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15

avril

2014

L'oligarchie prend le pouvoir (Paul Krugman)

Il apparait très probable que « Le Capital au 20e siècle », l’imposant opus de l’économiste français Thomas Piketty, sera le livre économique de l’année et peut-être même de la décennie. Monsieur Piketty, sans doute le plus grand expert mondial des inégalités de revenus et de patrimoine, fait plus que mettre en évidence la concentration croissante des revenus dans les mains d’une élite économique restreinte. Il offre également une démonstration puissante d’un retour de nos économies vers un « capitalisme patrimonial », dans lequel la domination économique s’effectue non seulement par la richesse, mais également par la richesse reçue en héritage, où la naissance importe plus que le mérite et le talent.

« Comme M.Piketty le remarque, « le risque d’une dérive vers un système oligarchique est réel et ne laisse que peu de raisons d’être optimiste. » »

« La domination du capital, qui peut être le fruit d’un héritage, sur le travail est le principe même du capitalisme patrimonial. »

Pour être exact, M. Piketty précise que nous ne sommes pas encore tout à fait parvenus à ce stade. Jusqu’à présent, l’enrichissement du premier pourcentage des américains les plus aisés a été davantage tiré par les salaires des dirigeants d’entreprise et les bonus plutôt que par les revenus de placement, qui sont bien souvent le fruit d’un héritage. Mais 6 des 10 américains les plus riches sont des héritiers et non des entrepreneurs ayant atteint seuls cette position, et les enfants des élites économiques actuelles démarre dans la vie avec des immenses privilèges. Comme M.Piketty le remarque, « le risque d’une dérive vers un système oligarchique est réel et ne laisse que peu de raisons d’être optimiste. »

 

En effet, en se montrant moins optimiste, il suffit d’observer la manière dont de nombreux hommes politiques américains se comportent envers l’oligarchie américaine naissante, au point que l’un des deux principaux partis politiques du pays semble désormais engagé dans la défense des intérêts de cette oligarchie.

 

En dépit des efforts frénétiques de certains républicains pour prétendre le contraire, la plupart des gens réalise que le Parti Républicain actuel favorise les intérêts des riches sur celui des familles ordinaires. Je suspecte, cependant, que peu de gens ait conscience à quel point ce parti favorise les revenus du capital sur les revenus du travail. Et la domination du capital, qui peut être le fruit d’un héritage, sur le travail est le principe même du capitalisme patrimonial. Pour illustrer mes propos, analysons les politiques menées actuellement et les propositions politiques. Il est généralement admis que Georges W.Bush a fait tout son possible pour réduire l’imposition des plus riches, et que les baisses d’impôts accordées aux classes moyennes étaient la plupart du temps le résultat de défaites politiques. Il est pourtant nettement moins souvent admis que les principales réductions d’impôts ont largement plus bénéficié aux actionnaires et aux grands héritiers qu’aux hauts salaires. En vérité, la tranche d’imposition sur les salaires la plus élevée a été réduite de 39,6 % à 35 %. Pendant ce temps l’imposition des dividendes est passée de 39,6 %, puisqu’ils étaient considérés comme des revenus classiques, à 15 % et l’impôt sur les successions a été purement et simplement supprimé.

 

« En 1979 le pourcentage des ménages les plus riches possédait 17 % des revenus d’entreprises. En 2007, il possédait 43 % des revenus d’entreprise, et 75 % des gains du capital. Pourtant cette petite élite est adorée des républicains et fait l’objet de la majeure partie de son attention politique. »

« La plupart des conservateurs vivent dans une bulle intellectuelle de think tanks et de médias captifs qui sont financés par une poignée de magnats. »

Certaines de ces règles d’imposition ont été supprimées par le président Obama, mais l’essentiel est de bien comprendre que les réductions d’impôt des années Bush ont été principalement dirigées vers la réduction des impôts sur les revenus du capital. Et lorsque les Républicains ont repris l’une des chambres du Congrès, ils sont promptement arrivés avec un plan basé sur l’élimination de l’imposition sur les intérêts des placements, les dividendes, les plus-values et les successions. Si ce plan était appliqué, une personne vivant uniquement d’une richesse dont il aurait hérité ne s’acquitterait n’aucun impôt fédéral.

 

Cette inclinaison politique envers les intérêts du patrimoine se reflète dans une inclinaison rhétorique, où les républicains sont tellement préoccupés à faire l’apologie des « créateurs d’emplois » qu’ils oublient de mentionner les travailleurs américains. Ainsi en 2012 Eric Cantor, leader de la majorité de la chambre des représentants, a écrit un Tweet en l’honneur des propriétaires d’entreprise le jour de la fête du travail. Plus récemment, M. Cantor a rappelé à ses collègues républicains que la plupart des américains ne travaillaient pas pour leur propre compte, ce qui faisait au moins une bonne raison d’attaquer Obama, sur son supposé dénigrement des entrepreneurs qui détruirait l’esprit d’entreprise.

