ven.

13

déc.

2013

Chine: le leader historique de l'économie mondiale veut retrouver sa place

Le vent de l’histoire souffle dans le dos de la Chine et il est très probable qu’elle retrouve bientôt sa place de leader économique mondial. Sa ligne historique supérieure à 20 % du PIB global pourrait même être dépassée. Pour cela, il lui sera nécessaire de changer de modèle et de ne plus compter uniquement sur la consommation extérieure pour développer son économie. Ainsi, son véritable défi sera avant tout de mettre fin à la politique de l’Etat prédateur, qui a offert le pouvoir aux entreprises transnationales. Ces décisions seront nécessaires si la Chine souhaite conserver assez longtemps les rênes de l’économie mondiale. Analyse d’un éternel recommencement.

Historiquement, la Chine est un géant, les travaux d’Angus Maddison en attestent. Du Ier siècle après J-C jusqu’en 1820, la contribution de la Chine au produit intérieur brut (PIB) mondial a toujours été supérieure à 20 %. Sous la dynastie Qing, en 1820 précisément, elle était même de 32,9 % soit près d’un tiers de la production mondiale de richesses.

 

L’historien Fernand Braudel, qui est un adepte du temps long, s’est largement interrogé sur les raisons de la survenance de la révolution industrielle en Europe alors que tout laissait à penser qu’elle aurait dû survenir en Chine. Le fait d’avoir laissé passer le train de cette extraordinaire période de développement économique va plonger l’empire du milieu dans un profond déclin. En 1973, sa part dans le PIB mondial n’est plus que de 4,6 %.

 

En 1978, Deng Xiaoping considère que le système communiste dans lequel la Chine s’est engagée n’est plus viable. Il décide alors d’instaurer un système économique apparemment antinomique : « le socialisme de marché ». En réalité, il s’agit d’adopter une économie néo-libérale sans accès à la démocratie. Les valeurs changent. Le slogan devient « Il est glorieux de s’enrichir ». La priorité est donnée à la croissance quel qu’en soit le prix. La Chine entame un fabuleux défi : (re)devenir la première économie du monde.

« Les politiques de libéralisation de l’économie se montrent inégales. Le meilleur y côtoyant le pire. »

Les politiques de libéralisation de l’économie se montrent inégales. Le meilleur y côtoyant le pire. On assiste à l’apparition d’un capitalisme à deux vitesses. D’un côté, les terres sont décollectivisées et les paysans sont désormais libres de décider de leur propre stratégie agricole. Leurs revenus s’élèvent. De l’autre côté, des zones économiques spéciales sont créées. L’objectif est d’attirer massivement des capitaux étrangers par la mise en place de politiques de dumping : impositions très basses voire inexistantes, possibilité de rapatrier les bénéfices ou les investissements, faibles droits de douanes.

 

Puis vient le tour des entreprises d’État. Un principe est alors établi : « garder les grandes, laisser partir les petites. » Les grandes entreprises d’État sont donc restructurées, les plus petites privatisées. Les ministères connaissent le même sort : le nombre de fonctionnaires est réduit de moitié. En poussant l’analyse plus loin, on s’aperçoit que la stratégie mise en place par la Chine ressemble fortement à l’application des préceptes recommandés par l’économiste norvégien Erik Reinert dans son ouvrage : Comment les pays riches sont devenus riches, pourquoi les pays pauvres restent pauvres ? . Dans ce livre, il explique en effet le lien très fort existant entre richesse des nations et capacité à détenir au sein de son économie un maximum d’activités à rendements croissants. Il précise que la plupart de ces activités se situent dans le secteur industriel même si le secteur tertiaire en possède également notamment dans les technologies de l’information et de la communication (TIC).


