mer.

02

janv.

2013

« L’âge des extrêmes » (Eric Hobsbawm) ou l’appel au réveil face à un Néolibéralisme sans avenir

Eric Hobsbawm, est mort le 1er octobre 2012 à l’âge de 95 ans. Après avoir étudié en profondeur le 19e siècle, il nous a laissé en 1994 une « histoire du court 20e siècle » : l’Age des extrêmes.

 

Est-ce la position idéologique particulière qu’il a occupée, militant communiste dans ce temple de la défense du capitalisme qu’a souvent été l’Angleterre, ou le talent personnel de l’Historien, qui rend cet ouvrage aussi passionnant et pertinent ? Un peu des deux sans doute. Mais le fait est que ce livre est un superbe outil pour qui veut comprendre le cours du monde. Par son ambition d’abord, parce qu’écrire une histoire mondiale du 20ème siècle, aussi risqué que ce soit, est une entreprise nécessaire à l’appréhension des affaires humaines dans leur interdépendance. Par l’équilibre de ses jugements et la finesse de son analyse économique surtout, qui tranchent si délicieusement avec les grilles de lecture vides et inappropriées de l’époque actuelle, dans lesquelles tant d’historiens respectés et honorés se vautrent si lamentablement. A ce titre d’ailleurs, la censure dont l’ouvrage a été l’objet uniquement en France, et dont les pitoyables arguments sont mis en charpie dans une préface spéciale de l’auteur, ne fait pas que nous renseigner sur l’état avancé de délabrement de la classe dirigeante de notre pays, elle est aussi comme une sorte de certificat d’honneur pour le livre.

Eric Hobsbawm divise le siècle en trois périodes résumées chacune par un titre évocateur :

 

-L’ère des catastrophes (1914-1945)

 

-L’âge d’or (les Trente Glorieuses des Français) (1945-1973)

 

-La débâcle (1973-1991).

 

 

Si la Première Guerre Mondiale ne fait guère débat parmi les historiens comme date symbolique du changement de siècle, on note qu’il fait coïncider la fin de celui-ci avec la chute de l’Union Soviétique née en 1917. C’est qu’il juge en effet qu’avec la fin de ce projet d’alternative au capitalisme, c’est le capitalisme lui-même qui rentrait dans une nouvelle étape, sa dynamique interne changeant profondément. Que dire si ce n’est que les 20 ans qui nous séparent de la conclusion de ce livre n’ont fait que trop confirmer cette intuition, que d’autres avaient cru bon d’ignorer en donnant crédit aux fantasmes de la fin de l’histoire, renvoyant le communisme au statut de système inférieur et sans implication sur nous, et la fin du siècle à des dates absurdes comme le 11 septembre 2001.

Verdun
Verdun

L’ère des catastrophes (1914-1945)

 


La Première Guerre Mondiale, nous dit Hobsbawm, a profondément changé la face du monde, et balayé les normes et les sociétés du 19ème siècle. S’il ne revient pas, et c’est très regrettable, sur les causes de la Guerre, sujet très débattu encore aujourd’hui, il nous rappelle que cette déflagration a atteint des proportions jusque-là inconnues, guerre industrielle qui par sa durée et son intensité dépassa tout ce qui était connu jusqu’alors. La Grande Guerre restera la plus meurtrière et la plus dure pour nombre de pays, tels que la France ou la Grande-Bretagne, comme en témoignent les monuments aux morts. Elle renverse trois empires qui semblaient inamovibles (l’Empire Austro-hongrois, l’Empire Allemand, l’Empire Ottoman), redessine la carte de l’Europe mais surtout provoque la chute des Tsars et l’avènement des Bolcheviks en Russie, qui voulaient la paix et la Révolution mondiale. Lénine, nous dit Hobsbawm, sut certes être opportuniste en s’emparant d’un pouvoir aux abois, quasiment vacant. Mais par son coup de main, en octobre 1917, il permet également le maintien de la Russie multinationale malgré les pertes territoriales considérables consenties plus tard aux Allemands au traité de Brest-Litovsk. Sans sa prise de pouvoir, l’Empire Russe aurait éclaté, affirme-t-il, comme les trois autres. De plus, la stratégie de Lénine était clairement que la Révolution s’étende, et notamment en Allemagne, afin de construire le socialisme décrit par Marx, c’est-à-dire la collectivisation des moyens de production, dans les têtes de ponts du capitalisme. La Russie, quant à elle, n’était pas une telle tête de pont. Elle était un pays en cours d’industrialisation, notamment avec les capitaux affluents de France, mais demeurait largement agraire et arriérée.

 

Mais cette Révolution mondiale, après deux ans de doutes, de révoltes massives dans les pays vaincus, fut finalement réprimée, et n’advint pas. Dès lors, seul face aux coalitions étrangères, le communisme soviétique lutta pour sa survie par la guerre, y parvint et tâcha ensuite de bâtir le « socialisme dans un seul pays » que personne n’avait prévu de réaliser. La jeune URSS, amputée d’une partie de son territoire, en totale autarcie commerciale, et avec une maigre base industrielle, détruite en partie par la guerre civile (1918-1920) et constituée à 90% de paysans, dut faire advenir le socialisme. Elle chercha à le faire prioritairement par l’industrialisation massive, instaurant une planification qui prenait exemple sur les économies de guerre, notamment allemande, de la Guerre mondiale, fixant des objectifs dans les branches stratégiques, et restaurant pour un temps, avec la NEP de Lénine, la propriété paysanne, seule demande sur laquelle baser l’expansion de l’industrie mais concession faite aux théories marxistes pures. Cette politique réussit. L’URSS s‘industrialisa, rattrapa puis dépassa largement la production d’avant-guerre. Staline qui accéda ensuite au pouvoir à la fin des années 20 poursuivit à marche forcée cette industrialisation, collectivisant la propriété paysanne, n’hésitant pas à massacrer des populations entières et transformant l’URSS en une dictature de fer toute entière tendue vers les objectifs surhumains des plans quinquennaux. Mais l’URSS s’industrialisa et s’urbanisa tout de même, jusqu’à devenir la puissance qui vaincrait en grande partie l’Allemagne lors de la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

La Place Rouge à Moscou
La Place Rouge à Moscou

Surtout, le monde capitaliste sombra en 29 « au  fond d’un gouffre économique » terrible. Nul ne savait comment sortir de l’ornière y compris des défenseurs du capitalisme qui, comme Schumpeter, ne croyaient pas à sa pérennité. Dans ce contexte, où Hobsbawm aurait gagné à nuancer les situations, l’URSS, qui se construisit seule, sembla épargnée, et exerça une nouvelle et évidente attraction sur les autres pays. Sans solution face à cette crise, le régime libéral, qui s’était peu ou prou stabilisé dans la plupart des pays après la Guerre du fait de la reprise économique, fut renversé dans les endroits où il n’avait pas pris racine, et notamment en Allemagne par Hitler, qui déclencha une seconde guerre mondiale. Ce fut le moment où ce paria des nations qu’était l’URSS commença à être reconnu par le monde. Ce fut le début du « front commun » du communisme et du capitalisme, qu’Hobsbawm qualifie de régimes s’inscrivant tous deux dans une logique de raison, face à l’irrationalité totale du fascisme. En 1939, un sondage indique par exemple que 83% des américains préféreraient que l’URSS sortent vainqueur d’une guerre contre l’Allemagne nazie.

