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23

juil.

2013

Travailler moins pour gagner plus

Au moment de conclure son livre « L’Age des extrême » sur l’Histoire du Court vingtième siècle, Eric Hobsbawm s’interroge sur l’hypothèse selon laquelle la poursuite des tendances actuelles pourrait générer une situation future où la population serait composée d’un tiers d’actifs et de deux tiers d’inactifs. L’auteur insiste alors sur l’importance de la survie de l’Etat-Nation face aux attaques inévitables des néolibéraux.

L’émergence d’une telle répartition de la société se baserait sur la conjonction de deux forces majeures. La première consiste en un phénomène de délocalisation des activités industrielles vers les pays à bas salaire. La seconde revient au remplacement des travailleurs peu qualifiés par des systèmes de mécanisation. Dans les deux cas, les sociétés occidentales détruisent massivement des emplois qu’elles ne sont pas en mesure de compenser. En conséquence, nous assistons à une explosion du chômage.

 

Il s’agit de comprendre que nous assistons à une captation du profit et de la valeur ajoutée par un nombre toujours plus restreint d’individus. Ainsi le fait de réaliser des gains de productivité et donc de créer une richesse toujours plus forte ne profite qu’aux détenteurs du capital  de ces industries. Les salariés sont ainsi les grands perdants d’une telle opération puisqu’ils sont soit victimes d’une baisse de salaire drastique, dans le cas d’une délocalisation, soit victimes d’une suppression pure et simple de ce salaire, dans le cas d’une mécanisation de la tâche.

 

Ces évolutions ont été rendues acceptables au cours des 30 dernières années en raison de la persistance de l’Etat-Nation. En effet, grâce à un système de répartition des richesses et de transferts sociaux, il était parvenu à limiter les pertes de pouvoir d’achat. L’idée était que la taxation des activités à forte valeur ajoutée permettait de financer des emplois dans la fonction publique ainsi que des programmes de prestations sociales telles que le financement des aides sociales, des pensions de retraite ou des allocations de chômage.

Les pays occidentaux se sont donc désindustrialisés sans que les populations ne s’opposent vivement à ce phénomène. Quelques économistes néolibéraux se sont même permis de considérer cette désindustrialisation avec bénédiction en élaborant des concepts aussi fumeux que la tertiarisation de nos économies ou que le passage vers une économie basée sur des emplois à très forte valeur ajouté.

 

Et pourtant l’élément clef se situe ici. En favorisant les transferts d’activités industrielles hors de nos frontières ou en les laissant mener des politiques d’évasion fiscales, l’Etat s’est privé de ressources essentielles susceptibles de financer sa politique sociale. En conséquence, nous avons assisté à un creusement de la dette de la plupart des économies occidentales, au nom de laquelle les néolibéraux demandent aujourd’hui des comptes.

 

Grâce à leurs deux organismes idéologiques que sont le FMI et la Banque Mondiale, les néolibéraux parviennent à imposer leurs politiques aux Etats les plus endettés. En simplifiant les choses, ces politiques consistent à accroître les inégalités entre les détenteurs du capital et le reste de la population. Un exemple ? La suppression des postes dans la fonction publique pour ne réduire l’Etat qu’à une fonction purement régalienne. Mais l’on pourrait citer également la réduction voire la suppression des prestations sociales qui touchent les chômeurs, les retraités, les personnes malades…

Ces personnes sont même victimes de la double peine puisqu’à ces réductions des dépenses de l’Etat s’ajoutent la hausse des recettes par un mécanisme de relèvement de l’impôt. Cette augmentation touche prioritairement, les capitaux les moins mobiles, c'est-à-dire l’immense majorité de la population en dehors des élites mondialisées.

 

Les peuples doivent s’attacher à comprendre ce phénomène qui aura un impact majeur sur leur avenir. La défense de l’Etat-Nation reste avant tout la défense du peuple, auquel les néolibéraux n’auront aucune réticence à tout prendre. Les économies occidentales n’ayant jamais été aussi riches que ces dernières années, il ne peut être toléré de n’assister à l’amélioration des conditions de vie que d’une partie infime de la population.

 

La différence avec la société des « trente glorieuses » est la baisse significative du nombre d’emplois. Il importe donc de pouvoir raisonner à partir de cette donnée. Il sera probablement nécessaire à l’avenir de dépasser la valeur travail qui était pourtant le ciment de nos sociétés.

Pour arriver à cette situation, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Le temps de travail peut continuer à être partagé. La création de professions plus culturelles peut constituer une alternative. Le fait objectif de remplacer les emplois humains par des systèmes de mécanisation créera quoi qu’il arrive  un accroissement du temps disponible qu’il conviendra d’occuper.

 

L’histoire nous a appris que l’espèce humaine s’accommodait mal de l’oisiveté. Débarassées du travail réalisé par des esclaves ou des quasi-esclaves, le comportement des classes favorisées de la Rome Antique ou de la cour du Roi soleil semblent accréditer cette théorie.

Le rôle de l’Etat que l’on annonce déclinant est donc stratégique pour les années futures. Le maintien de son autorité et de sa puissance face à l’émergence des multinationales sont les derniers remparts du peuple. S’il y parvient, son défi sera d’organiser la société future où le travail n’aura d’autres choix que de diminuer ou de se modifier. La place de l’Etat dans l’éducation et l’occupation des citoyens sera alors fondamentale, afin que les générations futures figurent parmi les plus créatives et les plus inventives en évitant de tomber dans le piège de la décadence.