 

En fait non seulement la plupart des américains ne possèdent pas leur propre affaire, mais les revenus d’entreprises, et plus généralement les revenus du capital, se concentrent de plus en plus dans les mains d’un nombre restreint de personnes. En 1979 le pourcentage des ménages les plus riches possédait 17 % des revenus d’entreprises. En 2007, il possédait 43 % des revenus d’entreprise, et 75 % des gains du capital. Pourtant cette petite élite est adorée des républicains et fait l’objet de la majeure partie de son attention politique.

 

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? En fait, il faut garder à l’esprit que les frères Koch sont nombreux parmi les 10 américains les plus riches ; auxquels s'ajoutent les quatre héritiers Wal-Mart. Les grandes richesses achètent une grande influence politique et pas uniquement en raison du financement des campagnes. La plupart des conservateurs vivent dans une bulle intellectuelle de think tanks et de médias captifs qui sont financés par une poignée de magnats. Logiquement, les personnes évoluant à l’intérieur de cette bulle ont tendance à adopter, instinctivement, l’idée selon laquelle ce qui est bon pour les oligarques est bon pour l’Amérique.

 

Comme je l’ai déjà suggéré, les résultats peuvent parfois apparaître comiques. Le point crucial dont il importe de se rappeler, cependant, est que les personnes à l’intérieur de cette bulle ont énormément de pouvoir, qu’ils exercent en faveur de leurs patrons. Et la dérive vers l’oligarchie continue.

 


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Commentaires : 9
  • #1

    Hermann (jeudi, 17 avril 2014 13:18)

    Le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches...
    Un sénateur sur deux est millionnaire aux Etats Unis !

  • #2

    Julie (samedi, 19 avril 2014 16:50)

    Et que pense krugman de Jacques Attali ?

  • #3

    Horror (dimanche, 20 avril 2014 09:39)

    Piketty, le chargé de TD qui murmurait à l'oreille des nuls en économie que sont les caciques du PS.
    On voit le résultat aujourd'hui du sus aux riches et aux entreprises. Ne jamais oublier l'adage :
    "Quand les riches maigrissent, ce sont les pauvres qui meurent".
    L'axiome se vérifie parfaitement sous nos yeux.

  • #4

    Tracasse (dimanche, 20 avril 2014 12:49)

    Oui mais quand les riches grossissent, les pauvres vont ils mieux, cher horror ?

  • #5

    Horror (mardi, 22 avril 2014 10:49)

    Allez on va faire hurler un peu ici.
    La population peut se diviser en 2 catégorie et on ira un peu plus large que le Riche et le Pauvre.
    Il y a, ceux rares et précieux pour une Nation car ils en sont les moteurs, que sont les investisseurs et les entrepreneurs. On les appellera les Créateurs de Valeur.
    Il y a les autres, bien plus nombreux, qui se "contentent" de vendre leur force de travail aux premiers.
    Autant les premiers sont autonomes et susceptibles d'aller voir ailleurs (ils trouveront les seconds partout) si on les empêche d'avancer ou s'ils jugent que le degré de spoliation (analyse entre le risque pris et la ponction Etatique pour faire simple) est trop élevé.
    Autant les seconds sont archi dépendants des premiers et incapables pour la plupart ou de rentrer dans la catégorie des premiers ou de s'exporter.

    La problématique est là, sans Premiers pas de boulot pour les Seconds, alors que l'inverse n'est pas vrai, les Premiers mobiles pouvant trouver des Seconds partout ou ils décident d'aller. On n'est pas sur un problème de répartition de richesses sur lequel vous semblez bloquer (même si cela peut ponctuellement exister mais qui reste mineur), on est sur un problème pour préserver les moteurs plutôt que de les faire fuir.

    Le choix est alors d'accepter ou pas de côtoyer des personnes outrageusement riches mais qui fourniront un emploi aux nombreux seconds qui sont en demande, ou de le refuser et d'avoir un % important de Seconds sans emploi et une pression salariale importante sur ceux qui en ont, la denrée emploi étant devenue rare et demandée.
    C'est tout ce que signifie ce vieux proverbe chinois que l'on ne pourra donc taxer de capitaliste.

  • #6

    frederichlist (mardi, 22 avril 2014 11:50)

    Ah... sacré Horror ; ça fait plaisir de te lire. J'ai beaucoup aimé le 'Créateur de Valeur' avec des Majuscules. Un peu comme pour Moïse, ou Bouddha...

  • #7

    Horror (mercredi, 23 avril 2014 11:04)

    Mais tu n'as pas complètement tort, sans bergers les moutons se font dévorer.
    Et sur le fond, rien de neuf?

  • #8

    frederichlist (mercredi, 23 avril 2014 11:52)

    sur le fond, nous connaissons nos positions respectives... sachant 1) que tu viens sur ce blog faire le spectacle (ce qui ne manque pas d'un certain charme, je l'admets), et 2) qu'il y a peu de chance de te convaincre, j'optai hier pour une réponse brève et superficielle.

  • #9

    Horror (lundi, 28 avril 2014 08:48)

    Quel courage!
    Donc si je te comprends bien, si tu n'as aucune chance de me convaincre tu ne t'abaisses pas à débattre.
    D'aucuns pourraient penser que tu n'as pas d'arguments pour le faire, d'autres que tu es dans le seul prêche!