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2013

Quelle France dans 10 ans ?

La note « Quelle France dans 10 ans ? » produite par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) a servi d’introduction au séminaire gouvernemental du 19 août 2013. Le moins que l’on puisse est qu’elle fait froid dans le dos car si les inquiétudes des Français sont parfaitement perçues, elles sont également superbement ignorées comme un douloureux remake du « There is no alternative » de Margareth Thatcher.

Pour donner de l’allant les grands accomplissements politiques sont évoqués : L’objectif d’amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, le plan d’équipement télécoms et le programme d’indépendance énergétiques. Le but est de montrer que la France peut parvenir à de grandes choses lorsqu’elle s’en donne les moyens.  L’instauration de la monnaie unique vient cependant ternir le tableau.

 

Les questions liées à l’indépendance de la BCE ou à la surévaluation de l’euro sont soigneusement évitées. On préfère évoquer le « bon élève » de la zone euro : l’Allemagne. La politique de son ancien chancelier Gerhard Schröder est particulièrement louée. Avant ses réformes, l’Allemagne faisait figure « d’homme malade ». « Dix ans après les inégalités de revenu se sont accrues, mais le chômage est à son plus bas et la prospérité économique est insolente ». Ecrire une telle phrase est une véritable provocation. L’accroissement des inégalités ne semble pas poser de problème puisque le chômage est bas et que la prospérité économique « insolente ». Les chômeurs sont remplacés par une armée de travailleurs précaires, les fameux jobs à 1 euro, et tout le monde s’en gargarise. Les perdants de la mondialisation n’attirent que peu d’intérêt. « Winners take all » et c’est très bien ainsi. Il est tout de même permis de s’interroger sur l’intérêt de voir la croissance du PIB flamber si le salaire médian stagne ou diminue.  Le rapport ne dira pas un mot à ce sujet. Le modèle allemand est érigé en modèle point barre.

 

La fin de l’introduction aura nettement moins d’intérêt mais elle permettra tout de même de préciser que la France ne sait pas ce qu’elle veut (« C’est aussi une source d’interrogations, pour nos partenaires et les observateurs internationaux qui ne comprennent plus bien à quoi notre pays aspire et ne discernent plus quels moyens il se donne pour atteindre ses objectifs ») et que « l’Etat n’est plus en position de décider pour la société dans son ensemble ». En fait dans la France ne sait pas ce qu’elle veut, il importe de comprendre la France ne veut pas ce qu’il faut.

Le monde dans 10 ans

 

Une définition curieuse de la mondialisation est donnée en mêlant des données aussi diverses que la croissance de la population, l’accès à l’information, la baisse des coûts de transport, la diffusion des innovations et la libéralisation des échanges et des flux de capitaux. Cette définition large, puisque la mondialisation ne se résume en réalité qu’à une libéralisation des échanges au niveau mondial, permet d’affirmer que ce processus « a produit une progression rapide du revenu global et une réduction sensible des inégalités ».

 

Affirmer sans prouver. Les travaux de Jacques Sapir ou de Maurice Allais ont notamment permis de montrer, que la mondialisation n’a en réalité été favorable qu’aux pays qui n’ont pas joué son jeu mais qui ont profité du fait que les autres l’aient joué. Les « réussites »  économiques de pays comme la Chine et l’Allemagne ne sont en réalité que des politiques de « passagers clandestins » qui basent leur modèle sur les exportations grâce à une monnaie sous-évaluée pour le premier et à une politique de déflation salariale pour le second. A l’inverse le fait de ne pas favoriser l’émergence de leurs consommations intérieures prive leurs partenaires économiques de débouchés leur permettant de s’assurer une croissance économique.

 

De même, le fait d’affirmer « qu’au début des années 80, personne n’aurait pu imaginer un tel développement des pays pauvres » est un leurre puisqu’il ne concerne essentiellement les pays émergents, où ce développement économique a surtout profité à une petite partie de la population.

