mar.

18

déc.

2012

Grande Allemagne, Petite France ?

Nous publions cette semaine un article de Woyzeck, lecteur assidu du blog, article au titre transparent avec lequel nous ne sommes pas d'accord, qui nous a toutefois semblé intéressant pour l'analyse qu'il propose de la fracture économique franco-allemande et de ses conséquences.

 

« Races supérieures! Races inférieures! C'est bien tôt dit. Pour ma part, j'en rabats beaucoup depuis que je vois des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand ». Ces mots, prononcés en 1885 par Clemenceau pour dénoncer le colonialisme français trouvent un échos singulier chez les Français d'aujourd'hui.

Ils hantent même certains.

Les descendants de Clemenceau que nous sommes tous n'ont pas réussi à rabattre le caquet aux Allemands, après 100 ans. Et, s'il n'est plus question de races, fort heureusement, force est de constater que l'Allemagne surclasse bel et bien la France en de nombreux domaines.

 

 

Le dialogue social français est dans l'impasse

 

Le dialogue social en France est dans l'impasse depuis ses origines. Fondé sur la forme privilégiée du conflit permanent, au détriment de la recherche du consensus négocié par les intérêts de classe entre travailleurs et patronat selon la conjoncture économique comme c'est le cas en Allemagne, les syndicats français sont en permanence dans une forme de révolte inopérante, lorsque les patrons arc-boutent sur leur position passéiste corporative et libérale, menant chacun dans ses retranchements, puis, au final, dans l'impasse.

Aujourd'hui, les salariés du privé ne se sont jamais autant peu syndiqués, les représentants des travailleurs sont donc dans une situation de quasi illégitimité, lorsque les grands patrons, comme les petits, profitent de leur intérêt de classe supérieure pour prétendre à des assouplissements du marché du travail. Les syndicats ne proposant aucune alternative, les patrons s'acharnant à détricoter le code du travail et à imposer des cadences parfois plus qu'illégales; c'est l'avenir même du travail en France qui est ainsi mis en péril. Et cela par les acteurs même qui sont supposés le défendre et faire en sorte qu'il se porte mieux !

Pis, dans le public, les syndicats, beaucoup plus présents, sont, par leur rôle confié en matière d'avancement et de nominations, largement devenus des entités de facto contrôlés par quelques-uns au profit d'intérêts carriéristes de personnes.

L'Allemagne, même si elle n'est pas un modèle en la matière puisqu'elle a largement imposé une libéralisation du marché du travail dans les années 2000 avec les gouvernements Schröder contre l'avis des syndicats, a pourtant une capacité à la négociation entre travailleurs et patronat beaucoup plus opérante ! Ainsi, lors de la crise, les patrons ont facilement et rapidement pu s'entendre avec leurs syndicats pour faire baisser les cadences au vu des baisses de commandes, sans procéder à des licenciements massifs, et cela dès 2008 ! La France à l'inverse gardait ses cadences infernales, alors même que les commandes baissaient, pour se retrouver aujourd'hui contrainte de procéder à des licenciements massifs !

Voilà pourquoi, en matière de dialogue social et de représentativité syndicale, les allemands surpassent largement les Français.

 

 

La panne démocratique française en Europe.

 

Qu'il est étrange de se dire que la France aujourd'hui est un des pays d'Europe occidentale les moins démocratiques !

Essayez donc d'expliquer une seconde à un allemand le système institutionnel français fondé exclusivement sur la personne du chef de l'État, avec quasiment aucun contre-pouvoir pour le Parlement, et un système électoral mêlant les élections législatives et présidentielles ! Vous verrez que vous aurez vite honte d'être comparé à un système autoritaire qui ne laisse pas de place aux contre-pouvoirs et à la responsabilité politique !

La seule soupape démocratique de notre constitution, le référendum, n'est même plus guère utilisée, pour des raisons de pusillanimité politique. Nos hommes politiques seraient bien mal avisés de demander l'avis des citoyens sur tel ou tel sujet ! Combien de nos gouvernants n'ont-ils pas subi les foudres du mandat impératif, à commencer par De Gaulle lui-même !

Les Allemands au contraire, ont prévu dans leur constitution des contre-pouvoirs forts, imposés par les alliés au sortir de la guerre, et leur forme d'état, le fédéralisme, imposé par la France dans l'après guerre pour affaiblir l'Allemagne, (quelle ironie de l'histoire !) ne l'a rendue que plus transparente encore ! Les grands projets, tels que la nouvelle plate-forme ferroviaire de Stuttgart 21 peuvent être négociés par un dialogue régional avec les citoyens et, dans le cas du projet de Stuttgart, c'est l'organisation d'un référendum populaire qui a réglé la question de sa construction, chose qui serait impensable en France avec l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes !! Souhaitable, mais impensable !

Enfin que dire d'un système d'élection présidentielle où nous nous retrouvons une fois sur deux avec un père Le Pen au second tour ou la fifille Marine à 20% !

Voici pourquoi, en matière de vitalité démocratique, nos amis d'Outre-Rhin nous ont largement dépassé !

 

La France, chevalier d'industrie en déroute.

 

La France était ruinée au sortir de la guerre : son territoire détruit par les bombardements des alliés et des nazis, les atrocités commises par l'armée allemande, et mutilée par 4 années d'occupation atroce. Et pourtant, de grands plans de modernisation de la France mis en place par des Commissariats à l'industrie ont réussi à reconstruire la France, et à la hisser à la 3ème place des grandes puissances économiques dans le monde ! Et, avec ses colonies, qui ont largement contribué à la libération de 1944, n'avait-elle pas là la possibilité de créer une forme nouvelle d'organisation du monde francophone, basé sur le partenariat, le progrès social et humain et les échanges technologiques pour tous ?

