sam.

20

avril

2013

Les pitreries de Monsieur Jean Peyrelevade

Dans un article du mardi 16 avril 2013, publié sur Marianne, l'homme d'affaire, politicien, haut fonctionnaire touche-à-tout Jean Peyrelevade exposait son « analyse », - mais le mot est fort - de l'échec de la politique conduite par François Hollande.

Et avec quelle audace ! Car, c'est la gauche archaïque, selon lui, qui gouvernerait actuellement la France, celle de Jean-Luc Mélenchon, de Laurent Mauduit dont il critique le nouveau livre, celle des « vieilles lunes » : la « gauche primitive ».

Un article « mainstream », droit dans ses bottes, véritable apologie de l'économie bête et méchante, non argumentée et non sociale surtout...

Un article de poncifs, qui vous évite la lecture ennuyeuse de tous les livres se gaussant d'expressions telles « moralisation du capitalisme », « troisième voie », « européen convaincu » auxquelles seuls les téléspectateurs non vaccinés de C dans l'air ou lecteurs de Libération croient encore.

Décryptage.

 

 

Jean Peyrelevade « connaît ses classiques » jure-il.

Jaurès qu'il cite : «Comme la communauté ne peut assurer le droit de l'individu qu'en mettant à sa disposition les moyens de produire, il faut que la communauté elle-même soit investie, sur ces moyens de produire, d'un droit souverain de propriété.» 

 

Blum aussi :  «Les formes collectives de la production moderne viennent ajouter une justification de plus, imposer comme une nécessité de plus, aux formes collectives de la propriété.» 

 

Mitterrand enfin :  «Il n'y a pas, il n'y aura jamais de société socialiste sans propriété collective des grands moyens de production, d'échange et de recherche.» 

 

Satisfait d'avoir copié-collé sur Evène ces trois citations, à la manière d'un élève grossier de terminale qui rendrait son TPE sans en comprendre le contenu, Jean Peyrelevade, pensant avoir prouvé sa « sensibilité » de gauche, peut enfin passer à la partie « analytique » de son développement.

Il constate :

 

Qui trahit le peuple ? Non pas la gauche de gouvernement, attachée au principe de réalité, non pas celle de Helmut Schmidt, de Tony Blair, de Gerhard Schröder, mais celle des faux prophètes qui la font rêver d'un monde fantasmagorique. 

 

Pour ceux qui n'ont pu lire cette phrase jusqu'au bout sans vomir, elle expliquait que les réformes faites en Allemagne et en Angleterre ces dernières années ont tant fait progresser la justice sociale et le bien être du plus grand nombre dans ces deux pays qu'il faut envisager sereinement de s'y vautrer nous aussi.

Toujours cette même rengaine pathétique qui justifie la « réforme », au nom d'une indépassable marche forcée de l'Histoire, des lois économiques et de leur soit-disant efficience.

 

Suivant la longue tradition de ces élites qui détestent la France, Monsieur Peyrelevade n'admet pas, (peut être ne le peut-il pas ?) que l'efficacité économique imposée par la force du libre échange dogmatique et des intérêts supérieurs de la finance n'est plus compatible avec le maintien d'une protection sociale élevée ni d'une République dans laquelle les citoyens n'ont pas perdu toute idée d'engagement, de décence, de mieux vivre, (ce qui inclue la baisse du temps de travail et le partage des richesses), toute possibilité de voter et d'être respectés dans leur décision souveraine au sein du seul espace démocratique viable, c'est à dire le cadre national...

 

Peyrelevade, un peu faible jusque là, tente alors d'élever le débat  : « le mal qui accable l'économie française depuis quinze ans est le dépérissement progressif de sa capacité à produire. [...] la disparition rapide de notre industrie [...] le déficit croissant de notre commerce extérieur. »

La question est fondamentale, il le sait.

 

Pourtant son analyse s'écrase lamentablement, et la pupille du lecteur s'éteint à nouveau lorsqu'elle a lu ces lignes :  les marges brutes de nos entreprises industrielles sont les plus faibles du monde développé et les charges qu'elles supportent, les plus élevées.

 

On voudrait citer, Keynes, Sapir, Bairoch,  Lordon, Berruyer.... expliquer à ce Monsieur la cherté de l'euro, les problèmes démocratiques engendrés par une UE chaotique, la politique destructrice allemande, l'évasion fiscale à grande échelle, la nécessaire mise en place d'un protectionnisme afin d'endiguer la scandaleuse guerre fiscale et sociale entre tous les pays du monde, l'essentiel nouveau partage de la valeur ajoutée, du temps de travail, l'exigence écologique...

