mer.

19

sept.

2012

Les élites transnationales abandonnent les Peuples

La descente aux enfers des pays périphériques de l'Europe a mis les dirigeants politiques de tout le continent devant un choix difficile : choisir entre le prolongement de la construction du projet fédéral et la sauvegarde des intérêts de leurs propres citoyens. A mesure que l'austérité fait boule de neige, la tendance se confirme : l'élite joue contre le Peuple.

Deux raisons principales l'expliquent  : la première est l'intérêt, c'est à dire la conservation, voire l’approfondissement de privilèges financiers, économiques et symboliques ; elle concerne en priorité les grands lobbyistes, les experts en tout genre cumulant des fonctions de conseillers en banque, souvent proche des élus, les grands patrons et le Medef.

La seconde, c'est l'idéologie, l'absence de réflexion ou l’entêtement dans l'erreur d'une construction européenne devenue folle, considérant que les Nations ne peuvent plus rien et qui touche en priorité les grands journalistes, les principaux dirigeants des partis « sérieux », et plus largement les classes sociales formées dans les grandes écoles et à l'université, pour qui l'ouverture totale sur le monde est offerte comme une chance.

Devant la faillite du modèle proposé et ses conséquences sociales pour les « inadaptés à la mondialisation » dont le nombre est croissant, le consensus européen vacille. Pour ceux là, l'idée européenne ne survit que par défaut, par le passage en force contre les souverainetés populaires et le chantage à la peur.

Le fatalisme peut faire froid dans le dos : que faire, lorsqu'en juillet 2012, Pedro Passos Coelho, le premier ministre portugais appelle purement et simplement les jeunes gens de son PROPRE état à partir chercher du travail ailleurs, en Angola ou au Brésil, sinon constater qu'un pays dans lequel un chef en appelle à la désertion est un pays mort...

Quelle est cette folie qui peut ainsi conduire le dirigeant portugais à ne plus envisager un seul instant être capable sur son propre territoire de réorganiser la formation, la production et la redistribution des richesses ?

Quelle monstrueuse trahison est-ce là de vendre la Grèce au chinois le plus offrant ?

 

Pour ces pays, Ricardo nous l'a enseigné, il faut chercher un avantage comparatif, la fêta ou la morue par exemple, produits pour lesquels on l'imagine fort bien, les gains de productivité escomptables sont tout aussi grands que ceux réalisés dans les secteurs des nanotechnologies. Mais peu importe, il faut réduire les coûts, travailler 6 jours sur 7 jusqu'à retrouver dans les bas secteurs (puisque c'est à ceux là qu'on veut les confiner) une compétitivité égale à celle du travailleur asiatique non protégé socialement.

Sans ces réformes structurelles, point de salut. Ou plutôt si, l'émigration. Une idée lumineuse parfaitement cohérente avec l'idéologie qui sous-tend la construction fédérale de l'Europe en même temps que la conception a-nationale et attalienne de l'Homme moderne sans attaches : la mobilité parfaite de la main d’œuvre et donc sa dépolitisation.

 

La sécession des élites n'est certes pas un phénomène nouveau.

Elle est étudiée par de nombreux penseurs tels Cristopher Larsh, Jean Claude Michéa, Emmanuel Todd, Régis Debray depuis de nombreuses années. Tous insistent sur le fait que le dépassement artificiel du cadre national ne peut conduire qu'à l'abandon des classes en marge de l'ouverture du monde, classes toujours plus nombreuses, et mises en concurrence déloyale avec les travailleurs des autres pays. Les contrées asiatiques pour les métiers moins qualifiés ; mais également l'Allemagne pour les franges qualifiées et très qualifiées des travailleurs.

 

Cette fracture est particulièrement poussée aux Etats Unis et en Grande Bretagne. Dans une France au libéralisme mal assumé, elle se retrouve chez quelques fanatiques indécrottables du PAF, grassement payés à dénoncer le smicard assisté comme l'alpha et l'omega de tous nos problèmes.

 

Je ne résiste pas au plaisir de citer certains titres des livres de ces messieurs Baverez, Godet, Némo, Daniel, et bien d'autres comme autant de florilèges, qui depuis 20 années nous répètent leurs sottises et en lesquels, il me semble, on décèle cette profonde rupture d'avec les gens du commun.

 

 

Nous avons déjà étudié ce phénomène dans cet article : la Haine de la France.

 

Bien sûr, il existe diverses propositions pour sortir de la panade et non une seule.

Comme l'a clairement montré Jacques Sapir, la crise que nous connaissons est liée aux déséquilibres de compétitivité entre les différents états de la zone euro.

Aujourd'hui, quatre solutions s'offrent à nous :

  • faire baisser la valeur de l'Euro : les gains se feraient par rapport à la concurrence non européenne mais ce choix ne réglerait pas les différences internes à l'Union notamment avec l'Allemagne. Elle permettrait toutefois un regain de part de marché, quoique insuffisants pour relancer efficacement notre outil industriel.
  • abaisser les coûts salariaux et flexibiliser le marché du travail pour se conformer aux normes allemandes. C'est sur cette voie que semble s'être engagé François Hollande, suivant la politique de Nicolas Sarkozy : une casse sociale qui ne dit pas son nom et qui mènera sans surprise à l'accroissement des inégalités et de la précarité des salariés (comme outre Rhin) ; elle supposera également un gros effort d'investissement qui portera ses fruits dans une quinzaine d'année au mieux, le temps de restructurer la production.
  • transférer des sommes colossales depuis l'Allemagne et la France aux états les moins compétitifs : c'est le système fédéral qui nous est tant vanté, quoiqu'impossible à mettre en place à l'heure actuelle, dangereux, en plus d'être non démocratique.

