jeu.

17

janv.

2013

De l’altermondialisme à la démondialisation

Nous ne remercierons jamais assez le journal « Le Monde Diplomatique » ainsi que l’organisation ATTAC pour leur rôle joué face au libre-échange intégral et à son bras armé la mondialisation financière. C’était en décembre 1997, une époque de résignation où les citoyens essayaient de se convaincre qu’il n’existait pas d’alternatives à un néolibéralisme outrancier, sûr de sa force et de sa légitimité puisqu’il venait de détruire le communisme. Puis il y eut cet éditorial d’Ignacio Ramonet dans le numéro de décembre 1997 du « Monde Diplomatique ».

Le directeur de l’époque du « Monde Diplomatique », renversa la table. Il s’attaqua à la prise de pouvoir du monde économique sur le monde politique, à la financiarisation de l’économie qui oblige les entreprises à verser des dividendes de plus en plus élevés. Il stigmatisa la remise en cause du pouvoir de l’Etat, les mécanismes favorisant son endettement. Le message était clair : l’amélioration de la qualité de vie de quelques individus se réalise au détriment d’une détérioration des conditions d’existence de la majorité de la population. L’analyse était parfaite. Il ne restait plus qu’à trouver une solution.

 

Cette dernière pris le nom de Taxe Tobin, en référence à l’idée inventée par le « Prix Nobel d’économie » 1972 : James Tobin. Le principe consiste à taxer les transactions financières afin de freiner les effets néfastes de la mondialisation financière. Afin de diffuser cette idée et de convaincre les gouvernements, la création d’une association promouvant cette idée était nécessaire. ATTAC était née.

 

Profitant de l’engouement des citoyens qui voyait enfin une occasion de sortir de la résignation dans laquelle les avait plongés l’absence d’alternative au néolibéralisme, ATTAC est montée en puissance jusqu’à son apogée du 29 mai 2005, date du rejet par les Français du Traité constitutionnel européen. Pour voir ensuite son influence décroître progressivement. Les raisons sont multiples. Je vous en propose une.

Il me semble que la force d’ATTAC résidait avant tout dans son analyse des dérives de l’économie néolibérale. Son succès a pu donc se construire sur le rassemblement des citoyens convaincus de la pertinence de cette analyse et de la possibilité d’un autre monde. La faiblesse me semble résider dans les solutions offertes par le mouvement. Car objectivement, quel regard peut-on aujourd’hui porter sur la taxe Tobin ? En dehors du fait qu’elle puisse apporter de l’argent dans les caisses de l’Etat, elle apparait bien fragile puisqu’elle ne remet nullement en cause la mondialisation financière.

 

Pire, elle apparait aujourd’hui comme une caution social-démocrate permettant de justifier le néolibéralisme, qu’elle pourrait adoucir. A l’heure actuelle, la taxe Tobin semble donc « ringardisée » en comparaison d’une arme telle que les contrôles de capitaux, qui, elle, permettrait réellement de lutter contre la financiarisation de l’économie.

 

En réalité, il semble qu’ATTAC ait été en partie victime du syndrome du coureur de fond d’Alan Sillitoe. Alors que l’organisation altermondialiste était sortie renforcée par le non au Traité constitutionnel européen, elle a refusé de prendre ses responsabilités afin d’entrer dans le jeu politique, où elle aurait pu réaliser dès 2007 ce que Mélenchon a commencé à entreprendre en 2012 : réunir la gauche du non.

En refusant de s’impliquer complètement dans la vie politique, ATTAC s’est empêchée de réfléchir aux véritables solutions susceptibles de renverser le néolibéralisme. Le mouvement altermondialiste s’est essoufflé et a laissé sa place à la démondialisation, qui est un phénomène qui se base sur la même analyse mais qui propose des solutions nettement plus efficaces : protectionnisme, contrôle des capitaux, souveraineté des Etats, dévaluation, monnaie commune voire sortie de l’euro.

 

Que de temps perdu depuis 2005. Mais ainsi va la vie des hommes. L’altermondialisme fait donc place à la démondialisation. Souhaitons simplement que la gauche du non s’unisse le plus rapidement possible pour enfin (re)prendre le pouvoir aux partis néolibéraux que sont le PS et l’UMP.

 

Theux

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Commentaires : 13
  • #1

    Horror (vendredi, 18 janvier 2013 14:28)

    Coucou les amis!
    Bon opposons les deux grandes théories du libéralisme et du communisme.
    Le premier qui domine maintenant depuis quelques décennies a généré quoi?
    Moins de guerre que jamais auparavant, un progrès technique et scientifique comme jamais auparavant, une richesse comme jamais auparavant...
    Certes la répartition n'est pas idéale mais elle ne le sera jamais, quelque soit le système.
    Le communisme partout ou il a été essayé n'a généré que corruption entre des mains biens plus réduites que celles qui corrompent aujourd'hui et que vous dénoncez, des guerres ou répressions meurtrières comme jamais, de la pauvreté comme jamais et une ruine certaine pour tous ceux qui s'y sont essayés.

