sam.

06

juil.

2013

Les masques vont tomber !

 

Enfin ! Nous y sommes. Après une semaine de course dans des étapes piégeuses, où les favoris ont surtout cherché à ne pas hypothéquer leurs chances, la montagne se présente sur la route des coureurs. La montagne. La vraie. La seule. L’unique. Celle qui laisse place aux rêves. Aux exploits les plus improbables. Aux défaillances les plus terribles. La montagne de Lapize, de Coppi, de Merckx, de Bartali. La montagne de Pantani, de Gaul, de Bahamontès, de Van Impe. La montagne des foules déchaînées, où la voie ne s’ouvre qu’au dernier moment. La montagne de juillet. La montagne du Tour de France.

 

Ce soir nous saurons. Les prétendants à la victoire finale seront connus. De nombreux coureurs pourront faire une croix sur leurs ambitions au classement général. La montagne ne pardonne rien. La moindre faiblesse se paye comptant. Beaucoup de questions trouveront leurs réponses. Froome est-il capable de supporter la pression d’une victoire sur le Tour ? La sky est-elle aussi forte que l’an dernier ? Alberto Contador sera-t-il en mesure d’inquiéter l’équipe britannique ? Valverde et Rodriguez sont-ils des outsiders crédibles ? Van Garderen et Talansky sont-ils devenus plus que des espoirs ? Pinot, Quintana et Rolland ont-ils les moyens de dynamiter la course en montagne ? Richie Porte est-il au niveau du Froome de 2012 ? Andy Schleck peut-il renaître de ses cendres ? Quid des Kreuziger, Fuglsang, Martin, Hejsedal, Evans, Rui Costa, Mollema, Péraud, Navarro ou Anton ?

 

Certains affirment que l’hypothèse d’une course neutralisée entre favoris tient la route. Nous n’y croyons pas une seconde. La nervosité de Christopher Froome lors du passage en Corse traduisait une impatience bien trop grande pour être contenue. Le « Kenyan blanc » s’est retenu trop longtemps. Cela fait près d’un an qu’il attend ce moment. Une éternité. Aujourd’hui il n’y aura plus rien pour le retenir. Plus de leader à épauler. Plus d’oreillettes pour lui demander de ralentir. Christopher Froome sera libre. Libre d’accélérer. Libre d’attaquer. Seules ses jambes pourront le rappeler à l’ordre.

 

Au moment où le « Kenyan blanc » portera son attaque, combien de coureurs seront en capacité de le suivre ? La question est là. A moins que certains ne décident d’anticiper l’heure de la grande bataille, en lançant une offensive dès le col de Pailhères. La course n’en serait que plus belle. Pour cela il faut du panache. Le panache de Chiappucci vers Sestrières en 92, le panache de Zülle vers La Plagne en 95, le panache de Pantani dans le Gallibier en 98, le panache d’Andy Schleck dans l’Izoard en 2011. Ce panache qui seul permet de transcender la course et de la faire basculer dans la légende. Ce panache qui fait prendre le risque de tout perdre pour l’emporter.

 

Ce panache qui fait corps avec l’exploit, car peu d’hommes sont capables de le réaliser. Comment trouver les ressources mentales pour accélérer alors que son souffle est court, que ses jambes sont lourdes ? Comment se lancer dans un périple complètement fou ? Comment basculer dans l’inconnu ? La différence entre les suiveurs, qui limitent les risques, et les attaquants résident ici. Chacun est libre de choisir son destin. En fonction de ses jambes, bien sûr, mais de sa volonté aussi. Pinot, Quintana, Rolland, Talansky ou Van Garderen peuvent choisir leur destin. S’ils se contentent de suivre alors ils rejoindront la catégorie des Basso, Menchov ou Zubeldia. S’ils se décident à attaquer alors ils pourront siéger à côté des Vinokourov, Pantani ou Mayo.

 

Ils gagneront alors leur place dans le cœur des amoureux de la petite reine et pourront se reconnaître dans les mots choisis par Edmond Rostand comme les derniers de Cyrano de Bergerac.

 

« Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
-Qu'est-ce que c'est que tous ceux-là !- Vous êtes mille ?
Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Le Mensonge ?

Tiens, tiens ! -Ha ! ha ! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés !...
Que je pactise ?
Jamais, jamais ! -Ah ! te voilà, toi, la Sottise !
-Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;
N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,.
Et c'est...
Mon panache. »

 

 

Theux

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Commentaires : 2
  • #1

    Labnège (samedi, 06 juillet 2013 12:17)

    Magnifique E. Rostand...

  • #2

    Tribuliste (samedi, 06 juillet 2013 18:37)

    Article bien tourné et sacrément perspicace! Écrit juste après l'arrivée de ce samedi n'est-ce pas ?? :D

    Bravo