 

Dans ce grandiose développement des pays pauvres depuis les années 80, l’économiste Erik Reinert y a surtout vu un phénomène de primitivisation. Avec la libéralisation des échanges, ces pays se sont spécialisés dans le domaine, où leur avantage comparatif était le plus grand. Bien souvent, il s’agissait d’une spécialisation dans des activités à rendements décroissants (agriculture, extraction de matières premières…) au détriment des activités à rendements croissants (activités industrielles certaines activités de services). Un tel choix s’apparente à une spécialisation dans la pauvreté, où les gains de productivité sont réalisés au bénéfice du consommateur (baisse des prix) et au détriment du producteur (pas de hausse de salaire).

 

C’est ainsi qu’en appliquant les mesures du consensus de Washington, la Mongolie a été confrontée à une désindustrialisation totale en 4 ans.  Un appauvrissement brutal des Mongols s’en est suivi, avec le retour à une activité primitive.

 

Mais le rapport fait peu de cas de l’analyse de Reinert. Il évoque déjà le renversement géopolitique entre un Sud producteur et un Nord endetté. Cette réalité, qui recouvre en fait celle des pays du nord et des pays émergents plutôt que l’ensemble des pays du sud, amène 4 conséquences majeures. La première est liée aux conséquences géopolitiques de l’ascension au rang de première puissance de la Chine qui « peut demain fragiliser la mondialisation, voire déboucher sur des tensions ». La croyance aveugle dans la mondialisation est réaffirmée, malgré ses nombreux dysfonctionnements.

 

La seconde conséquence consiste à reconnaître, enfin, que la démocratie, ne va pas forcément de pair avec l’économie de marché. 40 ans après le coup d’Etat fomenté contre Salvador Allende, il aura vraiment fallu du temps au temps. Malheureusement, la conviction ne semble être que de façade puisque la note poursuit en indiquant que  « néanmoins, le statut quo politique n’est sans doute pas compatible avec l’essor des classes moyennes éduquées, qui avive l’aspiration à la démocratie et à l’état de droit ». La négation de la réalité ou le monde des bisounours, chacun choisira sa version.

 

La troisième conséquence est liée au constat des déficiences de la gouvernance mondiale « qui a échoué à produire des accords globaux significatifs sur le commerce et sur le climat […] et qui n’a pas fait de progrès notables dans le domaine social ». Un tel constat n’amène pas de véritables remarques, en dehors du fait que le domaine social n’est vraiment pas être une priorité.

 

Après avoir évoqué la dernière conséquence liée à l’instabilité des prix des matières premières, la note établit  les opportunités et les risques pour la France liés à l’évolution du monde dans 10 ans.  L’inquiétude demeure puisqu’il est stipulé que la « croissance tirée par la demande intérieure et la consommation (des pays émergents) […] offrent de grandes possibilité ». La confirmation est ainsi établie que la France base sa stratégie de croissance pour la prochaine décennie sur ses exportations à destination des pays émergents tout en regrettant que ses « positions dans les industries intensives en savoir ne bénéficient d’aucune protections naturelles ».  Une telle stratégie apparait catastrophique. Tout d’abord lorsque l’on sait qu’un accroissement de la compétitivité, avec une banque centrale ordo-libérale et indépendante, ne peut aboutir qu’à une déflation salariale.  Ensuite, lorsque l’on voit les analystes constater que notre industrie ne bénéficie d’aucune protection naturelle sans penser un seul instant qu’il serait peut-être pertinent de protéger cette industrie sous peine de poursuivre notre route sur la voie de la désindustrialisation.

L’Europe dans 10 ans

 

Deux phrases du paragraphe d’introduction sur le devenir de l’Europe dans 10 ans, semblent tout expliquer : « Libéralisation des échanges, standardisation des normes, ouverture à la concurrence, désinflation, intégration des pays de l’ex-bloc de l’Est, euro : à chaque fois l’union européenne a fixé les grands choix » et « Economiquement, monétairement, politiquement et socialement, elle est devenue un facteur d’incertitude ». Le message est clair. Si l’Europe est devenue un facteur d’instabilité, c’est à cause de la mise en place d’une zone de libre échange entre pays de développements inégaux et d’une politique monétaire unique et trop restrictive. Les auteurs ont tout résumé en deux phrases. Pour la prise de conscience, il faudra attendre.

