jeu.

13

sept.

2012

Deutschland über alles ?

C’est fait. L’Allemagne vient de réaliser l’impensable pour une économie occidentale. Selon l’OCDE, elle devrait réaliser un excédent commercial par rapport à la Chine. L’Allemagne détrônerait donc « l’usine du monde ». Bravo Madame Merkel ! Bravo Monsieur Schröder ! Votre réussite est totale et même les Etats-Unis admirent votre capacité à exporter malgré des hauts niveaux de salaire. Nicolas Sarkozy n’avait jamais caché sa volonté d’importer ce modèle en France et Hans-Peter Keitel, le patron de la fédération allemande de l'industrie, a totalement raison de fustiger le "modèle français". Il faut bâtir une Europe à l’image de l’Allemagne forte, puissante, exemplaire et disciplinée. A moins qu’il ne faille s’opposer à ce passager clandestin ?

L’annonce de Mario Drahghi, indiquant que la BCE s’engage à racheter sans limites les dettes de 1 à 3 ans des pays en difficulté, n’est pas réellement une bonne nouvelle. En réalité, il s’agit d’une nouvelle preuve de la domination sans partage de l’Allemagne sur l’UE. Comme nous l’avions anticipé, dans un de nos articles précédents, les dirigeants de l’UE sont prêts à tout pour imposer leurs mesures néo-libérales quitte à monétiser la dette sous certaines conditions. En clair, les pays en difficulté pourront se tourner vers la BCE qui acceptera de financer leurs dettes, par l’intermédiaire des établissements financiers naturellement, à condition de procéder aux réformes nécessaires. Comprenez l’adoption de mesures néo-libérales telles que le démantèlement du code du travail la flexibilisation du marché du travail ou la mise en place d’une austérité insoutenable sur les dépenses sociales et de santé l’optimisation des dépenses publiques. Avec une telle annonce, l’Allemagne sort renforcée puisque sa politique est confortée et que de nouvelles armes lui sont offertes.

 

Analysons maintenant les raisons du premier excédent commercial de l’Allemagne par rapport à la Chine depuis 1988. Il s’agit d’un authentique exploit lorsque l’on sait que la Chine est devenue « l’usine » du monde et le 1er exportateur mondial. Dans les médias, les analystes n’en finissent plus de converser sur le « danger » que représenterait la Chine et sur l’importance de la réduction de notre dette pour ne pas devenir les « esclaves » de l’Empire du Milieu . Si l’Allemagne est parvenue à « vaincre » la Chine, il importe donc d’adopter son modèle. Alors on loue la qualité de l’industrie allemande de BMW ou de Mercedes que l’on compare volontiers aux échecs de Renault ou de Peugeot.

En réalité, l’analyse des chiffres de l’excédent commercial allemand vis-à-vis de la Chine, nous montre que ce dernier provient plus de la chute des importations allemandes (- 7,9 %) que de la croissance de ses exportations (+ 1,5 %). Cette réflexion nous montre l’extrême fragilité de l’image véhiculée par nos médias de la toute puissance de l’industrie allemande. La face cachée du modèle allemande apparait au grand jour: la montée de la précarité.

 

Certes les allemands sont parvenus à développer une industrie performante mais essentiellement au prix d’une déflation salariale. Cette politique de passager clandestin s’est réalisée au détriment de ses principaux partenaires européens qui ont financé la croissance allemande pendant que cette dernière étouffait sa demande intérieure.

 

A l’arrivée quel est le gagnant d’une telle politique ? Les partenaires économiques de l’UE de l’Allemagne ? L’Italie, l’Espagne et la France ont vu leur déficit se creuser de manière abyssale. Les salariés allemands qui peuvent enfin recueillir les fruits de leurs lourds sacrifices ? Destatis (l’INSEE allemand) indique qu’une montée de la pauvreté s’est réalisée entre 2010 et 2011 dans la plupart des länder. Non, les grands gagnants sont les principaux industriels allemands ou les grands actionnaires qui amassent les bénéfices en les redistribuant avec parcimonie.

