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08

avril

2013

Le mythe de l’islamisation (Raphaël Liogier)

Montée des extrémismes, perte d’identité culturelle, remise en cause du modèle républicain et de la laïcité, les musulmans sont accusés de tous les maux dans une France terrassée par la crise économique et sociale. Marine Le Pen et le Front National ont parfaitement compris le potentiel électoral que représente le risque « d’islamisation » de la France. Le sociologue Raphaël Liogier a étudié précisément cette question et s’est aperçu que ce phénomène était plus un fantasme qu’une réalité. Démonstration lors de la conférence, organisée par l’association des amis du temps des cerises, le 4 avril dernier à Clermont-Ferrand.

L’islamisation de la France pourrait intervenir par l’augmentation quantitative de trois vecteurs : l’immigration, le taux de fécondité des musulmans et la conversion à l’Islam. Contrairement à un présupposé largement répandu, l’Islam n’est pas une religion particulièrement dynamique contrairement notamment aux mouvements évangéliques, où l’on assiste en Chine à un rythme historique de conversion à ce mouvement (10 000 par jour).

 

Le taux de fécondité des pays majoritairement musulman constitue une seconde surprise. Ainsi la France possède un taux de fécondité (2,08 enfants par femme) supérieur à celui de pays tels que l’Algérie (1,70), l’Iran (1,87) ou la Tunisie (2,02). Le Maroc la dépasse faiblement avec 2,19 enfants par femmes tout comme le premier pays musulman qu’est l’Indonésie (2,23).

 

Alors certes on pourra objecter que certains pays de l’Afrique sub-saharienne à majorité musulmane ont des taux de fécondité nettement plus élevés à l’image du Mali (6,35) ou du Niger (7,52), mais il est également quasi certain que ces pays vont terminer prochainement leur transition démographique qui les amènera à des niveaux proches de ceux constatés en Europe.

A cet argument, les personnes convaincues d’une « islamisation » de la France répondront que cela n’a pas d’importance, puisqu’une fois entrés dans l’hexagone les musulmans « profitent » d’un système d’aide généreux pour accroître leur taux de fécondité par rapport au reste de la population. Cette argumentation est d’autant plus efficace qu’il est interdit en France de procéder à des études quantitatives basées sur l’origine ou sur la religion. Raphaël Liogier est donc allé poursuivre ses recherches en Allemagne, où des études ont été réalisées sur le taux de fécondité des femmes d’origine turque. Il en ressort que s’il existait effectivement un décalage d’un point dans les années 70, ce n’était déjà plus le cas au début des années 2000. Actuellement un croisement des courbes serait même en train de se réaliser. En effet, les familles d’origine turque sont plus facilement touchées par la précarité ce qui a tendance à jouer en défaveur d’un taux de fécondité important. Ce phénomène est d’autant plus marquant que l’Allemagne possède un taux de fécondité particulièrement bas (1,39).

 

Le dernier aspect est en rapport avec l’immigration au sein d’une France qui serait « prise d’assaut » par une population des pays en provenance des pays musulmans. Raphaël Liogier montre que si les immigrés les plus nombreux en Europe sont les Marocains (140 000 par an), les seconds sont les Chinois (100 000). En France, le résultat est quasi identique puisque derrière l’Algérie (24 300 immigrés en 2010) et le Maroc (24 000) la Chine arrive en troisième position (14 000) devant la Tunisie (12 500) et les Etats-Unis (7 400). Or nous avons vu que le taux de fécondité dans les pays du Maghreb laisse une faible réserve de population, ce qui laisse peu de crédit à la thèse de «l’islamisation » de la France.

Raphaël Liogier est ensuite revenu sur la Loi sur la laïcité de 1905 qui a été modifiée en 2003. A la base ce texte avait pour vocation de séparer l’église et l’Etat tout en confiant à ce dernier la préservation de la liberté de culte. La neutralité des agents publics devait veiller à éviter que les agents de l’Etat influencent par leur tenue les choix politiques ou religieux des personnes avec lesquelles ils sont en contact. L’exemple était particulièrement valable pour le personnel enseignant qui ne devait pas influencer des mineurs dont les convictions ne sont pas encore forgées.

 

La laïcité est la conséquence de deux principes : la liberté d’expression et de conscience appliquées à la liberté de culte. L’Etat doit donc pouvoir assurer la liberté de culte sur son territoire. Or, Raphaël Liogier s’est aperçu que les musulmans possédaient un rapport nombre de pratiquants sur nombre de lieux de culte largement en leur défaveur, ce qui explique les difficultés liées aux prières dans la rue en raison de la trop faible capacité de certaines mosquées. Il suffirait de leur prêter quelques locaux supplémentaires pour que les choses rentrent dans l’ordre et que l’on évite les unes tapageuses du Point telles que « l’Islam sans gêne » avec une photo montrant des musulmans qui prient dans la rue.

Le problème est que ce phénomène de stigmatisation des musulmans est amplifié par les médias qui ont tendance à utiliser des termes suspicieux comme « musulman modéré » alors que ce terme n’est jamais utilisé pour les autres religions. Cela laisse penser à tort qu’il n’existe pas d’extrémisme chez les juifs, les bouddhistes ou les catholiques.