 

La montée de l’euro-scepticisme est un fait reconnu puisque les auteurs admettent que les « opinions (ont) une désillusion croissante à l’égard de l’Union ». Le problème est qu’ils ne pensent la sortie de crise européenne qu’à travers une plus forte intégration européenne. Bien évidemment les transferts budgétaires nécessaires à une telle intégration ne sont pas évoqués et l’on comprend très vite que le l’objectif est en réalité d’atteindre une plus grande « gouvernance ». A l’arrivée il semble qu’il faille se « préparer à un possible durcissement des choix entre intégration poussée, y compris sur le plan politique, et désagrégation, avec le cortège de troubles que celle-ci entraînerait nécessairement ». Reconnaissons la parfaite impartialité du rapport puisque nous avons le choix entre quelque chose dont nous ne connaissons pas parfaitement les conséquences mais qui semblerait aller vers une amélioration des choses et un cortège de troubles…

 

La France dans 10 ans

 

Pour faire sentir la nécessité des réformes, rien de telle qu’une touche de sinistrose : dans 10 ans, la France sera « plus vieille, plus petite et moins riche ». Heureusement, pour retrouver la croissance, différentes solutions sont proposées. Il suffirait notamment de lutter contre notre sous-emploi chronique en abrogeant nos réglementations anticoncurrentielles. Dans ce domaine, l’exemple à suivre est bien évidemment celui de l’Allemagne. Nous revenons ainsi au modèle de croissance basé sur l’exportation à destination des pays émergents.

 

Pour ne pas trop verser dans le « French bashing », un paragraphe est consacré aux forces de notre pays. Cela commence bien avec l’évocation de notre natalité florissante en comparaison de nos voisins européens. Malheureusement la suite est moins rose, puisqu’il est conseillé de profiter du boom de la « silver économie », évidemment puisque le pays vieillit.

 

Les conseils qui suivent doivent faire hérisser les cheveux d’Erik Reinert. Se spécialiser sur nos avantages comparatifs, alors qu’il est important avant toute chose de chercher à introduire des activités à rendements croissants sur son territoire, qu’il s’agisse ou non d’un avantage comparatif.

 

Le fait d’affirmer « cela fait longtemps que l’histoire économique  a fait le lit des théories qui assimilaient puissance et richesse » apparait bien prétentieux car les puissances géopolitiques dominantes acceptent le développement de plus petites puissances tant que cela ne les dérange pas trop. L’histoire nous apprend cependant que l’Angleterre a assis sa domination grâce à sa puissance militaire et rien n’indique que la Chine ne pourrait pas en faire autant dans le futur. Enfin la concurrence accrue des pays émergents n’est pas perçue comme une menace puisque cela nous ouvrira de nouveaux marchés. A deux conditions serait-on tenter de préciser, qu’ils nous laissent pénétrer leur marché intérieur et que nous pratiquions une dévaluation monétaire ou plus sûrement une déflation salariale, au coût social dramatique, afin que nos produits soient compétitifs.

 

La suite de la note loue la qualité des infrastructures françaises, le niveau de formation de sa main d’œuvre ainsi que la qualité de ses services publics. La contradiction entre main d’œuvre qualifiée et incapacité de notre économie à réduire le chômage n’a bien sûr pas été posée. De plus, aucun rapprochement n’a été effectué entre la qualité des services publics et le risque lié à une baisse de qualité en en privatisant une partie ou en les soumettant à l’austérité.

 

Le constat lié à l’urbanisation de la France est intéressant notamment au travers du phénomène de péri-urbanisation parfaitement analysé par Christophe Guilluy dans son ouvrage « fractures françaises ». Les auteurs de l’étude ont pleinement conscience que les centres villes appartiennent aux couches aisées alors que les couches populaires se dirigent vers les banlieues péri-urbaines. Une politique fiscale est proposée pour lutter contre ce phénomène. Il est loin d’être certain que cela permette de solutionner le problème.

