mer.

26

mars

2014

Municipales 2014 : Non, l’écart entre le Front National et le Front de Gauche ne s’est pas accru !

Hier, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’une diatribe cinglante à l’égard des médias, coupables selon lui d’avoir surmédiatisé le score du Front National lors du premier tour des élections municipales de 2014. Afin de s’apercevoir du bien fondé de cette initiative, nous avons établi un comparatif statistique dans les plus grandes villes de France où une opposition FN – FDG était en place.

Précisons au passage que nous n’avons pas retenu le terme Front de Gauche pour les personnes ayant rejoint le PS. En revanche nous l’avons retenu pour les alliances entre le Parti de Gauche et EELV.

 

A l’arrivée les villes retenues ont été les suivantes : Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Antibes, Avignon, Besançon, Béziers, Bordeaux, Boulogne-Billancourt, Brest, Caen, Calais, Cannes, Clermont-Ferrand, Courbevoie, Dijon, Grenoble, Issy-les-Moulineaux, La Rochelle, La Seyne-sur-Mer, Le Havre, Le Mans, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Mulhouse, Nancy, Nantes, Nice, Nîmes, Noisy-le-Grand, Orléans, Paris, Pau, Perpignan, Poitiers, Quimper, Reims, Rennes, Roubaix, Rouen, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulon, Toulouse, Tourcoing, Tours, Vénissieux, Villeneuve-d'Ascq, Villeurbanne.

 

Cette étude est donc loin d’être exhaustive puisque les communes rurales ne sont pas prises en compte tout comme les communes, où l’affrontement FN-FDG n’a pas eu lieu. Cela prive le Front de Gauche de belles performances comme à Aubervilliers (32,9 %) ou à Saint-Denis (40,2 %). Dans le même temps le Front National se voit privé de ses performances à Forbach (35,7 %) ou à Carpentras (34,4 %).

 

Cependant, elle permet tout de même de donner une tendance dans l’évolution du choix des électeurs. Or l’analyse des résultats confirme la version de Jean-Luc Mélenchon, c'est-à-dire que l’écart entre le Front National et le Front de Gauche ne s’est pas accru. En effet, sur l’ensemble des villes étudiées, l’écart moyen entre le Front National et le Front de Gauche est de + 6,6 points en faveur du parti de Marine Le Pen. Lors de la présidentielle cette dernière avait devancé Jean-Luc Mélenchon de + 6,8 points. Il s’agirait donc bien plus d’une stabilisation que d’un accroissement de la domination du Front National.

« Sur l’ensemble des villes étudiées, l’écart moyen entre le Front National et le Front de Gauche est de + 6,6 points en faveur du parti de Marine Le Pen. Lors de la présidentielle cette dernière avait devancé Jean-Luc Mélenchon de + 6,8 points. »

Cette performance est d’autant plus intéressante pour le Front de Gauche, que ce parti n’a pas mis au point une stratégie particulièrement brillante pour ces municipales. En effet, le ralliement du PCF au PS dans de nombreuses villes a créé une confusion et une division handicapantes.

 

Car l’union fait la force comme l’ont montré les résultats prometteurs des alliances entre le Parti de Gauche et EELV. Jugez plutôt : 29,4 % à Grenoble, 15,8 % à Villeurbanne, 15,3 % à Poitiers et 15,1 % à Rennes. Cette stratégie ne constitue bien évidemment pas une assurance tous risques comme le cas de Perpignan l’a montré (5,7 %) mais il montre la direction à prendre.

 

Il restait ensuite à mieux cerner le type d’électorat que le Front de Gauche était parvenu à séduire. Le risque couru  étant que ce parti ne devienne un parti de « Bo-Bo » complètement coupé de la réalité des classes populaires dont le Front National se poserait alors en seul défenseur.

 

Dans ce combat, les résultats sont contrastés. Le Front de Gauche boit certes le bouillon à Roubaix (Plus fort taux de chômage des villes évoquées), Tourcoing (3e taux de chômage), Béziers(4e), Mulhouse(5e) ou Avignon (6e) avec des écarts respectifs allant de 21 points à 51 points, mais il inverse la tendance à Calais (2e), Vénissieux (8e) et au Havre (9e) avec des écarts allant de 3 à 18 points.

 


« Le Front de Gauche semble donc toujours en retard sur le Front National dans la conquête des classes populaires mais il ne semble pas laminé alors que les incohérences du PCF auraient pu provoquer cet effet. »

Le Front de Gauche semble donc toujours en retard sur le Front National dans la conquête des classes populaires mais il ne semble pas laminé alors que les incohérences du PCF auraient pu provoquer cet effet.

 

En considérant les 10 meilleurs scores du Front National, on arrive à une place moyenne de taux de chômage de 16.8 et de 12.6 pour les 5 premières. En face le Front de Gauche est à 23.1 pour ses 10 meilleurs scores et à 20.0 pour ses 5 meilleurs scores. Le Front National reste donc globalement en avance sur le Front de Gauche dans les villes fortement touchées par le chômage mais le Front de Gauche reste dans la course.

 

Il importe cependant de rester vigilant car si l’on s’intéresse aux écarts créés entre le FN et le Front de Gauche, on s’aperçoit qu’il est particulièrement important dans les villes fortement touchées par le chômage. Ainsi les 10 plus gros écarts entre FN et FDG donnent une place moyenne en taux chômage de 14.6. Les 5 premiers donnent un résultat de 15.2, ce qui atténue ce constat.

Enfin, l’addition des scores du FN et du FDG donne des résultats similaires avec une place moyenne de 16.0 pour les plus 10 gros cumuls et de 14.4 pour les 5 plus gros cumuls.

