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26

juil.

2013

Un 21ème siècle ni communiste ni néolibéral

L’histoire du 20ème siècle racontée par Eric Hobsbawm se résume en un long combat entre les idéologies communistes et néolibérales. Karl Marx a très vite perçu les failles du système capitaliste non régulé. Malheureusement, le système communiste, proposé comme solution aux failles capitalistes, s’est révélé trop défectueux pour constituer une alternative crédible. Le 21ème siècle devra donc innover afin de trouver un système viable et d’éviter de tomber dans les travers néolibéraux qui ont déjà trop fait souffrir les peuples.

Karl Marx est un homme du 19ème siècle. Pourtant ses analyses sont encore pleinement pertinentes au 21ème siècle. Comment en effet ne pas lui donner raison lorsque l’on voit les politiques mises en place par les néolibéraux ? L’émergence du capitalisme financier où la recherche outrancière du profit prend le pas sur tout le reste. Peu importe que des économies soient détruites. Que des millions d’individus se retrouvent sans emploi. Que la dette des Etats et des particuliers augmentent de manière exponentielle.

 

Les grandes multinationales souhaitent grandir pour devenir de plus en plus puissante et générer un profit de plus en plus grand. Il n’y a pas de place pour les plus faibles : « winner take all ». Il importe de se développer toujours plus afin de pouvoir bénéficier d’une part de gâteau toujours plus grande. L’objectif inavoué est de s’octroyer un monopole. Sauf qu’à l’inverse du monopole public, l’optimisation de l’intérêt général n’est pas recherchée. Seul compte l’intérêt privé.

 

Ces multinationales, bien aidées par de nombreux gouvernements, s’autorisent tout. Elles bafouent le code du travail ou l’environnement. L’évasion fiscal est leur sport favori. Le problème d’un tel système est qu’il porte en lui sa propre destruction. Qui pourra acheter les voitures de Volkswagen dans un monde sans emploi et sans Etat social favorisant une redistribution des richesses ? Les néolibéraux sont aveugles, mais comment ne peuvent-ils pas comprendre que la destruction de la fonction publique, des emplois, des indemnités de chômage, des pensions de retraite ou de l’aide sociale finiront pas tarir leurs débouchés ?

Certes ils imaginent que la société du futur deviendra binaire avec une minorité d’individus qui capteront les richesses et une immense majorité de personnes contrainte d’accepter des emplois de « domestiques » comme les emplois dans les services à la personne ou dans l’hôtellerie restauration. Dans un tel système, les multinationales s’adapteraient à cette clientèle en proposant des produits hyperspécialisés à des prix exorbitants. Mais même dans cette hypothèse, les conditions d’une révolution seraient alors réunies puisque les individus ne pourraient supporter longtemps de telles injustices.

 

Karl Marx avait donc parfaitement perçu ces failles inhérentes au système néolibéral. Le problème est que la mise en pratique du système alternatif proposé par ce dernier n’a pas non plus fonctionné. Certes le communisme mis en place en Union Soviétique a fait trembler le capitalisme, notamment lors de la crise de 1929. Sa capacité à industrialiser aussi rapidement un pays aussi agricole et arriéré que le Russie mérite d’être soulignée. De plus, le fait que son économie se situe en dehors des économies libérales avait permis à l’URSS de bien résister à la grande dépression.

 

De plus, l’URSS est parvenue à vaincre le nazisme lors de sa seconde guerre mondiale, ce qui peut apparaitre comme un authentique exploit au regard des différences de développement industriel entre l’URSS et l’Allemagne au sortir de la première guerre mondiale.

L’économie planifiée était donc très performante lorsqu’elle se trouvait dans la situation d’une économie de guerre, où l’ensemble de la nation était tournée vers des objectifs extrêmement ambitieux. Il n’est donc pas surprenant que l’URSS ait forgé ses succès sur les industries lourdes.

En revanche il est à noter que les sacrifices humains nécessaires à l’atteinte de ses objectifs ont été importants. De plus, le manque d’innovation, de réactivité et d’adaptabilité d’un tel système l’empêche de pouvoir s’inscrire dans la durée.

 

L’équation hausse de la productivité et propositions de biens de consommation courante pose également problème. Quel était l’intérêt pour un ouvrier soviétique de contribuer à augmenter la productivité d’une usine, si cette création de richesse ne peut pas trouver de débouché. Un tel système ne pouvait donc continuer à fonctionner qu’au sein d’un régime non démocratique. Dès que Mikhaïl Gorbatchev a instauré plus de transparence et d’ouverture à ce régime, il a explosé de lui-même.

 

Le problème est que les penseurs des économies capitalistes n’ont pas tiré les bonnes leçons de la chute du communisme. Au lieu de prendre en compte les critiques de Marx et d’opter pour un capitalisme régulé comme lors de la période des « trente glorieuses », ils ont opté pour la version la plus extrême du capitalisme : le néolibéralisme.

En réalité, il semble plutôt que la crainte du communisme avait conduit les dirigeants occidentaux à privilégier un capitalisme modéré, basé sur un Etat social avec un secteur public fort et des aides sociales importantes. Malheureusement, la chute du communisme et la crise pétrolière des années 70 ont favorisé l’émergence et la prise de pouvoir des néolibéraux.