 

Cette amplification médiatique se réalise au profit des extrémistes qui ont intérêt à une situation clivante qui renforcerait leurs positions. Ainsi l’émergence d’un Mohamed Merah risque de donner plus d’aura à la voix du FN. Celle d’Anders Breivik de favoriser les islamistes. Pourtant Raphaël Liotier affirme qu’il s’agit des deux faces d’une même pièce puisque si Breivik avait été arabe, il aurait endossé le rôle du fanatique musulman et si Merah avait été blond il se serait glissé dans la peau d’un skinhead ou d’un militant d’extrême droite.

 

Ainsi le sociologue établit un parallèle intéressant entre les profils de Breivik et de Merah en montrant qu’aucun des deux n’était à la base un ultranationaliste ou un islamiste. Il s’agissait de deux individus, fragiles psychologiquement, perdus ne sachant pas réellement quoi faire de leur vie. Cette frustration se matérialise par la suite par l’endossement d’un costume susceptible d’effrayer les gens en fonction de leur origine ethnique : l’ultranationaliste pour Breivik et l’islamiste pour Merah.

 

Dans les deux situations nos deux individus ont l’impression de jouer le rôle du héros. Breivik contribue à lutter contre l’islamisation de l’Europe et Merah à imposer l’Islam et ses valeurs. Dans les deux cas ils ont la sensation de servir la cause du peuple trompé en s’attaquant aux traîtres, qui s’opposent à leurs valeurs. Les deux se positionnent alors en état de guerre et renforcent ainsi mutuellement leur rôle. L’émergence d’un Merah donnera raison à un Breivik qui nous avait avertis des dangers de « l’islamisation » et inversement pour Merah qui trouvera dans les agissements de Breivik la preuve de l’émergence d’une guerre sainte.

 

Dans un contexte de crise où la faculté à trouver des boucs-émissaires se développe rapidement, il importe de savoir raison garder. Raphaël Liotier a ainsi démontré, grâce à l’appui de statistiques, que « l’Islamisation » était plus un fantasme qu’une réalité puisque l’Islam est loin d’être une religion très dynamique. Il apparait essentiel de ne pas céder aux extrémismes qui se renforcent entre-eux afin de s’attarder sur les vrais maux de notre société que sont la crise économique et le chômage, contre lesquels nous devons nous battre ensemble afin de convaincre le gouvernement de prendre les bonnes décisions pour l’avenir de la France.

 

 

 

Theux

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Commentaires : 10
  • #1

    AM (mercredi, 10 avril 2013 09:33)

    Bonjour, cette analyse chiffrée est intéressante, ça nous change des affirmations gratuites sur le sujet...
    Je regrette toutefois l'absence de chiffres étayant le "faible dynamisme" de l'Islam en terme de conversions.

  • #2

    Guadet (vendredi, 12 avril 2013)

    Les chiffres ne rendent pas compte de tout. Il y a en France des quartiers entiers où les femmes se font insulter si elles ne sont pas voilées et où il est difficile de trouver de la viande qui ne soit pas hallal. Je suis désolé de rappeler des évidences mais ce sociologue ne répond absolument pas aux problèmes que rencontrent les Français. Dire que les islamistes sont une minorité est une évidence qui ne résout rien. Ce qui fait le jeu des extrémistes comme Marine Le Pen, c'est surtout de nier les problèmes.
    Aujourd'hui on veut faire une nouvelle loi sur la laïcité comme si la solution était de restreindre la liberté d'expression des religions.
    Le problème est avant tout culturel. Une étude, de je ne sais malheureusement plus qui, avait montré que la France avait été traitée comme une colonie par l'administration rapatriée. Sous couvert de modernité et de républicanisme, la culture indigène française est combattue depuis les années 50. Le superbe musée des arts et traditions populaires a été définitivement fermé peu avant l'ouverture du musée de l'immigration. Il doit être "remplacé" par le musée des civilisations méditerranéennes de Marseille. Et je ne parle pas, parce que ce serait trop long, de la façon dont est traitée l'histoire de l'art français, vue comme "ringarde" par les décideurs, dans le domaine de la politique culturelle.
    Il en résulte un vide que des petits groupes extrémistes peuvent facilement mettre à profit pour occuper le terrain et faire paniquer les "souchiens" dont la culture n'est pas défendue.

  • #3

    m.delugeau@orange.fr (dimanche, 14 avril 2013 14:45)

    salut

  • #4

    FlikeFrog (jeudi, 18 avril 2013 01:22)

    Je n’ai pas de problème avec l’Islam. Si on m’annonce demain que l’Eglise du coin est convertie en mosquée parce que la population locale a changé et qu’il n’y a pas assez de lieux de culte pour les musulmans ça ne me choquerait pas. Fondamentalement je rejoins l’auteur de la conférence mentionnée ci-dessus sur de nombreux points quant au procès d’intention qui est fait aux musulmans et je respecte leurs convictions du moment qu’ils respectent celles d’autrui.