    Et ce système "égalitariste" quelque soit l'option que l'on prenne est voué à l'échec à cause simplement de 2 pulsions humaines : l'oisiveté et l'envie. Le premier conduit à ne plus rien faire sous prétexte que l'autre fait pour soi donc pourquoi se fatiguer; le deuxième également puisque si l'on fait et que l'on voit l'autre ne pas faire tout en ayant la même chose, cela pousse à ne plus rien faire non plus.

    Donc au delà de la démondialisation, le communisme et toutes ses formes conduisent à l'autodestruction.

    Les mieux placés pour en parler sont ceux qui ont vécu les 2 systèmes. Allez donc voir en Russie (et autres pays de l'Est) ou en Chine pour voir vers quel système leur coeur balance. Regardez la quantité de cubains et de Nord Coréens qui cherchent à fuir ces régimes totalitaires. Combien essaient d'y rentrer en opposition?

    Le communisme idéal et rêvé n'est qu'une théorie romantique pour celui (ou celle) qui commence à avoir des poils ou pour dictateur en puissance.

  • #2

    diojaime (vendredi, 18 janvier 2013 17:01)

    si le communisme n'a pas marché, le libéralisme ne marche pas non plus, force est de constater,
    alors il nous reste la Démocratie, et ce système, il y a fort longtemps, a fonctionné durant deux siècles!!
    pourquoi ne pas en construire une de vraie aujourd'hui??

  • #3

    romy (vendredi, 18 janvier 2013 17:11)

    @horror. N'existent que le communisme et le libéralisme économique fou... elle est bien bonne celle là.

  • #4

    LaurentL (lundi, 21 janvier 2013 00:16)

    @romy : oui, la pensée aujourd'hui est pauvre. Penser que la mort du communisme et du libéralisme dans leur forme actuelle, sans que de savants dosages où chacun retrouve son compte en haut et en bas (va savoir si cette notion existe tout à fait), ouvriers comme entrepreneurs pour schématiser, c'est regarder avec la longue vue de la taupe.
    Le libéralisme a fonctionné à peu près correctement jusque dans le début des années 80 avec l'arrivée des ultras, l'école de Chicago, l'époque où les Etats Unis ont levé la taxe à 90% (max) sur les revenus des plus fortunés. A cette époque la répartition des revenus était de 34% pour les investisseurs et 66 pour les salaires, aujourd'hui c'est 44/56. Une idée jetée en l'air...

  • #5

    Guadet (mardi, 22 janvier 2013 12:56)

    Pourquoi parler de "la gauche du non" ? Beaucoup des plus ardents défenseurs du oui étaient du PS ! Le non avait la majorité, mais si vous en enlevez les électeurs de droite vous n'avez plus qu'une minorité et vous êtes sûrs de perdre. Le Monde diplomatique, Mélechon et vous, vous vous enfermez dans des idées gauchistes qui finissent par consolider ce que vous prétendez combattre. En effet, une des bases de l'ultra libéralisme actuel est le gauchisme issu des années 1960, cela a été reconnu, même dans un article du Monde diplomatique.

  • #6

    Horror (mardi, 22 janvier 2013 14:52)

    @ Guadet
    Je dirais même plus, tous ces gentils gauchistes 68ards révolutionnaires sont les odieux possédants qui ont 80% des richesses qui sont dénoncés ici.

    @ autres
    En fait vous voulez la révolution aujourd'hui pour être dans leur situation dans 30 ans.
    En ce qui concerne des théories alternatives exotiques secrètes et magiques (merci de nous éclairer en développant), vous vous fourrez le doigt dans l'oeil car tout se trouve entre l'égalitarisme et l'individualisme. Après ce n'est qu'une question de curseur.

    Mention spéciale à celui qui met la Démocratie comme alternative au libéralisme et au communisme, il faut revoir les cours d'éco.

  • #7

    Frederichlist (mardi, 22 janvier 2013 20:22)

    Le lien entre les libertaires de gauche des années 70 et le culte du libéralisme économique aujourd'hui depuis la vague des années 80 est, pardon, un thème récurrent sur ce blog, plus proches des analyses de Michéa, Taguieff ou Todd que de celles de l'exotisme écologiste ou du progressisme venu de tous les bords.
    La démondialisation est évidemment une réaction face à la naïveté dangereuse du "tout est permis".

