jeu.

29

nov.

2012

« Comment la Mondialisation a tué l'écologie ? » (Aurélien Bernier)

Dans son dernier ouvrage, « Comment la Mondialisation a tué l'écologie ? », Aurélien Bernier revient sur les raisons de la faillite de l'écologie politique.

Stagnante, marginale même parfois dans les démocraties occidentales après quelques quarante années d'existence, son rôle se cantonne souvent à celui de caution politique, sentimentaliste et naïve. Convaincue que le droit international, à force de forums et de conférences, est à même de faire plier les entreprises transnationales, elle milite pour notre « survie »par la croissance verte et le développement durable,dans le monde sans frontières ni souverainetés de Messieurs Daniel Cohn-Bendit et Jean-Vincent Placé. La contradiction fatale est la suivante : l'écologie est un mieux disant social et environnemental, à l'endroit de CITOYENS et dont il est possible de débattre au sein d'espaces démocratiques que sont les seules Nations, quand l'ouverture et la concurrence contraignent les Hommes, devenus simples AGENTS économiques à ne raisonner qu'en terme de coûts et de profits.

Alors, libre échange ou écologie ? Il faut choisir.

 

Aux racines du mal

 

Depuis Henry James Thoreau, aux scientifiques et militant(e)s américain(e)s et anglais(es), Rachel Carson et Barry Commoner soucieux(ses) de l'impact des hommes sur l'environnement, l'écologie, quoique diverse, s'est construite consubstantiellement à divers autres combats politiques, qui en expliquent aujourd'hui le positionnement :

 

- L'anti-étatisme viscéral, dans la pure tradition libérale libértaire anglo-saxonne ; les soixante-huitards en France qui dénonçant l'autoritarisme, l'état, la police, la Nation... En Europe, dans l'ensemble et en particulier les allemands dont le fédéralisme devient modèle après 1945, contre l'état fort, nationaliste, contre « la guerre »...

 

-Le Mondialisme et le localisme : deux mouvements complémentaires. Il faut dépasser la Nation, par le haut et par le bas, par les instances transnationales, l'ONU, l'Europe, la décentralisation, les régions, les euro-régions...

 

-Le Communautarisme enfin : Bernier constate : [ L'objectif, c'est ] « fédérer les minorités : féministes, autonomistes, régionalistes. [Le parti] refuse d'imposer un projet, idéalise le fonctionnement en réseau...[...] qu'il oppose aux structures hiérarchisée et défend le droit à la différence contre l'universalisme. »

Une idéologie qui pousse notamment aujourd'hui les régions les plus riches du continent à vouloir se séparer des plus pauvres.

 

Dans les années 60 et 70, l'écologie progresse. Les médias et les politiques commencent à en parler. Des ministères se créent, les premières vraies « causes » fédératrices émergent : les produits chimiques, le nucléaire,... dans un ordre économique mondial qui se transforme radicalement.

Depuis la fin des Trente glorieuses aux États-Unis puis en Europe, les entreprises cherchent de nouveaux débouchés, dans des pays à bas coûts. Afin de conserver leurs marges, les grandes firmes profitent de la concurrence de nouveaux pays de production. Il faut dé-réguler; profiter du libre échange comme outil de dépendance et d'hégémonie.

Il faut se débarrasser des États et des considérations démocratiques nationales qui entravent les profits.

 

Le moment est clé.

Car, dès lors, l'histoire de l'écologie sera celle d'une récupération par l'ordre néolibéral. Ou comment la cause écologiste s'est faite -elle l'est toujours- l'avocat de la mondialisation et du libre échange qui empêchent, de fait, toute radicalité politique.

Bernier note :

 

« Que les motivations soient totalement différentes ne change rien au résultat : l'État est bel et bien réduit à peau de chagrin par la montée des institutions internationales et par la construction européenne, sans que les mouvements alternatifs s'y opposent, bien au contraire. Cette erreur politique majeure, peut-être excusable dans les années 1970, devient impardonnable après le tournant ultra libéral imprimé par Margaret Thatcher au Royaume Uni Ronald Reagan aux États-Unis et Jacques Delors en France... »


Le capitalisme anxiogène recycle tout

 

A partir de 1973, suivant les chocs pétroliers et les premières revendications militantes, « Verdir » devient essentiel. Dans les discours du moins, en façade.

Dirigeants aveuglés et industriels avertis, conscients de l'enjeu énergétique font la promotion du développement durable, des éco-industries et de logos souriants qui bientôt seront à même de protéger l'Homme de son nouvel ennemi : la crise écologique .

L'auteur remarque : « Comme avec le communisme, le danger est mondial, sournois, et aucune région n'est à l'abri. Dans les deux cas, il s'agit d'une menace qui nécessite des sacrifices et réclame la participation de tous. Avec pour véritable projet la consolidation du capitalisme néolibéral, Margaret Thatcher vient de trouver dans le climat et l'ozone une grande cause commune. »

Métaphysique angoissante.