Lui parler de sous-investissement lié conséquence de la faible demande, du primat des actionnaires dans l'entreprise ; lui dire que les charges sociales sont des cotisations santé, retraite, chômage pour lesquels des hommes courageux se sont battus en Europe, et que bien sûr, revenir sur ces acquis serait une régression.

Le comprendrait-il ?

 

Certes non. Comme ce mardi, il jugerait toute résistance à l'ordre mondialisé avec dédain : « la nationalisation provisoire de Florange soutenue par Arnaud Montebourg, [...] qui, bien entendu, aurait réglé d'un coup de baguette magique tous les problèmes précédents », s'appuyant sur cet ultime argument qu'il veut imparable :

 

« La nationalisation temporaire ou la vente forcée d'un site à un autre entrepreneur privé sont des concepts constitutionnellement impossibles. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, notre charte fondamentale, et son article 17, s'y opposent. »

 

 

Le Droit et le Marché : les deux mamelles du capitalisme mondialisé, sensées réaliser la fin de l'Histoire et signer la mort des idéologies, et donc la mort de la politique, justifient encore et toujours l'inaction et la désincarnation du pouvoir.

 

Fustigeant ainsi la gauche « attardée », sans proposer aucune perspective de sortie par le haut dans les problèmes qui nous occupent dramatiquement, autre que les vieilles lubies libérales qui ont bradé tous les grands leviers de contrôle économique et donc démocratique ces dernières décennies, Jean Peyrelevade, - mais c'eut pu être un autre - , incarne un aveuglement idéologique caricatural et justifie par là même tous les discours de rupture avec « le système », avec« les belles personnes », ces gens coupés des réalités communes de la vie quotidienne, tout simplement étrangers à la décence qui impose aux rentiers de ne pas exhorter les pauvres à moins dépenser, depuis leur siège en cuir de conseillers d'administration du CAC 40.

 

 

Frederichlist

 

 

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Commentaires : 5
  • #1

    TeoNeo (dimanche, 21 avril 2013 18:09)

    Peyrelevade vit un peu sur sa planète était deja un des rares a justifier les rémunérations les plus exorbitantes chez les grand patrons par leur "talent".

    Je remarque que l'argumentation de ces dernières années qui à justifié les vagues d’austérité est entrain de se fissurer de partout. Les études économiques censées démontrer l'efficacité de la "politique de l'offre" pour sortir de la crise se révèlent bidonnées les unes après les autres ( les fameux coefficients du FMI, l’étude de Reinhart et Rogoff...) Les Pays Bas qui ont tant servi de modèle voit son économie s'effondrer dans une quasi indifférence des médias (bizarrement, on ne les entend plus les "expert" de TV s'astiquer sur ce pays en pestant sur nos salaires et notre protection sociale...). Les ministres du budget qui se prétendent austères et rigoureux planquent des millions à l’étranger et se font payer leur impôts par les pauvres qui ne peuvent rien planquer.

    Tout ca me fait penser a l'invasion de l'Irak qui fut basé sur une escroquerie et même lorsque peu a peu les masques tombent les menteurs peuvent dire "bah on vous a menti mais qu'est ce que vous voulez faire maintenant on est les plus forts".

  • #2

    Horror (mercredi, 24 avril 2013 10:03)

    Salut les amis, ça faisait longtemps !!!
    Il connait juste les maths Peyrelevade.

    Petit problème simplifié de baignoires qui fuient :

    Sachant que la France a une population de 60millions d'habitants.
    Que la moitié est composé de jeunes de moins de 20 ans à la charge de leurs parents appelé Baignoire A et de retraités de plus de 60 ans à la charge de la Nation appelé Baignoire B.
    Il reste 30 millions d'actifs dont 3 n'ont pas d'activité et donc soutenus par la Nation Baignoire C, dont 8 sont fonctionnaires Baignoire D et donc payés par la Nation. Il reste 19 millions d'actifs Baignoire E pour créer la richesse du pays.

    La Baignoire E produisant l'essentiel de l'eau (richesse totale) destinée à alimenter toutes les baignoires, la Nation siphonnant 58% de l'eau produite (et on ose parler de Capitalisme sauvage!!!) réduit progressivement le niveau d'eau de E dont la fuite s'écoule vers B (structurellement), C et une Baignoire F d'actifs parmi les plus contributeurs en eau qui vont voir ailleurs une herbe forcément plus verte répondant à l'axiome de trop d’impôts tue l’impôt ou principe d'évaporation.
    Sachant que A ne trouve plus de sortie vers E ou D et se dirige de plus en plus majoritairement vers C et F.
    Sachant qu'il y a augmentation structurelle de B (valeur et volume) et D (valeur).
    Sachant, qu'il y a une fuite qui provient de F qui vient abonder C principalement.

