle assume, jusque dans les propos intolérables de son premier ministre hier soir au G20.

Aux citoyens de France qui voudraient ne pas payer plus d'impôt, David Cameron offrira le gîte et le couvert, qui viendront financer la « protection sociale » britannique... Héraut d'une Union Européenne de l'anarchie concurrentielle où tout se négocie vers le bas, le chef des Conservateurs anglais pourra évidemment compter sur nombre d'économistes, éditorialistes et députés UMP en France pour entretenir le chantage, la peur des grandes migrations.

L'Europe de la solidarité a du plomb dans l'aile. La Grèce insultée, piétinée, l'Espagne mise sous tutelle et cette arrogance des élites bruxelloises qui n'en finit plus. Que sont mes amis devenus ? - eut pu s'indigner ce bon Rutebeuf. Partout les capitaux fuient, par manque de confiance, les rentrées fiscales s'affaissent, peu importe ! toujours la même concurrence. Prise à la gorge par l'austérité, l'Angleterre, par la voix de son premier ministre n'a dit tout haut ce que tout le monde fait dans l'ombre : tenter de passer entre les mailles, se jouer des contraintes dans un capitalisme financier qui ne sert que ceux qui trichent, qui défiscalisent, qui délocalisent... On baisse les impôts, et tant pis pour les autres.

 

 

Les réactions socialistes sont timorées.

Langage diplomatique oblige, la retenue d'un Michel Sapin ne cache pas un agacement palpable. Cazeneuve quant à lui a « confiance dans le patriotisme économique des entrepreneurs »... autant qu'il doit l'avoir dans celui de Monsieur Noah dont l'outrecuidance n'a d'égale que la vilénie de ses reprises de Bob Marley. On peut compter sur la droite également, sur Monsieur Juppé même, tradition Gaulliste qui s'inquiète d'un supposé isolement français. Mais il est loin le temps où la droite défendait la Nation.

 

 

Enfin, il n'est pas d'article complet sans une intervention lumineuse de Marc Fiorentino, nouveau phare économique dans le nuit intellectuelle de Canal +. On peut compter chez nous sur ces éditorialistes fanatiques pour soutenir Cameron. « Vous comprenez, si les impôts augmentent, les cerveaux, l'énergie, la croissance future s'en iront.. ». Touchant.  (Nicolas Domenach, pourtant européiste convaincu, est plus lucide.)

 

 

Que reste t-il du projet d'Europe sociale lorsque les économies divergent ? Il n'y a plus rien. Les tensions nationales se reforment à mesure que les souverainetés sont bafouées. Les rapports de pouvoir et de domination ré-éclatent au grand jour ; au sein même des états, l'oligarchie économique pèse de tout son poids pour nous dire que rien n'est possible. François Hollande, social-démocrate, centriste, passe avec sa mesurette des 75% pour un Socialiste aux ordres de Brejnev : ultime diversion avant probable effondrement de la zone euro et de l'économie britannique.

 

Souhaitons au Royaume Uni qu'il n'ait à quémander l'aide européenne dans les mois qui viennent en solidarité avec tous les britanniques qui n'acceptent pas l'austérité, et ils sont très nombreux.

David Cameron quant à lui peut bien aller au diable.

 

 

Frederichlist


Écrire commentaire

Commentaires : 10
  • #1

    british (mercredi, 20 juin 2012 11:32)

    he's got to go!

  • #2

    BILLETDOUX (vendredi, 22 juin 2012 15:11)

    Je ne sais s'il va "aller au diable", comme semble le considérer "British", mais en tout cas, il est clair qu'il répond parfaitement aux individus de sa "Haute destinée" et cependant non-moins aristocratique classe. Je ne dis pas cela par hasard. David Cameron appartient en droite ligne à l'aristocratie anglaise; son arbre généalogique le confirme, et bien entendu, pas que cela... Il n'y qu'a voir combien son port altier et suffisant, sa connaissance indéniable des codes de "La court"(Je caricature un peu je le consent...);je pense alors à titre de référence représentative, à la plus vieille des institutions anglaise, en la circonstance:"La chambre des Lords..." On est là plus proche d'un organisation sociale que fut celui du XIXème siècle et antérieur, pour le coup restée"Glorieusement" en l'état; que d'une institution de type monarchie constitutionnelle en voie d'être réformée...
    Mais à qui donc profite le crime??....
    Toujours en-est-il que les anglais ont fini par encaisser les dernières réformes,(Presque sans broncher...),qui ne cessent encore, de mettre à bat le peu de solidarité que confère le système social anglais. Bref, que nous soyons d'accord ou pas avec David Cameron, il participe néanmoins du carnage néo-libéral qui sévit tout autour de nous sur toute la planète; et François Hollande, ainsi-que d'ors et déjà ses prédécesseurs,ne fera guère mieux que suivre cette "Ordre mondial", qui assurément, à donné la part belle aux cultures et aux individus prompt à l'enseignement de la "dominance": La France à ce titre, avec le pendant que représente la "Méritocratie" en la matière, n'échappe pas à ce "Jeu"(JE...)Quoiqu'on dise(Car je sais qu'il est toujours facile de jouer sur les mots.): On a jamais autant parlé de Darwinisme social! Et quant je pense à Patrick BUISSON, ou éric Ciotti, je me dis que Goebles n'a bien se tenir...Même si j'insiste pour dire que comparaison n'est pas raison en ces temps troubles, quoique:(Comment ne pas faire de rapprochements avec des ajustements, certes, mais non moins penser que "Le signifié est lié au signifiant") En attendant, et jusqu'à preuve du contraire, et je devais résumer la situation de nos sociétés modernes de manière lapidaire: "Malheur aux pauvres!" Et, "Sauve qui peut..." Sincèrement...Quoi de neuf????

