sam.

29

juin

2013

Tour de France : le centième malgré tout…

 

Samedi le Tour de France débutera sa centième édition en Corse. Elle terminera ainsi sa visite de l’ensemble des régions métropolitaines. Le symbole est fort. Conforme à l’image du Tour, vecteur de rassemblement. Depuis sa création en 1903, le Tour de France a construit une relation avec les territoires, avec leur géographie, avec leur histoire. Il a traversé les époques, connu trois républiques, surmonté deux guerres mondiales. Son histoire coïncide avec l’histoire de France. Immanquablement.

 

En 1914, le belge Philippe Thys remporte la 12ème édition du Tour, 9 jours avant le début de la grande guerre. Comme la France, la « grande boucle » paye un lourd tribut. Ses champions sont décimés : François Fabert, vainqueur en 1909,  décède lors de la bataille de l’Artois, Octave Lapize, lauréat en 1910, ne survit pas à celle de Verdun. Comme la France il se relève.

 

L’histoire d’amour du public avec le Tour est liée à la montagne. L’introduction du col de Porte en 1907 éveille l’intérêt. L’enchaînement en 1910 des cols pyrénéens de Peyresourde, de l’Aspin, du Tourmalet et de l’Aubisque provoque la ferveur. Le vainqueur de l’étape, Octave Lapize a beau traiter les organisateurs d’assassins, l’histoire est en marche. La montagne se rend indispensable au Tour de France. Elle en devient sa raison d’être.

 

Il ne manque alors plus qu’un ingrédient pour que l’adhésion populaire soit totale. L’identification du peuple à un coureur ou à une équipe. Les équipes de marque apparaissent trop fades, les équipes nationales sont créées en 1930 autour des nations historiques du cyclisme que sont la Belgique, l’Italie, la France, l’Espagne et l’Allemagne. Le Tour joue avec son époque, où les nationalismes sont marqués. La politique n’est jamais très loin. En 1937, il voit ainsi s’affronter des coureurs de la République Espagnole, du IIIème Reich et de l’Italie mussolinienne.

 

L’histoire s’assombrit. En 1938, Mussolini demande personnellement à un jeune espoir italien, double vainqueur du Giro, de remporter le Tour de France pour restaurer la gloire de l’Italie. L’homme n’est pas particulièrement fasciste. Il est plus porté sur sa foi en dieu, lui que l’on surnomme « Gino le Pieu ». Lors de ce Tour de France, sa classe éclate au grand jour. Il remporte le premier de ses deux tours de France. Pour le second Gino Bartali devra attendre 10 ans. 10 ans qui suffisent à briser une carrière. 10 ans qui suffisent à briser des pays. La seconde guerre mondiale éclate avec ses atrocités. Le gouvernement de Vichy essaye bien de récupérer le Tour de France avec son circuit de France, mais la magie n’opère pas. On ne crée pas la légende, elle se construit par elle-même.

Jean Robic
Jean Robic

 

Puis la guerre se termine. Après des années de souffrance, les Français veulent oublier, veulent se retrouver. Ils se passionnent pour la boxe et le cyclisme qui deviennent les deux sports rois de l’après guerre, sans doute parce qu’ils sont les plus durs.

 

Les Français sont à la recherche de héros. En boxe, Marcel Cerdan est adopté par tout un peuple en remportant sur le sol américain le championnat du monde des poids moyens. En cyclisme, les regards se portent sur Jean Robic qui gagne le premier Tour de l’après guerre grâce à une échappée héroïque lors de la dernière étape.

