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18

nov.

2012

Faut-il sortir de l’euro ? (Jacques Sapir)

Considéré comme l’un des économistes leaders de la pensée hétérodoxe en France, les analyses de Jacques Sapir sont à étudier de près. La sortie de son dernier livre au début de l’année a permis de recentrer  le débat sur l’un de ses principaux chevaux de bataille : l’euro. Jacques Sapir considère en effet que la lutte contre le néolibéralisme ne suffit pas. Il importe de s’attaquer aux outils qui servent cette idéologie. Et l’euro en est l’apanage.

Jacques Sapir insiste sur l’importance constitué par l’Etat-Nation comme échelle de référence pour la mise en œuvre de politiques publiques. Cet Etat-Nation honni par les néolibéraux, qui essayent par tous les moyens de le faire considérer comme archaïque, rigide et néfaste au développement économique. Cet Etat-Nation qui a en réalité le défaut de s’imposer comme l’un des derniers remparts à la mondialisation néolibérale qui met les peuples en concurrence pour mieux en assurer leur exploitation et qui créera, tôt ou tard, un étouffement de la demande mondiale.

 

L’auteur stigmatise l’ineptie des politiques de nos dirigeants, depuis 30 ans, qui ont renoncé à défendre les intérêts de la France au nom d’un projet européen qui n’est malheureusement qu’une plongée dans un monde néolibéral. Il s’agit en réalité d’une critique forte d’une partie de la gauche qui s’oppose au néolibéralisme tout en voulant conserver l’euro. L’euro actuel sert les politiques néolibérales et vouloir le conserver en l’état correspond à une erreur identique à celle du PS, qui veut rester dans l’UE au prétexte que cette dernière nous protégerait du libéralisme sauvage.

Jacques Sapir
Jacques Sapir

Pour pouvoir proposer une politique alternative, la France doit pouvoir retrouver sa souveraineté et doit donc s’affranchir du « carcan » de l’Euro. Le premier écueil à passer est de montrer la faiblesse des raisonnements catastrophistes en faveur d’une sortie de l’Euro. « Les chiens de garde » du néolibéralisme ne reculent devant aucun argument fallacieux : Dégradation de nos conditions de vie, déclin inéluctable de notre pays, fin de la paix en Europe. On pourrait ajouter tsunamis sur la côte méditerranéenne, éruptions volcaniques dans le massif central, retour de la peste et du choléra ou invasion extraterrestre. Bref ces allégations ne tiennent pas debout. Surtout lorsque l’on regarde avec objectivité la situation actuelle, c'est-à-dire en dehors du prisme de la bulle médiatique qui ne regarde que la France pour mieux la comparer aux sacro saints modèles anglo-saxon ou allemand.

 

Pour vérifier l’étendue de ces catastrophes, il suffit de regarder ce qu’il s’est passé dans les pays confrontés à une crise de la dette comparable. Jacques Sapir prend l’exemple de la Malaisie et de la Russie en 1998 ainsi que celui de l’Argentine en 2002. L’auteur explique que « la cohérence de l’action économique est dépendante de la capacité des acteurs politiques à recombiner directement le macro et le micro, et cela passe nécessairement par l’étape de la souveraineté, l’étape de l’Etat-Nation.»


C’est ainsi que l’Argentine est parvenue à proposer une politique alternative aux orientations suicidaires des organisations financières internationales. La Russie confrontée à une crise de la dette majeure est parvenue à s’en sortir grâce à un défaut de paiement ainsi qu’à la dévaluation de sa monnaie, qui a permis de rendre ses exportations plus compétitives mais également par une politique stricte de contrôle des capitaux, qui a évité la fuite des capitaux ainsi que la spéculation. Un contrôle fiscal sur les grandes entreprises exportatrices a également permis de générer des recettes fiscales importantes. Ces mesures ont nécessité un affrontement frontal avec le FMI et ont permis d’affirmer la souveraineté de l’Etat par rapport à des organisations internationales sans aucune légitimité. La Malaisie est également sortie de la crise grâce à un contrôle des changes stricte.