Algues vertes en Chine
Algues vertes en Chine

Dumping

 

Pour atteindre cet objectif d’attractivité des activités à rendements croissants, la Chine a conforté sa stratégie de dumping fiscal en l’étendant aux secteurs social et environnemental. En effet, l’établissement des zones économiques spéciales avait permis de créer des paradis fiscaux en Chine. Dans un contexte de durcissement des normes environnementales dans la plupart des pays occidentaux, la Chine a pu faire de ses faibles exigences un argument de poids. Enfin, le fait de disposer d’une main d’œuvre abondante et peu coûteuse a permis de contribuer à l’attractivité de la Chine aux yeux des entreprises étrangères.

 

 Les Chinois ont été favorisés dans cette entreprise par la naïveté des pays occidentaux, convaincus d’atteindre le stade d’une économie post-industrielle, où les emplois peu qualifiés seraient délocalisés en Chine pendant qu’ils conserveraient les emplois à haute valeur ajoutée. Les occidentaux ont ainsi oublié que les innovations se créent au contact du terrain, en observant les modes de fonctionnement des usines. Les puissances occidentales ont été victimes d’un complexe de supériorité, où la capacité d’innovation des chinois a été niée. Elles ont oublié – comme le rappelle un article du Monde en 2012 – qu’ « un territoire ne peut durablement consommer plus qu’il ne produit. Or, les exportations de services d’un pays comme la France sont loin de compenser sa consommation d’énergie, de matières premières et de produits manufacturés. »

 

Ensuite les occidentaux n’ont pas anticipé la naturelle montée en gamme de l’économie chinoise ou ont adopté des politiques court-termistes. Ainsi les Chinois ont parfaitement analysé l’intérêt représenté par leur marché intérieur pour des occidentaux en panne de croissance. Ils ont donc conditionné l’accès à ce marché à des transferts de technologie. La concurrence au niveau mondial a fait le reste. C’est ainsi que la Chine a développé son propre TGV (CSR Corporation Limited), commence à commercialiser son propre Airbus (Comac) et vient de lancer son premier véhicule lunaire.

 

A l’arrivée, la Chine est en passe de s’imposer sur les deux tableaux en profitant des délocalisations des entreprises occidentales tout en concurrençant ces dernières sur les technologies de pointe. L’État chinois peut aussi décider d’utiliser des mesures coercitives pour freiner l’expansion de géants américains. L’exemple qui vient immédiatement en tête est celui de Google contraint de s’adapter aux exigences du gouvernement chinois. Les hésitations du moteur de recherche leader dans le monde ne lui ont pas permis de résister à son concurrent chinois Baidu dans sa conquête de l’empire du milieu. Dans le même ordre d’idée YouTube, Facebook ou Twitter ont connu le même type de désagréments.

« Les Chinois ont parfaitement analysé l’intérêt représenté par leur marché intérieur pour des occidentaux en panne de croissance. Ils ont donc conditionné l’accès à ce marché à des transferts de technologie. »

L’atelier du monde

 

Le résultat des politiques économiques chinoises est à la hauteur des espérances des dirigeants chinois. Aujourd’hui, la Chine est le deuxième pays du monde au niveau de son PIB. Elle est le 1er exportateur, le 2ème importateur. Sa population est la plus nombreuse de la planète. Ses réserves de change, les plus élevées du monde, sont supérieures à la somme de ses 5 poursuivants immédiats.

 

Selon l’OCDE, le PIB de la Chine devrait dépasser celui des États-Unis dès 2016. Au niveau de l’économie réelle, certains affirment que le passage de relais a déjà eu lieu puisque la Chine produit 8 fois plus d’acier que les États-Unis et 3 fois plus de véhicules de tourisme. La clef est là. L’accomplissement majeur de l’économie chinoise dans son objectif de domination de l’économie mondiale s’est avéré être sa prise de pouvoir de l’industrie mondiale pour un pays désormais unanimement reconnu comme « l’atelier du monde ».

