mar.

28

janv.

2014

Lâchez les Freins, par Samuel Gontier (Télérama)

Excellente chronique de Samuel Gontier dans le dernier Télérama (25 janvier 2014) dont nous vous invitons à découvrir les articles sur son blog, Ma vie au post (ici).

 

 

"Evenement très positif", "dispositif ambitieux", "vraie cohérence"... Avec son "pacte de responsabilité", François Hollande a provoqué un choc d'unanimité. Au sortir de sa conférence de presse, les experts en économie prennent son "virage social-démocrate" sur les chapeaux de roue. "On va avoir un nouveau dispositif d'allégement du coût du travail!" félicite François Langlet sur France 2. "C'est une révolution!" applaudit Nicolas Bouzou sur i>Télé - dont le bandeau annonce "moins de charges, plus d'économies et la fin des impôts". Sur BFM TV, Nicolas Doze exalte "la politique de l'offre totalement assumée", Thierry Arnaud s'extasie pour "les réductions de dépense publique de plusieurs dizaines de milliars de dollars" (sic). C'est l'Amérique. "Le pacte de responsabilité est le seul moyen de sauver le modèle social français ! " assure Emmanuel Lechypre, éditorialiste du soir. "Le président s'apprête à faire trois fois mieux que Nicolas Sarkozy!, s'émerveille celui du matin, Nicolas Doze. J'aurais pu écrire moi-même le discours de François Hollande." Et François Hollande le remplacerait sur BFM Business ?

Si la fin des cotisations familiales payées par les entreprises est une bénédiction, le financement de cette géniale mesure inquiète. "C'est THE problème" selon Nicolas Doze. "Ca reste tres nébuleux" pour François Langlet. "Quoi qu'il arrive, il faut beaucoup diminuer la dépense publique", rappelle Nicolas Bouzou. Heureusement, "le président a la volonté d'attaquer la dépense sociale" salue Nicolas Doze. "Ce qui est très bien, c'est l'idée de fusionner les Régions, admire Nicolas Bouzou. Enfin ! Enfin ! On va fusionner la Haute et la Basse Normande, ce qui n'a bien évidemment aucun sens !" Euh... Pardon, ça a du sens ou non de fusionner les Normands ? En dehors de cette confusion, le seul "mauvais point" décerné au président de la République concerne les "contreparties" demandées aux entreprises.

Nicolas Doze dénonce la volonté de "fliquer les promesses de créations d'emplois". Pour son confrère d'i>Télé, cette partie du pacte rappelle celui de Varsovie. "J'avais l'impression d'être en Hongrie en 1955". Ca nous laisse un an avant l'intervention des chars russes. "Un pacte entre l'Etat et les entreprises, ça n'a pas de sens! , s'emporte Nicolas Bouzou. On n'est pas dans un jeu de marchands de tapis ! Mais le pacte de responsabilité globalement, est une très bonne idée." A condition que ce ne soit pas un pacte et qu'il n'engage aucune responsabilité.

Grâce à la très bonne idée de son président, le redessement de la France paraît donc assuré.


Jusqu'à ce que, le même soir, Emmanuel Lechypre pulvérise l'euphorie ambiante.

"Ca y est, dans plusieurs grandes villes, on est passé de 80 à 70 kilomètres-heure autorisés sur les périfs", lance la présentatrice de BFM TV. "Cette décision coûte cher en croissance et en emplois, attaque le chroniqueur. Si l'on en croit ses zélateurs, elle a un triple avantage : moins de pollution, de bruit, d'embouteillages. Mais d'après certains experts, les statistiques montrent que, quand on réduit la vitesse, ce n'est pas le temps de trajet qui augmente mais la longueur moyenne des trajets qui diminue."

Une perte de mobilité dramatique si la réduction de la vitesse limite était généralisée à toutes les routes, selon les mystérieux "experts" aux "statistiques" stupéfiantes. "On réduit le rayon d'action des français, grosso modo de 23%, rapporte Emmanuel Lechypre, ce qui coûte la bagatelle de 39 milliards d'euros par an ! C'est considérable."  Monstrueux. "Le pire, c'est qu'on ne s'arrête pas là, embraye le chroniqueur. Il y a 30 250 000 véhicules qui vont moins rouler, ça fait 49 milliards de kilomètres en moins par an." Résultat, "une économie de 10 milliards" pour les automobilistes... soit un manque à gagner de 10 milliards pour les industries automobile et pétrolière ! Seul avantage de la mesure, "avec la réduction des accidents de la route, on économiserait 200 millions d'euros... Deux cents fois moins que le coût de la perte d'activité induite!" Ridicule. "Attention, tempère Emmanuel Lechypre, le prix de la vie sur la route, ça ne se discute pas. Mais c'est quand même bien de le connaître." De savoir qu'il ne vaut pas triplette.

 

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Commentaires : 1
  • #1

    sasoeur (mercredi, 29 janvier 2014 12:27)

    édifiant ! drôle d'article dans télérama... c'est qui ce blogueur sinon ?