 

L’amour populaire récompense toujours le panache. Les années suivantes, l’attente autour de Robic, que les Français ne nomment plus que « biquet », est énorme. L’adversité également puisque l’Italie sort l’artillerie lourde avec deux des plus beaux champions de l’histoire : Gino Bartali pour son retour 10 ans après et le « campionissimo » Fausto Coppi. Mais le breton, Robic, a la tête dure. Il ne se démonte pas et annonce dans la presse : « des Coppi, des Bartali j’en ai un dans chaque jambe ». La verve ne suffit malheureusement pas à masquer les différences physiques. En 1948, Bartali domine Robic et signe l’exploit de remporter le tour à 10 ans d’intervalle. En 1949, c’est au « campionissimo » d’administrer la leçon. Bartali concède plus de 10 minutes, Robic, malgré sa victoire à Luchon,  est à plus d’une demi-heure. Coppi réalise en cette année 1949 le doublé Tour d’Italie-Tour de France que les spécialistes jugeaient impossible.

 

L’accomplissement de tels exploits provoque l’émerveillement du public et font entrer leurs auteurs dans la légende du cyclisme. Les organisateurs en prennent conscience et décident d’instaurer dès 1952 des arrivées en altitude.

Jacques Anquetil et Raymond Poulidor au Puy-de-Dôme
Jacques Anquetil et Raymond Poulidor au Puy-de-Dôme

 

Ces arrivées favorisent naturellement un type de coureur qui emporte rapidement l’amour du public. Il s’agit des grimpeurs ailés. Ces coureurs qui apprécient plus que nul autre les pentes escarpés, les paysages grandioses, où la météo peut vous faire passer en un instant du paradis à l’enfer, ces lieux dénudés où l’oxygène se fait plus rare. En 1952, un coureur décide de faire siennes ces trois arrivées en altitude. Malgré la mort de son frère l’année précédente suite à une chute à vélo, malgré sa promesse de renoncer au Tour de France et au cyclisme à la suite de cet accident, le « campionissimo » Fausto Coppi éclabousse ce Tour de France 1952 de sa classe et l’emporte à l’Alpe d’Huez, à Sestrières et au Puy-de-Dôme.

 

Nous sommes dans les années 50, la France connaît une période faste sur le plan économique, le cyclisme vit son âge d’or. Cette période coïncide avec le fabuleux triplé de Louison Bobet qui devient le recordman de victoire sur le Tour en compagnie du belge Philippe Thys. Il est adulé par tout un peuple. Son record ne sera battu que dans les années 60 par un normand que les Français connaîtront rapidement sous le nom de Jacques Anquetil. Son talent est immense. Il devient le premier coureur à remporter les trois grands Tours en parvenant notamment à dominer les Italiens sur leur terre. Pourtant il ne parvient pas à conquérir le cœur de la France, qui le trouve trop calculateur, trop froid, trop arrogant. La France du cyclisme lui préfère un concurrent au palmarès nettement moins étoffé : Raymond Poulidor. Leur duel culmine lors du Tour de France 1964 sur les pentes du Puy-de-Dôme, où le Limousin ne parvient pas à reprendre suffisamment de temps au Normand. Anquetil remporte le Tour de France 1964. La France est en larmes et affirme son amour pour ce perdant magnifique, qu’est Raymond Poulidor.

 

Malgré ses victoires sur le Tour d’Espagne, Paris-Nice, le Dauphiné-Libéré ou Milan San Remo, Raymond Poulidor ne remportera jamais le Tour. Il poussera même le paradoxe au point de ne jamais revêtir le maillot jaune. Pourtant jamais les Français ne lui feront d’infidélités. Les « allez  Pou-Pou » porteront le Limousin jusqu’à la fin de sa carrière. Plus que la victoire, les Français récompenseront cette abnégation, ce courage, cette malchance et cette modestie qui rendent la défaite aussi belle certainement parce qu’elle est aussi triste.

