ven.

05

avril

2013

Penser le changement : nouvelle monnaie par Jacques Nikonoff

Pour l’organisation de sa première conférence, le blog « L’espoir » avait fait le choix de deux penseurs du changement : Philippe Murer et Jacques Nikonoff. Le premier nous a dévoilés, pour la première fois dans une conférence, son analyse de la transition énergétique et l’impasse représentée par le choix des énergies fossiles. Le second nous a détaillés les différents mécanismes qui rendent inéluctable la fin de l’euro. Deux analyses imparables.

Au cours de la seconde partie de la conférence, Jacques Nikonoff est intervenu afin d’évoquer les dysfonctionnements de l’UE dont la zone euro est la caricature. Son exposé commença par ridiculiser les sauvetages historiques de la monnaie unique qui se succèdent à une vitesse effrénée et ne peuvent plus masquer l’évidence de l’échec de l’euro.

 

Les raisons sont multiples et l’actuel porte parole du M’Pep s’est attaché à décrire les plus évidentes. L’absence d’une zone monétaire optimale qui empêche de rendre efficace une politique monétaire unique qui ne peut s’adapter à des pays membres aux caractéristiques économiques divergentes.

 

L’Allemagne est sévèrement critiquée par l’ancien leader d’ATTAC, notamment au regard du comportement de passager clandestin de Berlin qui a amené ce pays à pratiquer une politique de déflation salariale favorisant ses exportations et freinant ses importations. Cette politique, débutée par Gerhard Schröder, a eu pour conséquence de créer de forts excédents commerciaux pour notre voisin d’outre-rhin et de creuser la dette des pays du Sud.

Jacques Nikonoff et Philippe Murer
Jacques Nikonoff et Philippe Murer

De surcroît, l’Allemagne se refuse à procéder à des transferts budgétaires qui permettraient de rééquilibrer ces dysfonctionnements au sein de la zone euro et exige des pays en difficultés financières de résoudre le problème par des mesures austéritaires. Or le problème est qu’une politique de déflation salariale et de réduction des dépenses sociales ne peut fonctionner que si elle est réalisée de manière isolée. La généralisation de ces politiques au sein de la zone euro ne peut que mener l’UE dans une impasse.

 

De plus, même en Allemagne une telle politique n’est pas favorable aux salariés dont les plus pauvres sont touchés par une forte baisse de leur pouvoir d’achat.

 

Afin de sortir de la crise, Jacques Nikonoff insiste sur l’importance pour la France de retrouver sa souveraineté monétaire et donc de pratiquer la désobéissance européenne. Actuellement, les politiques permettant de sortir de nos difficultés sont interdites par l’UE. Il s’agit pourtant d’armes clés comme la dévaluation qui permettrait à notre pays de retrouver sa compétitivité sans avoir recours à la déflation salariale, beaucoup plus douloureuse puisque les prix à l’intérieur du pays ne baissent de la même proportion que les salaires.

Le contrôle des changes a également été évoqué au travers de l’exemple de Chypre comme un moyen permettant d’éviter une fuite des capitaux en dehors du pays. Enfin à propos de la question de la dette, la porte parole du M’PEP a argumenté en faveur de la décision de ne pas rembourser la dette ou de la rééchelonner. Il a montré que dans un tel cas, la pression n’est plus mise sur l’emprunteur, sommé de rembourser, mais sur le prêteur qui craint de ne pas être remboursé.

 

Dans une violente charge à l’égard des marchés financiers, il s’est positionné en faveur de la fin de l’indépendance de la Banque Centrale afin que cette dernière puisse prêter directement aux Etats. L’ancien leader d’ATTAC est même allé jusqu’à proposer le démantèlement des marchés financiers qui finissent par apporter plus de problèmes que de solutions à l’économie réelle.

 

 

L’intervention de Jaccques Nikonoff a permis de parfaitement mettre en évidence les rapports de force auxquels notre pays est confronté. En entendant ce discours, les mots de Pierre Victurnien Vergniaud, « Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »,  prennent tout leur sens. Il importe donc de rester convaincu que notre pays reste maître de sa dette et qu’il sera hors de question de subir les sacrifices vécus par les Grecs. De plus, l’Allemagne de Madame Merkel ne doit pas décider de tout en Europe et la France possède des armes à sa disposition pour mettre fin au comportement de passager clandestin de ce pays et à ses exigences austéritaires. Encore faudrait-il que le protectionnisme cesse d’être un sujet tabou. En ce sens la démarche de Jacques Nikonoff mérite d’être largement saluée.