 

Theux

 

 

PS: Pour se convaincre de l'évolution de la pauvreté en France et de sa prise en charge, nous vous proposons de découvrir cette étude de la DREES, ci-dessous:

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Commentaires : 12
  • #1

    Lilichris (mardi, 23 juillet 2013 17:33)

    PLusieurs expérience visant à mettre en place un revenu universel ont déjà été faite dans différens pays, dans la plupart des cas. Elles ont elles ont démontré que la désincitation au travail était très faible et que de multiple effet bénéfiques en étaient ressortis, tels la réduction du stress, l'amélioraton de la santé, des études plus longues et mieux ciblées, une baisse de la délinquence, etc...
    Voir la page Wikipédia à ce sujet, appelée revenu de base

  • #2

    Horror (vendredi, 26 juillet 2013 07:05)

    Et si les pb que nous avons venaient des plus de 30% de redistribution du PIB en prestations sociales, véritables trappes a inactivité?

    Pour les expériences de revenus universel, ce sont toutes des échecs patents puisqu'aucune ne perdure et qu'aucune n'a été étendue.

  • #3

    Portauxfrançais (vendredi, 26 juillet 2013 17:13)

    je suis d'accord avec Lilichris.
    Vive le revenu universel!

  • #4

    diojaime (lundi, 29 juillet 2013 10:39)

    et si les problèmes que nous avons venaient des plus de 40% de redistribution du PIB au grand capital, véritable gouffre financier au profit des plus oisifs????

    autrement oui bien sûr Vive le revenu universel!!!!

  • #5

    Guadet (lundi, 29 juillet 2013 13:01)

    Le processus de concentration des richesses entre quelques mains est loin d'être nouveau. Il est connu par les historiens comme phénomène des latifundia, particulièrement dans l'empire romain ou en Amérique du Sud. Le gouvernement par les plus riches entraîne le passage de la propriété des moyens de production entre quelques mains, sous prétexte d'efficacité. il en résulte immanquablement un appauvrissement de la population et une courbe négative du développement.
    La leçon de l'Histoire est claire.
    Il n'est pas étonnant que le néolibéralisme rejette la culture historique et cherche à nous couper de notre passé comme de notre avenir.

  • #6

    diojaime (mardi, 30 juillet 2013 14:58)

    @Guadet
    quand vous parlez de l'empire romain, celui-ci a bien failli être renversé quand la grande armée d'esclaves dirrigée par Spartacus s'est révoltée contre sa tyrannie en 70 av JC.
    ça devrait être aussi une leçon de l'Histoire pour nos néolibéraux intrépides...

  • #7

    Horror (jeudi, 01 août 2013 07:47)

    En parlant d'histoire pour ceux qui ont la mémoire sélective et sans aller jusqu'aux calendes grecques. Les inégalités étaient bien plus fortes fin XIXeme que maintenant après avoir connu l'essor du libéralisme depuis près d'un siècle.
    Ça devrait vous poser question?

  • #8

    diojaime (jeudi, 01 août 2013 09:27)

    Certes, la question que je me pose est la suivante:
    Combien de temps cela va-t-il durer??

  • #9

    journaldutemps (jeudi, 01 août 2013 20:49)

    Fin XIX, l'Europe n'est pas libérale, elle est protectionniste, en France, la République s'attache le soutien des paysans en soutenant leur production... L'Angleterre seule s'y essaye, forte de son avance et certaine de son idéologie. Le succès n'est pas flagrant.
    Il n'y a jamais eu d'âge d'or du libéralisme au XIX (cf Bairoch, Sapir)

  • #10

    Horror (vendredi, 02 août 2013 07:23)

    @journaldutemps
    Il faut lire, mon propos vise a dire qu'après le passage du libéralisme au XXeme siècle, la situation est bien moins inégale que fin XIXeme ou il n'existait pas.
    Pour l'analyse des cycles et de la richesse, il en va de même. Jamais la richesse moyenne n'a été aussi élevée (et c'est cette moyenne qui est importante pas les écarts types sur lesquels vous vous focalisez), la santé et l'espérance de vie aussi forte (même si cette courbe s'infléchit dans les pays riches a cause de la mal bouffe), jamais la population moyenne n'a été aussi en paix, jamais l'innovation n'aura été aussi forte. Et cette dernière sera nécessaire pour répondre au défi majeur de la surpopulation des 50 prochaines années pour limiter les inégalités qui en découleront justement et les guerres.

  • #11

    gatine (jeudi, 08 août 2013 20:04)

    Pour m'occuper "des pauvres" je n'arrive pas a trouver d'autres moyens que l'argent car s'ils consomment d moins en moins les factures sont toujours au moins égales a la fois d'avant. S'ils mangent moins ils grignotent ce qui les fait grossir.
    On commence a sentir une désespérance car les services sociaux ne suivent plus depuis que c'est transféré au Conseil Général; Il y a de plus en plus d'AS mais plus occupé par les statistiques et a chercher de l'argent dans les fondations, les caisse de retraites sans pouvoir résoudre le manque qui s'agrave. C'est incalculable les personnes sans electricité... pas sans téléphone, même la télé commence a être en déclin.. Alors remplacer le travail qui est un lien social et valorisant par un salaire universel ???? (voir les familles a enfants pour les alloc) ils y arrivent pas plus que par un travail payer . Alors payer plus que le smic et sans charges sociales un reve de bénévole.

  • #12

    Explorer (lundi, 26 août 2013 09:55)

    Je suis d'accord avec Lilichris, merci pour cet article très intéressant et bien rédigé d'ailleurs