 

La seconde guerre mondiale est, pour Hobsbawm, une gigantesque guerre civile où l’antifascisme produisit partout des alliances impensables en vue de la destruction de l’ennemi (Roosevelt et Staline, Churchill et les Socialistes, De Gaulle et les communistes…), et dont la préfiguration était la Guerre Civile Espagnole (1936-1939).

 

Ce front antifasciste, comme la Résistance en France, ne combattait pas seulement pour un retour à la situation économique de 1939, il combattait pour transformer en profondeur la société. C’est au plus noir de la guerre désespérée, que menait l’Angleterre, en 1942, que le conservateur Churchill commanda le rapport Beveridge, qui serait la base de l’Etat-Providence très avancé que construisit l’Angleterre en 1945. De même pour le programme du CNR en France.

 

La logique de l’antifascisme, nous dit Hobsbawm, menait à gauche. Mais du jour où le nazisme fut détruit, les alliés d’hier redevinrent les pires des ennemis, inaugurant la Guerre Froide, mais dans un contexte économique plus favorable.

Conseil National de la Résistance
Conseil National de la Résistance

L’Age d’or (1945-1973)


Tout le monde s’attendait, après-guerre, à une crise économique terrible. Personne ne pensait que la crise du capitalisme était terminée et les Américains voyaient le risque que le monde se jette dans les bras du communisme comme une grave menace. Cette crainte fut la base des plans de réindustrialisation réels qu’ils mirent en place au Japon et en Europe, y compris en Allemagne, sous le nom de plan Marshall. (Dans son livre on sait qu’Erik Reinert a montré comment ce plan a succédé au moins connu plan Morgenthau dont l’esprit se rapproche davantage de ce qu’on pratique aujourd’hui en Grèce. Mais l’existence de l’URSS ne permettait pas comme aujourd’hui de répéter à l’infini les mêmes erreurs…). Au passage on voit bien que l’Union Européenne est une création répondant au contexte de la Guerre Froide et Hobsbawm ne manque pas de signaler qu’au même titre que toutes les institutions de la Guerre Froide celle-ci est aujourd’hui en crise.

 

En fait, est mis en place en Occident un type nouveau d’économie mixte reposant sur des larges mécanismes de redistribution et de protection sociale sans remettre en cause l’accumulation capitaliste. Menée aussi bien par le très ingénieux parti social-démocrate de Suède (dont le modèle rentrera en crise dans les années 80) que par différents partis conservateurs, ces politiques menèrent à la plus spectaculaire ère de développement économique de toute l’Histoire humaine. Explosion de la productivité, plein-emploi, redistribution, industrialisation croissante, éducation furent en partie favorisés par la planification importée d’URSS dans tous les pays capitalistes et particulièrement réussie en France notamment sous De Gaulle. La Révolution sociale que ce développement entraîna est pour l’historien, au-delà des apparences, « le plus important fait du siècle ». La place de la femme évolua positivement, celles-ci obtinrent le droit de vote en France et en Italie, firent évoluer les contraintes les plus scandaleuses de l’Eglise notamment dans les pays de tradition catholique comme en Italie (référendums remportés grâce à elles pour l’avortement ou la contraception). Le niveau de vie des ouvriers s’accrût, les mœurs évoluèrent à grande vitesse entraînant les révoltes de 68 « dernières du cycle de la Révolution Mondiale ouvert en 1789 », révolutions culturelles et étudiantes qui prirent cependant un tour social en France et lors de l’automne 69 en Italie. Le mouvement toucha aussi le bloc de l’Est mais le printemps de Prague fut réprimé par Moscou.

Festival de Woodstock 1969
Festival de Woodstock 1969

C’est que de son côté le bloc de l’Est suivit lui aussi une évolution positive, et même plus rapide que l’Ouest dans les années 50. Khrouchtchev, qui succéda à Staline et relâcha la terreur du régime, crut d’ailleurs que le communisme l’emporterait économiquement, et beaucoup de dirigeants de l’Ouest le craignaient aussi. Sur le modèle soviétique, l’Europe de l’Est s’industrialisa massivement et s’alphabétisa presque intégralement, ce qui constitue une grande avancée pour des pays qui étaient parfois très arriérés (comme la Roumanie). L’espérance de vie crû régulièrement mais les régimes étaient sans liberté.

 

Le Tiers-Monde, quant à lui, connut la décolonisation et le nombre de ses Etats explosa. Alors que les Empires français ou anglais notamment, avaient mis sous leur coupe d’immenses territoires, les désindustrialisant - à l’exception des quelques immenses villes portuaires par où partaient les bateaux pour l’Europe telles que Buenos-Aires, Shanghai ou Marrakech – et utilisant la petite classe bourgeoise locale pour tenir en bride toute la colonie, le système se fissura en 1929, les pays européens perdant leur mince soutien, puis explosa pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pendant ce conflit en effet, les puissances impériales étaient apparues vulnérables et les deux vrais vainqueurs, les Etats-Unis et l’URSS étaient des puissances anticoloniales. Aussi le mouvement de décolonisation, auquel s’opposa vainement la France, était-il irrésistible car la mentalité des colonisés avait définitivement changée.

 

Mais ces pays nouvellement crées connurent eux aussi une révolution interne : l’explosion de leur démographie. Les populations européennes ou d’origine européenne (Australie Nouvelle-Zélande Canada…) représentaient 20% de la population mondiale en 1750, puis 33% en 1900. Mais en 1980, il ne s’agissait plus que de 15%. Ces nouveaux régimes, souvent dirigées par des libérateurs de gauche (Inde, Algérie…) se dotèrent d’institutions inspirées de l’Occident mais pour lesquels les conditions matérielles n’étaient pas réunies. Nourris par l’expérience soviétique, certains cherchèrent à s’industrialiser sur ce modèle, d’autres par le protectionnisme des « substitutions aux importations », surtout en Amérique Latine. Des pays comme le Brésil, la Corée du Sud ou la Chine prouvent la réussite de ces entreprises.

 

La guerre froide, en revanche se produisit essentiellement dans le Tiers-Monde, bien que désormais écarté des pays développés de l’Ouest ou des pays communistes, nous donnant l’illusion de s’être calmée. La vérité était qu’entre 1945 et 1983, dans le Tiers-Monde, 20 millions d’hommes périrent à cause d’elle. 10% de la population coréenne mourut lors de la guerre de Corée (1950-1953), 2 millions d’hommes au Viêt-Nam (1945-1975). Cependant, la grande guerre nucléaire généralisée, malgré des moments de grande tension, n’éclata jamais. Mais l’entrée dans une nouvelle ère de crise mondiale, à partir de 1973, allait rebattre totalement les cartes.