Les Allemands, partant d'encore plus loin, puisque leur pays était complètement ravagé au sortir de la guerre, et qu'ils étaient les vaincus, ont réussi à reconstruire leur pays sur de nouvelles bases, et gardant les meilleures industries, oser les moderniser pour faire face à la concurrence mondiale, et axer les productions sur le haut de gamme ! La France, si sûre d'une position économique monopolistique sur ses anciennes colonies notamment et ses zones d'influence, s'est axée sur le moyen de gamme, qui est aujourd'hui en déroute !

Chacun préconise aujourd'hui de se recentrer sur le savoir-faire français ou l'industrie du luxe, mais enfin, la performance et l'excellence seraient-ils des domaines dans lesquels les français ne pourraient jamais égaler les Allemands ?

Là encore, les Allemands surclassent largement les Français.

 

Vivre en bonne intelligence

D'où vient que les Français depuis 60 ans n'ont pas su tirer partie de leurs fabuleux atouts ? Vainqueur de la seconde guerre mondiale, puissance d'occupation en Allemagne, avec une population dense et des colonies riches lui permettant d'assurer son développement économique, comment la France a t-elle pu mener une telle politique autodestructrice et finir par apparaître aujourd'hui comme l'homme malade de l'Europe ?

A défaut de politique industrielle et économique intelligente et contracyclique, la France rurale se désertifie, parsemée de quelques aciéries disloquées et bientôt abandonnées. A défaut d'une population mixte, républicaine et éduquée, nous avons des ghettos entiers à la périphérie des villes, où sont laissés à l'abandon des enfants d'immigrés que l'on a que trop mal accueilli en France, et d'autres pans du territoire, où les plus aisés vivent isolés des quartiers ?

En matière sociale, démocratique et économique, l'Allemagne a largement surpassé la France ces 60 dernières années. Elle regarde à raison la France comme un pays en déclin, puisqu'avec des atouts considérables, nous n'avons pas réussi à faire autre chose qu'à construire des banlieues explosives, laisser grimper le taux de chômage sans rien faire, et délocaliser notre industrie, avec l'aide d'une administration fat et incompétente.

Il serait temps que nous puissions nous remettre en question et nous révolter de l'incompétence au pouvoir. L'enjeu est de reconstruire la France pour la ramener sur les rails qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Nous devons agir en bonne intelligence.

 

Les leçons à tirer

 

Si l'Allemagne a su autant sortir son épingle du jeu, alors qu'elle connaissait encore dans les années 1990 un taux de chômage énorme, c'est qu'elle a su mobiliser l'ensemble des acteurs politiques et économiques sur un objectif clair : la réduction du chômage. L'agenda 2000 de Gerhard Schröder n'était rien d'autre qu'une refonte complète d'un système économique et social pour le tirer vers le haut. Bien sûr, c'est le libéralisme qui a gagné, et aucune des solutions que préconise l'extrême gauche n'a pu être appliquée : ni contrôle des capitaux, ni augmentation drastique des impôts sur les plus-values et les dividendes, ni encore aucun mécanisme de péréquation entre riches spéculateurs et travailleurs pauvres. A défaut, l'Allemagne a libéralisé à tout va : son marché du travail, ses allocations sociales, jusqu'à ses emplois aidés, payés 1 € de l'heure pour les chômeurs longue durée.

D'où vient que la France n'ait pas aujourd'hui la même capacité à mobiliser l'ensemble de la classe politique et économique pour vaincre l'explosion du taux de chômage ? C'est parce que la France vit dans le conflit social permanent, dans l'admiration de ses élites et la contemplation de la haute estime qu'elle a d'elle même.

Bien sûr, certains argueront que l'Allemagne a été égoïste lorsqu'elle a libéralisé son marché du travail, et qu'elle a appauvrit ses compatriotes européens. Mais que n'a t-on pas fait en France pour endiguer ce risque ? La France des années 1990/2000 était en croissance positive et n'a rien fait pour anticiper l'énorme déséquilibre économique que provoquerait en Europe l'isolationnisme économique allemand. Elle a donc raté le coche il y a 10 ans. Et que propose t-elle aujourd'hui que l'on sait que la voie de l'austérité et de l'équilibre budgétaire n'est pas une solution viable ? François Hollande préconise l'instauration à terme d'une taxe sur les salaires ou les retraites qui permettraient aux retraités allemands de financer les chômeurs espagnols. Cette solution est aussi naïve qu'elle est surréaliste. Il existe un consensus politique entre la gauche (SPD) et la droite (CDU) pour dire que les Allemands ne doivent pas payer pour les autres pays.

France, toi qui te crois si forte, que nous proposes tu ?

 

 

Woyzeck

 

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Commentaires : 29
  • #1

    FlikeFrog (mercredi, 19 décembre 2012 01:29)

    Remarquable témoignage d'ouverture d'esprit de la part des auteurs du blog que de laisser la tribune aux lecteurs dont les opinions semblent aux antipodes des leurs. Chapeau bas.

  • #2

    diojaime (mercredi, 19 décembre 2012 11:14)

    vous dites:"L'agenda 2000 de Gerhard Schröder n'était rien d'autre qu'une refonte complète d'un système économique et social pour le tirer vers le haut."
    Certes, pour tirer vers le haut le système économique et ses grands acteurs, industriels allemands et grands actionnaires empochant les bénéfices, mais en aucun cas le volet social!!
    puisqu'une augmentation de la pauvreté et de la précarité s'est réalisée parallèlement(source INSEE allemand).
    Si c'est le libéralisme qui l'a emporté chez eux aussi, je ne vois pas en quoi l'allemagne pourrait nous donner des leçons si ce n'est pour fabriquer des "working poor".

