lun.

22

oct.

2012

Réinventer l’Occident (Hakim El Karoui)

Le déclin de l’Occident est un phénomène nouveau auquel nous ne nous étions pas vraiment préparés.

La montée en puissance de la Chine crée un nouvel équilibre dont le phénomène le plus frappant se matérialise par les délocalisations massives liées à la recherche de coût de main d’œuvre toujours plus bas. Piégé par ses croyances néo-libérales, l’Occident doit se réinventer sans compter sur la croissance de la demande intérieure chinoise ni trouver de boucs-émissaires.

Hakim El Karoui commence son ouvrage par un diagnostic sur les dysfonctionnements des sociétés occidentales notamment de la société française. Il met en exergue l’affaiblissement de la nation qui protégeait les citoyens ainsi que l’affaissement du pouvoir politique face à l’émergence du pouvoir économique.

 

Ces situations créent de l’inquiétude dans nos sociétés marquées par la hausse de la précarité et par la peur du lendemain. Alors la société se fragmente. L’individualisme triomphe. On se rapproche de sa communauté quitte à favoriser la montée en puissance du communautarisme.

 

L’Europe, qui devait constituer notre avenir, ne joue pas son rôle. Elle ne constitue qu’un vaste marché de libre-échange, ouvert à tous les vents, qui ne protège pas les citoyens, laissés à leur propre sort. Seules les élites bénéficient de cette mondialisation sauvage. Les classes populaires souffrent et les classes moyennes voient leurs conditions de vie se détériorer.

 

La crise du modèle économique de l’Occident, le néo-libéralisme, plonge nos sociétés dans le désarroi. La crise de 2008 a sanctionné la financiarisation de notre économie. La crise de l’Euro apparait insolvable, puisque nos dirigeants n’offrent comme seul horizon la déflation salariale et la destruction de notre système social, c’est à dire une paupérisation généralisée.

Algérie
Algérie

Face à cette incapacité à résoudre nos difficultés économiques, les Français se trouvent désemparés. Ils se montent les uns contre les autres. Les immigrés d’origine arabe se retrouvent sur le banc des accusés. Incapables de s’intégrer. Leur religion, l’Islam, est accusée d’être rétrograde. Elle n’offrirait pas une position acceptable aux femmes et favoriserait des positions extrémistes. La question de « l’islamisation » de la France est sous-jacente.

 

En réalité Hakim El Karoui montre que les populations d’origine arabe s’intègrent beaucoup mieux que certains comportements extrémistes pourraient laisser croire. Ainsi une enquête de la CNAV (caisse nationale d’assurance vieillesse) montre que 90 % des enfants d’immigrés ressentent un sentiment d’ascendance par rapport à la situation sociale de leurs parents. De plus quand on les questionne sur leur identité, ils affirment se sentir d’abord français à 44 %, 30 % de leur pays d’origine et 17 % se sentent avant tout européen. Cela montre que les sifflets de la Marseillaise lors de rencontre de football entre la France et les pays du Maghreb ne concernent qu’une minorité de personnes. L’intégration est certes difficile mais elle avance dans le bon sens et ne pourra que s’accélérer à mesure que les conditions économiques se bonifieront.

 

Deux remarques peuvent être ajoutées par rapport à cette question centrale de l’immigration. Il semble que la meilleure façon de favoriser cette intégration est d’offrir un emploi à ces populations. Il apparait donc qu’il faille lier la question de l’immigration avec celle des emplois à pourvoir. De plus il apparait important d’éviter le phénomène de ghettoïsation qui consiste à faire vivre ces populations dans les mêmes zones d’habitation. La mixité étant également l’un des meilleurs facteurs d’intégration.

Hakim El Karoui aborde, ensuite, le passage le plus intéressant de son essai : la Chine. Il montre que le développement de la Chine ne s’est pas effectué selon les prévisions de l’Occident. La Chine devait accueillir les activités polluantes et à faible valeur ajoutée de l’Occident et nous laisser tous les emplois à haute valeur ajoutée. L’idée d’un Occident peuplé de Cadres et d’une Chine peuplée d’ouvriers n’était rien d’autre qu’une douce illusion. Puisqu’après avoir vécu la délocalisation massive de nos emplois à faible valeur ajoutée, nous sommes en train d’assister à la délocalisation de nos emplois à forte valeur ajoutée.

 

Andy Grove, ex-patron d’Intel, l’une des entreprises les plus innovantes de la Silicon Valley l’a parfaitement compris lorsqu’il indiquait que: « Nous avons perdu la capacité de maîtriser toute la chaîne de la valeur. Nous avons fait créer en Asie des entreprises, comme Foxconn, qui font le même chiffre d’affaires qu’Apple ou Microsoft (60 milliards de dollars), avec un peu plus de salariés (800 000) » et qu’il prédisait que « à l’image de ce qui s’est passé pour la fabrication de l’ordinateur, les sous-traitants allaient devenir des constructeurs, créer des marques et, maîtrisant le savoir-faire, ils deviendraient demain les concurrents des entreprises américaines là où elles pensaient pouvoir se spécialiser : le marketing, l’innovation, les activités qui génèrent les plus grandes marges ».

