ven.

05

juil.

2013

L’Afrique prend le pouvoir !

 

L’évènement comporte avant tout une dimension symbolique. La  petite cassure entre les sprinteurs et le reste du peloton a permis au Sud-Africain, Daryl Impey de prendre le maillot jaune à son coéquipier Simon Gerrans. Après l’Europe et l’Océanie, l’Afrique est donc le troisième continent à porter le maillot jaune sur ce Tour de France 2013. Il s’agit surtout d’une grande première puisque auparavant jamais un ressortissant du continent africain n’avait eu le privilège de s’emparer du maillot jaune.

 

Au-delà du symbole, la prise de pouvoir de Daryl Impey concrétise la montée en puissance du continent africain. En avril dernier, l’Erythréen Natnael Berhane s’était imposé lors d’une étape de montagne du Tour de Turquie. Sans parler de Christopher Froome, dont la mère est Kenyane, et qui n’a choisi de courir sous licence britannique qu’à partir de 2008. Bien que son père soit britannique, sa décision n’est pas forcément la plus logique puisque Christopher Froome a passé son enfance et une partie de son adolescence au Kenya avant de partir en Afrique du Sud.

 

Faute de bénéficier d’un vainqueur du Tour en puissance, l’Afrique devra donc se contenter cette année d’un maillot jaune. Il n’est pas illogique que le continent africain émerge sur un sport tel que le cyclisme. Les Africains, notamment ceux de l’Est et du Nord, sont prédisposés pour les sports d’endurance. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à observer l’hégémonie africaine sur les courses d’endurance en athlétisme. Aux jeux olympiques par exemple, les Kenyans sont invaincus sur 3000 m steeple depuis les Jeux Olympiques de Moscou en 1980. En 2004 à Athènes, ils ont même réalisé un triplé. La limitation à 3 coureurs par pays fait parfois dire à certains spécialistes qu’un championnat du Kenya ou d’Ethiopie est plus relevé qu’un championnat du monde ou qu’une finale olympique.

 

Les raisons du succès des Africains de l’Est ont été étudiées à de nombreuses reprises par des chercheurs. Il en ressort souvent que le fait de vivre à haute altitude depuis des générations favorise l’émergence de coureurs de haut niveau sur les sports d’endurance. Ce discours semble avoir déjà été entendu par les spécialistes de cyclisme. Notamment dans les années 80, pour analyser l’arrivée de coureurs venus des hauts-plateaux qui allaient bientôt dynamiter les étapes de montagne. L’arrivée des Colombiens avait révolutionné le cyclisme. L’arrivée de coureurs africains pourrait-elle avoir un effet identique ?

 

Peut-être mais les obstacles à franchir restent important. Ils tiennent essentiellement au coût que représente l’achat d’un vélo, là où courir ne nécessite aucun frais. Peut-être que le développement à venir du continent africain favorisé par une logique de délocalisation des activités à faible valeur ajoutée vers les pays à bas coût de production, permettra dans les années futures à une partie de la population de s’offrir des bicyclettes.

 

Dans tous les cas, le développement du cyclisme en Afrique prendra certainement du temps. Les choses s’accéléreraient sans doute avec l’émergence d’un grand champion, susceptible de créer des vocations dans l’ensemble du continent. Alors seulement l’Afrique pourra commencer à exploiter son immense potentiel. Finalement la comparaison entre le cyclisme africain et son économie apparait pertinente. Dans les deux cas, les ressources sont énormes. Dans les deux cas, il importe de se doter de structures efficaces pour que le continent atteigne la place qui devrait être la sienne. Par une politique de réappropriation de l’exploitation des ressources naturelles, de développement de l’industrie et de l’agriculture à destination du marché intérieur au niveau économique. Par le développement d’infrastructures, de clubs et de courses au niveau du cyclisme. Allez l’Afrique !

 

 

Theux

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Commentaires : 1
  • #1

    Hervé Dupasquier (vendredi, 05 juillet 2013 12:19)

    Moyennement d'accord :

    - le gros problème pour l'Afrique est qu'il faut des "infrastructures" et une certaine logistique pour le vélo professionnel (infrastruutres = routes en bon état, logistique = ravitaillement en boissons),
    - il faut donc beaucoup plus de moyens financiers (vélos + voitures),
    - les routes en Afrique sont TRES dangereuses et très polluées dans leur globalité(même si il ne faut pas tout généraliser, mais c'est le cas par exemple là où l'on trouve les meilleurs coureurs du monde, qui eux, s'entraînent sur des routes NON-goudronnées...),
    - les africains pauvres qui se rendent à l'école en courant ne le font pas en vélo (car routes impraticables et/ou trop pauvre pour acheter un vélo).

    Cette "prise de pouvoir" est donc pour moi plutôt symbolique et éphémère que réelle et continue.