 

En conclusion, il semble donc que malgré les divisions et la confusion créée par le ralliement du PCF en faveur du PS dans certaines villes, le FDG ne s’en sorte pas si mal que cela. La bataille des classes populaires ne pourra, cependant, se gagner qu’à la condition expresse d’adopter un discours plus clair. Et l’on repense inévitablement au dernier livre d’Aurélien Bernier qui préconise aux dirigeants du Front de Gauche d’adopter un discours de rupture totale avec l’UE, permettant de retrouver sa souveraineté nationale et sa politique budgétaire et monétaire, nécessitant une sortie de l’euro. Le protectionnisme, comme dernière arme de protection contre les dumpings fiscaux, sociaux et environnementaux, doit également être assumée et affichée. Faute de quoi, le Front National n’aura plus véritablement de rival sur la scène nationale et poursuivra sa marche en avant avec tout ce que cela comporte en termes de régression.


Theux

Retrouvez ci-dessous le tableau récapitulatif des résultats:

 

Ville

FN

PG

Taux chômage

Ecart FN - PG

Classement

FN + PG

Roubaix

19,3

4,1

21,4%

15,2

1

23,4

Calais

12,5

22,6

17,5%

-10,1

2

35,1

Tourcoing

17,5

4

17,4%

13,5

3

21,5

Béziers

44,9

6,3

17,3%

38,6

4

51,2

Mulhouse

21,9

3,1

16,5%

18,8

5

25

Avignon

29,6

12,5

16,3%

17,1

6

42,1

Nîmes

21,8

12

15,2%

9,8

7

33,8

Vénissieux

11,7

30,5

15,0%

-18,8

8

42,2

Le Havre

13,4

16,4

15,0%

-3

9

29,8

Montpellier

13,8

7,6

14,7%

6,2

10

21,4

Cannes

14,7

3,4

14,7%

11,3

11

18,1

Perpignan

34,2

5,7

14,3%

28,5

12

39,9

Toulouse

8,2

5,1

14,3%

3,1

13

13,3

Amiens

15,5

8,9

14,2%

6,6

14

24,4

Lille

17,2

6,2

13,9%

11

15

23,4

Le Mans

15,2

9,1

13,8%

6,1

16

24,3

Marseille

22

6,5

13,6%

15,5

17

28,5

Saint-Etienne

18,3

4,2

13,5%

14,1

18

22,5

La Rochelle

8,5

3,8

13,4%

4,7

19

12,3

Angers

6,7

2,1

13,2%

4,6

20

8,8

Nantes

8,1

5

13,0%

3,1

21

13,1

Bordeaux

6,1

4,6

12,9%

1,5

22

10,7

Caen

7,3

5,8

12,6%

1,5

23

13,1

La Seyne-sur-Mer

26,3

3,2

12,6%

23,1

24

29,5

Orléans

10,3

8,3

12,5%

2

25

18,6

Rouen

13,4

5,3

12,4%

8,1

26

18,7

Strasbourg

10,9

4

12,1%

6,9

27

14,9

Toulon

20,5

4

12,0%

16,5

28

24,5

Pau

6,7

5,3

12,0%

1,4

29

12

Limoges

17

14,2

11,9%

2,8

30

31,2

Metz

21,3

3,6

11,8%

17,7

31

24,9

Tours

12,9

8,4

11,7%

4,5

32

21,3

Reims

16

3,4

11,7%

12,6

33

19,4

Antibes

20,7

7,2

11,7%

13,5

34

27,9

Brest

9,8

8,2

11,7%

1,6

35

18

Besançon

11,8

7,1

11,6%

4,7

36

18,9

Clermont-Ferrand

12,7

11,5

11,5%

1,2

37

24,2

Nice

15,6

5,4

11,2%

10,2

38

21

Villeneuve-d'Ascq

14,5

6,2

11,2%

8,3

39

20,7

Villeurbanne

17,5

15,8

11,1%

1,7

40

33,3

Quimper

8,4

5,8

11,0%

2,6

41

14,2

Grenoble

12,6

29,4

10,7%

-16,8

42

42

Rennes

8,4

15,1

10,6%

-6,7

43

23,5

Poitiers

12

15,3

10,6%

-3,3

44

27,3

Paris

6,3

4,9

10,6%

1,4

45

11,2

Lyon

12,2

7,6

10,4%

4,6

46

19,8

Dijon

12,7

4,7

10,2%

8

47

17,4

Nancy

6,9

5,4

10,0%

1,5

48

12,3

Aix-en-Provence

10,4

4,8

9,6%

5,6

49

15,2

Noisy-le-Grand

13,7

10,4

9,0%

3,3

50

24,1

Boulogne-Billancourt

6,2

3,4

7,8%

2,8

51

9,6

Courbevoie

7,4

3,4

7,5%

4

52

10,8

Issy-les-Moulineaux

5,4

7,3

7,2%

-1,9

53

12,7

 
   

NB:

- Les cellules coloriées en vert indiquent un accord entre EELV et le FDG

-FN = score réalisé par le FN

-PG = Score réalisé par le Parti de Gauche et ses alliés

-Taux de chômage = Taux de chômage au 31/12/2010

-Ecart FN - PG = Ecart entre le score réalisé par le FN et celui réalisé par le PG. En rouge si le score FN est supérieur à celui du PG et en vert si c'est l'inverse.

-Classement = Classement des villes par taux de chômage par ordre décroissant

-FN + PG = Cumul du score du FN et du score PG

 

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