lun.

17

juin

2013

Vers un monde d’Etats nabots ?

 

L’ouvrage d’Eric Hobsbawm, « L’âge des extrêmes » est une véritable mine d’informations, qui parvient à mettre en perspective des questions clés près de 20 ans après son écriture. Au sein de celles-ci la question du passage d’une économie internationale à une économie transnationale apparait essentielle. Selon l’historien anglais, c’est à partir des années 60 que ce basculement s’est enclenché. Les frontières et les Etats n’ont plus constitué le cadre de base mais des facteurs de « complication ».

 

L’émergence de cette économie monde, dont les multinationales constituent une parfaite illustration, a permis à des acteurs économiques de s’émanciper des Etats et des frontières. Pire, la mise en concurrence des Etats a même donné la possibilité à ces acteurs de limiter la liberté d’action de ces derniers donc leur souveraineté, quelle que soit leur puissance.

 

Pour l’auteur l’émergence de ce phénomène de transnationalisation est marquée par trois aspects marquants : les firmes transnationales, la division internationale du travail et la finance offshore.

 

L’émergence de la finance offshore se divise en deux problèmes. Le premier consiste à favoriser l’émergence de « paradis fiscaux » qui sont des micro-Etats développant des politiques fiscales « attractives » afin d’attirer des entreprises soucieuses d’éviter la trop « lourde » fiscalité de leur pays d’origine. Le deuxième problème est lié aux mouvements de capitaux qui se sont développés avec les politiques de forte dépense des Etats-Unis. Le placement de ces dollars en circulation est devenu un aspect central de nombreux investisseurs du monde entier. C’est ainsi que la City est devenu le très important centre financier que l’on connait actuellement et qui n’est en réalité qu’un vaste centre financier mondial offshore, où les investisseurs placent les pays en concurrence afin d’obtenir la fiscalité la plus favorable possible.

La City
La City

 

Ce premier point constitue un élément clé de nos difficultés actuelles, puisque les Etats avaient mis au point une fiscalité en adéquation avec les besoins de ses populations, qui permettraient de financer des politiques sociales indispensables à une bonne redistribution des richesses et à une solidarité avec les personnes les plus défavorisées.

 

Les progrès réalisés dans les transports et dans les communications permirent l’émergence d’une division internationale du travail permettant un processus transnational de production. Il était donc devenu économiquement réalisable de mettre en place une chaîne de production au niveau monde, où les pièces détachées pouvaient être transportées par avion et où l’évolution du cycle de production pouvait être suivi d’un pays à distance.

 

Logiquement cette division internationale du travail a conduit les décideurs à mettre les travailleurs des différents pays en concurrence. Ils comprirent rapidement que les pays occidentaux possédaient une main d’œuvre nettement plus coûteuse que certains pays du « tiers-monde ». Naturellement les premières délocalisations sont apparues.

 

Ce second point constitue la seconde réussite des firmes transnationales qui sont parvenues à mettre en concurrence les salaires des différents pays, ce qui impose une pression sur les salaires minimaux instaurés par certains Etats, mais également sur les systèmes de protections sociales ou environnementales. La fiscalité sur le facteur travail est d’autant plus facilement remise en question que les capitaux, beaucoup plus mobiles, sont extrêmement difficiles à taxer.

 

Le dernier point du phénomène de transnationalisation coïncide avec l’émergence des firmes transnationales. Le renforcement de ces acteurs, dont l’unité de raisonnement économique devient le monde, leur offre un positionnement au dessus des Etats. La mise en concurrence des législations des pays permet d’affaiblir les Etats qui constituent la dernière barrière de protection des populations. Sans Etat fort, nous assisterons à une version 2.0 de la fable de Lafontaine du pot de terre contre le pot de fer. Le combat se situe à cet endroit précis car il est évident que pour « les multinationales géantes le monde le plus commode est un monde d’Etats nabots ou sans Etats ». Un monde sans fiscalité, sans sécurité sociale, sans pension de retraite, sans salaire minimum, sans pension de chômage, sans code du travail, sans protection de l’environnement. Un monde de rêve. Celui des entreprises transnationales.

 

 

Theux

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Commentaires : 3
  • #1

    Guadet (mardi, 18 juin 2013 14:32)

    "Un monde de rêve", un monde virtuel. La preuve :
    http://www.francetvinfo.fr/video-g8-de-fausses-devantures-de-magasins-opulents-pour-masquer-la-recession-en-irlande-du-nord_349824.html

  • #2

    Guadet (mardi, 18 juin 2013 14:47)

    Il faut écouter le ministre de l'Irlande du Nord justifier son opération à la Potemkine : surréaliste !
    Ce qu'il faut s'attacher à démontrer maintenant, c'est que ce système ultra-libéral mondialisé ne marche pas. Donnez-nous des arguments dans ce sens, s'il vous plaît.

  • #3

    charles (mercredi, 19 juin 2013 10:28)

    Tres juste, on assiste bien a une montee des grandes entreprises mondialisees dotees de moyens financiers pouvant rivaliser avec les etats, etats de plus en plus pauvres car recevant de moins en moins d'impots.
    En plus les entreprises ne sont pas des democraties, ce sont bien des dictatures oeuvrant pour le benefices de leurs actionnaires.
    Dommage que l'auteur de l'article ne nous dit pas comment les gens, le peuple, aussi des employes de ces societes vont repondre a cette situation.
    Est-ce qu'on va laisser faire ou est-ce qu'on va leur presenter un contre pouvoir ?
    Peut-etre que les travailleurs du prive vont nous sortir des greves mondiales ?
    Parcequ'a part s'unir de maniere globale pour etre capable de negocier un bras de fer avec les grandes multinationales, je ne vois pas tres bien ce qu'il est possible de faire.