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18

avril

2014

Analyse du vote des habitants des zones périurbaines (Violaine Girard)

La sociologue, Violaine Girard, était l’invitée de l’association des Amis du Temps des Cerises, le jeudi 17 avril à Clermont-Ferrand. L’occasion de revenir sur ses travaux étudiant les trajectoires des ménages populaires des banlieues d’agglomération vers des territoires périurbains puis d’analyser le positionnement politique de ces habitants.

 

Depuis les années 1970/1980, beaucoup de ménages des classes populaires vivent en dehors des quartiers populaires et s’installent notamment dans des zones périurbaines. Ce phénomène a été favorisé par l’accès à la propriété de ces ménages mais également par une forte volonté politique.

 

 « Dans un contexte de fortes transformations, l’accès à la propriété est un symbole très fort d’affirmation pour les ménages des classes populaires. »

En France, Valéry Giscard d’Estaing appelait les Français à devenir propriétaire dès les années 70. Plus récemment Nicolas Sarkozy voulait faire passer le taux de propriétaires de 58 % à 70 %. Ces mots d’ordre ne sont cependant pas nouveaux.

 

Ainsi dans le Portugal des années 30, le régime de Salazar voulait mettre fin à la crise du logement en construisant des logements à destination des classes populaires. Le problème est que les prix d’accès à ces logements étaient beaucoup trop élevés pour des ouvriers, en particulier ceux du textile très nombreux au Portugal.

 

En France, dès les années 50, la reconstruction s’engage en France avec la mise en place d’une aide privée au logement. Viendront ensuite les grands programmes de construction des logements collectifs. Les hauts-fonctionnaires s’interrogent alors sur la question du logement des classes populaires dans des conditions décentes afin d’apporter une réponse à la mauvaise qualité de l’habitat de banlieue.

 

Progressivement, l’Etat va ensuite se dégager de l’aide à la pierre pour la remplacer par l’aide à la personne. On assiste en réalité à une solvabilisation des ménages. Pierre Bourdieu analysera cette évolution comme un désengagement progressif de l’Etat au profit d’une logique de marché.

Dans un contexte de fortes transformations, l’accès à la propriété est un symbole très fort d’affirmation pour les ménages des classes populaires. Au milieu des années 80, près d'un ouvrier sur deux est propriétaire de son logement. Il s’agit de l’apogée du taux de propriétaire chez les ouvriers, puisqu’une baisse s’ensuivra en raison d’une hausse de la précarité chez les ouvriers et d’un accroissement du prix du foncier.

 

 

Proportionnellement, les ouvriers vont naturellement plus se diriger vers les territoires périurbains où les prix sont plus cléments. Ce mouvement de périurbanisation de la classe ouvrière s’explique également par le mouvement identique réalisé par les industries sur le territoire français. En effet, en France, les zones périurbaines constituent le seul endroit où l’emploi industriel progresse.

 

 

Violaine Girard, s’est intéressée plus particulièrement à une zone périurbaine située dans le sud-est de la France à une quarantaine de kilomètres d’une grande agglomération française. Il s’agit d’un grand parc d’activité industrielle : La Riboire. Il reflète bien la nouvelle forme de l’industrie française puisque le parc se compose de nombreuses activités industrielles loin de la mono-industrie que l’on peut retrouver dans des zones comme Sochaux.


« Le mouvement de périurbanisation de la classe ouvrière s’explique également par le mouvement identique réalisé par les industries sur le territoire français. En effet, en France, les zones périurbaines constituent le seul endroit où l’emploi industriel progresse. »

« Les travaux de Violaine Girard montrent qu’un certain nombre d’ouvriers de droite vont se radicaliser en faveur du votre FN en 2012 avec la déception constituée par le mandat de Nicolas Sarkozy ».

Sur ce territoire de La Riboire, la part d’ouvriers et d’employés est particulièrement importante. L’analyse des chiffres de l’INSEE montre que la baisse de l’emploi ouvrier dans l’emploi salarié est essentiellement liée à la baisse des ouvriers non-qualifiés. On observe également des trajectoires de progression de certains ouvriers qualifiés qui deviennent des techniciens intermédiaires. On remarque donc une progression de la qualification de la classe ouvrière. Cette catégorie socio-professionnelle (CSP) montre également des évolutions contrastées. Ainsi elle est à la fois la CSP où le taux de chômage est le plus élevé et celle où les progressions de carrière sont les plus rapides.

 

Ces observations mettent sérieusement en doute les analyses de Christophe Guilluy qui indiqueraient que l’ensemble de la classe ouvrière se précariserait. En 2012, toute une série d’études parues dans la presse accréditaient la position de Christophe Guilluy en montrant que le vote FN était surreprésenté dans les zones périurbaines, c'est-à-dire dans les territoires situés de 30 à 50 kilomètres des grandes agglomérations. L’idée sous-jacente étant que le départ de ménages modestes des banlieues vers des zones périurbaines serait à l’origine d’une fracture sociale entre ces territoires.

 

Un raccourci est effectué puisque les zones périurbaines ne sont pas uniquement composées de ménages populaires. Nous ne sommes donc pas sûrs que le vote en faveur du FN soit lié à ces classes populaires. Ce qui est certain est que ces classes populaires s’abstiennent massivement. Les médias oublient également la question de l’emploi et des conditions de travail autour desquels se forme le vote politique.

 

Les classes populaires du territoire de La Riboire voient souvent les entreprises comme des entreprises familiales. On est bien éloignés des grandes forteresses ouvrières et des grandes multinationales. Les promoteurs de ce parc d’activités vantent ce territoire comme un lieu où règne un excellent climat social c'est-à-dire où les salariés ne sont pas revendicatifs ou contestataires. L’historien Xavier Vigna a ainsi montré que le déclin des organisations syndicales ont précipité la démobilisation politique des ouvriers. Ces considérations ont également été absentes des analyses médiatiques conduites en 2012 sur les comportements de vote des habitants des zones périurbaines.

 

Les travaux de Violaine Girard montrent qu’un certain nombre d’ouvriers de droite vont se radicaliser en faveur du votre FN en 2012 avec la déception constituée par le mandat de Nicolas Sarkozy. Une défiance vis-à-vis de la classe politique apparait au sein des classes populaires, qui sont distantes des modes de fonctionnement des classes moyennes ou supérieures.

 

En conclusion, il apparait que les classes populaires sont sensibles à certaines idées pragmatiques, susceptibles de les faire basculer aussi bien vers la droite que vers la gauche. Ainsi s’ils rejettent le pouvoir politique, les politiques sociales trop généreuses qui mènent à l’assistanat et la trop forte imposition qui règne en France, ils dénoncent également les excès des grandes entreprises, de l’Europe et de l’évasion fiscale. L’histoire politique de chaque individu est également importante comme le déclin des grandes forteresses ouvrières et du syndicalisme.


Theux

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Commentaires : 3
  • #1

    Un passant (samedi, 19 avril 2014 16:46)

    Deux questions : sait-on combien de gens peuvent être comptabilisés comme périurbains ? Et en terme de votants ? Merci

  • #2

    AF30 (lundi, 21 avril 2014 22:11)

    les politiques sociales trop généreuses qui mènent à l’assistanat. Cette phrase dans le texte est particulièrement génante

  • #3

    Horror (mardi, 22 avril 2014 10:50)

    @ AF30
    En quoi est ce gênant d'exprimer un fait?