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19

déc.

2012

Gaz de schiste : nouvelle ruée vers l’or ?

     Le gouvernement britannique a autorisé le 13 décembre dernier la reprise des forages exploratoires de gaz de schiste par fracturation hydraulique. Dans un contexte énergétique mondial tendu, les perspectives apportées par cette nouvelle source d’énergie fossile font naître de fabuleux espoirs, qui sont altérés par les risques engendrés par la procédure d’extraction.

L’extraction hydraulique du gaz de schiste est une révolution qui bouleverse les approvisionnements énergétiques mondiaux. Cette technique, actuellement interdite en France, a permis à l’Amérique du Nord de bénéficier soudainement d’environ un siècle de réserve de gaz à portée de foreuse. Mais au delà du gaz, l’invention de cette technique donne accès à de nouvelles réserves en hydrocarbure. Ainsi, selon l’agence internationale de l’énergie (AIE), les Etats Unis deviendront à terme le premier producteur mondial de pétrole. En 5 ans, la production de ce pays a déjà augmenté de + 32 %.

 

La suprématie de l’Arabie Saoudite et de la Russie est donc sérieusement remise en question sur ce marché stratégique, où la demande mondiale à l’horizon 2035 devrait bondir de + 50 % pour le gaz et de + 10 % pour le pétrole.

 

Mais surtout, il s’agit d’une formidable arme sur le plan géopolitique permettant d’exercer une pression sur des pays en situation de dépendance énergétique. Les exemples de pays, placés sous la dépendance russe, comme l’Ukraine, la Pologne ou la Hongrie en sont une parfaite illustration. L’entrée en jeu des pays d’Amérique du Nord sur ce marché permettent à ces pays de maintenir les prix du gaz russe à un niveau soutenable.

Puits de gaz de schiste
Puits de gaz de schiste

Voilà pour les avantages, passons aux risques et à la très controversée technique de fracturation hydraulique. Pour extraire le gaz de schiste, un forage dans la roche souterraine est tout d’abord réalisé à une profondeur de 2000 à 3000 mètres. Un curieux liquide est ensuite injecté dans le sous sol. Il se compose d’une quantité importante d’eau sous pression, de sable, d’un antibactérien (biocide), de lubrifiant et de détergent. Le sable s’insère dans les micro-fractures de la roche, aidé en cela par le lubrifiant qui facilite sa progression. Le détergent contribue à l’extraction du gaz, qui est récupéré par un phénomène d’aspiration, une fois le liquide retiré.

 

Cette technique n’est pas sans conséquence environnementale. Les produits chimiques injectés dans le sous sol peuvent migrer et polluer les nappes phréatiques. Il apparait essentiel de s’interroger sur nos priorités. Qu’est ce qui est le plus important pour l’homme ? D’être exportateur d’énergie fossile ou de préserver ses ressources en eau ?

 

Aux Etats-Unis plusieurs cas d’infiltration dans les nappes phréatiques ont été constatés, en Pennsylvanie, Ohio, Texas, Colorado et Virginie occidentale. Mais au delà de la pollution, les quantités astronomiques d’eau utilisées posent problème. Chaque cycle de fracturation utilise entre 2 000 et 20 000 mètres cube d’eau. De plus, l’activité d’extraction génère la production de gaz à effet de serre issus du matériel de forage, de l’évaporation des produits chimiques dans les bassins de décantation ou encore de fuites de puits, comme le Québec vient d’en faire l’expérience. D’autres nuisances sont constatées comme les micro-séismes, liés à l’injection d’eau sous haute pression, ou encore les pollutions sonore et lumineuse des zones d’extraction.

Face à ces désagréments, des innovations tentent de rendre plus acceptable l’extraction du gaz de schiste. Ainsi une nouvelle éponge de filtrage a été mise au point pour retraiter l’eau suite à son utilisation dans l’extraction. Les résidus recueillis seraient alors utilisés dans des générateurs qui ne sont pas encore mis au point.

 

Des travaux sont également en cours pour mettre en place une technique d’extraction non hydraulique à base d’hélium. Ce procédé éviterait l’utilisation d’eau et de solvants très nocifs. Mais ces avancées ne constituent, pour le moment, que des pistes et les extractions en cours continuent de dégrader l’environnement.

 

Les exemples sont multiples. En mars 2012, plusieurs séismes sont constatés dans l’Ohio. En avril une étude indépendante démontre la présence de disulfure de carbone, benzène et naphtalène en forte quantité dans l’atmosphère autour d’un forage au nord est du Texas. En juillet, 17 860 litres d’acide chlorhydrique sont renversés à Leroy Township.

