dim.

02

juin

2013

La transition écologique (Gaël Giraud)

Gaël Giraud (c) Les Editions de l'Atelier
Gaël Giraud (c) Les Editions de l'Atelier

Selon l’économiste Gaël Giraud, nous nous apprêtons actuellement à être confrontés à un changement énergétique de même ampleur que celui de la révolution industrielle. A cette époque, la photosynthèse et les moulins à vent avaient été remplacés par les énergies fossiles. Aujourd’hui il importe de trouver une alternative aux énergies fossiles.

La prise de conscience de la très forte dépendance de nos économies aux énergies fossiles a coïncidé avec les chocs pétroliers des années 70. Malheureusement cette prise de conscience a été vite oubliée avec la baisse du pétrole au cours des années 80 couplée à la croyance que la finance pouvait nous « protéger »de l’émergence d’un nouveau choc pétrolier. Le problème est que les années 2000 ont été le théâtre d’un choc pétrolier équivalent à ceux des années 70. Cette forte hausse du prix du pétrole a contribué à plonger nos économies dans la situation de crise que nous connaissons actuellement.

 

Au cours des 30 glorieuses, la croissance de PIB par habitant était de 3 %. Celle de la consommation des énergies fossiles par habitant était de 2 %. Depuis le début des années 80, la consommation d’énergie fossile augmente au même rythme que la population. D’où l’apparition d’une croissance molle équivalente à 1 % dans les pays industrialisés. Le fait que les 2/3 de notre croissance soit dépendante de notre consommation d’énergie fossile, pose de sérieuses questions quant à la vigueur de notre croissance future. D’autant plus lorsque l’on sait que le « Peak Oil » a été atteint depuis 2005/2006. En effet, la productivité d’un puis de pétrole diminue au fur et à mesure de son exploitation et actuellement la baisse de la productivité des puis de pétrole les plus anciens n’est plus compensée par la découverte de nouveaux puis. Or si les 2/3 de notre croissance proviennent de l’augmentation de la consommation de notre énergie fossile et donc de l’augmentation de la production, cela implique que notre croissance future sera très faible voire nulle.

 

Il est donc urgent de transiter vers un autre type d’économie qui ne sera plus dépendante du pétrole. Cette théorie n’est pas remise en cause par la découverte du pétrole de schiste, malgré sa productivité très forte, qui ne fera que repousser à 2020 ou 2025 la survenance du « Peak Oil ». L’atteinte de cette échéance dépendra de la vitesse à laquelle la productivité du pétrole de schiste va décroître.

L’urgence de la transition écologique est largement appuyée par les climatologues. Actuellement la question du réchauffement climatique et de l’impact des activités humaines sur ce réchauffement ne font plus débat. La question est de prévoir l’intensité de la hausse de la température moyenne du globe terrestre d’ici la fin du siècle. D’ores et déjà, l’objectif de limiter cette augmentation à 2° ne pourra pas être atteint. Par contre, il est encore temps d’éviter une augmentation de 5° qui risquerait fort de présenter des conséquences apocalyptiques en raison d’une baisse dramatique des rendements agricoles qui pourrait signifier la mort d’un milliard de personnes.

 

La question qui se pose est ensuite de déterminer les mesures à mettre en œuvre pour réaliser cette transition énergétique. Le secteur prioritaire est celui du bâtiment qui est le plus dépensier au niveau des gaz à effet de serre. Le coût de constructions de logements neufs et de rénovation des logements anciens se chiffre en moyenne à 300 euros par mètre carré, ce qui est considérable. Seuls des ménages aisés seraient actuellement en capacité de faire face à de telles dépenses. Il faudrait donc trouver entre 5 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est possible comme nous le montrerons par la suite. Cela impliquerait également de repenser le mode de fonctionnement des villes, qui devront être densifiées, innervées par des transports en commun et reliées entre elles par le train. L’idée serait d’en finir avec le « tout voiture » et de proposer des systèmes de covoiturage et de transports électriques pour les personnes les plus éloignées des centres urbains.

 

Concernant les transports de marchandises, il importe de remplacer les transports en camion par du ferroutage ou des camions électriques. Le transport maritime reste peu consommateur d’énergie. Par contre il serait nécessaire de développer le réseau ferroviaire français que nous avons détricoté à la sortie de la seconde guerre mondiale.