Eddy Merckx et Bernard Thévenet
Eddy Merckx et Bernard Thévenet

 

La carrière de Raymond Poulidor s’achèvera sous le règne du plus beau palmarès du cyclisme mondial, celui du belge Eddy Merckx. Dès son premier Tour de France, ce dernier justifie son surnom de « cannibale » en réalisant l’exploit unique de remporter l’ensemble des classements : le maillot jaune du classement général, le maillot vert du classement par points, le maillot blanc à pois rouges du classement de la montagne, le maillot du combiné ainsi que le classement par équipe. Ajoutons également qu’il remporte le classement officieux du meilleur jeune. N’en jetez plus la coupe est pleine. Le Tour vient d’assister à l’éclosion du plus grand coureur de l’histoire. C’est sous le règne du cannibale (1969 à 1974), que la France doit affronter la fin du formidable embellissement de son économie. Les temps deviennent plus durs.

 

Le cyclisme hexagonal continue pourtant à bien se porter. Le Français Bernard Thévenet met fin au règne du cannibale dans la montée vers Pra-Loup. Cependant dans l’esprit des suiveurs du Tour de France, ce rôle revient à un coureur touché par la malchance : Luis Ocana.  En 1971, alors qu’il vient de réaliser l’exploit de mettre Eddy Merckx à genoux dans l’étape menant à Orcières-Merlette, il doit rendre les armes dans la descente du col de Menté où il est percuté par le Portugais Joachim Agostino. Merckx refusera de porter le maillot jaune qu’il n’avait pas gagné à la pédale, lui qui avait estimé qu’Ocana « l’avait maté comme le matador mate son taureau » lors de l’étape d’Orcières-Merlette.

 

Alors que le basculement néo-libéral est en train de s’effectuer avec l’accession au pouvoir de Thatcher, bientôt suivie par celle de Reagan et par le tournant de la rigueur effectuée par le PS en 1983, la France découvre l’un des plus grands champions de son histoire : le breton Bernard Hinault. Dès sa première participation au Tour de France, il remporte la « grande boucle ». La marque des très grands. Il réalise le même exploit en remportant le Giro et la Vuelta dès sa première participation. Sa domination sur le Tour n’est discutée que par des blessures et par l’émergence de la nouvelle génération symbolisée par le duo Lemond-Fignon.

 

L’arrivée de l’américain et sa victoire sur le Tour en 1986 marque le passage à l’économie monde et à l’arrivée définitive du monde des affaires dans le cyclisme. Bernard Tapie directeur de l’équipe « La vie claire » décide de la répartition des victoires entre Hinault et Lemond. Il lorgne déjà sur les Etats-Unis et son immense marché.

 

La mondialisation du cyclisme permet également l’arrivée de coureurs colombiens qui se révèlent être d’excellents escaladeurs, à l’image de Lucho Hererra vainqueur du classement de la Montagne et de deux étapes sur le Tour de France 1985.

 

Lance Armstrong et Marco Pantani au Mont Ventoux
Lance Armstrong et Marco Pantani au Mont Ventoux

 

Cependant un homme va retarder la prise de pouvoir des cyclistes issus des nouveaux pays. Il est espagnol et rappelle Jacques Anquetil par sa capacité à écraser la concurrence dans les épreuves chronométrées pour mieux contrôler les grimpeurs en montagne. Son nom est Miguel Indurain. Son surnom est l’extraterrestre. Sa stratégie défensive ne fédère pas les foules mais le résultat est implacable comme l’attestent ses deux doublés Giro-Tour. En de rares occasions, il est contraint de se découvrir pour faire face à des coups de panache venus d’ailleurs. En 1992 pour contrer la chevauchée fantastique du grimpeur italien Claudio Chiappucci dans la montée vers Sestrières. En 1995 face à Alex Zülle en direction de la Plagne ou face à Laurent Jalabert sur les hauteurs de Mende.

 

La fin du règne du Roi Miguel, va permettre à de nouvelles nations d’ajouter leur nom au palmarès. Le Danemark avec Bjarne Riis ou l’Allemagne avec Jan Ullrich. Puis arrive l’année 1998. Le soigneur de l’équipe Festina Willy Voet est arrêté à la frontière belge en possession de produits stupéfiants. L’affaire Festina éclate. Le cyclisme qui avait toujours joué avec le dopage sans y prêter une réelle attention doit effectuer son mea culpa. Comme toujours dans de telles situations, le système n’est pas remis en question. On rejette la responsabilité sur quelques « brebis galeuses ». Willy Voet, Bruno Roussel ou Richard Virenque paieront pour les autres.

