lun.

25

juin

2012

Le vieux monde ne veut pas mourir

Nous avons cru au travers du cas de la Grèce, qui préfigure ce qui risque de se passer dans les autres pays d'Europe, que le néo-libéralisme allait périr dans les méandres de ses contradictions et de son mécanisme qui porte en lui sa propre destruction. Le néo-libéralisme a plié sous le poids de la rue, sous la mobilisation inédite en faveur de Syriza mais il n'a pas rompu. Il reste vacillant mais bien encore vivant.

Les dernières élections grecques avaient fait naître de fabuleux espoirs pour les adversaires du néo-libéralisme que nous sommes. La perspective de voir triompher un parti comme Syriza qui remettait en cause de manière aussi frontale le système économique dominant pouvait laisser augurer la fin proche d'un système favorisant l'accroissement des inégalités sociales et la domination des actionnaires sur les salariés.

 

La déception est immense puisque même confrontés à une crise historique et à une austérité impitoyable, les grecs n'ont pas fait le choix de porter Syriza au pouvoir. Certes on pourra constater que la plupart des autres partis ont fait bloc pour empêcher la victoire du Front de Gauche grec, mais cette situation reste difficile à comprendre. La question qu'il importe de se poser est de se demander à partir de quel niveau de misère, les grecs se résoudront-ils à porter Syriza au pouvoir ?

 

Il est parfaitement clair que la coalition au pouvoir va au devant d'un échec certain. Aucune nouvelle proposition par rapport aux politiques qui ont mené la Grèce dans cette situation critique si ce n'est la « supplique » de repousser le remboursement de certaines échéances. En d'autres termes reculer pour mieux sauter. Comment la Grèce peut-elle espérer se sortir de la situation actuelle en se maintenant dans l'euro qui enlève toute compétitivité à ses exportations. Le discours de la Troïka est connu par cœur par les grecs : hausse des impôts, baisse des dépenses publiques et déflation salariale. En version moins politiquement correct :perte de pouvoir d'achat, baisse de l'investissement public et accroissement des licenciements et de la précarisation des salariés.

 

Comment la Grèce peut-elle espérer relancer son économie, avec une consommation, des investissements et des exportations en baisse ? A titre d'information rappelons que le calcul du PIB se fait (en simplifiant) de la sorte : PIB = Consommation + Investissement + dépenses publiques + Exportation – Importation. Les recommandations de la Troïka ne pourront donc mener les grecs que dans une impasse c'est à dire à un gonflement de la dette et à une paupérisation globale.

 

Face à ce constat, que vaut la proposition de la coalition, désormais au pouvoir en Grèce, qui préconise de repousser le remboursement de certaines échéances. A rien. L'idée peut être en soi intéressante, si elle empêche l'économie de s'étouffer et lui laisse le temps de créer les conditions d'un retour à la croissance. Nous avons vu précédemment que nous sommes loin de nous trouver dans cette situation.

La question qui perdure est toujours de comprendre pourquoi les grecs ont opté pour la continuité. Enlevons tout de suite les grecs qui n'ont pas intérêt au changement c'est à dire ceux à qui le système profite puisqu'il a été construit pour eux. Il s'agit bien évidemment des plus grandes fortunes du pays comme les armateurs dont le système actuel exonère d'une trop forte participation à l'effort national qui pèse essentiellement sur les classes moyennes. Les classes moyennes justement, pourquoi une majorité d'entre-elles se sont détournées du vote en faveur de Syriza ? Certes les médias ont poursuivi leur travail de sape sur les conséquences « dramatiques » qui découleraient de l'accession au pouvoir du parti d'Alexis Tsipras, mais les grecs ont développé, depuis le début de la crise, une culture économique nettement supérieure à celle des français par exemple qui devrait leur permettre de s'affranchir des propos de médias à la solde des classes dirigeantes.

La peur est, à mon avis, la donnée centrale du choix des grecs. Ces derniers ont effectué le raisonnement suivant : certes le système actuel est catastrophique mais qu'aurons nous en échange ?

La question du choix grec est très probablement fortement liée à ce saut dans l'inconnu, à cette peur de l'inconnu.

 

Cette hésitation, les grecs risquent malheureusement de la payer très chère puisqu'ils ont offert un nouveau mandat à une coalition néo-libérale pro-austérité. La dernière possibilité de trouver une solution à court terme reste la mobilisation de la rue. Mais quelle sera la réaction du gouvernement face à des mobilisations populaires. Le mépris ? L'ignorance ? La violence militaire ou policière ? L'avenir nous le dira. Ce qui est certain est que la Grèce a passé son tour et raté l'occasion d'avoir été le premier pays à s'opposer à la dictature du FMI et de l'UE réunis. Ces derniers finiront par perdre mais nul ne sait qui en sera le détonateur. A qui de jouer ?