Picasso
Picasso

 

La débâcle (1973-1991)

 


Après le coup de force de l’OPEP qui augmenta drastiquement le prix du pétrole sans que les Etats-Unis n’intervinssent militairement, le monde rentra dans une période prolongée de crise qui allait lentement mais sûrement saper toutes les bases de l’après-guerre et entraîner finalement le siècle vers son terme avec la chute de l’URSS.

 

C’est une faiblesse du livre de ne pas rentrer suffisamment dans l’analyse des causes de cette crise du milieu des années 70. En tout cas la productivité des économies capitalistes développées subit un net coup de moins bien, les inégalités s’accrurent sur la période, le chômage augmenta, et, pour diminuer leurs coûts de production et grossir, les firmes commencèrent à s’internationaliser. Ce fut le début de la mondialisation telle que nous la connaissons. Les centres industriels mondiaux commencèrent à se déporter vers les nouveaux pays industrialisés, comme la Chine, dont le maoïsme avait, de façon encore plus brutale que l’URSS, préparé malgré tout le pays à l’efficacité industrielle. Quand Dien Xiaoping a transformé dans les années 70 le pays en une dictature ouverte aux investissements étrangers, la Chine a commencé à devenir comme nous la connaissons : une gigantesque usine de production à bon marché. Mais ce système bien-sûr a considérablement affaibli la demande globale mondiale, qui est la condition indispensable à l’expansion du capitalisme. Par ailleurs les pays européens compensèrent en partie, comme le précise Hobsbawm en citant Paul Bairoch, les emplois industriels perdus par la tertiarisation des emplois, passant de 4% d’emplois de ce type dans les années 20 à 30% en moyenne aujourd’hui. Il observe également que là où au 19e siècle le protectionnisme était utilisé par les Etats à des fins de protection des emplois et de la redistribution, il a été aujourd’hui interdit par les sectateurs du néolibéralisme.

 

Or précisément, un autre trait de la période fut que ces sectateurs néolibéraux, face aux difficultés, ont pris le pouvoir : Reagan aux Etats-Unis puis Thatcher en Grande Bretagne inaugurèrent le mouvement.

M.Gorbatchev
M.Gorbatchev

Mais le camp socialiste fut encore plus frappé par cette crise. La stagnation, l’absence d’innovation qui lui faisait continuer à atteindre des objectifs quinquennaux inadaptés à une économie moderne, la corruption progressive de la bureaucratie, qui paradoxalement, s’accrut en l’absence de pouvoir fort, tout cela faisait que le niveau de vie des citoyens baissait, ainsi que, progressivement, leur espérance de vie. En vérité l’explosion du prix des hydrocarbures suite au coup de force de l’OPEP favorisa l’URSS qui en possédait en quantité. Mais ce faisant elle renforça son commerce avec l’Ouest et commença à importer des produits manufacturés, tandis qu’elle ne vendait que ses matières premières, telle une simple colonie.

 

La double réforme de Gorbatchev, politique et économique, dans les années 80, eu l’immense mérite de mettre fin à la course aux armements et à la Guerre Froide, en 1987 au sommet de Reykjavik, mais elle produisit la dislocation de l’URSS en provoquant des problèmes de transition économique qui ne pouvaient conduire politiquement, avec la démocratie, qu’au rejet du régime et à sa dissolution. Ainsi s’effondra le socialisme en 1991, bien que des pays restèrent formellement communistes en Asie, comme la Chine qui réprima la révolte de Tian an men, ou Cuba, mais qui abandonnèrent ou avaient déjà abandonné la planification collective des moyens de production. Ainsi prit fin l’expérience née pendant la Première guerre mondiale et qui visait à prouver qu’une organisation radicalement différente des sociétés humaines existantes était possible et bénéfique pour tous. Malgré ses difficultés, l’URSS avait survécu seule dans la tempête et participé au premier chef à la destruction du nazisme. Elle avait représenté, tout au long de l’après-guerre, l’alternative qui tenait en respect le capitalisme et maintenait l’équilibre unique des Trente Glorieuses à l’Ouest. Sa disparition et la réduction de la Russie à une puissance minime était donc bien un fait capital qui posait question pour l’avenir, et qui doit encore nous interroger au-delà des balivernes sans intérêt sur la fin de l’Histoire. L’URSS, en fin de compte, a été le produit d’une situation contextuelle : la guerre et l’isolement. Elle a su d’abord apporter des solutions, ne nous y trompons pas, aux problèmes qu’elle souhaitait résoudre, mais par ce contexte même, le système est apparu sclérosé et rigide à l’excès économiquement, infâme d’un point de vue humain, à certaines de ses heures en particulier. Cependant son échec n’épuise nullement la question d’une alternative au capitalisme, avec les questions propres qui se posent à nous aujourd’hui, très différentes de celles de Lénine. La reproduction du système soviétique n’a aucun sens, mais l’Histoire continuera à avancer.

Dali
Dali

 

Conclusion

 


Avant de terminer sa fresque, Hobsbawm jette un regard, en 1994 donc, sur ce futur mystérieux qui arrive.

 

Il commence par observer à quel point l’Homme semble subir son Histoire, aucune des transformations monumentales de l’Après-guerre n’ayant été prévues par les décideurs importants de ce monde. Par ailleurs, il n’y a aucune corrélation entre la quantité d’économistes reconnus d’un pays et son développement économique. Ceci doit déjà nous ramener à beaucoup plus d’humilité à l’heure des prédictions, qu’elles soient les nôtres ou celles des thuriféraires du néolibéralisme.

 

Mais il observe plusieurs tendances inquiétantes : la violence augmente considérablement et la torture de masse est une caractéristique moderne qui est loin d’épargner les pays les plus anciennement démocratiques et attachés aux droits de l’Homme, tels la France en Algérie ou la Grande Bretagne en Irlande. De plus la possession d’armes se généralise et augmente toujours plus, remettant en cause le vieux monopole de l’Etat. Ensuite, Hobsbawm insiste sur l’écart croissant entre les pays riches et les pauvres, qui crée de plus en plus de tensions à travers l’adoption d’idéologies rétrogrades mais appréciées pour leur anti-occidentalisme dans les pays du Tiers-Monde. Il observe par exemple que les attentats contre les habitations occidentales augmentent en Algérie, ainsi que les agressions contre les touristes en Egypte. De leur côté les occidentaux riches développent de plus en plus de racisme contre les habitants du Tiers-Monde. La situation n’est pas réjouissante.