Mario Draghi
Mario Draghi

La question du pouvoir est donc la variable centrale sur laquelle il importe d’agir. Le FMI, l’OMC, la Banque Mondiale ou l’UE n’ont pas de légitimité démocratique et ne servent qu’à relayer une idéologie qui a montré à de nombreuses reprises ses limites. Piégés dans l’Euro, la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, la Belgique ou la France se privent de leurs moyens leur permettant de sortir de la crise.

 

Le débat actuel en France sur la compétitivité est, à cet égard, effrayant. Afin d’accroître nos exportations et rétablir notre solde commercial, le constat est établi que nos produits sont trop chers. Cette affirmation apparait en soi incomplète puisqu’elle omet par exemple le rôle de passager clandestin de l’Allemagne au sein de la zone euro. Mais, le problème se situe essentiellement au niveau des moyens utilisés pour abaisser le prix de nos produits à l’exportation. Faute de pouvoir dévaluer, à cause de l’indépendance de la BCE, nous imposons une politique de déflation salariale, alors que nous savons pertinemment les conséquences historiques que peuvent avoir de telles politiques.

 

De même, l’impossibilité de procéder à un contrôle des capitaux nous empêche de lutter efficacement contre la spéculation. L’impossibilité de la part de la BCE de prêter directement aux Etats renchérit la dette publique au profit des banques commerciales. Sans même évoquer les contraintes budgétaires que nous venons de nous imposer.

 

Comment un pays peut-il combattre efficacement la crise s’il ne dispose pas de ses armes monétaires et budgétaires ? Sortir de l’Euro reviendrait à recouvrer l’arme monétaire et donc au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Tout simplement.

 

Pour l’auteur l’euro est donc condamné, car il crée des déséquilibres qui vont devenir insoutenable pour les peuples. Il apparait cependant important de ne pas mésestimer le symbole que représente l’euro pour les gouvernements, qui semblent prêts à tout pour son sauvetage. Certainement car il appuie leurs politiques néolibérales.

Jacques Sapir se base sur l’hypothèse que l’euro dans son fonctionnement actuel disparaitra rapidement et réfléchit déjà à l’après. Il distingue trois scénarios. Le premier consiste en un éclatement de la zone et à un retour aux monnaies nationales. Le risque de guerre des monnaies ne l’effraie pas puisqu’il indique que tous les pays n’auront pas intérêt à dévaluer. L’Allemagne par exemple aura toujours besoin d’un mark fort pour préserver les rentes et les pensions de ses retraités dans un contexte de fort vieillissement de sa population. Le second scénario correspondrait à une scission entre un euro du sud et du nord. Mais ce scénario ne résoudrait qu’imparfaitement les besoins des différentes économies de la zone euro. Ainsi la Grèce aurait par exemple besoin d’une dévaluation plus forte que la France. Le troisième scénario serait un retour aux monnaies nationales pour certains pays seulement.

 

Un tel accord supposerait la suppression de l’article 63 du traité de Lisbonne qui interdit le contrôle des capitaux, puisqu’il est bien évident qu’une dévaluation efficace ne pourrait fonctionner qu’avec un contrôle des capitaux évitant la fuite de ces derniers vers l’étranger.

 

L’aspect primordial est de montrer qu’une sortie de l’euro ne signifierait pas nécessairement une sortie de l’UE, comme le montre le cas des pays membres de l’UE et ne participant pas à la zone euro.

Dupont-Aignan Mélenchon
Dupont-Aignan Mélenchon

Les désavantages de l’Euro sont donc multiples : impossibilité d’emprunter directement à la banque centrale, surévaluation, impossibilité de faire évoluer les taux de change au sein de cette zone afin de s’adapter aux évolutions des économies, l’impossibilité de dévaluer, l’impossibilité de mettre en place un contrôle des changes… Les conséquences sont désastreuses pour les peuples qui doivent payer l’addition de l’absurdité de cet outil néolibéral notamment au travers de politiques d’austérité qui contraignent les salaires, les services publiques et les prestations sociales à la baisse tout en augmentant les impôts. Sans même évoquer la désindustrialisation, la hausse du chômage et le tassement de la croissance.