 

 

Theux

Salauds de Grecs
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Commentaires : 5
  • #1

    Jard (lundi, 25 juin 2012 22:25)

    Je vous trouve très optimiste. Certains pays pourraient être emportés dans la tourmente. Je pense à l'Italie, divisée, récente, latine, vieillissante.

  • #2

    Cadmoslao (mardi, 26 juin 2012 04:55)

    L'abstention peut expliquer dans une certaine mesure ce résultat. Syriza semblait être majoritaire chez les moins de 50 ans. Un peu plus de mobilisation des jeunes électeurs aurait pu faire basculer la situation ?
    Pareil pour les législatives en France : c'est chez les jeunes et les pauvres que l'abstention a été la plus forte...et après on s'étonne que rien ne change.

    Un article intéressant : http://www.okeanews.fr/les-grecs-le-memorandum-et-le-syndrome-de-vichy-rret-sur-images/

  • #3

    torpille (mardi, 26 juin 2012 09:50)

    D'après le quotidien grec Ekathemerini, qui détaillait le vote selon les classes d'âge, ce sont les 55 ans et plus qui ont donné la victoire à la ND. Les moins de 55 ans ont voté majoritairement pour Syriza, et les 18-24 ans ont voté à près de 50% pour ce parti! Donc oui, c'est sans doute la peur qui a joué. Et puis ce sont les jeunes qui sont directement touchés par le chômage. Les retraités ont vu leurs pensions se réduire, mais ils doivent s'y accrocher et craindre l'incertitude et le risque d'inflation. Les plus de 55 ans ont aussi vécu sous la dictature des colonels et se sentent peut être aussi redevables des deux grands partis traditionnels, qui ont émergé à la fin de la dictature.

  • #4

    Nebehr (mardi, 26 juin 2012 21:12)

    Je me suis fait exactement la même réflexion après avoir connu les résultats du scrutin grec. Il faudrait néanmoins ajouter que les Grecs demeurent pour l'instant très attachés à l'euro et que face aux positions ambiguës de Tsipras à cet endroit Samaras a réussi à transformer l'élection en un référendum sur l'euro en se posant comme le seul candidat résolument décidé à rester dans la monnaie unique.
    Il faudrait aussi apprécier l'impact réel de deux voix qui ont eu une très grande influence sur l'opinion grecque dans les jours précédant le scrutin, celle de François Hollande et celle du FT Deutschland ; le message du premier a pu donner de l'espoir à un grand nombre d'électeurs qui pensaient que l'Europe n'en voulait plus d'eux et que leurs efforts n'auraient jamais été suivis de résultats, tandis que la prise de position du quotidien allemand pour la ND et contre SYRIZA a dû en décourager d'autres en leur faisant comprendre la souffrance présumée qu'ils auraient enduré dans le cas d'un retour à la drachme. Chez un peuple isolé et désorienté qui en 3 ans a perdu quasiment tous ses répères traditionnels je ne m'étonne pas qu'il y ait une tendance à se laisser conduire par n'importe quelle opinion possédant une certaine aura d'autorité (d'où aussi la montée en puissance des néo-nazis).
    Bien évidemment, personne ne leur a expliqué que la volonté de sauvetage de l'euro de Hollande est destinée à échouer faute de courage nécessaire pour transformer l'ordre des choses. Il s'est déjà plié devant Angela Merkel pour les eurobonds, idée mal conçue dès le départ et qui était en plus la seule carte dont il disposait contre l'Allemagne ; qui va nous garantir qu'il ne s'agenouillera pas pour le reste aussi ?

    Comme les socialistes sont tout à fait impuissants contre le néo-libéralisme qui les aveugle, il ne reste donc que nous, les citoyens, pour réaliser la politique que le gouvernement ne fera jamais tout seul. Les élections n'ont fait qu'endormir nos souffrances le temps nécessaire pour recouvrer les énergies dépensées durant 5 ans de sarkozysme ; mais le sommeil tôt ou tard finira, suivi par le réveil...

  • #5

    Lefevre (jeudi, 12 juillet 2012 13:08)

    Le vote n'a jamais apporté la démocratie nulle part. Il arrange même tout à fait ceux qui peuvent tout acheter, y compris un (les) homme(s) politique(s). C'est qu'une campagne ça coûte cher!
    La seule démocratie qui ait jamais existé se faisait par tirage au sort... Elle a duré 200 ans avant que l'empire romain ne l'absorbe.