 

Il voit l’insuffisance de la demande mondiale, le dépassement des pouvoirs politiques nationaux sans contrepartie. Pourtant qui, sinon les Etats, nous dit-il, peut organiser la redistribution ? Cette question n’a pas reçu de réponse. Il observe également l’inefficacité du libre-échange, le mépris des citoyens pour la politique perçue comme une comédie. Il n’y a plus de menace politique face au capitalisme et cela pose un grave problème.

 

Le problème des siècles futurs ne sera pas tant l’augmentation de la productivité, peut-être assurée par le développement de la science, que la redistribution et l’écologie, qui devront trouver de nouvelles solutions radicales.

 

Concluons avec sa dernière phrase :

 

« La rançon de l’échec, c’est-à-dire du refus de changer la société, ce sont les ténèbres. »

 

Les 19 ans qui nous séparent du livre ne nous ont guère menés dans une autre direction, à moins que nous nous réveillions enfin.

 

 

Trémarec

Écrire commentaire

Commentaires : 42
  • #1

    Gbel (vendredi, 04 janvier 2013 10:40)

    "Le mépris des citoyens pour la politique perçue comme une comédie" ??? Ouvrez les yeux et les oreilles avec analyse et recul, c'est plutôt "le mépris du peuple soumis par les politique, peuple contrôlé, imposé à outrance par les dirigeants politiques qui se garantissent le confort financier et la couverture de leurs dettes nationales sur le dos des citoyens". Le contrat social éthique au service du peuple est rompu depuis bien longtemps. Ce parcours historique écarte l'analyse sur le pouvoir coercitif et manipulateur injustifiable exercé par une poignée d'Hommes tant dans la monarchie, la dictature et cette pseudo démocratie qui réuni de façon détournée et camouflées les impairs impérieux déployés dans la monarchie et les dictatures du passé et du présent. Dans l’analyse historique il faut sortir du cadre fermé et virtuel dans lequel on se réfugie pour réfléchir par accoutumance culturelle de la soumission du peuple depuis des générations séculaires face à une poignée d’Hommes qu’ils vénèrent (avant on disait que les roi étaient élus de Dieu…) et face auxquels ils gardent un silence teinté de lâcheté ou de complicité dès lors qu’ils en tirent des bénéfices. L’historien part des conditions adoptées comme principe universel et évolutionniste, il devrait sortir du cadre institutionnel pour comprendre les sources des déclins économiques, socio, éducatifs, etc.… du 20 ème siècle, qui est le résultat des siècles de domination d’un pouvoir injustifiable d’une poignée d’individus sous la maîtrise d’un maître absolu décidant impunément en légiférant toutes leurs décisions dont la finalité enfouie n’est pas du tout la préservation du peuple, mais la concrétisation de leur impérialiste pouvoir, reflet de leur ego démesuré, de leur égoïsme lamentable au service de leurs intérêts personnels (pendant la Monarchie : vivre dans des châteaux, dans l’oisiveté outrancière, dans les dictature : se garantir un bon capital oisif et dissimulé, ou au contraire largement mis en évidence à la vue du monde en couvrant les toitures de leurs temples avec de l’or, pour les dirigeants en préconisant le partage équitable entre les individus du peuple soumis – En démocratie : vivre et se rassembler dans des bâtiments aux architectures impérieuses, se laisser oisivement évoluer dans des banquets, des rémunérations outrageantes, des voyages couteux, des conditions matérielles dépensières - ex : par an 1 milliards de charges à l’Elysée pour leurs banquets, réunions et les artifices comme la garde impériales à cheval…) et leurs convictions qui se déploient officiellement dans leur programmes et qui ne sont que les conséquences de leurs ambitions de pouvoir personnel à faire rayonner sur le monde (intentions trahies par les mots qui en découlent comme la « croissance », la « compétitivité », « mondialisation » etc…) et dont les conséquences sont le déclin de la sécurité de la vie du peuple dans le monde.

  • #2

    LaurentL (vendredi, 04 janvier 2013 17:02)

    @Gbel : oui, le pouvoir corrompt, et de manière séculaire. Quel est votre solution "miracle" pour que ce ne soit plus le cas? Ce qui me dérange dans votre discours, c'est cette manière de dire en le résumant "tous dans le même sac", quelle que soit l'époque. N'est-ce pas voir avec des verres déformants?
    Un exemple au hasard : dire que l'éducation est en déclin, oui, certainement un peu depuis une dizaine d'année en France, mais comparons ce qui est comparable, vous évoquez le temps long des monarchies, théocraties et autres formes de gouvernement du passé en incluant dans la même phrase le déclin de l'éducation. Tout ce que je peux dire, c'est que sur le temps long et c'est (presque) incontestable, le niveau d'éducation a progressé.

    @Trémarec : merci pour ce très intéressant article.

  • #3

    G.bel (dimanche, 06 janvier 2013 11:57)

    Le déclin dont je parle sur le plan économique, social et éducatif est rattaché au 20 ° siècle (relisez) "déclins économiques, socio, éducatifs, etc.… du 20 ème siècle". Je ne mélange pas du tout les époques sur ces points, simplement sur le fil commun liant les époques : la domination d’un pouvoir corrompu par une poignée d’individu contrôlant le peuple soumis. Quant à affirmer que le niveau éducatif aurait progressé, c'est un constat vu avec des verres déformants et sélectifs dès lors que vous n'intégrez pas le niveau éducatif d'avant 1970 et le constat mesurable de la décadence des niveaux scolaires progressifs et chroniques depuis 1975 avec une courbe de baisse phénoménale depuis 1990. Le déclin culturel, intellectuel, capacités analytiques autonomes, capacité de réflexion sur des problèmes non connus, capacité d’adaptation face à de nouvelles situations, créativité, etc… est d’une évidence effrayante constatée chez les générations qui furent scolarisés de 1990 jusqu’à nos jours… Je n’ose pas parler de la décadence future dont les signes sont multiples… Ce déclin est d’une telle évidence qu’elle est dénoncée par d’innombrables personnes ayant une vision large de l’éducation en France. Un référendum national sur l’école est en cours à ce sujet, lancé par des groupements de parents/professeurs. Attention le niveau pédagogique est une chose, car s’il était d’un niveau nettement supérieur avant, il ne faut pas mettre de côté l’extrémisme des sanctions d’avant. D’un autre côté le déclin éducatif d’aujourd’hui est lié à l’extrémisme du « laisser faire », du manque de cadrage éducatif, du laxisme des apprentissages pratiqué sans développer le goût de l’effort personnel , justes de recettes apprises par cœur, non comprises et appliquées bêtement dans des exercices, sans oublier l’outil internet de recherche qui fainéantise les élèves pratiquant du copier/coller sans réfléchir à quoique ce soit. Le déclin éducatif effrayant je l’ai bien connu sur le terrain ayant développé des concepts de classes de découverte de l’environnement par l’action participative et collaborative intégrant la recherche autonome, classes de cohésion par l’action face à des situations nouvelles avec des écoles primaires jusqu’au lycée et d’année en année… Les constats du déclin éducatif crèvent les yeux à celui qui a une vision large de l’évolution des choses et les ayant vécues…
    Concernant une « solution miracle », le miracle serait l’avènement d’une action commune pacifique mais concrète du peuple revendiquant par des mots, discours, manifestations, indignations… Donc par des coups d’épées dans l’eau. Le miracle serait que tous mettent leurs paroles en actions solidaires, mais non combatives et violentes, juste pacifique et pragmatique… Je ne vais pas détailler ici mes constats sur les barrières aux engagements humains, je place le lien vers le blog de la fondation que je suis en train d’instaurer pour solutionner une vision qui me gêne profondément et dont se lamente la majorité : http://vie-nouvelle-et-ethique.overblog.com/fondation-des-terres-pour-vivre-descriptif-detaille-du-projet-pour-abolir-la-precarite-en-france