  • #3

    Chomp (dimanche, 24 juin 2012 17:17)

    Le ""Paradis fiscal notoire" est particulièrement rigolo.
    Pour vous, le terme paradis fiscal doit recouvrir à peut près tout les pays, à part la France, non ?

  • #4

    Frederichlist (dimanche, 24 juin 2012 22:33)

    J'aime votre ton. La City centralise les transactions de ses anciennes colonies défiscalisées, les îles de la mer des caraïbes et anglo-normandes. Elle traite la plus grande part des transactions bancaires mondiales dans une opacité totale. Toutes les grandes multinationales françaises y ont des sociétés écrans : voyez ici.
    http://www.alternatives-economiques.fr/paradis-fiscaux---le-cac40-et-les-paradis-fiscaux_fr_art_633_42326.html

    Et voyez le reportage "City : la finance en eaux troubles" : ici : http://www.youtube.com/watch?v=0T0WKir_MCs

    La concurrence fiscale entre états est bien entendu une concurrence sociale. Appeler à l'exil fiscal vous en conviendrez n'est pas pas admissible pour une chef d'Etat.

  • #5

    FlikeFrog (mercredi, 27 juin 2012 01:27)

    Cameron évoque les entreprises et non les exilés fiscaux. Si l'on est convaincu qu'une catégorie d'acteurs économiques ne crée pas de valeur dans un pays, pourquoi s'indigner qu'un autre les courtise? Au contraire on devrait célébrer leur départ. En vertu de quoi ces dernières devraient-elles s'astreindre à rester dans un pays qui les stigmatiserait comme une source d'inégalités et d'injustices?

    Quant à la City, la meilleure chose que l'on puisse souhaiter aux blanchisseurs d'argent de ce monde, c'est que les officiers de compliance des banques fasse preuve à leur égard de la même rigueur professionnelle que celle qui caractérise votre analyse.

  • #6

    Frederichlist (mercredi, 27 juin 2012 11:48)

    @flikefrog
    Il évoque les entrepreneurs.
    "En vertu de quoi devraient-elles s'astreindre à rester dans un pays qui les stigmatiserait?"
    J'assume un choix idéologique je l'admets et visiblement nous ne sommes pas d'accord sur ce point ce qui rend l'échange compliqué : au nom du patriotisme. Au nom du fait que l'argent n'autorise pas tout, n'offre pas le privilège de se séparer de sa communauté une fois fortune faite. Enfin, parce que le dumping fiscal est sans limite, pourquoi ne pas imaginer un impôt toujours plus faible pour récupérer l'activité de pays qui taxent trop ?
    Vous défendez une Europe de la concurrence poussée à l'extrême, sans coopération aucune. Elle est en train de s'effondrer.
    Quant à la Grande Bretagne, son marché du travail dérégulé, ses impôts faibles, ses 500 000 fonctionnaires et sa City, elle est en récession et au bord de la faillite... Mais puisqu'on y aime les entrepreneurs alors...

  • #7

    FlikeFrog (dimanche, 01 juillet 2012 01:46)

    Les entrepreneurs ne font de l'argent que lorsque nous, les consommateurs, achetons leurs produits. Aussi le meilleur moyen de s'assurer qu'ils ne s'enrichissent pas indûment consiste d'abord à ne pas acheter leurs produits. Il est assez étonnant de voir combien nombre de personnes sont beaucoup plus promptes à exiger l'instauration d'un régime de taxation punitive à l'encontre de ceux dont ils alimentent la richesse par leurs achats plutôt qu'à agir concrètement à leur échelle. Il est vrai que cela impliquerait de pratiquer la modération en matière de consommation. Il est plus simple de tirer parti des avantages du système tout en bramant à l'injustice.

    Je conçois les limites de ce raisonnement en ce qui concerne les biens de première nécessité ou les monopoles naturels, en revanche il me semble imparable pour les produits de l'Oréal, LVMH ou de l'immense majorité des entreprises qui sont dans la ligne de mire des contempteurs des riches.

    Vouloir le beurre et l'argent du beurre est, je crois, l'expression consacrée pour ce type d'attitude. Et la satisfaction d'une fraction de l'électorat face aux menaces d'imposer les riches n'est jamais que l'expression de leur frustration face à ceux qui peuvent consommer encore plus que nous, travestie sous les apparences légitimes de revendications en faveur de la justice sociale.

    Vous ne me croyez pas? Annoncez qu'on taxe les riches pour augmenter le SMIC en France et regardez vos intentions de vote grimper dans les sondages. Changez d'avis et annoncez maintenant qu'en fait cet argent ira à la construction d'écoles en Afrique et vous verrez le vrai visage des héros de la justice sociale.

  • #8

    diojaime (vendredi, 27 juillet 2012 23:21)

    @ FlikeFrog
    La régulation et le contrôle des richesses accumulées
    Par les entrepreneurs (et du pouvoir souvent démesuré qu’elles confèrent)
    Ne peut être effectuée que par une instance supérieure , « l’état ».
    À défaut de dieu ,c’est le seul régulateur qui « fonctionne » ou plutôt
    Fonctionnait à peu près avant que la déferlante néo-libérale s’abatte sur l’europe et le monde.
    Mais certainement pas ton système à deux balles régulé par la consommation.

  • #9

    Best Juicer (jeudi, 11 avril 2013 14:02)

    This is an excellent blog post! Thanks for sharing with us!

  • #10

    Centrifugal Juicer (dimanche, 21 avril 2013 16:38)

    This is a great write-up! Thank you for sharing with us!