Concernant l’agriculture, nous devons sortir de la mono-agriculture qui implique de spécialiser les zones géographiques dans un domaine donné. L’idée serait de développer la poly-agriculture, génératrice de circuits courts, à proximité des centres urbains. L’objectif serait également de sortir d’une politique basée sur les engrais et de s’intéresser à des processus comme la méthanisation. L’intérêt est que cette nouvelle agriculture remplacerait les énergies fossiles par des énergies animales donc humaines qui seraient fortement créatrices d’emplois (environ 1 million).

 

La transition énergétique dans le secteur du bâtiment serait également largement créatrice d’emplois, puisque nous disposons actuellement de la technique mais pas de la main d’œuvre, qu’il conviendra de trouver et de former.

 

Un autre enjeu majeur de la transition énergétique concerne les biens communs qui ne sont ni des biens privés ni des biens publics. Il s’agit en réalité d’une ressource ou d’une valeur qui échappe à la propriété individuelle et au secteur marchand. Elle est gérée de façon collective par la totalité de ses usagers. L’eau en est un parfait exemple.

 

Le principal risque avec ces biens concerne ce que les économistes nomment la « tragédie des communs ». Ce phénomène consiste à établir une compétition pour l’accès à une ressource limitée, menant à un conflit entre intérêt individuel et biens communs dont la conséquence rationnelle conduit à la surexploitation de la ressource. Il est donc indispensable de réguler les biens communs au niveau mondial et d’arrêter de penser que les marchés financiers peuvent solutionner tous ces problèmes. Par exemple, la régulation de la pêche dans les océans est urgente, faute de voir disparaitre les poissons comestibles en surface à l’horizon 2050. L’absence de régulation équivaut à la privatisation des biens communs, où une minorité d’individus parviennent à récupérer la majeure partie de la richesse sans la partager avec les autres.

 

Une question plus philosophique se pose alors. Est-ce que le travail, le crédit, les ressources appartiennent aux biens communs. Si la réponse est positive, la privatisation de ces domaines doit être interdite, ce qui bousculerait la propriété privée. Il peut être également important de distinguer l’usage du bien de sa propriété. L’existence du vélib en est une parfaite illustration puisque les utilisateurs payent l’usage du bien sur une durée déterminée et non sa propriété. Dans la même logique la propriété d’une voiture que nous utilisons 10 % de notre temps peut nous interroger.

Analysons maintenant les principaux obstacles à cette transition écologique. Le coût financier semble le plus important puisque 50 milliards d’euros par an seraient nécessaires. Ce chiffre est important mais il est tout de même à comparer à la création de 1000 milliards d’euros en trois mois afin d’assurer le sauvetage des banques au moment de la crise des subprime.

 

Le secteur privé serait-il capable d’assumer une telle charge ? Non car la majorité de ces chantiers énergétiques ne seront pas rentables à court terme. De surcroît, la finance exige des rendements de 7%, 9% voire 15 %. Seul le secteur de la finance est capable de produire de tels rendements en prenant des risques inconsidérés qui sont déconnectés de l’économie réelle qui ne crée pas autant de richesses. Les investisseurs privilégieront donc la finance à l’économie réelle. Naturellement la logique veut que l’on se tourne alors en direction du secteur public. Le problème est que le fort endettement des Etats réduit considérablement leurs marges de manœuvre. La solution ne pourrait alors venir que de la création monétaire. Ce droit reconnu par l’Etat aux établissements bancaires différencie ces derniers des fonds d’investissements purs comme les « Hedges Funds » ou les « Private Equity ».