  • #4

    Horror (dimanche, 06 janvier 2013 19:24)

    Arretez de nous agiter le chiffon rouge du libéralisme. Quand un pays ponctionne plus de 56% de la richesse nationale, on est plus proche de Marx que de Locke.
    Le climat puant de lequel ce gvt a mis le pays, en ayant au préalable promis de l'apaiser, est insupportable.
    Ils ne font que cacher leur médiocrité et echecs en réinventant la lutte des classes et autres. Ils s'en servent surtout pour préserver leurs intérêts personnels.

    Les banques ne sont pas responsables de la dette, les politiques le sont.
    Le niveau scolaire catastrophique de nos enfants et qui se dégrade années après années est du à l'aveuglement idéologique de nos politiques, et à leur lâcheté face à des syndicats stériles et tout puissants.

    La seule chose qui importe est de préserver leur caste à tout prix et les citoyens le payent au prix fort.

  • #5

    Guadet (lundi, 07 janvier 2013 12:24)

    @ Gbel
    La réalité de la formation des états est le contraire de ce que vous dites et ne donne aucune excuse aux gouvernements actuels. Il y a toujours au contraire une confrontation entre une classe privilégiée qui veut imposer ses intérêts à la collectivité et un pouvoir central qui cherche à maintenir l'équilibre pour assurer la prospérité générale. Cette confrontation est faite de luttes et de complicités. Quand le sénat romain n'a plus été que l'instrument d'une minorité de gros propriétaires terriens, il a perdu beaucoup de son pouvoir au profit d'un empereur. Le Moyen Âge a été une longue guerre entre une caste supérieure de guerriers et le pouvoir royal, etc, etc. Les périodes de prospérité correspondent aux temps où un bon équilibre est trouvé. Ca a été le cas pendant les trente glorieuses, ça ne l'est plus aujourd'hui où une ploutocratie internationale mène le jeu.

    Pour l'analyse de Hobsbawm, intéressante dans l'ensemble, je ne suis pas d'accord avec sa vision positive de la libéralisation de la société dans les années 60, que je regarde plutôt comme le signe avant-coureur de l'ultra-libéralisme actuel.

  • #6

    LaurentL (lundi, 07 janvier 2013 13:31)

    @Gbel : Que "les constats du déclin éducatif crèvent les yeux à celui qui a une vision large de l’évolution des choses et les ayant vécues…", certes, le vécu personnel est un fait mais ne fait pas loi générale, les chiffres issus de divers organismes en représentent un autre :

    http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=24&ref_id=16379

    http://www.oecd.org/fr/presse/leniveaudinstructionprogressedanslespaysdelocdemaisdesobstaclesdemeurent.htm

    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/evolution-du-niveau-d-etude-au-13407

  • #7

    diojaime (lundi, 07 janvier 2013 15:54)

    en reprenant les termes de LaurentL, effectivement le "pouvoir corrompt de manière séculaire", mais il n'y a pas de solutions miracle pour que ce ne soit plus le cas.
    C'est à nous qu'il appartient de réclamer une démocratie digne de ce nom, en revendiquant le tirage au sort des représentants du peuple au lieu de leur élection,("élection piège à cons", slogan de mai 68) et en remmettant en question également la durée des mandats (1an maximum et renouvelable qu'une fois par exemple).
    Mais quand on sait que ne serait-ce que la prise en compte des votes blancs dans les dépouillements ferait trembler d'angoisse nos élites,
    Effectivement la partie n'est pas gagnée d'avance!!

  • #8

    Antoine (samedi, 12 janvier 2013 04:09)

    On a souvent eu des débats la dessus sur www.fans-de-rulersofnations.com
    Vevez voir ;)

  • #9

    Démocratie = pouvoir politique du peuple (mardi, 15 janvier 2013 22:15)

    Merci Diojaime !!

    Le pouvoir corromp, donc il ne faut absolument pas le faire reposer sur les épaules d'un seul homme mais, au contraire, les partager le plus possible entre les citoyens.

    Le remède au désintéressement de la politique et bien celui de faire participer activement les gens. Battons nous pour une démocratie !!
    De plus nous ne pourrons plus être déçus puisque nous aurons nous même écrit nos lois!
    Ce n'est pas aux hommes politiques professionnel de remettre en cause le système, sans quoi il perdraient leurs boulots...

    Réorganisons le pouvoir, réunissons les citoyens en assemblée capable d'agir POLITIQUEMENT.
    La politique n'est que l'art de bien nous organiser ensemble, et d'organiser la répartition des richesses (matérielles ou humaines).

    Vive l'espoir.
    Tapez Etienne Chouard sur google!

  • #10

    diojaime (mercredi, 16 janvier 2013 11:37)

    réagissez comme l'auteur de "démocratie=pouvoir politique du peuple", réveillez votre conscience démocratique!!
    comme il a si bien dit le pouvoir politique doit se partager entre tous les citoyens et surtout pas le laisser entre les mains de quelques hommes. car si on permet à ces derniers d'écrire nos lois on est certain qu'ils les écriront pour eux-mêmes.

    Si les hommes bons ne veulent pas le pouvoir, alors les pires gouverneront!!
    les pires ont gouverné dans l'ancien régime, depuis 1789 les pires gouvernent encore!!

    Réclamons une Démocratie digne de ce nom!!

  • #11

    FlikeFrog (samedi, 19 janvier 2013 02:55)

    Quelle naïveté affligeante. Ou que vous regardiez dans le corps social vous vous rendez compte qu'il n'y a pas de véritable démocratie, ni de justice économique. L'aspiration à ces idéaux fait défaut dans la société en dépit des intentions affichées dans les discours des uns et des autres.