 

Pendant ce temps, la course continue. On assiste à l’une des plus belles éditions de l’histoire avec le triomphe du grimpeur ailé italien Marco Pantani sur le grand favori Jan Ullrich. Dans l’étape menant les coureurs de Grenoble à la station des Deux-Alpes, Marco Pantani commence par chuter dans la descente du col de la Croix de Fer. Il se relève, débute la montée du col du Galibier et porte une attaque dont seuls les grimpeurs de sa classe ont le secret. Personne ne peut suivre à l’exception du grimpeur français Luc Leblanc. Mais l’Italien, surnommé « le pirate » continue d’imprimer son rythme effréné dicté par des changements de rythme assassins. Le Limousin Luc Leblanc doit se résigner. Marco Pantani est seul au monde. Le décor est irréel. La pluie ne cesse de tomber rendant l’exploit de l’Italien encore plus homérique. A l’arrivée aux Deux-Alpes, Jan Ullrich ne peut que constater les dégâts. Il concède plus de 8 minutes. Il vient de perdre le Tour de France. Déjà vainqueur du Giro, Marco Pantani est en route vers un magnifique doublé. Le soir même il est félicité au téléphone par un Gino Bartali qui l’appelle de son lit d’hôpital : « des victoires comme celle-là font du bien à tout le monde, même à moi».

 

L’année suivante confirme le basculement du cyclisme dans la mondialisation. Le vainqueur est américain. Il vient de vaincre le cancer. Il sera la nouvelle star dont le cyclisme a « tant besoin ». L’aura de Lance Armstrong va au-delà du cyclisme. Les Américains se passionnent pour cet homme hors du commun. Il n’en faut pas plus pour que le Directeur du Tour de France, Jean-Marie Leblanc, et les médias nous parlent de « Tour du renouveau ». La ficelle est un peu grosse. Personne n’y croit vraiment mais tout le monde fait semblant. « The show must go on ».

 

Le règne de Lance Armstrong ne sert pas réellement le vélo. Sa domination est outrancière. Il domine les épreuves chronométrées à la manière d’un Jacques Anquetil et la montagne à celle d’un Marco Pantani. Son équipe est surpuissante et il n’hésite pas à recruter les coureurs susceptibles de remettre en cause sa domination. En 2001 le grimpeur de la Kelme Roberto Heras rejoint ainsi l’équipe du « boss ».

 

Iban Mayo devant Lance Armstrong et Jan Ullrich
Iban Mayo devant Lance Armstrong et Jan Ullrich

 

Sous ce règne insipide, perdure toutefois une exception : 2003. L’année de la canicule. Lors de la 1ère étape de montagne qui mène les coureurs à l’Alpe d’Huez, le scénario semble différent. Certes le train de l’équipe américaine se met en place mais pas de manière habituelle. Les concurrents de l’américain se regardent et comprennent que Lance Armstrong n’est peut-être pas aussi aérien que les autres années. Beloki, Hamilton attaquent tour à tour, avant que le grimpeur basque Iban Mayo ne porte l’estocade. Lance Armstrong laisse partir et choisit de ne se concentrer que sur l’Espagnol Joseba Beloki son plus solide rival. A l’arrivée les écarts sont limités. L’Américain a sauvegardé l’essentiel mais les questions perdurent. Le Tour va basculer sur une descente. Celle de la côte de la Rochette. Beloki chute et doit se résigner à abandonner. Armstrong parvient à l’éviter en coupant par un champ et peut continuer sa route. Au mental l’Américain parviendra à conserver son titre notamment dans la montée vers Luz-Ardiden et lors du chronomètre arrivant à Nantes où il dominera son plus proche rival Jan Ullrich, qui pourra regretter longtemps sa défaillance dans l’ascension de l’Alpe d’Huez.