  • #3

    Guadet (mercredi, 19 décembre 2012 11:18)

    Si Woyzeck et Horror écrivent les articles de ce site maintenant, ça ne m'intéresse plus beaucoup.

  • #4

    Frederichlist (mercredi, 19 décembre 2012 12:16)

    Il me semble que la question des négociations syndicales est largement un faux problème, de même que celle de la constitution fédérale outre Rhin, ; d'accord avec diojaime pour dire que l'Allemagne n'a pas à nous apprendre à fabriquer des travailleurs pauvres. Force est de constater que ces attributs que vous prêtez à notre voisin n'ont pas permis d'avancées sociales plus fulgurantes que chez nous ces derniers temps, au contraire.
    Vous niez que les traditions nationales sont difficiles à déconstruire et que le nivellement proposé par l'Europe pourrait bien être contreproductif voire dangereux.
    Quant à la mobilisation de tous les allemands après 90 pour faire baisser le chômage, c'est bien joli ; toutefois, il faut choisir si nous sommes en Europe pour coopérer ou pour faire son beurre et ses exportations sur le dos des copains.

    La première des réponses est d'acter que la politique des états européens demeure subordonnée quoi qu'on en dise aux intérêts nationaux. C'est un fait, et c'est même démocratique. En France, on fait semblant de ne pas le voir, c'est très ancré, l'idée "d'Europe démocratique".
    Certaines concessions peuvent être faites, mais ni sur la monnaie, ni sur le budget. Il est temps de renégocier l'Euro avec l'Allemagne, au minimum sa baisse importante, ou, plus réaliste, sa dissolution.
    Un politique monétaire stratégique est indissociable de la reconquête industrielle et du plein emploi.



  • #5

    Horror (mercredi, 19 décembre 2012 13:23)

    Il existe 2 différences fondamentales qui expliquent la bonne tenue de l'Allemagne et l'effondrement de la France dans cette succession de crise.

    La première concerne les syndicats. Qu'ont ils fait de puis 1936, seul point de référence positif? Dans le Privé, point d'avancée, point de de dialogue. Des positions dures et stériles qui n'ont fait qu'accompagner des centaines ou des milliers d'entreprises et de salariés dans le néant avec comme fait de gloire la récupération d'un chèque conséquent court termiste. Ont ils sauvé 1 emploi ? Que nenni. Alors comment expliquer et justifier leur action quand on voit un bilan tel qu'un fossoyeur ne le renierait pas ?
    Les salariés du Privé ne s'y trompent d'ailleurs pas puisque leur taux de syndicalisation est un des plus faible d'Europe.
    Ces positions arrêtées et définitives de principe empêchent tout dialogue, toute adaptation. On s'en tient à des positions et postures idéologiques et non pas pragmatiques, dans le carcan étroit de notre
    Droit social.
    En France les syndicats font de la seule politique, en Allemagne, ils font de l'économie et recherchent un consensus avec le patronat.
    Dans le Public, par contre, c'est la fête du slip, car ils ont tout gagné, face à des politiques soucieux de la seule paix sociale. Cette succession de victoires à la Pyrrhus font que les écarts d'avantages indus entre salariés du Public et du Privé sont monstrueux et plus tenables dans la situation actuelle, ne creusant que les inégalités et dettes payées par le seul Privé et nous conduisant dans une impasse à l'espagnole ou à la grecque de fait.
    En Allemagne, ils sont 20% moins nombreux, gagnent en moyenne 20% de moins que dans le Privé (+20% chez nous), sont très peu à avoir un emploi « à vie » qui garantit la performance des services.

    Size matters ! C'est le deuxième effet « kiss cool » qui joue en notre défaveur. Dans un Monde ouvert, seules les entreprises avec une taille critique suffisante peuvent s'en sortir. Alors nous avons en France quelques très grands champions, plus qu'en Allemagne. Mais la croissance ne peut reposer sur quelques dizaines d'entreprises. Le cœur et le moteur de l'économie, de la croissance et de l'emploi se situent dans les entreprises de 250 à 5000 salariés. Les Allemands en ont près de 3 fois plus que nous.
    Ces entreprises allemandes sont en majorité familiales. Pour qu'une entreprise grandisse et se renforce, il lui faut du temps et de la continuité.
    Pour la continuité, la structure familiale permet des stratégies de long terme non soumises au lois court termistes du marché.
    Pour le temps, la facilité comparée de transmissibilité d'une entreprise en Allemagne est une force que nous n'avons pas. La fiscalité française ne permet pas une transmission facile qui permet à une entreprise de grandir sur plusieurs générations. Chez nous il existe comparativement très peu de transmissions. Les entreprises ferment après la disparition du fondateur ; sont revendues par appartement ; ou à des groupes étrangers qui les rationaliseront ; sont dépecées lors d'un couteux transfert fiscal...
    Nous empêchons les forces vives, génératrices potentielles de croissance et d'emploi, de grandir au nom d'une sacro sainte égalité et injustice.
    Au final, notre structure économique est très faible et laisse sur le carreau des dizaines de milliers de salariés. Mais l'honneur est sauf, aucun rentier trop bien né, ne bénéficiera d'avantages insupportables, l'Etat « bienveillant » passant par là.