 

La thématique du chômage est abordée de manière particulière puisque la responsabilité est placée sur l’incapacité de notre économie à avoir progressé vers le plein emploi, sans mentionner les dommages causés par la déréglementation et la dérégulation de la finance. La solution pour lutter contre le chômage de masse est « d’engager une dynamique de croissance et d’améliorer le fonctionnement de notre marché du travail ». Le sous-entendu est assez clair, il s’agit de démanteler le droit du travail en pratiquant une déflation salariale afin de renforcer la compétitivité de nos exportations.

 

Enfin, la désindustrialisation est attendue puisque « la proportion des postes d’ouvriers et d’employés qualifiés sera probablement en baisse, tandis que la part des emplois moins qualifiés devrait se maintenir, soutenue par la demande de services à la personne ou le secteur du tourisme ». Dans le même temps, les auteurs s’attendent à une hausse des inégalités qui « risque de conduire à une société en sablier ». Reinert et Sapir ont indiqué à de nombreuses reprises que la forte présence d’industries aidait à réduire les inégalités en raison des niveaux de salaire assez élevés offert au personnel peu qualifié. Pour contrer ce phénomène, les auteurs de la note proposent la mise en place de peu convaincantes « politiques de revalorisation des emplois, de formation, d’accompagnement des transitions et de fluidification du marché du travail ».

Trois choix collectifs

 

La seconde partie est une caricature où l’on fait mine de donner le choix pour aller vers la seule solution qui convienne à nos dirigeants. Ainsi si le rapport note que « Les Français, c’est bien connu, perçoivent avant tout la mondialisation comme une menace pour leurs emplois et leur mode de vie », le débat posé n’est pas sur l’opportunité d’entrer dans la mondialisation mais « quelle insertion dans la mondialisation ? ». On comprend alors que si les craintes des Français sont prises en compte, il faut bien qu’ils comprennent que la mondialisation est inévitable comme la pluie, la grêle ou les orages.

 

« La mondialisation a induit d’importants gains de pouvoir d’achat », exit donc les arguments du Prix Nobel Maurice Allais, qui a démontré que la mondialisation provoquait la destruction des emplois et de la croissance. Non, il faut bien comprendre que « le choix qui s’offre à nous n’est pas de dire oui ou non à la mondialisation », car « quand bien même nous pourrions restreindre échanges et flux de capitaux, cela n’arrêterait ni l’appropriation de la technologie par les pays émergents, ni leurs progrès sur les marchés mondiaux ». Pas un mot sur la correspondance entre mondialisation, désindustrialisation, chômage, croissance atone et accroissement des inégalités. La mondialisation c’est bien même si elle génère quelques « frictions ». Le problème est que ces « frictions » sont toujours supportées par les classes populaires ou les classes moyennes. Les élites, elles, restent les grandes gagnantes.

La question industrielle

 

Le ton est donné d’entrée de jeu, « redresser une situation aussi clairement dégradée sera nécessairement une œuvre de longue haleine ». Les causes de sont pas réellement évoquée, tout au plus la note se contente de comparer la situation de la France à celle de ses voisins pour indiquer que nous avons connu une situation comparable à celle du monde occidental. Bien évidemment les conséquences d’une libéralisation des échanges, avec des pays présentant des niveau industriel et de développement différents, ne sont pas évoquées. Pourtant ces deux raisons sont à la base des phénomènes de délocalisation et désindustrialisation, qui ne peuvent être endigués qu’avec la mise en place de politiques protectionnistes. Malheureusement ce n’est pas dans cette direction que s’orientent les auteurs de cette note, puisqu’ils proposent au contraire d’intensifier l’ouverture de la France à l’international en accentuant ses avantages comparatifs et son type de spécialisation. Du Ricardo dans le texte. Sans prendre au sérieux les avertissements de Maurice Allais, qui avait indiqué à la fin des années 90, que sans protectionnisme la France poursuivrait inexorablement sa désindustrialisation.