Theux

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Commentaires : 2
  • #1

    FlikeFrog (samedi, 06 avril 2013 02:10)

    Indéniablement l'existence de l'Euro et l'architecture de la monnaie unique complique considérablement les ajustements des coûts de production et des balances commerciales au sein de l'UE. La déflation des salaires est éminemment plus douloureuse et difficile à mettre en oeuvre qu'une dévaluation monétaire.

    Cette opinion a été largement partagée au sein des marchés financiers et a alimenté la défiance de ces derniers à 'égard de la construction européenne constituant un facteur premier de la crise des dettes souveraines. A tels point qu'à un moment une partie des acteurs du marché anticipaient l'implosion de la monnaie unique.

    Elle a également a été relayée par des économistes tels que Krugman:
    http://krugman.blogs.nytimes.com/2012/04/25/the-unbearable-slowness-of-internal-devaluation/

    En pratique la dévaluation monétaire est exactement la politique mise en oeuvre par les US et la Grand Bretagne dans la foulée de la crise et du Japon récemment par le biais du Quantitative Easing.

    J'ai néanmoins trois questions concernant la mise en oeuvre de telles politiques en Europe :

    D'une part la dévaluation ne donnerait-elle pas immanquablement lieu à une guerre des monnaies entre Etats Européens (si l'Espagne dévalue pourquoi la France et l'Allemagne ne ferait-elle pas immédiatement de même pour maintenir leur compétitivité), stérilisant ainsi l'impact des ces politiques.

    D'autre part quel serait l'impact sur la croissance à l'échelle de l'ensemble d'une région? En effet en quoi le gain potentiel d'un pays ayant dévalué sa monnaie ne serait-il pas compensé par la perte des autres pays qui deviennent mécaniquement moins compétitifs?

    Enfin en quoi la dévaluation est-elle une solution pérenne à un problème de compétitivité? Est-ce que la force de l'économie allemande par exemple repose simplement une question de coût du travail? Ne repose-t-elle pas plutôt sur une organisation et une culture du travail différente (formation, flexibilité, structure de l'entreprise, ouverture à l'international)? En quoi la dévaluation permet-elle de remédier à ces différences fondamentales?

    Merci.

  • #2

    Maurice (samedi, 06 avril 2013 15:19)

    L'analyse de Nikonoff me paraît intéressante à plusieurs égards. D'une part, je pense qu'il a intérêt à souligner que l'approche allemande de la crise n'est guère judicieuse et que mener des politiques déflationnistes dans l'ensemble de la zone euro est suicidaire. D'autre part, il me semble de plus en plus évident qu'une solution parmi d'autres à mettre en oeuvre sera de rénégocier les dettes souveraines des Etats pris dans la tourmente.
    Maintenant que penser de la sortie de l'euro?
    L'argumentation souvent avancée pour justifier l'optique de la sortie de l'euro est celui de la souveraineté monétaire qui permettrait de recouvrer des marges de manoeuvre et d'améliorer notre compétitivité. A terme, cela devrait induire une relance de la machine économique et réduire nos problèmes de dettes. Je ne partage pas cette vision idyllique pour deux raisons principales:
    D'une part, je ne suis guère optimiste quant aux bienfaits d'une dévaluation. Je partage en partie le questionnement du commentaire précédent: Que se passe-t-il si l'ensemble des pays mettent en oeuvre cette politique? Deuxièmement, je suis toujours stupéfait de l'analyse biaisée des politiques de dévaluation. Si cela réduit le coût de nos biens à l'étranger cela faits exploser le coût des importations. En outre, cela va porter un coût sévère à de nombreuses activités importatrices nettes. Quid des dettes contractées auprès d'investisseurs étrangers? La forte inflation risque de conduire le pays dans une spirale négative et la politique monétaire n'aura plus qu'un seul objectif; Tenter de la juguler.
    D'autre part, supposons que cette politique peut s'avérer efficace. Cela permet de gagner des marges de manoeuvre. Le problème de la France serait-il exclusivement un problème de compétitivité prix. Pensez vous qu'une réduction de 20% du prix de nos produits puissent les rendre compétitifs face à des produits chinois (de toute façon moins cher) ou allemands (bénéficiant d'une meilleure image)? En outre, nos problèmes structurels seront-ils résolus pour autant?
    Franchement je doute que cette solution soit la meilleure à mettre en oeuvre dans la situation actuelle.