 

Les années suivant le règne d’Armstrong consacre la lutte contre le dopage. Floyd Landis auteur d’un exploit « merckxien » sur le tour de France 2006 est déclassé suite à un contrôle positif à la testostérone. En 2007, le maillot jaune Mickaël Rasmussen est suspendu par son équipe pour s’être soustrait à des contrôles anti-dopage. En 2008, Bernhard Kohl, 3ème de l’épreuve, Riccardo Ricco, vainqueur de deux étapes de montagne, Stefan Schumacher, lauréat des deux épreuves contre-la-montre et Leonardo Piepoli, vainqueur d’une étape de montagne, font partie des coureurs déclassés pour dopage. Le Tour souffre et n’hésite pas à déchoir ses stars. Une véritable campagne anti-dopage semble enfin être mise en place contrairement à l’immense majorité des autres sports qui restent dans le déni. 

 

Malheureusement en 2009, Lance Armstrong décide d’effectuer son retour. Les raisons n’apparaissent pas très claires. Elles se situent probablement à mi-chemin entre le marketing, la politique et le sport. Mais l’homme qui revient trois ans après n’est plus tout à fait le même. Il a peur dans les descentes et critique notamment le parcours élaboré par les organisateurs de Milan-San Remo. Son mental et sa science de la course restent cependant intacts même si ses jambes ne tournent plus aussi vite. Il parvient tout de même à accrocher le podium derrière son coéquipier Alberto Contador et le Luxembourgeois Andy Schleck. Il est enfin battu sur le Tour mais sa défaite n’a pas la même saveur.

 

Son dernier Tour en 2010 s’apparente à un chant du cygne. Lui qui paraissait intouchable quelques années auparavant est tout à coup victime de chutes et de crevaisons à répétition. Il est largement dépassé par la nouvelle génération représentée par Alberto Contador et Andy Schlek. Le combat en montagne entre les deux protagonistes est passionnant mais l’Espagnol domine largement le Luxembourgeois dans les épreuves contre-la-montre. La victoire consacre un coureur plein de panache aux qualités offensives indéniables. Quelques mois plus tard il est pourtant déchu à cause d’un contrôle positif au clenbuterol. Andy Schleck déclare pourtant qu’il n’a pas gagné ce Tour. Contador qu’il ne l’a pas perdu.

Cadel Evans, Thomas Voeckler et Franck Schleck
Cadel Evans, Thomas Voeckler et Franck Schleck

 

Les années suivantes reflètent la domination des coureurs anglo-saxons sur le Tour. Pourtant 2011 ne ressemble aucunement à 2012. 2011 est le Tour du suspense où tour à tour on croit à la victoire d’un Luxembourgeois, les frères Schleck, d’un Australien, Cadel Evans et d’un Français, Thomas Voeckler. Tous ces protagonistes font preuve de panache. Finalement, l’Australien Cadel Evans s’impose, lui qui en rêvait depuis tant d’années.

 

Au contraire, 2012 sera l’année d’une équipe, la Sky. Cette équipe financée par l’homme d’affaires Rupert Murdoch veut révolutionner le cyclisme et porter un Britannique à la victoire sur le Tour. Cet homme sera Bradley Wiggins, champion olympique de poursuite en 2004 et 2008. L’objectif est de transformer ce rouleur hors pair en escaladeur de cols. Peu y croient. La Sky y parvient. Sa 5ème place sur le Tour en 2009 avait rendu l’exploit possible. Son podium sur la Vuelta 2011 confirmera cette tendance. En 2012 Bradley Wiggins écrase tout. Il remporte successivement Paris-Nice, le Tour de Romandie, le Dauphiné-Libéré et le Tour de France sans que la concurrence ne parvienne à l’inquiéter. Certes il bénéficie d’un parcours roulant à sa mesure. Certes il profite d’une équipe redoutable. Mais un sentiment ambivalent persiste dans ce scénario trop parfait. Finalement un seul homme a semblé en mesure de briser cette hégémonie, son coéquipier Christopher Froome. Au cours de l’étape menant à la Toussuire, celui que l’on surnomme le « Kenyan blanc » décroche son leader avant de recevoir l’ordre par l’oreillette de son directeur sportif de réduire son rythme effréné.