  • #6

    charles (mercredi, 19 décembre 2012 15:10)

    S'auto flageller ne regle pas les problemes, j'ai grandi avec ce genre de message et cela m'a tire vers le bas.
    La premiere fois que j'ai voyage en Allemagne, j'ai trouve le pays ennuyeux et gris, en comapraison, la France est un jardin lumineux, l'Allemagne est jalouse de la France malgre tout son succes economique, il faut le savoir.
    Et puis on a une population de 65 millions d'habitants, eduques et creatifs, ayant travaille a l'etranger pendant 20 ans, je me suis apercu que la rigeur a la Francaise est une vrai valeur.
    Alors nous Francais, n'ayons pas honte de notre modele, nous avons un style de vie qui attire 75 millions de touristes par an en France, cela fait palir nos voisins de jalousie.

  • #7

    diojaime (mercredi, 19 décembre 2012 18:50)

    pour certains, il y a que des syndicats méchants, mais que des patrons gentils victimes du dictat syndical.
    On nous ferait bientôt pleurer sur le sort des moyens et grands pauvres patrons qui en fait ne veulent que le bonheur des salariés, en détricotant le code du travail.
    Alors, si les patrons sont si vertueux, pourquoi on leur ferait pas confiance?

    En vérité, leur faire confiance, c'est la même chose que de laisser le renard dans le poulailler, car on est certain d'y retrouver que les plumes...

  • #8

    Horror (mercredi, 19 décembre 2012 19:57)

    Bien sur qu il y a des patrons ignobles mais je suis intimement persuadé qu il ne s agit que d une minorité, car il est extrêmement difficile de tirer le meilleur de ses salaries si on les mène en bateau.
    Quelques questions factuelles pour remettre les choses en perspective.
    Combien de millions d emplois ont crées les patrons depuis 50 ans?
    Combien les syndicats en ont crées?
    Combien les syndicats ont ils sauves d emplois et d entreprises?
    Combien en ont ils détruits avec des stratégies d opposition jusqu au boutistes?
    Combien de salaries ont ils suivis les syndicats sur des promesses de combat et se sont retrouvés à la rue?

    Posez vous donc ces questions et vous saurez qui sont les escrocs?

  • #9

    Trubli (mercredi, 19 décembre 2012 21:32)

    Je pense que ce texte passe à côté des véritables problèmes de la France.

    Ce qui bloque la France, c'est la crainte du déclassement qui hante les classes moyennes et une certaine naïveté de la gauche qui impose son magistère moral depuis la Libération.

    Depuis les années 70, la croissance a fortement ralenti. Cela signifie que dans une société qui stagne ou progresse très lentement, pour que le fils d'untel puisse monter dans l'échelle sociale, il faut que le fils d'un autre accepte de régresser.

    Voilà pourquoi depuis les années 70 les classes moyennes (au sens marxiste) ont produit une idéologie qui dévalorise l'effort et la méritocratie à l'école, une idéologie du laissez-fairisme et de la rente en économie. Ce n'est pas un hasard si les plus forts soutiens de l'UE se trouvent chez les classes moyennes dont les sympathisants du PS et surtout les ministres PS ou UMP sont de parfaits représentants.

    Concrêtement cela s'est traduit par des délires sur l'inégalité des chances à l'école qu'il faudrait combattre. Et bien depuis qu'on "combat" vigoureusement ces inégalités avec collège unique, abaissement du niveau du bac, etc. il se trouve qu'il y a encore moins d'enfants des catégories populaires à Science Po par exemple. Il faut que tout change pour que rien ne change.

  • #10

    Woyzeck (jeudi, 20 décembre 2012 01:00)

    @ diojaime:
    Je suis d'accord que les réformes libérales ont fabriqué des travailleurs pauvres, et je ne pense pas que ce soit un modèle efficace ni même souhaitable. Ils ont réussi économiquement mais échoué socialement. Je voulais juste souligner qu'en comparaison, en France nous avons les deux à la fois ! Au moins les allemands s'en tirent bien côté économique
    @ Friedrich List : Certes les allemands l'ont joué perso, mais les français en auraient fait tout autant s'ils avaient eu l'idée ! Cessons de nous imaginer plus bons samaritains que les autres!
    @ charles : Je pense que votre propos est le seul véritablement pertinent pour critiquer mon texte : la France a de vrais atouts, et se plaindre que rien ne va en France est déjà très français ! En effet, nous attirons 75 millions de visiteurs par an, nous restons, malgré nos performances économiques une destination attractive pour sa sécurité relative et sa qualité de vie. Nous n'en sommes seulement pas conscient et devrions faire plus pour exploiter ces atouts.

  • #11

    Woyzeck (jeudi, 20 décembre 2012 01:06)

    @Guadet : regardez donc le discours libéral idiot que nous rabachent Horror et Trubli ! Cela n'a rien à voir avec mon texte ! Si vous imaginez qu'à gauche on ne peut pas parler des succès et des pannes sociales, économiques et démocratiques en France en prenant exemple sur l'Allemagne, vous ne faites pas preuve de beaucoup d'intelligence !

  • #12

    FlikeFrog (jeudi, 20 décembre 2012 01:51)

    Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer en quoi être "unemployed poor" en France est plus satisfaisant que d'être "working poor" en Allemagne?

    C'est plus gratifiant? Plus lucratif? Offre de meilleures perspectives d'insertion sociale? Ca entretient les compétences professionnelles?

    A moins qu'il ne faille aborder la question sous l'angle de l'impact économique: Chômer créer de la valeur ajoutée? Restaure la compétitivité? Equilibre les comptes des organismes sociaux?

    Là comme ça, ça m'apparait pas évident.