    Par contre j’ai un problème avec les manipulations de statistiques auxquelles s’adonnent joyeusement les auteurs de ce blog. Reprenons sur l’aspect quantitatif de l’Islam en France. Comme l’indique l’auteur il y trois vecteurs d’accroissement du nombre de musulmans: les conversions, la fécondité et l’immigration. Et maintenant les faits relatifs à ces trois vecteurs présentés par l’auteur:

    - Conversions : Pas de stat. L’auteur de la conférence exclu les « reconversions » définies comme une redécouverte de la religion par une personne d’origine musulmane mais non pratiquante.

    - Fécondité : Pas de stat. en France, l’auteur utilise celle de l’Allemagne et des immigrés turcs. Ne prends en compte que la fécondité actuelle et pas les années 70 ou une différence existait.

    - Immigration: le Maghreb est la première zone géographique de provenance des immigrés avec autour de 60,000 par an pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie devant la Chine (14 000) et les US (7,400).

    Si sur la base des ces données lacunaires (stat fécondité et conversion), arbitraires (exclusion des reconversions et des années passées pour la fécondité) et en contradiction avec la thèse de l’auteur (immigration) vous arrivez à nier qu’il est possible que la pratique de l’Islam augmente sensiblement en France aujourd’hui alors vous avez un sérieux problème avec les chiffres. La seule chose qui est incontestable dans tout ça c’est votre manque de rigueur.

  • #5

    FlikeFrog (jeudi, 18 avril 2013 01:23)

    Pour une analyse digne de ce nom je vous conseille cet article posté sur le blog du directeur du Centre de droit arabe et musulman :
    http://blog.sami-aldeeb.com/2013/04/02/islam-et-immigration-face-au-declin-demographique-europeen-derriere-les-fantasmes-la-verite-des-chiffres/

    En même temps comme ça c’est clair, on n’a plus trop de doute sur votre propension à manipuler les chiffres pour les faire abonder dans le sens de vos thèses, que ça soit dans la sphère économique ou sociologique.

    Le problème de la bienveillance imbécile manifeste dans ce genre de propos c’est qu’elle est à double tranchant : si la pratique de l’Islam n’augmente pas sensiblement en France alors pas besoin de financer de nouveaux lieux de culte. Or à l’heure actuelle on sait très bien qu’il y a une forte demande des musulmans en ce sens.

    Un conseil si vous êtes musulman, choisissez bien vos soutiens, il ne suffit pas qu’ils soient bien intentionnés, ça serait bien aussi qu’il ne soit pas idiot ! Vous pouvez rayez les communistes de la liste.

  • #6

    AdolfoRamirez (jeudi, 18 avril 2013 14:55)

    Arrfff il n'y a pas plus d'immigrés aujourd'hui qu'il y a 100 ans, pas de danger d'islamisation , il n'y a pas d'insécurité mais un sentiment d'insécurité, les homos sont des familles normales, les juifs sont sous-représentés dans les médias la banque et les professions libérales ...

    Pas du tout dans le déni de réalité !

    La gauche réaliste quoi ...

  • #7

    Horror (mercredi, 24 avril 2013 10:26)

    Pure désinformation dogmatique sur la base d'absence de stats ethniques.
    Pourtant elles existent sur les ascendants pour ceux qui veulent les chercher.
    Sur la population carcérale, elles indiquent que plus de 80% de cette population a des parents d'origines étrangères, soit 10-15% de la population totale en France. Il suffit de faire le ratio. Et on ne pourra taxer de racisme une magistrature qui baigne dans votre idéologie.

  • #8

    xads (jeudi, 25 avril 2013 15:00)

    je suggère aux intello comme vous de lire le Coran. Vous trouverez des versions écrites en français et en arabe.

  • #9

    Clamorgan (mardi, 14 mai 2013 22:42)

    Toute les religions ne se valent pas, elles sont différentes et parfois divergentes en fonction de leurs principes de base et de leurs perspectives d'avenir. À ce titre il est remarquable de constater que le premier principe de l'islam ("Il ne Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète.") se trouve en contradiction total avec notre concept de laicité.
    Aussi qu'il y est augmentation ou non de la pratique de l'islam en france, cette religion devra être dissoute.

  • #10

    Daisy (mercredi, 26 juin 2013 15:14)

    Clamorgan, c'est gentil de balancer des affirmations sans aucun argumentaire, est-ce que tu pourrais expliquer stp en quoi le fait de dire qu'il n'y a qu'un seul Dieu est que Mahomet est son prophète, entre en contradiction avec le principe de laïcité....? oO
    Je trouve assez dramatique de lire autant de commentaires si peu argumentés face à une démonstration contradictoire aussi construite... Rien de plus concret à opposer que "il parait qu'il y a des rues où on trouve pas de viande non halal"... Ahem... oui y a aussi des rues où on trouve pas de viande halal... Dans un cas comme dans l'autre je vois pas très bien le problème, et encore moins le danger, que cela pose....