Bref l’extraction hydraulique, seule technique pour le moment existante pour extraire le gaz de schiste, est une catastrophe environnementale. Elle le serait d’autant plus sur un territoire comme la France, nettement moins vaste que les Etats-Unis. La proximité entre forages et zones d’habitation décuplerait les nuisances. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. De plus une étude récente de la commission européenne indique que la production de gaz de schiste en Europe compensera au mieux le déclin de la production de gaz naturel conventionnel maintenant un niveau d’importation de gaz de l’ordre de 60 %.


Espérons que le débat sur la transition énergétique, point phare du programme du candidat Hollande, conduira notre pays dans la bonne direction. Les énergies renouvelables sont notre avenir. Il est temps de faire table rase des énergies fossiles et de balayer les chimères d’une soi-disante autonomie énergétique liée à nos réserves de gaz de schiste. Ce n’est qu’une idée poison véhiculée par le lobbying pétrolier.

 

 

Persicaire 

 

Sources:


http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/11/29/eolien-ou-gaz-de-schiste-le-debat-sur-l-energie-debute-aujourd-hui_1797825_3244.html
http://www.tdg.ch/monde/boom-gaz-petrole-schiste-bouscule-donne/story/15007578
http://www.legazdeschiste.fr
http://www.aqlpa.com/extraction-du-gaz-de-schiste-dans-la-vallee-du-saint-laurent.html
http://ec.europa.eu/energy/studies/energy_fr.htm


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Commentaires : 17

  • #1

    DECAN (jeudi, 20 décembre 2012 11:54)

    L'eau c'est la vie :)
    Si le droit m'était donné de voter pour ou contre : je dirai contre !

  • #2

    Horror (jeudi, 20 décembre 2012 12:05)

    Les énergies renouvelables sont notre avenir, bien sur!
    Ce qui est cocasse avec ces visions écolos, c'est justement la vision partielle des choses.
    Comparons les énergies renouvelables avec les actuelles à l'aune de la protection de l'environnement puisque c'est surtout cela que vantent les écolos décroissants.

    Les émissions de CO2 en g / kwh produits en tenant compte du cycle de vie de la technologie utilisé donnent les chiffres suivants:
    Charbon = environ 1000
    Nucléaire = 6
    photovoltaique = >100
    Eolin = 55
    Ca laisse à réfléchir sur la pertinence des énergies renouvelables, non?

    Sur le gaz de schiste, aux USA c'est 1% de croissance en 2012 et près de 600 000 emplois, une facture du gaz (qui n'a pas fini d'augmenter chez nous) 4 fois moins élevée, une indépendance énergétique totale du pays aux alentours de 2020.
    Chez nous la facture énergétique est de plus de 60 milliards par an, soit le déficit de la balance. Une énergie qui ne va cesser d'augmenter années après années quelque soit la consommation.

    Tous les grands pays s'y mettent tellement c'est une aubaine surtout en ces temps de crise, à la fois pour réduire ses dépenses, assurer son indépendance, générer emploi et croissance (industrie régionale et non délocalisable) Mais pas de ça chez nous?
    On marche sur la tête, ce moratoire est purement politique et va à l'encontre des intérêts de la Nation qui n'en finit plus de s'enfoncer. Même Montebourg que je ne porte pas dans mon coeur à eu cet éclair de lucidité pour affirmer qu'il valait mieux le produire chez nous que l'acheter ailleurs.

    Enfin je relève quelques erreurs (volontaires ou non) dans votre texte.
    Même si vous le soulignez, avec l'hélium, mais pour le rejeter aussitôt, il y a des développements opérationnels en cours de techniques alternatives à l'extraction hydraulique.
    On pourra citer l'hélium, le propane gélifié et "l'éponge magique". Ces technologies sont développées par de "petits" entrepreneurs au sens schumpeterien du terme qui veulent se faire une place au soleil. Une place que nos industriels ne prendront pas à cause du moratoire.
    Nous prenons donc encore un retard massif, devront supporter des surcoûts et arriveront, car nous y arriverons, après la bataille.

    Pour finir dans les précisions aléatoires, les 60% d'importation du Gaz même après extraction du gaz de schiste concernent l'Europe et non la France qui pour une fois a la chance d'être particulièrement bien lotie. Vu qu'on a plus d'idées et pour le coup du gaz, ce serait peut être pas mal de l'utiliser.