    Je me rappelle avoir discuté en 2005 avec un immigré qui avait tenté sa chance en France et l'avait trouvée en Allemagne. Il était très amer sur son passage dans notre pays et les centaines de CV envoyés sans succès.

    C'est anecdotique mais cela exprime le revers de médaille de la protection sociale. C'est super pour ceux qui ont un job et bénéficient de ces protections. Mais ça a aussi un coût pour ceux qui en sont exclus. Par ailleurs les entreprises adaptent leur stratégie de recrutement et factorisent les coûts et les contraintes que cela implique dans leurs décisions.

    Non pas que toute protection soit mauvaise mais on doit être capable de s'interroger sur les avantages et inconvénients du système. Observer l'exemple d'autres pays pour nous guider dans notre analyse le seule moyen de prendre des décisions intelligentes.

    A mon sens on devrait mettre beaucoup plus d'accent sur la mobilité entre 2 tafs et la formation plutôt que sur la protection.

    Quel est l'intérêt d'empêcher une entreprise de virer ses salariés si en contrepartie elle embauche moins par ailleurs? Elle devient juste plus rigide, moins apte à saisir de nouvelles opportunités de croissance et le taux de chômage augmente.

  • #13

    Horror (jeudi, 20 décembre 2012 10:53)

    @ Woyzeck
    Au lieu de nous balayer d'un revers de main dédaigneux et poncif, Trubli et moi même alors que nous n'émettons que des faits, argumentez donc.
    Peut être est-ce plus confortable de faire l'assistance sociale ou le service après vente auprès de Guadet l'enfant capricieux?
    Est-ce simplement l'intolérance notoire de gauche ou l'axiome terroriste syndical qui fait qu'on ne discute pas avec "l'ennemi" qui ne dit de toute façon que des mensonges?

    Moi j'aimerai bien vous comprendre, savoir comment vous envisagez de générer de la croissance et de l'emploi qui sont les 2 points qui intéressent les français. J'en viens à me demander si vous le souhaitez seulement ou si juste le chaos et la misère pour tous vous conviendraient.

  • #14

    Guadet (jeudi, 20 décembre 2012 11:14)

    @ Woyzeck
    Excusez-moi pour ma confusion mais c'était à s'y méprendre, tant ce genre de discours que vous avez est celui de la droite libérale d'aujourd'hui.

  • #15

    diojaime (jeudi, 20 décembre 2012 11:47)

    @ FlikeFrog
    dites-moi quel intérêt y a t'il à travailler, si le salaire attribué ne permet pas de vivre dignement??
    accepteriez-vous de travailler à temps partiel aux grès des besoins de votre entreprise pour 700€/mois (unique revenu) ??

  • #16

    Woyzeck (vendredi, 21 décembre 2012 00:08)

    @Guadet : Oui, je sais que mon propos peut prêter à confusion, d'autant que je ne prétends pas que ce texte soit particulièrement brillant, mais je pense qu'il est bon d'essayer de changer les points de vue sur ce blog ! Et je pense que malgré les faiblesses de l'article, c'est le devoir de la gauche de ne se faire voler aucun discours par la droite ! Cordialement,

  • #17

    FlikeFrog (vendredi, 21 décembre 2012 00:40)

    @diojaime

    Puisqu'on porte la question sur le terrain des préférences personnelles alors je vais vous répondre franchement.

    Non ça m'intéresse pas de bosser à temps partiel au gré des besoins de mon entreprise pour €700/mois. D'ailleurs ça m'intéresse pas de bosser tout court, encore moins à temps plein. Je préfère nettement être payé beaucoup plus à en foutre beaucoup moins.

    Vu comme ça c'est limpide. Je suis content qu'on ai trouvé une réponse lapidaire à cette épineuse problématique socio-économique.

    Maintenant observons les choses du point de vue de l'employeur: pourquoi financer la "dignité" des salariés occidentaux alors même qu'ils n'apporteraient pas plus de valeur ajoutée et de savoir-faire qu'un salarié asiatique? Parce qu'il a une plus belle moustache?

    A moins d'apporter un savoir-faire spécifique et une valeur ajoutée reconnue on est condamnés à subir les conséquences de la concurrence avec des salariés tout aussi compétents et moins exigeants à l'autre bout du monde. Et à l'heure actuelle c'est la situation à laquelle les travailleurs les moins qualifiés sont confrontés.

  • #18

    diojaime (vendredi, 21 décembre 2012 09:44)

    @ FlikeFrog
    à l'inverse si on regarde du côté des salariés:pourquoi laisseraient-ils aux manettes des gens qui pense qu'à s'en foutre plein les poches (grands patrons du cac et gros actionnaires)déconnectés de la production quand bien même eux même pourraient devenir maîtres du destin de leur entreprise? et rigolez pas ça existe...

  • #19

    Horror (vendredi, 21 décembre 2012 13:56)

    @ Diojaime le Bolchevick
    Youhou, nous sommes dans une démocratie ou le Droit de propriété existe, on n'est pas dans un sovkhose ou un kolkhose, et on n'envoie plus les Koulaks au goulag.
    Réveille toi le Grand soir n'est pas encore arrivé.

    PS: Je n'ai même pas envie de rire, plus de pleurer.