 

Des solutions alternatives comme la monnaie commune auraient permis de doter l’UE d’une monnaie fédératrice mais les politiques n’ont pas effectué ce choix. La réalité est que nos gouvernements sont soumis à l’idéologie dominante qu’est le néolibéralisme.  Ils sont prêts à tout pour l’imposer et ne reculeront devant rien. Ils ont accepté de monétiser la dette des Etats à condition que ces derniers fassent allégeance à l’idéologie dominante. Ils commencent à s’attaquer petit à petit à l’idée même de démocratie. Nous avons le devoir vis-à-vis des générations futures de nous opposer à ces actes. Pour porter au pouvoir des hommes ayant la volonté de réinstaurer l’Etat-Nation et de redonner sa souveraineté à la France. La bulle médiatique ne cessera pas d’aboyer, mais des économistes aussi sérieux et réputés que Jacques Sapir nous montrent que nous ne faisons pas fausse route.

 

Theux

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Commentaires : 5
  • #1

    diojaime (mercredi, 21 novembre 2012 20:06)

    il nous faut sortir de l'euro
    bien sûr

  • #2

    Horror (vendredi, 23 novembre 2012 23:14)

    L Euro n a t'il pas bon dos?
    En fait les pays du Nord ne vivent pas si mal cette monnaie. Par contre les pays du Sud souffrent clairement.
    L Euro est finalement un révélateur de bonne et de mauvaise gestion, il n est donc pas la source de la maladie ni le remède.

    Certes l outil monétaire n est plus la mais est ce une mauvaise chose? Ne vaut il pas mieux gérer de façon responsable la comptabilité nationale?
    Cet outil n est pas l arme du peuple mais l arme de politiques incompétents.
    Comment un peuple peut il accepter de voir ses épargnes disparaître dans une devaluation?
    Si l on pense la dette énorme, qu'elle sera t elle et à quels taux astronomiques avec une monnaie nationale faible?
    Il en parle pas de tout ça Sapir

  • #3

    diojaime (lundi, 26 novembre 2012 14:10)

    @ horror
    c'est pas le peuple qui a à craindre la sortie de l'euros mais plutôt les riches de notre nation (vos amis très chers sans doute)
    lorsque leur épargne colossale va fondre comme neige au soleil suite à l'éventuelle dévaluation

  • #4

    grandet (mardi, 27 novembre 2012 13:02)

    A quoi sert de s entèter davantage , la Greece ne remboursera jamais , l Italie idem et nous Français , nous allons nous retrouver à la solde de cette finance et d un néolibéralisme destructeur de notre société , pour uniquement leur profits , Il serait grand temps que nos hommes politique fassent la part des choses et que l on sorte de cette europe actuelle au profit d un marché européen , mais surtout sortir de cette europe qui nous amène à la ruine !!! Il vaut mieux redémarrer plus bas , en évitant de reproduire les mèmes erreurs commises par intérêts propres de certains politiques qui se foutent pas mal des peuples ...Mais attention , je pense trés fort que le retours du baton fera trés mal !!!

  • #5

    Horror (mercredi, 28 novembre 2012 16:11)

    @ Diojaime.
    Mais tout le Monde perdra et plus particulièrement tous les petits épargnants des classes moyennes qui verront s'envoler le travail et les efforts d'une vie.
    Les riches il y en aura toujours et la moitié de beaucoup, ça fait toujours beaucoup (et toujours trop pour toi apparemment) pour ceux qui n'auront pas transféré leurs avoirs.
    Si le Peuple pour toi c'est tous ceux qui sont au RSA et n'ont rien, c'est qu'il faut sortir de ton foyer.
    C'est à se demander quel age tu as pour faire de telles sorties à moins que tu ne sois que dans la provoc stérile.

    @ grandet
    Oui la Grèce est morte depuis longtemps. Mais le coupable n'est pas la finance qui n'est que suiveur et révélateur. Les coupables sont tous ces politiques corrompus, avides et court termistes.