 

Le problème qui se pose pour la Chine est le passage de témoin avec les États-Unis. En sport, cela consiste à endosser le rôle du favori à la place de celui de l’outsider, dont la place est toujours plus confortable puisque l’on ne peut surprendre que favorablement. Jusqu’à présent la Chine a construit son modèle économique sur la force de ses exportations. Le faible coût de sa main d’œuvre, le bas niveau d’exigence environnementale, le faible niveau d’imposition et la sous-évaluation volontaire de sa monnaie ont permis à l’empire du milieu de vendre des produits à bas coûts contre lesquels les puissances occidentales ne peuvent pas lutter, ou plus exactement ne veulent pas lutter.

 

 En effet, en l’absence de politiques protectionnistes permettant de faire pression sur les politiques chinoises, les occidentaux se condamnent à une lutte perdue d’avance. Les entreprises transnationales ont parfaitement identifié cette faille dans laquelle elles se sont engouffrées. En conséquence on assiste à des phénomènes de délocalisations massives de l’occident vers la Chine.

 

Résultat, les occidentaux sont confrontés à un choix qui consiste soit à produire des armées de chômeurs, soit à pratiquer des politiques d’ajustement qui consistent à des baisses de salaires et de protections sociales. En Chine, si la réussite économique a permis l’émergence d’une classe moyenne et une augmentation relative du niveau de vie, elle favorise essentiellement les élites.


Inégalités records

 

Ainsi le coefficient de GINI qui est un indicateur mesurant les inégalités de richesse au sein d’un pays vient d’atteindre en Chine le niveau record de 0,61 soit un niveau comparable à des pays tels que l’Afrique du Sud ou le Honduras, considérés comme faisant partie des pays les plus inégalitaires du monde. Précisons que les spécialistes considèrent que le coefficient de GINI commence à poser des problèmes de conflits sociaux lorsqu’il atteint 0,40 au sein d’un pays. Mais au-delà du chiffre lui-même, c’est la vitesse à laquelle la Chine a atteint ce niveau d’inégalités qui interroge puisqu’à la fin des années 80, l’empire du milieu avait un coefficient de GINI de 0,30.

 

A partir de ce constat, se pose la question de déterminer le niveau d’exploitation de la main d’œuvre chinoise, garantie pour la Chine d’une compétitivité toujours plus grande. Le cas de l’usine Foxconn, sous-traitant d’Apple, de Samsung ou de Sony, est, à cet égard emblématique, au niveau de la dureté des conditions de travail qui provoquent des suicides à la chaîne.

 

Face à cette situation comment alors ne pas donner raison au candidat Arnaud Montebourg qui lors des primaires socialistes affirmait que : « La mondialisation, ce sont des quasi-esclaves au Sud et des chômeurs au Nord. La mondialisation s’est faite au détriment de tous les peuples, de tous les travailleurs, quelles que soient leurs latitude et longitude. Que penser de ces paysans chinois qui n’ont pas le droit de se syndiquer, de se mettre en grève, qui s’empoisonnent dans leur vie quotidienne au contact de substances chimiques, qui sont en compétition avec nos ouvriers européens qui ont eu deux siècles de luttes sociales pour se protéger, et dont on détruit la protection sociale ? ».

 

Si l’on se place du point de vue des peuples, le système des échanges internationaux marche sur la tête. Pourquoi ? Parce qu’il a été façonné selon les intérêts des entreprises transnationales. Ces dernières ont joué un rôle certain dans le refus du congrès américain de ratifier en 1948 la Charte de La Havane sur laquelle les idées de John Maynard Keynes avaient eu une influence décisive pour construire un système d’échange mondial respectueux des peuples. Les articles 3 et 4 de cette charte prévoyaient notamment « l’équilibre de la balance des paiements » en précisant qu’ « aucun pays ne doit être en situation structurelle d’excédent ou de déficit de sa balance des paiements. ». À cause de la non-ratification de cette charte par le congrès américain, l’organisation internationale du commerce (OIC) n’a jamais pu voir le jour. Le GATT, devenu ensuite OMC, a fait office de remplaçant. Avec le succès que l’on connaît.