 

Mais l’on sent bien que les auteurs ne croient pas réellement à une France industrielle. « Refaire de la France une puissance manufacturière de premier plan impliquerait des choix lourds : il faudrait renforcer le part des savoirs pratiques dans le système de formation, maintenir le prix de l’énergie à un niveau bas, favoriser l’investissement et l’accompagnement financier des projets capitalistiques, et de manière générale organiser, y compris par la fiscalité un transfert massif de ressources en faveur de l’industrie ». Pas un mot sur l’euro cher ni sur l’absence de droits de douanes protégeant notre industrie qui sont pourtant à l’origine des difficultés de notre industrie.

 

En fait l’industrie est déjà abandonnée car l’idée serait plutôt de « fonder nos espoirs sur la création, l’innovation et les services échangeables (qui) demanderaient moins d’efforts sur le partage du revenu, mais appellerait une transformation écologique et sociale plus profonde ». Le fait qu’un tel système creuse les inégalités est écarté d’un revers de main car « la société française ne peut plus continuer à se penser comme une victime du monde qui se constituerait à côté d’elle, malgré elle et sans elle ».

Quel modèle pour l’égalité ?

 

L’analyse commence en indiquant que « les inégalités de revenus après impôts et transferts est moins prononcée que dans les pays anglo-saxons, et (qu’) elle a moins augmenté qu’en Allemagne ou en Suède ». Le constat semblerait donc indiquer que malgré tous ses défauts, notre système de répartition des richesses fonctionne plutôt mieux que chez nos voisins, notamment l'Allemagne, malgré son « miracle économique ».

 

Au lieu de se satisfaire de cet état de fait et de continuer dans ce sens, les auteurs affirment que « La France est un pays où les déterminants socio-économiques et ceux qui tiennent à l’origine sociale pèsent le plus sur le destin des individus ».  Avant de renchérir en affirmant que « faute de traiter les inégalités à la racine, nous nous efforçons d’en limiter l’incidence en prenant en charge les risques –sanitaires, de privation d’emploi, de perte de revenu, etc ;- que celles-ci induisent ». Et de conclure brillamment : « Le résultat est un modèle de réduction des inégalités plus coûteux et moins efficace que ceux qui mettent l’accent sur l’investissement social ».

 

Une telle analyse est particulièrement hypocrite puisque même si nous avions un pays composé d’individus très qualifiés, notre économie, dans l’état actuel des choses, serait incapable de leur fournir des emplois. Et nous aurions tout autant de difficultés à financer les fameux « risques ». Le message implicite est surtout de montrer que notre système de répartition des richesses, même s’il fonctionne bien, est trop coûteux. Il s’agit donc de remplacer nos dépenses sociales par des politiques qui nous donneront bonne conscience mais qui ne s’avéreront être que des écrans de fumée. Pourtant, la réindustrialisation du pays permettrait déjà de réduite les inégalités de revenus.

 

Quelle vision du progrès ?

 

La notion de progrès doit être analysée selon la grille de lecture du sociologue Gérard Mauger. Dans son dernier ouvrage, « Repères pour résister à l’idéologie dominante », il montre comment les termes utilisés par les tenants de l’idéologique dominante permettent de faire accepter l'ordre social tel qu'il s'est imposé comme allant de soi. La notion de progrès est en elle-même particulièrement révélatrice, puisqu’elle sous-entend une amélioration. Ainsi lorsque les auteurs de cette note présentent les OGM ou le nucléaire comme des progrès, cela implique qu’il est vain de s’y opposer. Ils regrettent ainsi que ces « progrès » soient « regardés avec méfiance » par les Français. Avant d’émettre un jugement définitif sur nos concitoyens « une société qui ne croit plus en sa capacité d’organiser son propre progrès est inévitablement conduite à regarder tout débat social comme un jeu à somme nulle, de type gagnant-perdant ».

 

Toute l’ambivalence est là. Les auteurs de la note entretiennent le flou entre évolution et progrès pour faire accepter des concepts, qui ne créent pas des améliorations pour des progrès et faire passer leurs adversaires pour des passéistes. Pourtant le débat sur les OGM est par exemple loin d’être tranché et rien ne permet actuellement d’affirmer qu’il s’agit plus d’un progrès que d’une découverte ou une évolution.

