jeu.

18

oct.

2012

Jusqu’où irez-vous Madame Merkel ?

La volonté affichée par la chancelière allemande d’imposer un droit de veto à l‘UE sur les budgets nationaux jette un nouveau froid sur l’avenir d’une Europe complètement déboussolée. Mais au-delà de ces politiques anti-démocratiques auxquelles les peuples assistent impuissants, il apparait essentiel de se questionner sur les raisons profondes qui poussent Angela Merkel à poursuivre de telles politiques austéritaires. Malgré le désarroi du peuple Grec et les souffrances imposées aux pays de l’Europe du Sud, qui deviennent de plus en plus insupportables.

Au niveau de responsabilité qui est le sien, Angela Merkel ne peut ignorer les sacrifices insoutenables que sont en train de subir les Grecs. Leur vie quotidienne est devenue un enfer comme l’explique parfaitement Panagiotis Grigoriou sur son excellent blog « Greek Crisis ». Depuis son récent retour en France, ce dernier fait part de sa surprise de voir la façon dont la vie se déroule en France : « Ses codes, sa vie encore régulière, les préoccupations du quotidien, les embouteillages, la projection des individus vers le futur, tout sépare Paris d'Athènes ». Il est certain que les Français font preuve d’une véritable insouciance qui peut, par certains côtés, faire penser à celle de 1936. Mais si les Français n’ont pas réellement conscience des dangers qui les guettent, il est clair que les Grecs vivent dans un autre « monde » qui pourrait bien être notre futur. Pour illustrer ces propos, Panagiotis Grigoriou indique que : « C'est aussi en cela que « mon terrain » issu de la crise devient déjà incommunicable... comme un ailleurs ».

 

De ces difficultés permanentes des Grecs, Angela Merkel ne peut pas y être insensible. Alors pourquoi fait-elle tout son possible pour offrir un avenir identique aux pays de l’Union Européenne. L’aveuglement ? Peut-être mais nous avons de plus en plus de difficultés à comprendre que des gens aussi intelligents puissent mettre autant de temps à comprendre leurs erreurs. Ils voient bien que l’austérité ne mène à rien d’autre qu’à de nouveaux plans d’austérité. Comment espèrent-ils que la situation de la Grèce puisse s’améliorer ? Dépenser moins ? Les économies réalisées ne compensent pas les pertes fiscales liées à une baisse de la croissance économique. Réduire le rôle de l’Etat ? S’il n’investit plus ce ne sera pas l’investissement privé qui prendra le relais. « Casser » le code du travail et réduire les salaires ? La consommation intérieure sera encore plus réduite et affaiblira encore la croissance.

En réduisant les salaires, l’objectif de l’Allemagne est probablement de rendre les produits Grecs plus compétitifs sans les faire sortir de l’euro. Mais dans un monde, où le modèle économique dominant induit une paupérisation généralisée des salariés (avec la course aux délocalisations vers les pays à faible coût de main d’œuvre), cette stratégie est vouée à l’échec.

 

Peut-être alors que l’Allemagne veut faire de la Grèce un exemple. Comme un avertissement que le « bon élève » de l’UE lancerait aux pays les moins vertueux. Si vous ne vous montrez pas assez sérieux vous subirez un sort identique à celui de la Grèce. On reste sur le mode de l’Allemagne qui a accepté des sacrifices et qui en recueille aujourd’hui les fruits comme si le destin d’un Etat pouvait être comparé à celui d’un homme.

 

La réalité est toute autre. L’Allemagne est le véritable passager clandestin de l’UE en ayant « cassé » sa consommation intérieure pour mieux profiter de celles de ses voisins. La vérité est difficile à entendre pour les salariés allemands qui ont subi ces sacrifices, mais ils doivent comprendre que cette réussite ne s’est pas réalisée en leur faveur. En réalité les salariés allemands sont bien plus proches qu’ils ne le pensent des citoyens grecs. Le combat n’est pas un combat de nation mais bien une lutte de classes. Entre ceux qui profitent de la mondialisation (industriels et financiers allemands, armateurs grecs) et ceux qui en subissent les conséquences (l’immense majorité des citoyens grecs et allemands).

 

La volonté affichée par Madame Merkel de donner un droit de veto à l’UE sur le vote des budgets nationaux n’est en réalité qu’un pas de plus vers la confiscation de la démocratie par les technocrates de Bruxelles, comme Emmanuel Todd l’a si bien expliqué dans son livre « Après la démocratie… ».

 

Peuple européen, et si nous leur montrions que notre Europe n’est pas la leur…

 

Theux

Deutschland über alles ?
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Envoyé spécial de Merkel
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Commentaires : 9
  • #1

    Emmathetop (vendredi, 19 octobre 2012 12:29)

    Très bonne analyse du rôle de "passager clandestin" joué par l'Allemagne. Cela m'évoque un excellent article de Frédéric Lordon : "C'est l'Allemagne qu'il faut exclure" où il développait brillamment (comme toujours) un point de vue similaire...