    Nous vivons tous les jours une vie meilleure qu'une large partie de la population mondiale. Nous sommes ici, pour ceux qui consultent ce blog de leur ordinateur personnel au chaud dans le confort de notre foyer, des privilégiés. Et on le vit très bien, merci. Peut-être qu'on proteste verbalement, qu'on dénie notre embourgeoisement, qu'on manifeste, qu'on formule des théories intellectuelles fumeuses pour une société juste et équitable mais en réalité on s'accommode parfaitement, pour l'immense majorité d'entre nous, de nos propres privilèges. Et de facto le mec dans la rue on lui a pas proposé notre chambre.

    On se dit que c'est aux autres de le faire, que c'est le système qu'il faut changer. On tergiverse, on trouve dans l'égoïsme de ceux qui ont plus que nous une excuse à notre propre individualisme.

    Votre discours est un discours de lycéens/étudiants vibrant d'idéalisme déphasé, ignorant les règles qui structurent la société et les mobiles qui animent l'individu.

    Y'en à qu'on essayé, par le passé. Que reste-t-il de tous ces manifestes, de ces déclarations de foi de 68ards, de ces mecs partis dans le Larzac par légion?

    Si ça se trouve ils ont investi dans l'immobilier et louent leurs appart aux nouvelles générations d'étudiants.

    Et cessez de prendre les 30 glorieuses comme illustration d'une période d'équilibre social, elles ne l'étaient en rien. Il suffit d'aller lire les revendications de l'époque (qui se distinguent très nettement de celles des étudiants) pour en prendre la mesure. D'ailleurs Les héritiers, ouvrage daté de 64 dont la revue figure sur ce blog, devrait suffire à mettre en lumière les inégalités criantes de l'époque.

    Tiens j'ai appris que Mélenchon était gentiment allé chercher son prix de l'homme politique de l'année, décerné par le magazine d'une multinationale américaine, au coté du gotha parisien. C'est beau l'abnégation.

  • #12

    diojaime (samedi, 19 janvier 2013 20:01)

    c'est justement parce que notre pseudo démocratie, tant valorisée par nos politiques, démontre ses faiblesses et ses manques au quotidien que le devoir de tout citoyen est d'en prendre conscience, de les exprimer et de les combattre.
    prétendre que ceux qui consultent ce blog sont des privilégiés me paraît-être une déduction hâtive à mon avis.
    et quand bien même ce serait le cas pour certains, ces derniers devraient résolument se taire face aux injustices sociales du pays??
    pour la simple raison qu'ils touchent un salaire??
    ne serait ce pas là, la résignation du peuple et l'inverse de la Démocratie.
    si une personne ne vient pas au secours d'un SDF c'est qu'elle sait pertinemment qu'elle ne pourra pas l'aider bien longtemps (elle se trouve face à son impuissance politique car on ne peut rien changer individuellement) et on ne saurait la blâmer d'ailleurs.
    en ce qui concerne le mobile qui anime les pires d'entre nous c'est bien l'avidité de pouvoir, et ça on l'a compris depuis bien longtemps.
    et la seule alternative pour éviter le pouvoir écrasant des puissants c'est une bonne Démocratie!!

  • #13

    FlikeFrog (lundi, 21 janvier 2013 15:43)

    Avoir conscience des limites de notre système et refuser d'abdiquer face à la misère humaine sont une chose, prétendre les combattre en formulant quelques revendications fumeuses, irréalistes et simplistes sur un blog ou sur les médias en sont une autre.

    Ce qui me chagrine c'est qu'elles témoignent d'une inaptitude a penser de manière constructive et éludent la responsabilité individuelle de chacun.

    Qu'est ce qui vous fait dire qu'une personne ne pourrait pas aider longtemps un SDF? Plein de gens ont suffisamment de place pour en accueillir un chez eux particulièrement pour une durée limitée en hiver. Quasiment personne ne le fait (et moi le premier) parce qu'on a aucune envie de les voisiner, de les prendre à charge de manière directe et que ça serait pesant au quotidien. Alors on reporte sa responsabilité sur les autres, ceux qui ont plus ou le système.

    Et cela fait du sens d'attendre du système qu'il prenne le relai de la solidarité individuelle lorsque celle-ci fait défaut. Mais à moins d'admettre que la réticence d'autrui à contribuer financièrement à un système juste n'est que le reflet de notre propre individualisme et partant légitime on s'enferme dans un schéma d'opposition stérile. Au fondement de la société actuelle il n'y a pas 2, ni trois ni je ne sais combien de classes sociales qui se caractérisent par des intentions et des mobiles différents mais un individu avec ses limites, ses contradictions et son égoïsme. Si vous n'êtes pas capable d'admettre ça et de le factoriser dans vos théories, vos propositions/suggestions sont vouées à l'échec.

    Plutôt que de promouvoir l'antagonisme comme vous le faite on devrait se concentrer sur les réformes d'efficience qui permettent d'améliorer le bien-être en optimisant nos modes de fonctionnement. Le problème aujourd'hui c'est que la plupart des réformes sont jugées à travers un prisme idéologique et non analytique. Une réforme est libérale ou elle est socialiste. On a pris l'habitude de raisonner de manière binaire et manichéenne et d'affirmer de manière péremptoire au détriment de l'analyse détaillée, comparative et pratique.

    La question du partage des richesses ne peut-etre éludée et est vouée à rester une pomme de discorde. On devrait néanmoins s'efforcer d'aborder la question en formulant un projet de société qui soit viable en pratique et dans un environnement ou les contribuables ont le choix entre différents systèmes/pays. Or lorsqu'on regarde les systèmes économiques et politiques existant difficile de d'être admiratif de ceux qui se sont inspirés du socialisme et du marxisme. Vous dites que le libéralisme est tout autant un échec? En 89 j'ai pas l'impression que les occidentaux comme vous se précipitaient vers l'URSS. Aujourd'hui des millions de personnes se pressent aux frontières des Etats-Unis ou de l'Europe dans l'espoir d'une vie meilleure. Quant à ceux qui prônent un changement radical de système finalement ils sont toujours là. Ca donne a relativiser.

    Par ailleurs il n'y a rien de meilleur à attendre d'une démocratie qui repose sur la volonté du plus grand nombre sur la base d'une logique purement quantitative. De nombreux régimes fascistes ont reposés sur le soutien des masses populaires. Aujourd'hui la délocalisation reflète la décision des consommateurs d'arbitrer entre les produits disponibles sur la base des prix. Le racisme est un phénomène sociale avant d'être institutionnel. La liste est longue. Ce problème des intentions se double d'un problème de compétence. Je pourrais trouver une liste infinie de sujet sur lequel les gens comme vous et moi sont totalement ignorants et qui entre dans la sphère de l'action publique.