Et toujours l'économie verte demeure subordonnée à la croissance et aux intérêts géostratégiques des grandes puissances. Car l'écologie est avant tout technologique, innovante et au service du marché.

Du cynisme ? Certainement ! de la part des grands groupes, des industriels et de la finance. Mais pas seulement. En système de concurrence généralisée, être vertueux socialement et écologiquement, c'est perdre en compétitivité, c'est perdre des marchés, de l'emploi et donc de la richesse. Un chantage permanent depuis 40 années à la délocalisation, aux fermetures d'usines et au déclin.

 

Profitant des écarts de réglementation et de taxation entre les pays, les multinationales compartimentent les productions, diluent les responsabilités ( l'auteur développe l'exemple des marées noires ) et promeuvent l'écologie avec d'autant plus d'entrain qu'elles font oublier par la même les conditions sociales de production en Chine et en Afrique, par lesquelles elles imposent la régression chez nous.

 

Que faire ?

 

Nous devons changer de cadre.

Briser le libre échange, sortir des instances supra nationales promotrices d'une liberté de commerce absolue.

Redonner à l’État la force de gouverner selon les intérêts humains, pour la sauvegarde de la planète ; selon ceux des citoyens, désireux, ici d'interdire telle ou telle pratique sociale ou environnementale, là de choisir l'origine et la qualité des produits qu'ils consomment ; bref, sortir du chantage permanent à la délocalisation, à la baisse des salaires et à la grande hypocrisie qui consiste à masquer toute production sale et indigne à 10 000 kilomètres de chez nous, où demeurent les mines à ciel ouvert, l'entassement de déchets nucléaires sauvages, et des conditions de travail et de vie indignes qui permettent aux entreprises d'écouler chez nous leur produits ( soit disant ) à bas coût. Aujourd'hui, la dérégulation du commerce, arme suprême des grandes entreprises face aux intérêts supérieurs des citoyens et de la planète conduit lentement mais sûrement le monde au gaspillage et à l'exploitation de tout, ressources et hommes, dans un délire incontrôlable autant qu'infini.

Aurélien Bernier martèle : il faut coopérer, COOPERER, entre nations souveraines ; soustraire, tant que faire se peut, les ressources rares et stratégiques aux règles du marché, en somme : se protéger et dé-mondialiser. Pour en finir avec ces marionnettes, cautions gouvernementales, n'ayant prise sur rien.

 

Une analyse historique salutaire, lucide.

 

 

 

Frederichlist

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Commentaires : 5
  • #1

    diojaime (vendredi, 30 novembre 2012 16:56)

    nos sociétés européennnes et mondiales sont confrontées à trois problèmes majeurs étroitement liés:
    la crise politico-économique-écologique mondiale.
    le défi à relever est de taille et inédit,et est envisageable que dans la mesure où on sort du cadre économique actuel basé principalement sur les intérêts individuels de la minorité dominante.
    à mon sens, une première étape politique sera
    nécessaire pour réformer les pseudo-démocraties mondiales sclérosées par les conflits d'intérêts auxquels leurs élus sont soumis, pour ensuite aboutir à une vraie démocratie, gardienne du pouvoir politique des citoyens et de l'intérêt général.
    car je précise, il s'agit bien de l'intérêt de tous concernant l'écologie, puisque au final, pauvres et riches paieront l'addition.

  • #2

    Jard (samedi, 01 décembre 2012 19:05)

    Ne faut-il pas prendre le cheminement par un autre bout? Déjà, un parti qui se base sur l'écologie est malade. En France, l'écologie politique est liée aux girondins, aux Français du type familial souche. Aucun parti écologiste n'existe dans les pays latins ou libéraux, contrairement à l'Allemagne, autre espace de type souche. Les Girondins produisent inexorablement de la haine de l'Etat et de la Nation et sont pour l'Europe et le local. Le bon girondin croit en l'inégalité des êtres humains, d'où le communautarisme et l'inégalité sociale. Europe-écologie est autant écologiste que le PS est socialiste.
    Seul un mouvement politique issu du bassin parisien peut présenter quelque intérêt.

  • #3

    Romain (dimanche, 02 décembre 2012 11:51)

    Qu'entendez vous par : "Une idéologie qui pousse notamment aujourd'hui les régions les plus riches du continent à vouloir se séparer des plus pauvres."? Est ce que vous reprenez la pensée de l'auteur ou est-ce un point de vue critique personnel?

    Personnellement, je ne trouve pas le lien de corrélation évident, je reste bien entendu à convaincre.

    (article intéressant, merci)

  • #4

    pi (vendredi, 07 décembre 2012 17:53)

    écologie

  • #5

    Juicer Reviews (lundi, 22 avril 2013 18:18)

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