Changer de modèle ?

 

La question qui se pose est alors de savoir pourquoi la Chine, au même titre que l’Allemagne, persiste dans sa volonté de conserver des excédents commerciaux abyssaux. Pourquoi chercher à maintenir des réserves de change aussi importantes qui lui permettent surtout de maintenir le yuan artificiellement bas, alors que la logique économique voudrait qu’il s’apprécie largement ? Pourquoi également ne pas augmenter plus fortement les salaires, permettant à l’ensemble des Chinois de profiter réellement des progrès économiques du pays ? Pourquoi ne pas mettre en place une véritable politique sociale de financement des retraites, du chômage ou du handicap, qui éviterait aux Chinois de constituer une épargne considérable ?

Toute la difficulté est là : la Chine parviendra-t-elle à changer de modèle ? Le modèle d’hier d’une Chine fortement exportatrice, qui basait sa croissance sur la vente massive de ses produits aux économies occidentales semble avoir vécu. L’endettement massif des pays de l’ouest limite dorénavant leur pouvoir d’achat. En conséquence, l’excédent commercial risque de s’effondrer. La Chine doit donc trouver des relais de croissance.

 

 La solution ne viendra pas d’un artifice comptable visant à biaiser les chiffres de la croissance du PIB. Récemment des doutes se sont élevés quant à la qualité des chiffres du PIB proposés par le Bureau National des Statistiques chinois. Ainsi l’économiste Patrick Artus a, par exemple, montré en 2012 que la croissance chinoise était surévaluée d’environ 1 point de pourcentage. Plusieurs réponses peuvent être trouvées pour expliquer ce chiffre comme le fait que le calcul national du PIB se base sur un agrégat des PIB régionaux, qui sont augmentés par les gouverneurs locaux afin de favoriser leur carrière.

« La mondialisation, ce sont des quasi-esclaves au Sud et des chômeurs au Nord. La mondialisation s’est faite au détriment de tous les peuples, de tous les travailleurs, quelles que soient leurs latitude et longitude. Que penser de ces paysans chinois qui n’ont pas le droit de se syndiquer, de se mettre en grève, qui s’empoisonnent dans leur vie quotidienne au contact de substances chimiques, qui sont en compétition avec nos ouvriers européens qui ont eu deux siècles de luttes sociales pour se protéger, et dont on détruit la protection sociale ? ». Arnaud Montebourg

Déflateur du PIB

 

Les explications les plus convaincantes sont celles de l’universitaire américain Carsten Holz, qui indique que la structure des prix en Chine évolue tellement vite qu’elle empêche toute comparaison pertinente. Or le calcul d’un PIB nécessite l’utilisation d’un concept nommé déflateur du PIB. Ce dernier permet de comparer l’évolution du PIB sur une période donnée en le corrigeant des effets de l’inflation. Le problème est que la structure des prix est changée tous les 10 ans, alors qu’elle est obsolète au bout de 3 à 4 ans. Selon Carsten Holz, cette obsolescence de la structure des prix créerait un biais qui aurait tendance à surévaluer la croissance. L’autre principale difficulté provient du fait que le calcul du déflateur du PIB n’est par rendu public par le bureau national des statistiques, ce qui laisse une part d’ombre par rapport à la véracité des chiffres de la croissance chinoise. Précisons que ce manque d’acuité du déflateur du PIB chinois avait par le passé était remarqué par l’économiste Angus Madison (p.26).

 

Avec une croissance probablement inférieure à ses performances passées, la Chine confirme qu’elle se trouve à un tournant de son histoire. Il lui faut dorénavant se réinventer afin de retrouver la place qui était historiquement la sienne. Pour cela, il lui faut changer de modèle et se comporter en leader responsable.