 

La conclusion peut apparaitre comme une provocation lorsque le rapport indique qu’ « il importerait (que la France) retrouve cette capacité à se projeter dans l’avenir qui lui a permis, au sortir de la seconde guerre mondiale, d’échapper au piège de la stagnation et de se reconstruire une perspective de développement ». Erik Reinert répondrait alors sans doute que ce n’est pas en appliquant le Plan Morgenthau mais bien le Plan Marshall que nous étions parvenus à cette réussite économique.

Eléments pour construire une stratégie

 

Cette partie fait office de conclusion et s’apparente malheureusement à une compilation des erreurs à éviter. La puissance de l’Etat commence par être niée à la manière d’un Jospin affirmant que « l’Etat ne peut pas tout » c'est-à-dire qu’il ne peut rien : « L’Etat des premières décennies d’après guerre était assez dominant pour pouvoir […] c’est sensiblement moins vrai dans la France d’aujourd’hui ».

 

Le constat est ensuite fait que la France « n’a plus confiance ni en la parole des dirigeants politiques nationaux, ni en celles de ses élites économiques et intellectuelles, et elle ne se fie pas non plus à ses médias ». L’analyse est pertinente mais les conséquences qu’en tirent les auteurs sont inquiétantes lorsqu’ils indiquent qu’  « une stratégie à 10 ans […] ne doit pas reposer sur l’hypothèse que la majorité en place sera reconduite ». Nous sommes à un pas de la gouvernance technocratique décrite par Emmanuel Todd dans son livre « Après la démocratie ».

 

La conclusion du rapport est d’ailleurs sans appel puisqu’elle indique que « La dernière coordonnée d’une stratégie à 10 ans relève de la gouvernance. La France n’est plus l’Etat unitaire des années 60 ».

 

Elle ressemblera à ça la France dans 10 ans ?

 

Theux

NB: Ce texte a été publié dans RAGEMAG

 

 


Rerouvez la note « Quelle France dans 10 ans ? » produite par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) ci-dessous :

 

 

 

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Commentaires : 8
  • #1

    Horror (mercredi, 25 septembre 2013 06:55)

    En vous lisant, j'ai failli aller me suicider avec ce No Future!
    Mais vous avez raison au moins pour la France dont l'issue est vraiment très négative même si on ne partage ni les raisons, ni les causes.
    Cependant dans votre exercice de style on pourrait vous reprocher que la critique est facile et que l'art est difficile. Vous n'amenez en effet aucune recette, ni solution viable.

    Vous vous accrochez comme des berniques sur des rochers a la déflation salariale, caricaturant un modèle allemand pourtant plébiscité dans les urnes dans un environnement politiquement ultra défavorable (ils doivent être stupides ces allemands).
    Déflation salariale qui avec nos carcans, les impôts et taxes, les futurs gels des salaires qui vont en découler, un chômage historique et grandissant, une croissance atone et la destruction continue et progressive de pans entiers de notre économie, la non compétitivité de nos entreprises, la stagflation a venir au mieux... Est pourtant bien présente chez nous et que les allemands avec leur plein emploi et leur croissance future certaine ne nous envient pas.

    En fait vous critiquez massivement des recettes qui semblent fonctionner chez d'autres, ou les peuples ne sont pas massivement insatisfaits en tout cas. Et glorifier des recettes qui même appliquées dans des mesures restreintes en France ou ailleurs montrent tous leurs effets catastrophiques et le rejet massif des peuples avec une paupérisation accélérée.
    Sans doute direz vous est-ce parce qu'il faut avaler le poison d'un coup et pas a petite dose pour qu'il soit efficace. BANZAI!

  • #2

    Guadet (mercredi, 09 octobre 2013 23:49)

    Horror reste d'une étonnante fidélité à un blog qu'il trouve pourtant stupide. Soit il est masochiste, soit il est payé par la NSA ou par l'UE, je ne vois pas d'autre explication. Il faudrait qu'il comprenne que, les gens qui aiment bien ce blog, c'est lui qu'ils trouvent stupide avec ses argumentations simplistes si éloignées du sérieux des articles.