 

Quelle importance pour les salariés allemands que leur pays soit le champion des exportations, s’ils s’appauvrissent ? Cela permet certes de favoriser l’excédent commercial allemand comme observé dans l’exemple avec la Chine mais à quoi bon ?

 

Si le modèle allemand consiste à améliorer la compétitivité en s’appauvrissant, il ne présente aucun intérêt. N’en déplaise aux Baverez, Minc ou Barbier, le modèle allemand n’en est pas un. La France n’a pas vocation à rétablir l’esclavage pour maximiser sa compétitivité ! Car c’est bien cela, Messieurs, qui se tient au bout de votre raisonnement…

 

 

 

Theux

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Commentaires : 16

  • #1

    Cadmoslao (vendredi, 14 septembre 2012 19:49)

    La décision de la BCE n'est pas vraiment une bonne nouvelle pour l'Allemagne puisqu'elle consiste à prendre en charge des prêts pourris. Si l'argent n'est pas remboursé et que le bilan de la BCE prend un mauvais coup, on demandera sans doute en priorité aux pays excédentaires de la recapitaliser.

    En fait, cela n'aura probablement aucune conséquence puisque comme vous l'avez précisé, l'aide de la BCE sera conditionnée par l'adoption de mesures austéritaires supplémentaires. Les politiques des pays concernés commencent à comprendre que ces mesures sont suicidaires et ne s'y risqueront peut-être pas... Au final, un coup d'épée dans l'eau.

  • #2

    bonobo (dimanche, 16 septembre 2012 16:13)

    Sauf erreur de ma part, la Chine n'a jamais été le 1er exportateur mondial, role qui appartient à l'Allemagne, qui l'a elle-même repris au Japon, depuis une vingtaine d'années. Quant à la balance commerciale Chine-Allemagne, vous avez raison en tout (sur les faits et sur l'analyse)
    Merci pour votre blog

  • #3

    Toblerone (lundi, 17 septembre 2012 13:08)

    Merci pour l’excellente qualité de ce blog pour celle des articles et aussi pour celle des commentaires postés.
    J’habite depuis 15 ans en Allemagne et c’est exactement ce que je constate depuis longtemps. Le fossé entre les riches et les pauvres devient un abysse dans laquelle les classes moyennes tombent. De plus en plus de personnes qualifiées ont besoin de 2 jobs pour s’en sortir.
    Une des clefs du de gain de productivité à l’allemande est le recours massif au travail temporaire et ce même pour des activités de pointe comme en R&D (dans mon service de R&D software, la moitié des effectifs ne sont pas des employés mais des personnes louées pour des missions temporaires de 3 mois renouvelable max 2 fois). Il faut en plus savoir que ces personnels externes sont exclus des systèmes de primes et peuvent être congédié du jour au lendemain….
    Je cherche maintenant à quitter ce pays « modèle ». J’ai bien peur que son arrogance et son intransigeance ne mènent l’Europe, une fois de plus, au bord du gouffre (voir un peu plus loin)

  • #4

    diojaime (mardi, 18 septembre 2012 15:51)

    très bon article.
    il est affligeant de constater que la réussite
    économique d'un pays se mesure à la capacité
    a paupériser ses "sujets" au profit d'une
    minorité constituée d'actionnaires et d'indudtriels.
    le comble du cynisme !!!!!!!!

  • #5

    Nebehr (mercredi, 19 septembre 2012 13:24)

    Je suis d'accord avec Cadmoslao. Je trouve dommage en effet que vous n'aviez pas souligné que la BCE ne rachète que les dettes sur le marché secondaire, c'est-à-dire en gros aux banques et aux instituts financiers qui ont prêté de l'argent aux pays en difficulté et qui ont peur de ne plus en revoir la couleur. Pour le dire autrement, la BCE est encore une fois en train de sauver les banques au détriment des Etats et des citoyens. Il ne faut pas non plus s'en étonner quand on met un ancien de Goldman Sachs à la tête de la principale institution financière du continent...