  • #3

    frederichlist (jeudi, 20 décembre 2012 12:26)

    "l'éponge magique" ? c'est comme une "baguette magique", non ?
    Quant à arriver après la bataille, notre sous sol nous appartient jusqu'à nouvel ordre ; il n'y a aucune raison de se vautrer dans le gaz comme le font les autres sans réfléchir, si la contrepartie doit être le creusement de trous immondes et polluants à chaque kilomètre du pays.

  • #4

    Horror (jeudi, 20 décembre 2012 20:29)

    @ Frederichlist en pleine non reflexion
    Justement, le problème c est que l on ne veut même pas réfléchir au sujet.

  • #5

    diojaime (vendredi, 21 décembre 2012 10:47)

    en fait certains en ont rien à cirer du devenir environnemental de leur pays et de la planète, puisqu' une seule chose compte pour eux, eux-même et leur nombril!!
    ils sont tellement aveuglés par leur "égo" sur-dimensionné qu'ils en oublient l'avenir de leur propre progéniture.

    leur devise, "après moi le déluge..."
    on va loin avec ça, n'est ce pas??

  • #6

    Persicaire (vendredi, 21 décembre 2012 12:23)

    Horror vous voyez le gaz de schiste comme une opportunité économique qui permettrait au citoyen français de voir sa note énergétique diminuer. de plus, cette activité créerait de l'emploi.Certes, d'un simple point de vue économique combien coutera la décontamination des sites, le traitement des ouvriers malades (exposés au produits chimiques)? Comment peut on imaginer la destruction de son environnement pour diminuer une facture énergétique. Je ne peux soutenir une vision courtermiste. "Une place que nos industriels ne prendront pas à cause du moratoire." pourquoi les industriels étrangers n'ont ils pas développer des nouvelles technologies d'exploitation plus propres ? Pensez vous réellement que si nous autorisons l'exploitation du gaz de schiste en France les gentils industriels innoveront pour que l'exploitation soit plus "propre" ? Je crois que le maitre mot est rentabilité et que seul l'espérance d'un gain supérieur provoque l'innovation de nos industriels.

  • #7

    Horror (vendredi, 21 décembre 2012 13:48)

    @ chantres de l'Apocalypse!

    Vous avez lu ce que j'écris ou vous faites juste comme si?

    En parlant de si, j'aime bien les gens qui argumentent avec des SI, Et si, imagine que Si.... car ils n'ont en fait pas beaucoup d'argumentation.

    La grosse différence entre nous et les USA, est que leur sous sol leur appartient et nous il appartient à l'Etat. Donc autant ils sont libres la bas de faire toutes les cochonneries qu'ils veulent autant nous ne le pouvons pas. D'autant que nous sommes les champions de la régulation donc valider ou pas un mode d'exploitation est chose aisée.

    Je n'ai jamais écrit qu'il fallait l'exploiter à la sauvage, juste qu'il fallait décider d'exploiter cette ressource et de se donner ainsi les moyens de le faire le plus proprement possible en faisant faire des tests par nos industriels (avec des techno citées déjà en exploitation à petite échelle). Ensuite oui les sociétés ont intérêt à y trouver une techno plus propre car ils la vendront à des pays comme nous qui ne voulons pas saccager.

    Oui je pense à nos enfants et ce gaz de schiste est la seule sortie par le haut que je vois pour qu'ils puissent faire autre chose que payer les dettes des inconscients des 4 générations avant eux qui se sont baffrés et continuent.

    Enfin pour les bisounours qui croient que nous allons sauver la planète du méchant réchauffement avec nos petits poings français planent à 15000.
    Si les US, le Canada, la Chine, l'Inde, l'Australie, la Russie... pour ne citer qu'eux le font , ce ne sont pas 50 puits en moins chez nous qui vont y changer grand chose à la planète. Il faut réfléchir des fois avant de dire n'importe quoi.

  • #8

    Quentin (vendredi, 21 décembre 2012 15:15)

    Bonjour,

    http://www.manicore.com

    Un site très intéressant et très complet sur l’énergie, l'environnement, l’économie,etc.
    Très éclairant sur la compréhension des crises actuelles et futures!

    Bonne lecture!

  • #9

    Captp (vendredi, 21 décembre 2012 15:54)

    Associer le concept d'écologie avec le concept de décroissance en utilisant les incohérences du second pour essayer de décrédibiliser le premier est un stratagème classique des fabricants de la pensée unique. Mais non croissance n'est pas synonyme de décroissance, de même que ne pas avancer n'est pas synonyme de reculer. En outre pour tout organisme, croître est synonyme de vieillir, et mourir.
    Les idées avancées par horror appliquées à un pays me font penser à celles d'un individu apeuré, en concurrence avec d'autres pour sa survie et qui n'a plus en tête que trouver la stratégie optimale pour survivre plus longtemps que les autres, et ce quels qu'en soient les moyens. Un genre de Battle Royale des nations pitoyable ou tout le monde joue le jeu et perd. Parfois refuser de jouer est plus noble que gagner.