  • #14

    diojaime (lundi, 21 janvier 2013 21:49)

    Pourquoi la recherche d'un monde meilleur et donc plus juste en revendiquant des réformes structurelles de notre société, telle qu'une autre démocratie plus près de l'originelle(qui n'est pas une idée nouvelle d'ailleurs)semble à vos yeux une théorie fumeuse, irréaliste, simpliste?? pour reprendre vos termes.

    ne serait-ce pas la capacité à imaginer "autre chose" que possède chaque citoyen, en participant activement et politiquement, qui peut changer notre corps social, afin de réduire les inégalités??

    quand vous dites:"Qu'est ce qui vous fait dire qu'une personne ne pourrait pas aider longtemps un SDF?"
    il s'agit là de la charité, et sur ce point voici ce que j'en pense:"La charité n'atteint pas son but parce qu'elle ne fait qu'augmenter la mendicité."
    le caritatif que vous prônez n'a jamais marché et ne marchera jamais!!
    (pour preuve:les restos du coeur sont toujours là et toujours plus nombreux sont les plus démunis qui viennent s'y restaurer)
    en outre il valorise celui qui donne l'aumône tout en méprisant celui qui la reçoit.
    si votre ouverture d'esprit s'arrête aux portes des ténèbres de la misère,
    je crois qu'il est inutile d'essayer de vous convaincre plus longtemps.

  • #15

    LaurentL (lundi, 21 janvier 2013 22:33)

    @diojaime : c'est clair, pas besoin de s'arrêter aux esprits qui prônent la charité comme solution, ce sont les premiers à demander à la demander, justement la charité... Que la société soit en crise, certes, je ne serai pas le dernier à le dire non plus, mais, plutôt que de regarder vers la religion de la charité, le monde est en train de changer sous vos yeux et vous ne le voyez même pas.
    Où se créent les emplois? Les Les Etats-Unis commencent à relocaliser, que croyez-vous que l'Europe va faire? L'Europe n'a-t-elle pas avancé d'un petit pas? La liste de questions est extensible. Et puis, ce que vous avez du mal à comprendre, c'est que, certes, le monde est reparti "comme avant" après le krach de 2008, mais pas tout à fait, vous pouvez vous renseigner sur le sujet. Et si vous êtes psychologue jusqu'à prôner la charité comme solution finale dans la situation actuelle, ça fait sourire comme non de remède, hein?, alors vous comprendrez que d'autres voient en parallèle poindre des Aurores (oui j'aime bien Nietzsche, et quelques autres d'ailleurs..., en passant par Marx au cas où vous en douteriez, mon capital sous le bras quand il le faut, ni que des philosophes par dessus le marché (...)...) différentes des vôtres.

  • #16

    FlikeFrog (mardi, 22 janvier 2013 02:20)

    Il y a méprise - je ne prône aucunement la charité.

    L'exemple ci-dessus n'avait pour vocation que d'illustrer l'égoïsme et l'individualisme dont nous faisons preuve dans nos comportements sociaux. C'est précisément l'absence de motivations véritablement altruistes dans votre démarche et celle de ceux qui prônent un changement radical que je cherchais a établir.

    Et n'essayez pas de nous faire croire que ce qui vous/nous retient de faire preuve de charité relève de l'éthique, du respect pour les démunis ou encore d'une forme de scepticisme face aux conséquences pratiques de la charité.

    Ce qui vous/nous retient en réalité c'est que, contrairement aux préconisations qui sont les vôtres, dans le cadre des solutions que j'invoquaient c'est vous/nous qui contribuerions et de manière concrète. En d'autres termes il y aurait un coût à payer (en diminution de qualité de vie du fait de partager sa surface habitable) et c'est cela qui retient l'immense majorité d'entre nous, pas vos pseudo cas de conscience.

    A défaut de pratiquer vous même l'altruisme que vous prônez vos propositions ne sont rien de plus qu'un chèque en blanc tiré au crédit d'une autre composante de la société: faire payer les autres. Pourquoi? Parce qu'ils ont plus. Oui mais vous même avez plus que bien d'autres et pourtant vous faites preuve des mêmes réticences au partage.

    C'est l'argument moral de votre raisonnement que l'on déboulonne ainsi. Ce que vous souhaitez, malgré les apparences, ce n'est pas une société plus juste ou en tout cas pas s'il vous en coute.

    A ce compte là je voudrais bien, moi aussi, me redorer le blason de la conscience pour pas un rond, si la lucidité ne me retenait pas! Distribution d'auréoles, c'est les nantis qui raquent.

    Ca n'empêche pas de s'interroger sur les perspectives de progrès social mais ça jette un éclairage radicalement différent sur la manière de le concevoir.

    Quand à vos références à la démocratie, que je suppose athénienne, elle manque de perspective. Franchement vous ne voyez pas en quoi un régime politique fantasmé (quid du rôle des femmes et des esclaves, l'exclusion des métèques et le caractère guerrier ) qui fonctionna il y a plus de deux millénaires sur une population de moins d'un million d'habitants pourrait ne pas être transposable au système actuel?

  • #17

    diojaime (mardi, 22 janvier 2013 12:00)

    concernant mes intentions, c'est vous qui vous trompez alors,
    car j'entends bien que dans la cadre d'une transformation structurelle de notre société on aborde le problème des inégalités dans sa globalité et de manière impartiale même si on doit moi/vous/nous se faire le deuil de certains acquis non justifiés dont moi/vous/nous bénéficions.
    et je pense, d'ailleurs, que c'est le cas de tous ceux qui prônent un progrès social.
    on est clair sur ce point.
    cependant, si une large partie de la population est contrainte de la jouer "perso" c'est tout simplement à cause d'un système économique qui ne lui laisse pas d'autres alternatives que l'individualisme pour vivre ou survivre.sans parler du matraquage médiatique consistant à sacraliser l'argent la cupidité et la possession.
    il faut effectivement changer les mentalités imprégnées d'individualisme durant des décénies par une société de consommation poussée à l'extrème.
    certes, le process sera long...
    en ce qui concerne la démocratie athénienne,
    il ne faut pas tout mélanger,
    bien sûr l'esclavage, la soummission féminine, l'exclusion et la guerre.
    il ne s'agit pas de démontrer l'exemplarité de cette civilisation, mais d'en sortir la dimension politique et citoyenne qui à mon avis excelle dans ce domaine.
    il ne s'agit pas non plus de la reproduire dans son intégralité mais peut-être de s'en inspirer et adapter certains de ses principes à notre société.

  • #18

    LaurentL (mardi, 22 janvier 2013 16:59)

    @FlikeFrog : n'empêche, votre discours est pauvre car vous partez de la charité et en arrivez à cette même nécessité. Un peu court comme raisonnement avec un argument autour duquel tourner... A paraphraser, "C'est l'argument moral de votre raisonnement que l'on déboulonne ainsi". Par ailleurs, si vous voulez appliquer la charité, au fait, combien accueillez-vous actuellement de SDF ou de travailleurs pauvres chez vous? D'autant que vous être libre de le faire sans l'assentiment des autres, pas besoin de lois.
    A côté, par l'éducation, l'écologie, la modernisation de l'Etat (pour rejoindre diojaime au sujet de la réaffirmation de la dimension politique et citoyenne), je reste convaincu que la charité a encore des beaux jours devant elle en tant qu'effet de mesures politiques et sociales, par contre, à la prendre pour base, allez à l'église brûler un cierge, l'effet sera à peu près le même...
    Vous voyez l'augmentation des inégalités depuis 3 décennies (enfin, le doute m'assaille...) comme un effet éternel alors que ce sont des catalyseurs politiques et économiques avec leurs conséquences sociales qui ont abouti à cette situation, et ce, sans voir que c'est par la politique, l'économie, l'éducation, l'écologie, la modernisation de l'Etat que la situation changera. A bon entendeur...