Grande muraille de Chine
Grande muraille de Chine

Une autre illusion était que l’ouverture de la Chine à l’économie de marché allait irrémédiablement apporter la démocratie dans ce pays, comme si l’un ne pouvait aller sans l’autre. Encore une fois nous nous sommes lourdement trompés. La Chine a inventé un nouveau modèle de fonctionnement sans s’embarrasser des lourdeurs de fonctionnement de la démocratie. Le pays est géré de manière à en faire un champion économique c'est-à-dire une machine à exporter la plus compétitive qui soit.

 

Une autre erreur est d’avoir fait de la Chine le principal débouché de nos exportations. Les marchés matures de l’Occident ne permettant pas l’accès à de forts taux de croissance, sauf sur les produits innovants, la Chine était perçu comme un « eldorado ». Encore une fois nous nous sommes lourdement trompés puisque la Chine a appâté les pays occidentaux pour mieux profiter des transferts de technologie. A partir du moment où ces transferts de technologie seront globalement absorbés, la Chine fermera encore plus son marché pour mieux favoriser ses entreprises nationales et sa croissance.

 

Car ne nous y trompons pas, le trait de génie de la Chine, par rapport aux pays occidentaux et notamment par rapport à l’Union Européenne, est de ne jamais avoir bradé la Nation. En Chine le pouvoir politique restera toujours plus fort que le pouvoir économique. L’exemple de google en est la meilleure illustration. Le géant américain a dû se plier aux exigences des dirigeants chinois. Point barre.

La différence est que contrairement aux gouvernements occidentaux, le pouvoir politique chinois ne se prive pas de ses armes. Elle utilise notamment sans trembler le protectionnisme et la sous-évaluation de sa monnaie. Nous pouvons nous en plaindre mais cela reste parfaitement compréhensible. La Chine agit selon ses intérêts. Si l’Union Européenne ne le fait pas, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même.

 

L’autre force majeure de la Chine est d’avoir mis fin au principe ubuesque de spécialisation des nations. La Chine évite ainsi de se positionner en état de dépendance technologique vis-à-vis de l’occident. Elle est libre et forte puisqu’elle est capable de produire des biens à faible et forte valeur ajoutée. Son industrie forte est la meilleure garantie de lutte contre le chômage.

Hakim El Karoui
Hakim El Karoui

La faiblesse de la Chine réside dans l’importance des exportations dans la croissance de son PIB. Un peu à la manière de l’Allemagne dans l’UE, elle profite de ses coûts de main d’œuvre pour proposer des produits compétitifs sur le marché mondial. Le problème d’une telle stratégie est qu’il s’agit d’un jeu de massacre où le dernier à survivre finira par mourir comme les autres. La baisse de la consommation de l’Occident affecte déjà la Chine. Il lui faudra donc trouver un nouveau modèle. Haki El Karoui se montre persuadé que les dirigeants chinois sont conscients de ce problème et qu’ils connaissent déjà les solutions. Une fois les principaux transferts de technologie réalisés, la Chine accroîtra sa consommation intérieure par une augmentation des salaires. Afin que ces hausses profitent largement à son économie, elle durcira probablement ses mesures protectionnistes. La Chine jouera donc à sa main, mais son modèle de fonctionnement sera essentiellement régional.

 

La solution nous l’avons sous nos yeux. Mais nous ne voulons pas la voir. Maurice Allais, Prix Nobel d’économie en 1988, l’avait indiqué il y a plus de 10 ans. Mais malgré ses multiples demandes, les chaînes de télévision se sont refusées à lui pour mieux laisser la parole à la bande des Minc, Attali, Barbier ou Dessertine. Il s’agit du PROTECTIONNISME. Pour enfin redonner de la force à l’idée de nation. Pour affirmer la prégnance du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique. Pour favoriser le retour de nos emplois industriels qui apportent beaucoup plus de valeurs ajoutés que les emplois de service. Ainsi l’Union Européenne cesserait d’être la grande naïve en étant la seule entité « politique » à ne pas favoriser ses intérêts.

Creux de l'enfer
Creux de l'enfer

Si nos partenaires économiques n’ont pas la lucidité de comprendre que le protectionnisme est notre arme la plus efficace, établissons cette protection aux frontières de la France. Il s’agit d’ailleurs d’un de mes principaux points de divergence avec l’analyse d’Hakim El Karoui qui souhaite établir un protectionnisme à l’échelle de l’UE afin d’éviter les délocalisations de compétitivité salariale. A l’échelle de l’UE les divergences salariales me paraissent actuellement encore trop fortes pour éviter ce type de phénomène. De plus, je ne suis pas convaincu que les Européens soient disposés à migrer vers les zones les plus développés économiquement. Enfin les transferts budgétaires, qu’impliquerait une bonne uniformisation de la zone euro, me semblent impossibles, car les Etats qui devraient financer ces transferts (notamment l’Allemagne) n’y apparaissent pas disposés.