    Question 1/
    La Plombier ne pouvant rien pour B, donnant de « faux emplois E » à A qui rentrent effectivement dans C ou D en valeur, ne voulant pas toucher à D, fermant les yeux sur F (entrant et sortant) tout en continuant à saigner E en valeur et donc en volume.
    L'ensemble des baignoires peuvent elles continuer à contenir de l'eau encore longtemps ? Justifiez !

    Question 2/
    Sur quelles Baignoires (volume et valeur) et comment peut on agir pour espérer voir l'ensemble des baignoires continuer à avoir de l'eau ? Justifiez !

    Sans dogmatisme, ce ne sont que des maths et un enfant de 10 ans est capable de trouver la(s) solution(s) mais pas vous !

    Le problème est que vous répondez à une question de maths par une question hautement philosophique de type « Pourquoi l'eau ? », ou avec une réponse de science fiction Géographique de type : « il va pleuvoir et ça va remplir les baignoire »... qui ne valent que des 0/20.
    Répondez juste à cette petite problématique de maths au lieu de faire de l'emphase poncive, stérile et masturbatoire.

  • #3

    diojaime (mercredi, 24 avril 2013 11:46)

    @Horror
    on devrait pouvoir colmater les fuites avec du joint à la pompe type Rubson, ça marche assez bien et ça coûte pas trop cher.
    Bon, maintenant il faut pas qu'y est trop de pression parcequ' on risque de se prendre tout à travers le gueule aussi...
    ya une autre solution aussi, on peut virer toutes les baignoires percées et en acheter une grande toute neuve dans laquelle on pourra s'y baigner tous ensemble, c'est pas chouett' comme idée??

  • #4

    Allemand Désabusé (vendredi, 26 avril 2013 14:22)

    Je propose une solution à l’Allemande:
    Offrir une quantité grandement insuffisante de prestation d’aide à la famille (crèche, maternelles) => la baignoire A va réduire son volume d’elle-même.
    On aura de plus un effet positif sur la baignoire C. En effet pour les famille ayants encore des enfants un membre du couple devra rester au foyer (devinez qui...) et comme une femme (vous avez vu juste) au foyer n’est pas comptée comme inactive, pas d’augmentation de C. En plus en libérant les jobs tenus pas des femmes on « crée » des emplois. (On comprend maintenant mieux pourquoi le CSU-CDU vient encore de repousser un texte sur les quotas de femmes dans les conseil d’administration). La baignoire C s’en porte encore mieux !! Continuons avec C. On réduit le hauteur et la durée de l’aide (= mesure d’incitation au travail) et C re-diminue ! Encore une couche ? On oblige les membres de la baignoire C en fin de droit à accepter des jobs sous payés (mini-job : 400€ par moi pour 38Hpar semaine ) sous risque de ne plus avoir rien du tout. On a ainsi crée une couche de la société qui ne peut pas vivre de son travail. Pas grave l’essentiel c’est qu’elle ne soit plus dans C, ca fait des travailleurs à un coût ultra-compétitif et en plus y’a un autre avantage (voir plus loin).
    Reste les baignoires B et E
    Alor B on les chouchoute. Ils on crée la grande richesse de l’Allemagne en 1970, ils sont plein aux as et ils consomment (Mercedes voyage…) On les caresse dans le sens du poil parce que en plus ils sont en grande majorité électeurs CSU /CDU. Ca change juste un peu quand ils ne peuvent plus consommer autant qu’avant. Soit ils vont dans des asiles de luxe tellement chers qu’ils « consomment » à nouveau soit dans des mouroirs ou ils ne resteront pas longtemps.
    Et E me direz vous ! en fait il y a deux baignoires E1 et E2. Dan E1 il y a les quelques (mais pas beaucoup) % de la population qui tient les rennes (et les richesses) et eux ils vont rien faire pour que ca change. Dans E2 il y a le reste (dont je suis) qui travaillent beaucoup, qui galère beaucoup et qui acceptent toute forme de sacrifice (Nous Allemands avons une incroyable capacité à accepter les sacrifices sans rien dire) parce que :
    1) ils espèrent pouvoir s’en sortit.
    2) Ils ne veulent pas que leur tavail soit repirs par un Roumain ou un Bulgare tout aussi bien formé que lui mais bien mon cher ( ou encore par un Freelance qu’on pourra virer facilement)
    3) ils ont une peur panique de tomber dans la baignoire C ( l’autre avantage de la baignoire C !).
    Faites ce système quelques années et vous verrez que finalement les baignoires s’équilibrent. Mais OK faut pas regarder la vase dans le fond des baignoires….

  • #5

    jeannot (vendredi, 26 avril 2013 16:33)

    Compliquées, ces affaires de baignoires...
    je vais boire une bière.