  • #6

    Jean-Pierre Brochier (samedi, 22 septembre 2012 17:47)

    L'explication unitaire de ce qui se passe en Europe me semble claire: la chancelière AM a été investie, par les droites européennes et leurs complices socio-démocrates, de la mission d'éradiquer les acquis sociaux. Même au risque de grosses difficultés sur l'euro. Elle s'en acquitte à merveille d'autant plus que, cerise sur le gâteau, l'Europe sortira de cet enfer exsangue, certes, mais sous leadership allemand.

  • #7

    Nebehr (dimanche, 23 septembre 2012 13:58)

    @ Jean-Pierre Brochier : elle n'avait pas besoin d'éradiquer quoi que ce soit, son prédécesseur Gerhard Schröder avait déjà fait le boulot ! Figurez-vous qu'elle était même pour l'instauration du SMIC en Allemagne et pour l'introduction de la taxe Tobin...

  • #8

    Michel Campillo (dimanche, 23 septembre 2012 14:51)

    Les performances de l'industrie allemande à l'export sont malgré tout impressionnantes. Le niveau des salaires n'est pas le seul critère, il faut voir aussi la question de l'emploi.

  • #9

    thibault (lundi, 12 novembre 2012 01:19)

    En effet le rachat massif de dettes par la BCE va permettre à l'Allemagne de conserver ses exportations records en Europe , bien qu'elle ai compris depuis longtemps que l'avenir de ses exportations se situent dans les pays en vois de développement , même si les pays de l'UE restent les marchés les plus matures...

    On appelle ça pactiser avec le diable , car ce Mario Draghi a permit à l'Allemagne de mettre un pion à la tête de la BCE pour servir au mieux ses intérêts , mais le problême c'est que cet homme , ancien de Goldman Sachs , est là avant tout pour être sûr que les pays malades de l'UE et majoritairement endettés (de façon indirecte) à Wall Street rembourseront leurs dettes avec INTÉRÊT aux magnats de la finance , et ça , allez le faire comprendre aux abrutis qui nous sert d'hommes politiques ...

  • #10

    thibault (lundi, 12 novembre 2012 01:38)

    Désolé pour les fautes d'orthographes...

    Je rajouterais que la paupérisation du salariat allemand est une chose , mais il ne faut pas oublier que cela a permit aux allemands de faire baisser leur taux de chômage de façon incroyable,pour atteindre aujourd'hui un niveau proche du plein-emploie à 5% ,c'est pour moi une alternative peu réjouissante au chômage , mais une alternative tout de même...
    La demande intérieure s'est fortement contractée depuis 10 ans sous l'effet des multiples pressions salariale mais l’Allemagne reste le premier pays exportateur industriel en terme de valeur , et le bon signe , c'est que ces exportations sont de plus en plus tournée vers le reste du monde , ce qui est très encourageant pour l'Europe, qui rentrera alors , impulsée par l'Allemagne, dans l'ultime phase de la mondialisation...

    Un signe que la mondialisation européenne peut redevenir prédatrice , et peut alors arrêter de subir celle des autres , mais je ne pense pas que le modèle allemand soit exportable en France...

    Malgré cela la France garde des atouts considérables ,et n'en déplaise aux habituels pessimistes, a le potentiel pour devenir un pays leader dans de nombreuses technologies du futur (bio-technologie,nano-technologie, énergie renouvelable,technologie de l'information,recyclage) il faut juste qu'on arrête de dilapider nos immenses ressources dans de faux projets type éolien , panneau photovoltaïques , voitures electriques ou low cost , ou ce genre de conneries qui nous fait passer pour des cons aux yeux du reste du monde ...