  • #3

    diojaime (vendredi, 11 octobre 2013 13:34)

    @Guadet
    j'aime bien votre humour au sujet d'Horror.

  • #4

    emynonys (samedi, 12 octobre 2013 00:39)

    Horror ne comprend pas comment le monde tourne avec des recettes d'une autre époque mais il persiste à les défendre alors qu'elles deviennent au fil du temps obsolètes.

    Pour la route, une plaidoyer (version abonnés du Monde...) de Georges Soros pour les eurobonds (que je peux vous transférer par mail emynonys@gmail.com) :

    http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2013/10/11/plaidoyer-pour-les-eurobonds_3494120_3234.html?xtmc=plaidoyer_pour_les_eurobonds&xtcr=1

    Même les financiers s'y mettent devant la montée des extrémismes (sic), c'est un des arguments mis en avant pour défendre un plan Marshall en Europe, rendez-vous dans quelques temps pour voir son cheminement... Reste à convaincre les Allemands, le chemin est encore long mais pas sans espoir...

    Oui, je sais, je pense que l'euro peut ressortir renforcé des crises actuelles, être une monnaie de paix et fédératrice en Europe, c'est un des axes qui nous différencie, pour le reste, je partage beaucoup des points de vue du site de lespoir.

  • #5

    Horror (lundi, 14 octobre 2013 10:58)

    Coucou en passant les révolutionnaires.
    @ Guadet. Je suis comme ça je suis fidèle et j'adore les réunions de dames patronesses, et puis on n'est que 4 sur ce blog alors je reste par charité chrétienne.
    Attention mes amis d'Echelon et moi te surveillons.
    Théorie du complot et insultes intuitu personae, c'est vraiment tout ce qu'il reste à Gauche toute quand on n'a pas d'arguments à développer. Je donne un peu de matière pourtant.
    @ Diojaime Pom Pom boy (ou girl?) officiel du site. Ne change rien. Gimme a A, Gimme a B... Plus haute la jambe!
    @ Emynonys. Ah le serpent de mer des eurobonds ou comment continuer à dépenser sans compter avec le pognon des Allemands. Ben je crois que les fourmis allemandes ne voudront jamais entretenir les cigales européennes.
    Et puis faut se renseigner sur Soros avant de le porter aux nues dans vos rangs révolutionnaires, c'est un véritable prédateur qui a mis quelques banques nationales à genou donc à votre place je me méfierai de ses conseils.
    Bises.

  • #6

    Guadet (mardi, 15 octobre 2013 13:33)

    @ horror
    "Je donne un peu de matière pourtant."
    Je vous réponds moi-même exceptionnellement par pure charité chrétienne. Vos arguments sont toujours les mêmes et ce blog y répond très bien. Vous ne critiquez jamais sérieusement les articles : vous récitez toujours la même doxa libérale. C'est le blog qui avance des arguments, pas vous.
    Mais peut-être êtes-vous payés par les auteurs du blog comme faire-valoir ?

  • #7

    Guadet (mardi, 15 octobre 2013 13:47)

    @ Horror
    "êtes-vous payé" je corrige, pardon pour la faute.

    PS : je ne suis pas du tout de gauche mais de la droite conservatrice anti-libérale, de la droite chrétienne qu'a pu incarner De Gaulle et qui est , tout autant et même peut-être plus que la gauche, l'auteur du programme du Conseil national de la Résistance que vous et les libéraux veulent détruire aujourd'hui.

  • #8

    Horror (mercredi, 16 octobre 2013 13:32)

    Allez Guadet, il faut faire le coming out maintenant.
    Il ne faut plus se proclamer du Gaullisme tout en disant Amen à toutes les bonnes paroles déclamées ici, car c'est tout sauf du Gaullisme.
    En plus dans votre bla bla c'est tout sauf des arguments étayés ou des faits donc vous êtes bien mur pour vous faire accepter comme un bon Gauchiste.
    Un peu de courage!