  • #10

    lobbyiste (vendredi, 21 décembre 2012 16:58)

    Horror , quelle horreur , ... , ou peut etre , erreur ....

  • #11

    Horror (samedi, 22 décembre 2012 23:06)

    @ captp qui se lit écrire.

    C est beau on dirait du Hollande avec cette capacité à dire la même chose et son contraire dans une même phrase pour ne rien dire.
    Déjà, l histoire de la pensée unique et du petit Horror apeuré me font sourire car tu es celui qui ne discute pas et n argumente pas tellement tu es ancré dans ta certitude, tellement il ne faut rien faire, ni même envisager quoique ce soit au nom des petits oiseaux, des gros poissons... Ne rien faire, ne plus rien faire au nom de ce que tu crois être, ou que l on t'a dit. Qui a peur?

    Et je garde précieusement l ampoule :"Mais non croissance n est pas synonyme de décroissance" que je range avec " l eau ça mouille et le feu ça brûle" merci pour la rigolade.

    @ lobbyiste minimaliste.

    Non rien.

  • #12

    Woyzeck (dimanche, 23 décembre 2012)

    @ Persicaire :
    Vous pourriez nous indiquer la référence exacte de l'étude de la commission européenne ? Je me perds un peu dans les liens.
    Merci

  • #13

    Woyzeck (dimanche, 23 décembre 2012 22:01)

    En fouillant un peu sur les sites pour trouver les références, je suis tombé là dessus, ce qui peut être très intéressant à lire et à remplir.
    http://ec.europa.eu/yourvoice/consultations/index_fr.htm

  • #14

    Persicaire (jeudi, 27 décembre 2012 19:02)

    Alors allons y si ce n'est pas 50 puits en moins chez nous qui vont changer quelque chose, alors allons y si de toute manière il n'y a plus possibilité de régénérer la faune de l'océan, alors allons y continuons à planter des palmiers en détruisant la forêt primaire... Horror ce n'est pas parce que certains pays le fond que nous devons être d'accord, un pas en avant même s'il est petit reste un pas en avant. Il est certain qu'avec les données que nous avons entre les mains d'un point de vue du cout de l'énergie, le gaz de schiste apparait comme une solution mais réfléchissez au cout environnemental. Vous parlez de techno cité certes mais pourquoi les industriels déjà implantés aux USA ou au Canada n'utilisent pas une partie conséquente de leur bénéfice en recherche développement pour rendre plus "propre" cette exploitation. Vous parlez de monde des bisounours mais penser que l'innovation sera prioritaire sur l'exploitation et la rentabilité est naïf. Que de vraies innovations (avec un impact positif réel) soient mise en place dans les pays où ce gaz est déjà exploité et on pourra revoir le dossier, avant c'est du suicide.

  • #15

    Quentin (vendredi, 28 décembre 2012 09:36)

    Bonjour, j’insiste à nouveau pour l'exploration du site http://www.manicore.com et notamment pour le sujet des gaz de schiste:

    http://www.manicore.com/documentation/articles/marianne_gaz_schiste.html

    Surtout pour la personne "Horror"...

    Bonnes fêtes de fin d'année!

  • #16

    Antoine (samedi, 12 janvier 2013 04:09)

    On a souvent eu des débats la dessus sur www.fans-de-rulersofnations.com
    Vevez voir ;)

  • #17

    Rémi (mercredi, 16 janvier 2013 15:24)

    @Horror : Certes, ce serait peut être bon pour la croissance, mais sans même exploiter nos ressources, cela permet déjà d'acheter notre gaz moins cher.
    Quant à croissance ou pas croissance, cela profite toujours plus ou moins au même personne alors si on temporise, on a peut être une chance qu'il y ait un changement politique majeur qui fasse que cela profite à un peu plus de monde.
    Je pense que dans quelques dizaines d'année, l'eau potable aura plus de valeur que le gaz et le pétrole alors qu'on conserve un peu d'eau nous évitera peut être la payer plus chère plus tard : De toute façon personne ne sait si le choix actuel est bon ou pas.
    Moi, je regrette juste l'interdiction de faire de faire de la recherche sur ce domaine.

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