  • #20

    diojaime (vendredi, 21 décembre 2012 14:59)

    @ Horror le néolibéral en herbe
    si c'est tout ce que tu as comme arguments je comprend que tu sois triste, je le serais également à ta place.
    j'espère que je ne t'apprend rien, mais les
    SCOP il y en a en france et beaucoup plus qu'on ne croit, pour preuve: "A fin 2011, la Confédération générale des Scop réunit 2 046 coopératives adhérentes. Elles emploient plus de 42 200 salariés (46 500 avec les filiales) et sont possédées par près de 38 000 associés, dont plus de 22 000 sont des salariés-associés de leur coopérative.
    Depuis 10 ans, le nombre de Scop et Scic s’est accru de 542 entreprises, + 36 %, et celui des salariés de 8 700, soit une augmentation de 26 %. A fin 2011, les coopératives adhérentes à la Confédération générale des Scop se sont renforcées de 91 entreprises et les salariés de plus de 1 000 personnes, en progression de 2,5 % par rapport à l’année précédente."
    (en sollicitant ton indulgence, désolé pour le copier-coller).
    rassures-moi!!! on est pas dans une dictature prolétarienne que je sache non??
    Voici une évolution salario-entreprenariale à faire bientôt trembler les néolibéraux de ta trempe non??

  • #21

    jacqueshenry (vendredi, 21 décembre 2012 16:09)

    Le modèle social de la France remonte au Front populaire et surtout aux ordonnances de 1946 (on oublie un peu trop de les mentionner). Ce modèle a fonctionné durant les 30 glorieuses mais il ne fonctionne plus aujourd'hui car il sous-entend une croissance soutenue. Or depuis les années 80, la croissance est devenue molle et l'ensemble de ce modèle social doit être adapté à cette nouvelle situation de croissance qui se cherche. Or la question de plus en plus actuelle et qu'aucun politicien n'ose poser est la suivante : "faut-il continuer à favoriser une croissance sans limite alors que les ressources de la planète sont limitées ?" A cette question, il est évident que la réponse est non et le modèle social français, tel qu'il est aujourd'hui, devra nécessairement être remis en cause avec les grincements de dent que cette remise en cause engendrera.

  • #22

    FlikeFrog (samedi, 22 décembre 2012 03:14)

    @diojaime

    1) Aucune raison en effet pour que les salariés se fassent exploiter au détriment de leurs patrons. Si leurs compétences et leur énergie ne sont pas reconnus et valorisés par une entreprise alors ils devraient effectivement songer à en changer, à monter leur propre business ou à bosser dans des structures coopératives telles que celles auxquelles vous faites référence. Ils peuvent aussi chercher à progresser dans les rangs de leur entreprise pour améliorer leur condition.

    Donc je suis parfaitement d'accord avec vous sur ce point. C’est même un témoignage d'esprit d'entreprise et d'initiative.

    En pratique c'est ce que font de nombreuses personnes qui progressent au cours de leur carrière et vendent avec brio leurs compétences personnelles. Cela vaut pour un grand nombre de patrons qui sont arrivés à la tête de leur groupe après avoir grimpé les échelons de la hiérarchie ou ont tout simplement créé leur entreprise. Si Liliane Bettencourt est une héritière, son père qui a fondé le groupe, était fils de boulangers.

    Nier le talent, l’intelligence et la persévérance des dirigeants d’entreprise qui parviennent à ce rang par leurs mérites relève de l’aveuglement (et d’une forme de complaisance avec soi-même) bien qu’il soit évident que les déterminismes sociaux et la chance jouent un rôle également.

    A côté il y a aussi ceux qui sont en bas de l’échelle des salaires parce que leurs compétences ne leur permettent pas de se démarquer dans cadre de l’entreprise traditionnelle.

    2) Pour ceux-là et pour tous ceux qui aspirent à un environnement de travail plus égalitaire, l’option des coopératives semble excellente puisqu’elle leur offre une opportunité de se passer de ceux (actionnaires et management) dont ils estiment qu’ils prélèvent un pourcentage trop élevé du fruit de leur labeur. Evidemment en contrepartie les coopératives doivent aussi se passer des apports de ces mêmes actionnaires et dirigeants à savoir financement et compétences managériales. Les coopératives sont donc un excellent test pour évaluer l’aptitude des travailleurs mécontents de leur condition d’employés à organiser une alternative conforme à leurs revendications.

    Et de ce point de vu c’est un échec complet ! Vous mentionnez des chiffres flatteurs mais 50,000 salariés pour les coopératives c’est 0.18% de la population active française alors que l’idée de coopérative ouvrière remonte au moins au 18e siècle. Et vous connaissez de nombreux exemples de succès story pour des structures de ce type qui auraient su croitre au même rythme que leur version capitaliste tout en préservant leur spécificité organisationnelle? Moi je n’en vois pas. Ma conclusion est que ces mêmes individus, dont vous semblez faire partie, sont en réalité soit (a) incapables de se passer de ceux qu’ils dénoncent ou (b) susceptibles d’exiger la même rémunération que le management s’ils en émulent les compétences finissant par répliquer la structure traditionnelle de l’entreprise (ou la rejoindre en quittant la coopérative).

    Pour illustrer mon propos on pourra penser aux nombreuses structures, particulièrement dans le secteur des services, qui font penser à des coopératives lors de leur création. Ainsi une start-up, un cabinet d’avocat ou de conseil voire un hedge fund peuvent être constitués par quelques associés qui quittent leur précédent employeur et mettent en commun leur compétence pour une rémunération initialement à peu près similaire. La différence étant que si ça marche ces fondateurs sont assez peu susceptibles d’imposer un écart de salaire maximum entre eux et le dernier stagiaire à rejoindre la boite. Au contraire ils chercheront à tirer pleinement partie du succès de leur entreprise.

    3) Conclusion si les employés en bas de l’échelle des salaires « laissent aux manettes » des gens qui gagnent éminemment plus qu’eux c’est qu’ils n’ont pas réussi à mettre en œuvre une alternative crédible (coopérative) ou à progresser professionnellement. Il leur reste évidemment le vote de protestation, les défilés du 1er Mai et les piquets de grève.