 

Nous débutons donc le siècle sans être parvenus à résoudre les failles du capitalisme. L’échec du communisme ne doit cependant pas masqué l’impasse constituée par le néolibéralisme. Et si le communisme avait besoin d’un système non démocratique pour fonctionner, le néolibéralisme est très loin d’être synonyme de démocratie comme l’exemple du Chili ou de l’UE peuvent en attester.

 

Qu’on se le dise, le 21ème siècle ne sera ni communiste ni néolibéral. Il revient à notre génération d’inventer le système économique de son siècle.

 

 

Theux

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Commentaires : 7
  • #1

    Ozaguets (vendredi, 26 juillet 2013 17:40)

    Le système néolibéral n'est donc pas mieux que tous les autres mais, tout en étant dedans, on a le droit de le dire ! grande différence avec tous les autres !
    Par ailleurs, ce système est basé sur le commerce, donc tout ce qui est produit doit être vendu, avec plus ou moins de bénéfice, mais vendu. Voilà pourquoi il est obligé de se corriger de temps en temps pour que la machine puisse continuer à tourner...
    Il ne sera donc pas nécessaire d'inventer, juste de régler le truc pour que ça dure. De temps en temps, le balancier va trop loin dans un sens, bonne occasion pour goûter à la révolution et ça repart...
    Comme quoi, même dans la crise, on peut être optimiste !!! en ne perdant pas de vue que le pire est de ne plus avoir le droit de penser !

  • #2

    lilichris (vendredi, 26 juillet 2013 18:54)

    Peut-être le problème réside-t-il dans le fait de vouloir ériger un mode économique en système figé... Le monde est en perpétuelle évolution et le modèle économique choisi à un moment donné doit pouvoir évoluer avec lui.
    Cela suppose une remise en question permanente des règles établies afin de corriger en permanence les erreurs qui pourraient apparaitre...
    Lorsque la tempète fait rage, le capitaine du bateau ou le commandant de bord d'un avion ne doivent-il pas enlever le pilote automatique pour reprendre la barre et faitre face aux imprévus...?

  • #3

    Woyzeck (samedi, 27 juillet 2013 05:43)

    Economiquement, le système communiste est viable, puisqu'il exproprie les propriétaires, et qu'il prend donc l'argent là où il se trouve (à la condition que les riches ne s'enfuient pas où ne fassent pas la guerre civile comme ils ont fait en Russie en 1917). La principale raison de l'éclatement du système communiste est le manque total de libertés publiques et individuelles. Une économie communiste implique de tout contrôler, tout posséder, tout tamponner, une administration sclérosée, un travail kafkaien. Dommage que l'article n'ait pas traité un peu plus le sujet sous cet angle.

  • #4

    Horror (dimanche, 28 juillet 2013 06:57)

    C'est quand même révélateur de mettre la fonction publique devant l'individu et l'emploi.
    Ne vous inquiétez pas dans l'environnement libéral, le moteur est l'acheteur. Plus d'acheteur, plus de vilain vendeur. Ce dernier doit donc préserver une issue a son marche.
    Le communisme comme vous l'avez souligné a lui comme moteur la guerre. Autant garder le premier.

  • #5

    Guadet (lundi, 29 juillet 2013 12:39)

    Une alternative au communisme et au capitalisme a été recherché dès les années 1930 par les penseurs chrétiens. On oublie de remarquer que le programme de la résistance appliqué après guerre porte la marque évidente du mouvement chrétien social. Il faudrait remettre à l'honneur des gens comme Emmanuel Mounier dont le personnalisme avait l'avantage sur l'existentialisme de ne pas mener à des extrémités ultra-libérales. Voir aussi la revue des Jésuites Projets ou les discours du pape François contre "les dogmes de l'efficacité et du pragmatisme" et pour une "culture de la rencontre et de la solidarité".
    Le capitalisme et le socialisme occidental ont tous les deux prôné l'individualisme qui est la force du néolibéralisme actuel.

  • #6

    Juda (mercredi, 31 juillet 2013 11:53)

    Petit rappelle: Marx n'a jamais dit que le communisme devait être un système étatique surpuissant, dirigiste, dictatorial ou une bureaucratie remplacerait les anciens maîtres via une propagande abjecte. Qu'est il arrivé aux soviets? Le communisme devait être une forme d'autogestion basé sur le contrat des protagonistes et non l'imitation de l'impérialisme capitaliste à la sauce esclavage de masse.
    Nous aurions put aller vers une société de production qualitative, non productiviste à outrance ne s'appuyant pas sur la natalité excessive créant plus de misère donc toujours plus d'envie et d'exploitation de cette misère culturelle et sociale. Et quand les pays du nord veulent aller dans se sens on leur ramène les hordes de miséreux que l'on crée de toute pièce en appauvrissant leur pays au profit des groupes néocolonialistes créant une situation de non retour et d'enchainement alors que l'on joue sur la charité christique pour enfermer les populations dans un vaste mondialisme ou tout se vaut. Et ou ceux qui dirigent peuvent jouir à leur aise des jolis produits bien manufacturés pendant que les autres sont rabaissé à toujours plus de camelote à des prix prohibitifs.

  • #7

    Alex (lundi, 19 août 2013 11:41)

    Avez vous-lu La troisième révolution industrielle de Rifkin?