 

La défense des intérêts des citoyens voudrait qu'au strict minimum, nos dirigeants (de gauche surtout) mettent sur la table des négociations la baisse de la valeur de l'euro, pour donner un peu d'air à l'économie, en attendant mieux. En réalité, si seule la dernière solution d'une sortie concertée de la monnaie unique est véritablement cohérente, elle se heurte au refus d'engager avec notre partenaire allemand un véritable rapport de force, comme tout un symbole du divorce entre le pays et son élite qui ne le défend plus.

Les dernières enquêtes ont montré que le traité de Maastricht serait rejeté si nous votions aujourd'hui, tout comme l'a été celui de Lisbonne, lâchement validé par le parlement ; par ailleurs, que l'euro est plutôt vu comme un facteur aggravant de la crise par l'opinion, ce qu'il est.

Toujours plus donc, le fossé se creuse, reste à savoir jusqu'à quand ? Car si tout le monde s'accorde sur un point, c'est que la crise n'est en aucun cas résolue, malgré les pseudo-miracles de Draghi&Co.

 

En attendant, on peut toujours se rassurer en constatant que la Gauche interdit le trading à haute fréquence, sépare les banques de dépôts et de spéculation, bloque les prix des loyers...

 

Ah  ! Ça non plus ? Décidément...

 

 

Frederichlist

 

 

Sapir chez Calvi : la mascarade
Sapir chez Calvi : la mascarade
Deutschland über alles ?
Deutschland über alles ?

Écrire commentaire

Commentaires : 11
  • #1

    Pierre Feuille Ciseaux (mercredi, 19 septembre 2012 21:35)

    J'ignore si c'est passager mais le discours patriotique fait florès depuis semaines.
    Signe des temps , Alain Minc vient de sortir un ouvrage consacré à l'"âme des nations"
    La description

    "Ce livre ne se veut ni un traité des relations internationales, ni un essai ethnographique. Il part d'une conviction forgée au rythme d'innombrables lectures, toutes faites avec la liberté du promeneur et la nonchalance de l'amateur. Le sentiment s'est ancré de plus en plus fort en moi que les pays, comme les individus, ont un ADN et que si, pour eux aussi, un partage s'est établi entre l'inné et l'acquis, leur nature profonde a largement conditionné leur comportement sur la scène internationale. Loin de moi l'idée de croire, pour les Etats, à un déterminisme génétique, mais rien n'est explicable dans leurs actions, leurs attitudes, leurs ripostes sans avoir aussi à l'esprit les ressorts de leur identité, telle qu'elle a pesé sur leurs relations au monde. De là la quête inachevée, superficielle, contestable, voire provocante de l'ADN des acteurs qui occupent, depuis un demi millénaire, le théâtre européen."

  • #2

    Jardidi (jeudi, 20 septembre 2012 08:08)

    L'émigration est une habitude au Portugal. Les Portugais ne ressentent sans doute pas ce discours comme un constat d'échec.
    Les classes moyennes de la gauche girondine haïssent la France, les élites transnationales ne sont pas seules en cause.

  • #3

    diojaime (jeudi, 20 septembre 2012 16:33)

    les élites transnationales et le reste se rangent du côté de la puissance néolibérale,afin de conserver leurs privilèges.
    car en fait c'est plus simple et moins risqué
    de s'occuper de soi-même que de l'intérêt général...

  • #4

    Bernard Conte (vendredi, 21 septembre 2012 11:52)

    Il y a quelques semaines, j'ai réalisé (un essai!) une petite vidéo sur le thème : "Il est impératif de restructurer les élites" :
    http://www.ubest1.com/?page=video/39269

  • #5

    MOISE (vendredi, 21 septembre 2012 16:38)

    Mais quand allons-nous peuple d'Europe se réveiller ??? Quand allons-nous prendre notre destin en main ? Pourquoi faut-il laisser ces politiques droits-gauches nous dictez ce que nous devons faire ??? J'ai l'impression d’être un mouton docile qu'on conduit à l'abattoir ! Je comprend pourquoi il y tellement de jeu d'argent téléviser...faut bien distraire le peuple

  • #6

    MOISE (samedi, 22 septembre 2012 12:03)

    TOUT VA TRÈS BIEN MADAME LA MARQUISE
    http://www.youtube.com/watch?v=rdLUV0hhYZY

  • #7

    Ozaguets (anonyme) (dimanche, 23 septembre 2012 10:23)

    "La descente aux enfer des pays ..." pourquoi ce singulier énigmatique ?

  • #8

    Coma81 (dimanche, 23 septembre 2012 12:54)

    Où vous situez vous dans la gauche ? :

    http://et-pendant-ce-temps-la.eklablog.com/panorama-de-la-gauche-francaise-en-2012-a53672841

  • #9

    Nebehr (dimanche, 23 septembre 2012 14:02)

    On ne peut que rire (jaune) face au cynisme éhonté de titres comme "Ricardo, reviens ! Ils sont restés keynésiens" ; comme si Keynes n'était pas venu APRES Ricardo et pour corriger les bêtises contenues dans la théorie économique de ce dernier (entre autres)...

  • #10

    Nebehr (mercredi, 26 septembre 2012 15:13)

    Pour rebondir sur le dernier paragraphe, l'ironie du sort veut que ce sera probablement la droite allemande (et pas notre "gauche") à encadrer la première le trading à haute fréquence :
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/09/26/berlin-veut-encadrer-le-trading-a-haute-frequence_1765962_3234.html

  • #11

    JS (vendredi, 23 novembre 2012 10:25)

    Quand on commence à présenter qq'un comme J.Sapir comme un économiste...on peut etre inquiet pour l'avenir et le niveau de lucidité nos concitoyens..