 

Le problème posé par une politique de création monétaire pourrait être de renforcer le phénomène de hausse de la monnaie en circulation qui augmente de + 15 % par an depuis le début des années 90 et de + 30 % par an depuis 2008. Une solution pourrait donc être de rapatrier la monnaie pour l’orienter en direction de l’économie réelle et au détriment de la finance. En pratique cela parait extrêmement difficile en raison de la puissance du lobby bancaire. De plus les établissements bancaires européens créent très peu de monnaie car leurs bilans ne sont pas très bons. La solution pourrait donc provenir du secteur bancaire public notamment la BPI (Banque Publique d’Investissement). Malheureusement ses statuts empêchent la BPI de créer de la monnaie, car l’UE et la BCE ne veulent pas laisser le pouvoir de création monétaire à la puissance publique. Ces changements sont intervenus avec la bénédiction des pouvoirs publics français. En effet, dès 1973 il a été décidé que la Banque de France ne pourrait plus faire d’avances à l’Etat. Le traité de Maastricht de 1992 a instauré le principe interdisant à la BCE de prêter aux Etats. L’idée en vogue au sein des élites françaises était alors que le fait de confier le pouvoir de création monétaire à la puissance publique risquait de générer de l’hyperinflation ce qui aurait contribué à l’accession d’Hitler au pouvoir.

 

Ces hypothèses sont pourtant fausses puisqu’entre 1945 et 1973, la puissance publique est loin d’avoir fait plus mal que le secteur privé après 1973. De plus les dirigeants restent les mêmes puisqu’il s’agit fréquemment d’individus formés par l’Inspection Générale des Finances qui « pantouflent » depuis 1973 dans le privé afin d’exercer des fonctions identiques. L’idéologie néolibérale de ce grand corps de l’Etat est particulièrement inquiétante au regard des résultats observés.

De plus, il apparait essentiel de préciser que la création monétaire ne génère de l’inflation que lorsqu’elle ne permet pas de créer de richesses économiques tout comme l’inflation ne conduit pas forcément à l’hyperinflation. Dans les années 70, l’inflation liée au choc pétrolier n’a pas provoqué d’hyperinflation. Cependant les mentalités seront longues à faire évoluer. Ainsi l’intervention de l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, indiquant qu’il fallait revoir l’objectif des Banques Centrales de maintenir l’inflation en dessous de 2 %, a provoqué de vives réactions chez les gouverneurs de Banque Centrale.

 

Concernant l’accession d’Hitler au pouvoir, nous avons montré dans un précédent article qu’elle avait été favorisée par une politique de déflation et non pas d’hyperinflation. Il s’agit d’ailleurs du principal risque auquel les économies européennes sont confrontées actuellement. Dans cette situation de baisse des prix, l’ensemble des acteurs reportent leurs actes économiques ce qui entraîne une tombée en léthargie de l’activité économique. Le Japon est confronté à cette difficulté depuis les années 90. Actuellement la Banque Centrale du Japon est en train de tenter un incroyable pari qui consiste à multiplier par deux l’argent en circulation d’ici deux ans afin de changer les comportements économiques.

 

Des solutions existent donc pour mettre en place une véritable transition écologique. Il faudra cependant parvenir à trouver une solution permettant d’assurer son financement grâce à un procédé de création monétaire. Il faudra pour cela soit sortir de l’UE soit convaincre cette dernière que la BCE doit pouvoir financer directement les Etats. Gaël Giraud a même proposé d’utiliser pour la transition écologique, le même subterfuge que celui qui avait permis de sauver les banques. De plus, il est bien important de comprendre que la transition écologique financée par création monétaire ne serait pas génératrice d’inflation puisqu’elle contribuerait à la création de richesses économiques.

 

 

Theux

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Guadet (vendredi, 14 juin 2013 12:35)

    La transition énergétique, on en parle depuis des années mais à peu près rien ne se fait. Ne serait-il pas utile de remarquer que le système ultra-libéral mis en place depuis aussi longtemps se montre incapable de souplesse et de créativité ?
    Je me souviens très bien comment, il y a trente ans, on faisait confiance à la recherche privée des grandes entreprises énergétiques pour trouver des solutions. Résultat : le gaz de schiste et c'est tout.
    L'économie de marché doit être mise à bas non seulement pour assurer un financement, mais aussi pour permettre une véritable dynamique de transformation des habitudes industrielles.
    il faut remettre aussi en question la toute puissance de la technique qui empêche de retrouver des savoir-faire perdus permettant de créer de nombreux emplois beaucoup plus valorisants que le peu permis par la technique. L'architecture par exemple aurait intérêt, tant pour sa vitalité que pour l'emploi et l'écologie, d'entamer sa désindustrialisation.