  • #11

    Stéphane (mardi, 20 novembre 2012 00:29)

    le bashing anti-allemand commence à être lourd ! la France est un pays de Latins, c'est à dire de branleurs... la seule chose qu'ils sachent faire c'est se lamenter et punir aux élections ceux qui osent amorcer des réformes... égocentrique et narcissique la France est en déconfiture !

  • #12

    Zest (lundi, 14 janvier 2013 12:40)

    A part ca stephane, un argument ?

  • #13

    Martin Jacques (mardi, 15 janvier 2013 10:41)

    J'ai connu à Villejuif , une entreprise qui se trouvznt en creux de vague de marchés ,avait il y a trente ans proposé une diminution provisoire des salaires , en lieu et place de licenciements secs .
    La totalité des emplois a été sauvée , et tout est entré dans l'ordre quelques mois après .
    C'est semble t'il la politique pratiquée aujourd'hui par l'Allemagne .

  • #14

    Le Parisien Libéral (mardi, 22 janvier 2013 13:28)

    Avez vous lu le socialisme en chemise brune, de Benoit Malbranque ?

    Cordialement

  • #15

    camefaitrire (jeudi, 31 janvier 2013 22:57)

    Quand on montre l'Allemagne en exemple de réussite d'un principe simple mais évident (dépenser moins que l'on ne gagne) on voit tout de suite pleins de gens, qui trouvent sympa de dépenser l'argent qu'ils n'ont pas gagné, s'empresser de fustiger ce modèle. après un siècle passé à se gaver, en exploitant les pays du tiers monde (merci le colonialisme) puis en empruntant façon cigale quand ils n'ont plus voulu se laisser tondre, nous commençons juste à nous rendre compte que les "acquis" sociaux de nos parents ont été payés par l'hypothèque du futur de leurs enfants (oups, c'est nous). Et quand nous voyons un pays, l'Allemagne qui, tout simplement, à accepté de vivre à son niveau de vie réel (c'est vrai l'Allemagne c'est le Tiers monde maintenant), nous disons "NON, JE VEUX CONTINUER A EMPRUNTER AUX MÉCHANTS MARCHES", sans réaliser que nous ne maîtrisons plus notre destin. Pourquoi croyez vous que tous les gouvernements font plus ou moins la même politique ? C'est surement parce que c'est tous des crétins congénitaux, bien sur. Et les seuls qui ont des solutions sont ceux qui ne risqueront jamais de les appliquer.

    Vous trouvez que les salaires sont bas en Allemagne ? Voyagez un peu, même en acceptant une baisse de leur niveau de vie, elle reste largement un de pays les mieux dotés du monde, rien que ca. Le monde se globalise, s'harmonise, les pays du tiers monde sont tirés vers le haut avec des taux de croissance à 5-10% en période de crise, les vieux pays riches sont poussés dans la pente. Certains l'ont compris, et, comme l'Allemagne vont légèrement glisser, d'autres, comme la France, vont rouler dans le fossé. Choisissez un camp mais n'esperez pas que le monde choisira le votre

  • #16

    ASSILA MOKDED (vendredi, 22 février 2013 19:17)



    Lettre Ouverte !
    Oui Monsieur ,Peer Steinbruck c’est un homme politicien , courageux , grand , apte à gérer le poste de chancelier d’Allemagne in-challah ,
    C’est un homme calme , sage , populaire et beaucoup plus il est Humaniste avec tout le monde ,
    Mon grand soutien à cet homme de valeur ,
    Chers Amis Allemand ! Votez oui tous avec PEER STEINBRUCK in-challah ,
    Bonne réussite et bon courage ,
    Ich Herr , Assila Mokded ich Direktor rentner pensionar Stadt Setif Land Algerien ,
    Danke schonn , Antwort bitte , bisdan ,
    Unterschrift ; MOKDED ASSILA ,
    Rédigé par : ASSILA MOKDED | le 22 février 2013 à 20:12 | Répondre | Alerter |

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