 

Ce très grand sacrifice de Christopher Froome envers son leader n’était pas sans contrepartie. En 2013, il demande les pleins pouvoirs sur le Tour de France et les obtient au détriment de Bradley Wiggins, privé de départ et qui ne pourra donc pas défendre son titre. L’Anglais, qui a passé une grande partie de sa vie au Kenya et en Afrique du Sud, apparait donc cette année comme le grand favori du Tour de France notamment au regard de ses succès sur le Tour d’Oman, le Critérium International, le Tour de Romandie et le Dauphiné Libéré.

Chris Froome et Alberto Contador
Chris Froome et Alberto Contador

 

Le seul à l’avoir dominé cette année sur une course par étapes ne sera pas là. Vincenzo Nibali, vainqueur du Giro, préfère se réserver pour la Vuelta et les championnats du monde. Le débat sur l’impossibilité d’effectuer le doublé Giro-Tour n’est jamais très loin.

 

Et pourtant la concurrence apparait redoutable. Alberto Contador sera à n’en pas douter un adversaire des plus coriaces, lui le Roi déchu, qui veut à nouveau régner sur le Tour. Il sera aidé en cela par la redoutable armada espagnole notamment composée des anciens coéquipiers Alejandro Valverde et Joaquin Rodriguez. Froome ne peut ignorer la qualité de ces trois concurrents qui l’ont dominé lors du dernier Tour d’Espagne, où il a accroché une méritoire 4ème place.

 

Mais la concurrence ne s’arrête pas aux frontières de l’Espagne. Cadel Evans, 3ème du dernier Giro, et son coéquipier Tejay Van Garderen, meilleur jeune du dernier Tour et récent vainqueur du Tour de Californie aborderont le Tour de France avec de grandes ambitions. Tout comme le Portugais Rui Costa, lauréat du dernier Tour de Suisse, et le grimpeur colombien Nairo Quintana, vainqueur du Tour du Pays Basque et que certains n’hésitent pas à qualifier de nouveau Marco Pantani.

 

La liste ne s’arrête pas là. L’équipe Garmin et son trio magique, Talansky-Martin-Hejsedal, Europcar, avec Rolland et Voeckler, voudront enflammer la course. Et que dire des autres. Les Pinot, Van Den Broeck, Porte, Mollema, Fuglsang, Péraud, Andy Schleck, Moreno, Navarro, Brajkovic, Cunego, Kreuziger, Taaramae, Nieve, Anton, Zubeldia, Klöden ou Roche. Tous abordent le Tour de France avec des rêves plein la tête et des ambitions affirmées.

 

Au moment de s’élancer samedi au départ de Porto-Vecchio, auront-ils une pensée pour l’ensemble de l’histoire de ce Tour dont ils vont débuter la centième édition ? Probablement pas. Trop occupés à se concentrer sur les détails qui peuvent briser les plus beaux projets. Ils laisseront donc aux observateurs la possibilité de prendre du recul par rapport à cet évènement qui a traversé l’histoire. Avec ses joies et ses exploits mais aussi avec ses faces sombres et ses non-dits. Car le Tour de France n’est finalement qu’un condensé de vie qui se déroule en 21 étapes. 21 étapes dont nous vous proposerons de raconter l’histoire avec notre regard, notre biais, notre point de vue, notre subjectivité. Pour que malgré toutes ses difficultés, l’histoire du Tour puisse continuer, en ajoutant en 2013 de nouvelles pages d’une histoire déjà très longue.

 

 

Theux

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