  • #8

    Guadet (jeudi, 24 janvier 2013 12:02)

    @ Frederichlist
    Pourquoi alors parler de la gauche comme de La Solution ? Pour sortir de la doxa libérale de l'UMP-centre-PS-écologistes, on est forcément tenté de regarder vers les extrêmes. Comme vous je suis souvent séduit par le discours de Mélenchon ou Dupont-Aignan, mais on y trouve aussi des choses inacceptables, gauchistes ou sécuritaires. il faut refuser d'être contraint aux extrêmes comme dans les années trente où on pouvait croire qu'il fallait choisir entre fascisme et communisme si on voulait sortir de l'ornière. Aujourd'hui on pouvait espérer que la défaite de Sarkozy ou la crise allaient permettre à l'UMP et au PS de se remettre en question : il n'en est rien. Il me semble que le mieux est de développer un discours enfin intelligent dans le sens du bien public, mais sans rentrer dans le clivage droite gauche, et y attirer le plus possible de monde, dans l'espoir que, bientôt, une gauche ou une droite réformée soit contrainte de le reprendre à son compte.

  • #9

    Guillaume (mercredi, 30 janvier 2013 10:54)

    "Le vice inhérent au capitalisme, c'est une répartition inégale de la richesse. La vertu inhérente au socialisme, c'est une égale répartition de la misère". W.Chruchill

  • #10

    Rebatet (jeudi, 07 février 2013 11:13)

    Protectionnisme, contrôle des capitaux, souveraineté des états, sortie de l'euro... Rendons à César ce qui est à César. Ce n'est pas la gauche qui a défendu ces thèmes alors que le mondialisme était présenté comme l'horizon inéluctable.
    Merci aux nationalistes et autres "fachos" d'avoir su garder le cap.

  • #11

    leo (jeudi, 07 février 2013 11:25)

    A propos d'ATTAC "elle a refuser de prendre ses responsabilités afin d'entrer dans le jeu politique ".
    Il me semble plutôt que ce sont les organisations politiques et syndicales qui ne pouvaient supporter l'existence d'une organisation politique indépendante sur laquelle il n'avait pas ou peu de prise.
    Ils ont donc mis en œuvre une action de déstabilisation d'ATTAC.
    Il ne faut pas réécrire l'histoire

  • #12

    F. H. (jeudi, 07 février 2013 12:51)

    Que de beaux débats ... pour en arriver à quelle conclusion : chacun, dans son coin, affirme sa propre vision du monde, l'opposant à l'autre dans des approches manichéennes où le bien s'opposerait au mal ! Honnêtement, qui peut encore penser qu'une seule voie serait la bonne ! Pour ma part, je pense qu'il ne devrait y avoir ni droite ni gauche mais plutôt de travailler ensemble pour que notre société marche sur de bons rails.
    Un exemple : l'école. Nous sommes tous d'accord sur le constat mais en termes de mesures efficaces (faire qu'aucun élève ne puisse arriver au collège sans savoir lire et écrire, faire que les jeunes profs sans expérience soient affectés en ZUS, empêcher que des générations entières se retrouvent dans des filières universitaires sans déboucés) rien n'est fait. Cette même analyse est valable pour l'agriculture (pourquoi ne faisons-nous pas un plan qui nous amènerait d'ici 15 ou 20 ans que seul l'agriculture bio soit subventionnée?) ou l'hôpital. Tout simplement par la faute des lobbyes. Aujourd'hui, aucune mesure n'est prise pour le bien commun mais pour satisfaire des intérêts corporatistes. Logique car ce sont ces intérêts qui font les élus et les électeurs ! Tant que nous ne sortirons pas de cette ornière, vos débats resteront vains... pour ne pas dire inutiles

  • #13

    Darkon31 (mercredi, 27 février 2013 10:00)

    Il faut partir d'abord de l'analyse du mal pour trouver ensuite le bon remède. Quel est-il ? Nous ne serons jamais complètement d'accord là dessus, c'est normal, c'est humain. Mais cela n'empêchera jamais que nous devons quand même tenter de penser le monde et ses aléas. Aujourd'hui il me semble que la source principale de nos maux, c'est la place prépondérante prise par le capital sur les États et leurs Services Publics. L'action du FMI dans les pays en développement a été bien souvent catastrophique. Il a exigé de donner la priorité aux entreprises rentables financièrement, ruinant par là la petite paysannerie, toute la base sociale traditionnelle. Il a exigé pour le payement de la dette, une cure d'amaigrissement de l'État et de ses Services Publics : Écoles, Hôpitaux, Infrastructures. Tout cela a mené au chaos.
    En conséquence il faut condamner fermement cette politique, dite néo-libérale, la combattre par tous les moyens, et instaurer à la place une autre politique qui fasse de l'humain, du social, de l'environnement, sa priorité. L'économie doit être au service du politique et non l'inverse. Il faut donc imposer des règles, instituer des surveillances, définir des obligations aux investisseurs et aux financiers.
    Alliance Libre