  • #23

    diojaime (samedi, 22 décembre 2012 16:55)

    @ FlikeFrog
    quand vous dites:"il suffit pour un salarié de changer d'entreprise ou de monter son propre business..."
    Mais mon bon Monsieur vous parlez comme un livre, je vous rappelle tout de même qu'on est plus dans le contexte des 30 glorieuses où régnait le plein emploi, mais dans un système économique néolibéral dans lequel il vaut mieux s'appeler "petit fils" de madame Bettencourt pour que toutes les portes du paradis s'ouvrent à vous, plutôt que "monsieur tout le monde" avec des idées géniales plein la tête.
    Vous prétendez être en accord avec moi, mais je ne vois pas en quoi??
    Vous affirmez que nous vivons dans un pays où l'esprit entrepreneurial est reconnu et gratifié justement, mais dans les faits il n'en ait rien, puisque beaucoup de petits patrons dynamiques et compétents ne dépasseront jamais le stade de petite ou moyenne entreprise (ne serait-ce qu'a cause de la frilosité des banquiers)et lorsque vous vous appuyez sur le faux exemple du père de madame Bettencourt, là aussi il y a anachronisme (je vous le rappelle à nouveau les 30 glorieuses font bien malheureusement partie du passé).
    Aujourd'hui, les patrons des grands groupes du pays sont pratiquement tous issus de l'élite nationale (grandes écoles) que cela vous déplaise ou non.
    Cela dit,je ne nie pas leur talent ou leur intelligence mais il faut avouer tout de même qu'ils sont omniprésents sur la grande scène économique du pays sans pour autant proposer d'autres alternatives que le libéralisme.
    En outre,le profond dédain que vous portez à l'égard du monde salarial et petit-patronal est quasi-insupportable.
    Pour vous les choses sont simples:"il ya la France entrepreneuriale d'en haut et la france entrepreneuriale d'en bas."
    Celle d'en haut garde le pouvoir économique et politique et l'autre "contestataire" n'a qu'à se démerder avec la misère que lui laisse l'élite économique.
    Cependant, je précise, vos actionnaires et managers de haut niveau, la france d'en bas s'en fout,ils peuvent s'en aller d'ailleurs, mais par contre ce qu'elle veut c'est acquérir le pouvoir politique puis économique pour lui permettre de développer parallèlement les petites et moyennes entreprises privées ainsi que les modèles coopératifs et participatifs cités sur ma précédente contribution.
    En ce qui concerne les coopératives qui ont réussi:"la Corporation Mondragon est un groupe basque de 256 entreprises et entités en 2008 (dont environ la moitié sont elles aussi des coopératives), structurées en quatre groupes sectoriels: la finance, l'industrie la distribution, et la connaissance avec des aires de recherche et de formation. C'est le plus grand groupe coopératif du monde.Avec 16,7 milliards d’€ de recettes en 2008 dans son activité industrielle, financier et de distribution, 14 milliards d’€, aussi en 2008, de ressources intermédiaires dans son activité financière et des effectifs qui s’élevaient fin 2008 à 92 773 travailleurs au total.

    Elle se donne les objectifs d’une entreprise compétitive sur les marchés internationaux, par l’utilisation de méthodes démocratiques d’organisation de la société, la création d’emploi, la promotion humaine et professionnelle de ses travailleurs et l’engagement de développement de son environnement social."
    j'ai bien peur que vous soyez contraint de
    rectifier votre analyse...

  • #24

    Horror (samedi, 22 décembre 2012 23:18)

    @ Diojaime
    Vas y passe à l action, montre nous, fait un bras d honneur à tous ces sales patrons qui t exploitent et les autres salaries. Monte nous un scop, convainc d autres comme toi qui sont si nombreux selon tes dires, et mettez votre valeur ajoute en commun et recrutez plein de personnes qui seront rémunérées à leur juste valeur.
    Allez vas y la Nation attend des entrepreneurs de valeur comme toi !

  • #25

    diojaime (dimanche, 23 décembre 2012 12:54)

    @ Horror
    toujours à cours d'arguments je constate...
    vraiment désespérant ton cas.

  • #26

    FlikeFrog (vendredi, 28 décembre 2012 01:00)

    Rémunération et pouvoir de négociation dans l’entreprise:

    Mes remarques n’avaient pas pour objectif de porter un jugement sur les bas salaires mais de faire un constat. La raison pour laquelle certains salariés sont beaucoup moins bien rémunérés que d’autres au sein de l’entreprise est essentiellement une question de compétences professionnelles. A défaut d’apporter des compétences spécifiques et recherchées sur le marché du travail ou de disposer d’alternatives (monter son business/coopérative) certains salariés sont condamnés à subir une concurrence intense au sein de l’entreprise.

    Cette concurrence s’est accrue avec l’automatisation des tâches, la numérisation et la globalisation. A l’inverse, l’élite, pour reprendre votre terme, dispose de ces compétences et négocie en permanence la valorisation de son travail.

    Il serait naïf de croire que la compétition est moins rude sur leur segment du marché et qu’on leur offre un statut au seul regard de leur lignage: intégrer une Grande Ecole, décrocher les bons stages, le bon premier job, monter en grade sont les étapes d’un parcours du combattant. Carlos Ghosn a commencé comme directeur d’usine au Puy-en-Velay avant de devenir le PDG de Renault et il a la réputation d’être un bourreau de travail. Auparavant il a dû passer le concours de Polytechnique qui n’a pas la réputation d’être aisé.