  • #2

    nuaud (vendredi, 19 octobre 2012 17:03)

    Nous sommes en face de notre impuissance du fait que des élites décident à notre place dans leurs intérêts. certains y mettent une certaine bonne volonté. Ils ont de bonnes idées qui foirent à la sortie. Hollande- Sarkosy c'est du pareil au même. Ce sont les 2 faces d'une même pièce d'euro.Ce qui nous trompe c'est l'information dirigée pour servir les intérêts particuliers. Ce qui donne à la population de masse une quasi-désinformation des problèmes qui la concerne en priorité. L'argent des fonds publiques détourné sert désormais à nuire aux travailleurs et à leur famille. Ce n'est assurément pas la madame Merdique qui défend son budget et son pays ainsi que ceux qui détiennent les capitaux, elle s'en trouve ainsi protégée pour l'instant. Jusqu’à quand, le sait -elle elle même.
    On est dans un système ou le plus l'emporte sur le moins, un système d'une sauvagerie extrême. On en voit l'aboutissement parce qu'on en est touché. Quand nos représentants détrousse les richesses des autres pays et que nous en profitons pour développé notre économie. On graisse la patte à ceux qui dans ces pays détournent avec avantages, laissant leurs ressortissants dans une grande misère à notre profit, et on ne sans plains pas. Nos industries s'en portent à merveille. Ce système à servit de moteur à des générations d'hommes et de femmes qui en ont aussi profité. Désormais nous devons lutter contre ce qui risque de nous mettre à la merci des détenteurs de capitaux qui ne sont autre, dans notre ùmonde ceux qu'on désigne comme voleurs et qui aujourd'hui font les lois. Nous recherchons aujourd'hui des coupables, des boucs émissaire, des comploteurs. Nous accusons l'autre, la Grèce l'Espagne ou le Portugal. Des voleur patentés nous vendrons de fusils et nous seront aussi détruit par la guerre entre les hommes. Victimes et victimes s’entre tuerons.
    Cette guerre est là, la désinformation des média télévisuelle. Des méga mensonges diffusés chaque jours sur toutes les chaînes. La masse de citoyens qui en sont les victimes, sont manipuler avec l'image et le son pour tuer dans les cerveaux, des travailleurs, des personnes âgées et des enfants dénué de tout esprit critique.
    michel nuaud

  • #3

    Guadet (dimanche, 21 octobre 2012 00:38)

    "les Français font preuve d’une véritable insouciance"
    Ah bon !?!?!?
    Merci pour les nombreux nouveaux chômeurs, pour les anciens qui ne trouvent pas de travail, pour la foule des précaires qui ne figurent sur aucune statistique, pour les salariés qui se sentent sur un siège éjectable et pour beaucoup d'autres encore. Cela commence sans doute à faire une majorité de Français, mais qui n'intéressent ni les politiques, ni les médias.

  • #4

    diojaime (lundi, 22 octobre 2012 15:37)

    @ Guadet
    disons que le bateau est en train de couler,
    il n'y a pas grand monde sur le pont,
    mais il n'a pas encore touché le fond...
    où est le capitaine???? bon sang!!!!

  • #5

    Theux (lundi, 22 octobre 2012 23:23)

    @Guadet
    Lorsque j'indique que les Français font preuve d'une véritable insouciance, je me place d'un point de vue global. Il est certain que les Français touchés par la précarité sont conscients de la situation. Mais la majorité ne l'est pas contrairement à la Grèce. Pour s'en convaincre il suffit de regarder les résultats des dernières élections...

  • #6

    Stéphane (mardi, 20 novembre 2012 00:23)

    ben ouais, comme d'habitude, c'est la faute aux vilains Allemands...
    Si la France n'avait pas bradé son industrie depuis les années 70, c'est nous qui serions les champions de l'exportation...

  • #7

    Dubreuil (samedi, 12 janvier 2013 16:27)

    Que cette analyse est donc détestable ! L'Allemagne est coupable, quoi qu'elle fasse; c'est la version actuelle de "bouffer du Boche". Eh bien j'exprime ici mon admiration pour l'Allemagne, qui seule pourra nous sauver. "Allemagne, notre mère à tous..." (Gérard de Nerval, un de nos poètes majeurs)

  • #8

    u=8854 (samedi, 27 avril 2013 03:51)

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  • #9

    anto (lundi, 29 avril 2013 14:47)

    N'importe quoi cette tribune, l'Allemagne est un grand pays, elle est capitaliste et n'a pas peur de le revendiquer, arretons l'hypocrisie, nous vivons dans un monde domine par les flux economiques, les peuples ont en a rien a secouer.
    Tout ce qui compte c'est le business, et du business la France ne sait plus en faire depuis longtemps alors que les Allemands, eux, apres deux guerres mondiales et une annexion communiste, sont encore et toujours les premiers en Europe.
    Alors franchement c'est completement sterile comme debat, seul le resultat compte, non ?