 

Tout d’abord le fait d’accumuler des réserves de changes notamment en dollar ou en euros, n’est pas une stratégie viable, puisque le montant des dettes états-uniennes ou européennes témoigne d’un risque très élevé sur la réalité d’un remboursement futur. Il faudrait donc adopter une stratégie d’acquisitions de biens réels, mais cela risque de produire des réactions hostiles comme on a pu le constater lors de l’acquisition par la Chine d’une partie du Port du Pirée ou de la politique de la « Chinafrique ».


Hu Jintao et Barack Obama
Hu Jintao et Barack Obama

Dans BRICS, il y a Chine

 

De plus, face à des pays occidentaux de plus en plus endettés, la Chine va devoir trouver de nouveaux débouchés à ses produits. Les BRICS constituent peut être une alternative. Et dans BRICS, il y a le C de Chine. C’est sans doute dans cette direction que se situe la meilleure stratégie pour la Chine. Bénéficiant du premier marché domestique du monde, la Chine étudie avec intérêt la possibilité d’accroître la consommation sur son marché intérieur, qui actuellement ne contribue qu’à 36 % du PIB, alors qu’elle est supérieure à 50 % dans la plupart des pays les plus développés.

 

 Une telle politique est synonyme de révolution pour un pays qui a construit son renouveau sur la culture de l’offre, c’est-à-dire en favorisant les desseins des entreprises. Actuellement les dirigeants chinois doivent effectuer un raisonnement similaire à celui d’Henry Ford lorsqu’il décida que ses ouvriers devraient être ses premiers clients.

 

Évidemment un tel choix comporte des risques. L’accroissement d’un marché de cette importance attire les intérêts des entreprises du monde entier. Cependant, les Chinois devront, au contraire des Européens, veiller à protéger leur marché intérieur, comme ils ont su le démontrer par le passé.

 

L’accroissement de la consommation sur le marché intérieur nécessitera non seulement d’augmenter les salaires mais également de mettre en place une véritable politique sociale pour combattre le taux d’épargne record des chinois qui freine la consommation. Ainsi Patrick Artus s’est aperçu que les hausses régulières du SMIC chinois (15 % en moyenne par an) ne permettent pas de soutenir la consommation car le taux d’épargne continue d’augmenter. L’économiste de Natixis précise que cette hausse est également liée au niveau élevé de l’immobilier en Chine, qui nécessite d’épargner de nombreuses années avant d’être en capacité de se porter acquéreur d’une maison ou d’un appartement.

 

A la croisée des chemins

 

L’autre difficulté pour la Chine, liée à la hausse de ses salaires et donc de ses coûts salariaux, reste la question de la compétitivité. Ainsi de nombreuses entreprises cherchent à minimiser leurs coûts de production. Une trop forte augmentation des salaires les incitera à délocaliser leur production vers le Vietnam ou l’Afrique. Pour rester compétitive tout en augmentant ses salaires, la Chine peut opter pour une stratégie de montée en gamme de sa production comme elle y est parvenue avec CSR Corporation Limited ou Comac. Actuellement l’économie chinoise a cependant des difficultés à élargir cette stratégie puisque le niveau de sophistication de l’économie chinoise augmente très peu .

Une autre solution reste bien entendu de mettre en place une politique protectionniste pour obliger les entreprises désirant accéder au marché chinois à produire en Chine. La lutte contre les inégalités de revenus apparait également stratégique dans la mesure où l’analyse keynésienne montre que ce sont les plus bas revenus qui ont la propension marginale à consommer la plus élevée. Encore une fois cette analyse est à relativiser dans le contexte chinois, où la hausse des revenus se traduit avant tout par une hausse du taux d’épargne.

« Des augmentations régulières de salaire, accompagnées d’une véritable politique de prestations sociales semblent être indispensables pour libérer une consommation intérieure qui ne contribue qu’à un tiers du PIB contre plus de la moitié dans la plupart des économies occidentales.»