 

Ainsi va la vie de l’Occident. Cet impérialisme outrancier qui a suivi la chute de l’Union Soviétique arrive à son terme. Les Etats-Unis sont défiés par la Chine, qui ne fonctionne pas selon les codes occidentaux. Il s’agit en réalité d’une chance pour l’Occident. D’une occasion de réaliser son autocritique. De mettre fin au néo-libéralisme. Pour mieux se soucier du bien être de ses peuples.

 

Theux

 


Le commerce contre les Peuples
Le commerce contre les Peuples
Dieu est-il keynésien?
Dieu est-il keynésien?

Écrire commentaire

Commentaires : 11
  • #1

    Damoiseau L'Xé (mardi, 23 octobre 2012 13:51)

    "Si nos partenaires économiques n’ont pas la lucidité de comprendre que le protectionnisme est notre arme la plus efficace, établissons cette protection aux frontières de la France."

    Il est bien là le problème de la mise en place d'un protectionnisme à échelle européenne. Tous les pays de l'UE n'ont pas les mêmes intérêts, et avant que tout ce beau monde tombe d'accord, de l'eau aura coulé sous les ponts.
    Malheureusement, cela reste du domaine de l'utopie. A défaut, et attendant mieux, mettons-le en place en France, sur des critères sociaux et écologiques.

    Ou bien si l'Occident veut inverser les flux avec la Chine et casser son protectionnisme, il n'a qu'à faire une Guerre de l'Opium 2.0. Pas sûr qu'elle serait gagnée...

  • #2

    diojaime (mardi, 23 octobre 2012 14:29)

    peuple français réveille-toi!!!!

  • #3

    Guadet (mardi, 06 novembre 2012 12:14)

    Que seuls 44% des enfants d’immigrés se sentent d'abord français est un peu contradictoire avec l'affirmation que "les populations d’origine arabe s’intègrent beaucoup mieux que certains comportements extrémistes pourraient laisser croire" !

  • #4

    Bulle (mardi, 06 novembre 2012 20:30)

    Le protectionnisme, c'est une bonne solution, mais encore une fois de court terme : la porte fermée aux marchandises mais ouverte aux tensions économiques et tôt ou tard politiques.

    Je crois, moi, que le choix initial de l'Europe d'ouvrir ses frontières (dès la coopération acier&charbon) est ce qui a permis d'avoir en Europe 70 ans de paix, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Et il me semble essentiel de poursuivre dans se modèle, et d'éviter l'écueil de n'ouvrir ses portes qu'aux marchandises et non pas aux humains, ce qui est la tendance actuelle.

  • #5

    Lawrence (jeudi, 08 novembre 2012 12:03)

    En tant qu'Ingénieur français, je partage la conviction que nous n'avons pas besoin de main d'oeuvre à bas coût étrangère.

    Un robot, une machine effectuera toujours mieux et plus rapidement une tache que 1000 employés de Foxconn. Une équipe de 20 Ingénieurs peut créer une machine qui automatise entièrement la fabrication de 100 millions de chemises.

    Le seul blocage ce sont les taxes françaises et Européennes sur les matières de base comme le pétrole, qui double le prix de la matière.
    Le coût de l'essence est par exemple 2 fois inférieure en Chine.

  • #6

    JS (samedi, 24 novembre 2012 09:57)

    "Le seul blocage ce sont les taxes françaises et Européennes sur les matières de base comme le pétrole, qui double le prix de la matière."

    oui...et l'immigration de M/O étrangère à bas coût..

  • #7

    Loukan (mercredi, 12 décembre 2012 10:08)


    Sur le fond de la question Mr El Karoui devrait plus se préoccuper de la Tunisie de son père et ne pas nous bassiner avec l'Occident et la Chine. Lors d'une émission télé où il faisait le beau (je dirais le paon), un autre prétentieux, BHL, lui avait rabaissé le caquet et presque humilié sur cette même question. L'occident aurait du faire son autocritique il y a longtemps (impérialisme, colonialisme, néocolonialisme, verrouillage des institutions de l'ONU, ...) et c'est pareil pour la Russie et d'autres "grands" pays. Pour la Chine il faut attendre pour voir, la seule question qu'ont peut se poser : la Chine va t-elle dans le sens des libertés ou pas ? Une analyse objective montre que oui.

  • #8

    Zyx (mercredi, 06 février 2013 18:11)

    "Le déclin de l’Occident" vu de Tunisie. C'est sans doute un gag!
    Ou encore "l’Islam, est accusée d’être rétrograde". Je dois avouer que sa dimension progressiste m'avait échappé!

  • #9

    Juicer Reviews (lundi, 15 avril 2013 04:37)

    This is an excellent blog post! Thanks for sharing!

  • #10

    van daalen (dimanche, 04 octobre 2015 18:46)

    tres interessant

  • #11

    van daalen (mercredi, 14 octobre 2015 17:10)

    analisi interessante che aiuta a completare il libro