    Trente Glorieuses vs conditions actuelles:

    L’environnement macro-économique est le même aux deux extrémités du marché du travail (même si là encore l’élite se distingue par sa mobilité et son aptitude à aller saisir les opportunités en dehors du cadre national). Il y a dans l’environnement actuel plein de salariés qui font jouer la concurrence entre différents employeurs pour progresser dans leur carrière, y compris les PDG, et de nombreux autres qui créent leur entreprise (cf. site de l’APCE pour les stat).

    Par ailleurs la croissance pendant les Trente Glorieuses a été accompagnée d’une montée des inégalités de revenus. Il est intéressant de noter qu’elles se sont conclues par uns des plus forts mouvements de contestation ouvrière de l’histoire française (les grèves de 68). Pas vraiment l’âge d’or qu’il n’y paraît au premier abord.

    Héritage:

    Indéniablement le meilleur moyen de faire fortune est de naitre riche. Pas de contestation là-dessus.

    Mais nous bénéficions tous d’un héritage nous qui avons la chance de vivre dans un pays développé par opposition à ceux qui crèvent la misère un peu plus loin. C’est amusant comme cet héritage la soulève moins l’indignation que celui des nantis, pourtant il est tout aussi arbitraire et encore plus injuste à mes yeux.

    Coopératives:

    Merci pour l’exemple de Mondragon, je ne connaissais pas. Très intéressant. La preuve que le système actuel accommode parfaitement ce type de structures. D’ou ressort le questionnement renforcé sur l’aptitude des salariés mécontent de leur sort à mettre en œuvre ce type d’organisation et à les multiplier.

    In fine loin d’opposer une France entrepreneuriale d’en haut contre celle d’en bas je m’interroge sur les revendications d’une frange de l’électorat qui sous couvert de justice sociale 1) se comporte de manière tout aussi individualiste que ceux dont elle dénonce les comportement, 2) caricature le succès comme une injustice, 3) est prompte à saisir la parole mais beaucoup moins à s’efforcer de mettre en œuvre des alternatives dont vous avez démontré qu’elles existent.

    A mon sens un vrai débat sur la justice sociale devrait se focaliser sur la question de l’acquisition des connaissances et des aptitudes professionnelles, la mobilité sociale, l’égalité des chances, les choix individuels (équilibre travail / vie familiale), les bénéfices pour la société d’adopter une structure de rémunération plus ou moins inégalitaire (quid des exemples nordiques). Surtout il faudrait songer à abandonner les attitudes partisanes, manichéennes, dénonciatrices qui se manifestent par une opposition et une contestation permanente et stérile afin d’adopter une attitude constructive. Devenir une force de proposition et guider par l’exemplarité bref faire preuve d’esprit d’entreprise. On en est très loin aujourd’hui.

  • #27

    diojaime (mercredi, 02 janvier 2013 16:07)

    si c'est rude pour l'élite aussi,
    pourquoi mènent-ils cette compétition féroce gagnée par seulement quelques uns d'entre eux?
    pour 250000€/an de salaire fixe?
    piètre récompense à mon sens, et quel gâchis
    pour l'humanité!
    ne serait-il pas plus noble qu'ils travaillent ensemble en mettant leur intelligence au service des citoyens?
    car si la nature les a doté de capacités intellectuelles pourquoi ne les utiliseraient-ils pas au profit de l'intérêt général?

    vous dites:"Il y a dans l’environnement actuel plein de salariés qui font jouer la concurrence."
    combien sont-ils à trouver un nouvel emploi mieux rémunéré?

    en ce qui concerne mai 68,il s'agissait d'une révolte des étudiants puis des ouvriers contre le pouvoir gaulliste en place,la société de consomation,l'impérialisme,le capitalisme etc.. et des revendications concernant "la libération des moeurs", mais pas sur les inégalités de revenus.
    cependant s'il faut refaire mai 68 en 2013 ce sera effectivement contre les inégalités.

    et au sujet des Coops, si certaines arrivent à prospérer dans le système économique barbare que l'on connait, c'est bien la preuve que le modèle SCOP est viable et qu'il faut le généraliser afin de sortir du carcan féodal et antidémocratique de l'entreprise traditionnelle.
    Pour ca le peuple doit avoir le pouvoir politique,ce qu'il n'a pas aujourd'hui et n'aura jamais dans notre pseudo-démocratie.

    pour ce qui est de l'esprit d'entreprise, que ceux d'en haut montrent l'exemple et le reste suivra.

  • #28

    dubreuil (samedi, 12 janvier 2013 17:10)

    L'Allemagne est pays admirable à tous points de vue. En 1945, l'Allemagne était amputée d'immenses territoires (30 % de sa superficie), séparée de force de l'Autriche, un Etat-croupion de 18 millions d'habitants (la "RDA") taillé dans sa propre chair. De plus elle avait perdu environ 14 millions d'habitants (soldats et officiers tués, civils écrasés sous les bombes, civils morts en route sur le chemin de l'exil forcé -1945-1948 - en provenance de Prusse, Silésie, etc... civils massacrés par les envahisseurs rouges à l'Est, etc...). Plus de deux millions de femmes et d'enfants avaient été violés par la soldatesque rouge. Des crimes inouïs, jamais prouvés, interdits d'être prouvés, furent ensuite mis sur le compte des Allemands pour les obliger à payer. Et ce fut le redressement... !
    Quelle leçon pour les franchouillards, pour la perfide Albion, que cette formidable résurrection allemande !

  • #29

    u=988994 (lundi, 15 avril 2013 07:43)

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