Ainsi, la Chine semble bien être à la croisée des chemins. Pour retrouver sa place de leader de l’économie mondiale, il sera nécessaire à la Chine de changer de modèle et de ne plus compter uniquement sur la consommation extérieure pour développer son économie. Des augmentations régulières de salaire, accompagnées d’une véritable politique de prestations sociales semblent être indispensables pour libérer une consommation intérieure qui ne contribue qu’à un tiers du PIB contre plus de la moitié dans la plupart des économies occidentales. Mais l’économie mondiale est en perpétuel mouvement et une hausse des salaires en Chine, favorisera à n’en pas douter des délocalisations. La Chine saura-t-elle se montrer plus ferme que les occidentaux en se dotant d’une véritable politique protectionniste ? Il ne s’agirait bien sûr pas d’une politique de sous-évaluation du yuan, qui crée des déséquilibres dont la Chine pourrait bien être la principale victime, même si elle tente actuellement de transformer ses réserves monétaires en dollars ou en euros dans des biens tangibles. Le véritable défi de la Chine sera avant tout de mettre fin à la politique de l’Etat prédateur, qui a offert le pouvoir aux entreprises transnationales.

 

Ces décisions seront nécessaires si la Chine souhaite conserver assez longtemps les rênes de l’économie mondiale. Car un autre géant s’est engouffré dans ses pas : l’Inde, son rival historique, avec lequel elle s’est disputée la tête de l’économie mondiale du 1er siècle jusqu’à la révolution industrielle.

 

 

Theux

 

 

NB: Cet article a été publié dans RAGEMAG


Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Horror (samedi, 14 décembre 2013 08:17)

    Excellent article qui résume très bien le virage en épingle amorcée par la Chine sous l'impulsion du seul "petit timonier" libéral Deng Xiaoping qui a lutte toute sa vie politique contre la frange maoïste qui avait mené le pays a son État "tiers mondiste" d'alors.

    Après son exceptionnelle remontée, la Chine fait face a de nouveau défis amplifiés par les crises extérieures de l'ouest, celle du passage d'un marche extérieur a un marche intérieur qui est long et complexe a mettre en place.
    C'est pour cela que la Chine a massivement racheté la dette US et Europe pour soutenir ses principaux marchés a une époque ou le risque était réel pour eux tous. Cela fait un moment maintenant que la Chine n'injecte plus rien ou presque dans les émissions nationales. Cela fait un moment aussi que la Chine investit massivement en physique à l'extérieur en achetant des sites de production ou d'exploitation de mp qu'elle draine pour son compte, en rachetant des entreprises, en investissant dans l'immobilier. Cela fait également un moment que l'atelier du Monde sous traite une partie de sa production a ses voisins, Vietnam en tête.
    La crise mondiale a freiné le plan chinois qui comptait sur la vitesse de sa croissance et de son marche extérieur pour offrir une transition plus soft vers le marche intérieur en faisant progressivement monter une classe moyenne tiree par quelques entrepreneurs ultra riches (eh oui, c'est comme ça que ça fonctionne).
    Sauf que la contraction du marche extérieur + politique sociale (plus contraignante avec la baisse de la croissance) + bulle immobilière sont un frein a la montée de la classe moyenne et donc au passage vers un marche interne.
    De plus les chinois qui sont de grands planificateurs ont sur le carreau des dizaines de milliers de jeunes hyper formes mais sans emplois ou sans emploi correspondant a leur qualification. Ces candidats a l'ascenseur social restent bloqués a l'étage au dessous générant un gronde sourde d'autant plus grande et dangereuse qu'elle risque d'être sacrifiée, le flux de candidats derrière ne se tarissant pas. Ça manifeste beaucoup plus que l'on ne l'imagine en Chine mais réprouve avec l'efficacité et la discrétion des années passées.
    Encore une fois très bon article comme quoi tout peut arriver!