  • #19

    Guillaume (jeudi, 28 février 2013 10:20)

    Ce que veut vraiment la jeunesse : www.librepolitique.wordpress.com

  • #20

    Darkon31 (mardi, 05 mars 2013 09:01)

    Al Qaida a bien réussi son projet de rassemblement des musulmans pour le jihad. Partout dans le monde du Pakistan jusqu'au Sahara, le fanatisme islamique devient l'idéologie requise pour des masses de jeunes à la dérive dans un monde sans espérance.

    Il ne suffira pas de riposter par les armes. Il faut inventer une nouvelle alliance. Une alliance à la fois rationnelle et spirituelle.

    Pourquoi les hommes sont-ils tant épris d'idéologie ?
    Cela leur donne la conviction et la légitimité nécessaire pour s'affirmer avec autorité. C'est une arme politique.

    Mais les masses populaires ont besoin d'idéologies simplistes et rejettent l'abstraction et les pensées exigeantes, ce qui mène au populisme démagogique et aux discours sectaires. Quand il y a un objet de haine clairement désigné, un bouc émissaire (le juif, l'occidental, le bourgeois), c'est encore mieux.

    L'idéologie matérialiste pseudo-scientifique était en fait une impasse. La vérité est toujours d'ordre poétique, métaphorique, allégorique. Comme dans les paraboles des évangiles.

    Pour moi la religion n'est pas soumission, mais libération. Elle libère les esclaves, les opprimés et les malheureux. Elle ouvre à l'homme aliéné une autre dimension, celle de l'absolu. C'est une rencontre avec l'absolu.

    Au-delà de notre condition sociale et naturelle, au-delà des cadres culturels, l'homme peut rencontrer l'absolu, s'ouvrir à sa dimension.

    La liberté est l'autre nom de l'absolu.

    Ce que nous voulons n'est pas soumettre les gens, c'est les libérer, et nous libérer nous même (c'est un seul et même processus).

    Liberté = nirvana = grâce = sérénité

    C'est à partir du lieu de l'absolu que l'homme se fonde.

    Alliance Libre

  • #21

    Charles (mercredi, 06 mars 2013 14:54)

    A Darkon/#20,
    Je vais te donner un passport pour l'absolu.
    Je ne suis helas pas d'accord avec tes positions sur Al-Quaida, qui n'a pas reussi son projet de rassemblement a cause de son radicalisme et du modele rigide et moyen-ageux qu'il promeut. le salafisme ou la remise en place d'un modele islamique pur par l'application litterale de la sharia a ete encourage et finance par les pays du golfe depuis justement les annees du choc petrolier.
    Le probleme, c'est que le pouvoir religieux est limite par sa propre radicalite.
    Lorsque les peuples auront assez soufferts d'avoir mis la religiion au pouvoir, ils feront ce que les Francais ont fait en 1789, remettre la religion dans les temples religieux et le pouvoir politique au parlement avec une muraille dechine au milieu.
    Maintenant, vos positions sur la religion ne concernent que vous, l'approche religieuse/spirituelle est avant tout personelle.

  • #22

    vercors (mercredi, 01 janvier 2014 23:11)

    On voit une sorte de jubilation de l'auteur du livre et de l'article à reformuler les faits selon leur vision du monde: en effet, avoir l'illusion de comprendre est jouissif. Mais notre esprit est ainsi fait de mettre du sens pour nous éviter l'incompréhension, ou, dans ce cas il me semble, la souffrance de reconnaître l'erreur d'avoir eu foi dans le communisme. Ainsi les auteurs peuvent se conforter et , pour le plus agé, partir en paix conforté dans son idéologie perdue.

  • #23

    Duvrait (jeudi, 14 juillet 2016 13:30)

    Emprunter de l'argent, sans vos banques, avec des conditions favorables.
    Plus de besoin de banque, avant d'avoir un crédit,
    avec des conditions favorables.Vous avez besoin d'un financement
    pour votre maison, pour vos affaires, pour achat de voiture,
    pour l'achat de moto, pour la création de vos propres entreprise,
    pour vos besoins personnels plus de doute. Nous octroyons des crédits personnels
    allant de 2000 jusqu'à 1.000.000 avec un taux
    d'intérêt nominal de 1,5% quel que soit le montant.
    Veuillez nous préciser dans vos demandes de prêt le montant
    exact que vous souhaiteriez et la date.
    Veuillez nous écrire pour vos prêts personnels : Carlosduvrait@yahoo.fr

  • #24

    text tarot reading (lundi, 14 novembre 2016 11:27)

    grubbed

  • #25

    sekstelefon (lundi, 14 novembre 2016 17:00)

    indoctrinations

  • #26

    sex linie (lundi, 14 novembre 2016 19:39)

    larger

  • #27

    Partnerrückführung Magie (mardi, 15 novembre 2016 17:12)

    overflows

  • #28

    Źródło (mardi, 15 novembre 2016 22:00)

    harlemka

  • #29

    zobacz (mercredi, 16 novembre 2016 15:58)

    hultajstwo

  • #30

    czary miłosne (jeudi, 17 novembre 2016)

    indicativem

  • #31

    anonse erotyczne (jeudi, 17 novembre 2016 21:41)

    produkując

  • #32

    tutaj (samedi, 19 novembre 2016 18:01)

    pozsychać

  • #33

    adult chat (lundi, 21 novembre 2016 12:33)

    undecidability

  • #34

    phone chat line (lundi, 21 novembre 2016)

    bankruptcy

  • #35

    skestelefon (mardi, 22 novembre 2016 17:23)

    niezespolony

  • #36

    ezowymiar (vendredi, 25 novembre 2016 06:26)

    schabowe

  • #37

    miłość wróżby (vendredi, 25 novembre 2016 06:48)

    obrzękłem

  • #38

    rytuały miłosne (vendredi, 25 novembre 2016 16:58)

    doktoratami

  • #39

    naga aktorka (vendredi, 25 novembre 2016 19:11)

    almerą

  • #40

    sex telefon (mardi, 29 novembre 2016 09:10)

    niemitygowany

  • #41

    seks telefon ostry (mercredi, 30 novembre 2016 01:18)

    nieukończony

  • #42

    sex telefon (mardi, 06 décembre 2016 15:39)

    poobrywać