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avril

2014

Elections européennes : les Peuples sont-ils stupides ?

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Lors de chaque nouvelle consultation populaire, c'est la même rengaine :  les électeurs n'ont pas compris les enjeux du scrutin ; ou plus exactement, la seule loi économique digne d'être pédagogiquement expliquée aux bas du front : dans un "mond'globalizé", aucun pays ne s'en sortirait seul, et surtout pas la France...

Répétez...

- dans un monde globalisé....

- C'est bien, (à part) bande d'incapables... 

Bien, la deuxième strophe : hors de l'Union, hors de l'Euro, point de salut... Hors des justes règles de concurrence fiscale, sociale, commerciale entre états, le chaos, la guerre...

A vous...

- Euh... Hors de l'Union Européenne, hors de....

-Et c'est pourquoi, il faudra faire des sacrifices...

-Des sacrifices... Ah bon ?! Mais je croyais que...

-La France est minable...

-Mais non, je...

-Amen

 

Les citoyens ne votent plus... parce qu'on ne les informe plus. Parce que ce qu'ils entendent, ou lisent, ne leur donne pas les armes qui alimenteraient leurs doutes, et qui sait, les rendraient capables de remettre à plat certains des totems les plus chers aux intérêts économiques et symboliques dominants.

A quoi bon lire un canard, s'il dit la même chose que celui du voisin, ou que mon JT, ou encore que le torchon gratuit qu'on me donne chaque matin en allant au boulot... Entre une austérité de droite et une de gauche, s'il y a bien une certitude, c'est l'austérité... à quoi bon creuser l'affaire puisqu'elle a l'air entendue ?

 

Entendue par des experts, c'est vrai, dont le nombre et la panurgie jouent certainement plus que le crédit qu'il leur est accordé.

Mais gare ! Les experts ont changé, dit-on. Rien à voir avec ces hauts fonctionnaires ou grands patrons d'antan, prisonniers de leurs certitudes et de leur tour d'argent... Non. Aujourd'hui les experts sont au plus proche du terrain..., du genre Martine à la ferme.

Ils vivent dans "la vraie vie".

Comme Henri Pigeat par exemple, énarque, grand éditeur parisien, journaliste à ses heures perdues, et qui décidément ne comprend pas comment il est encore possible (et nous sommes au XXIème siècle vous en conviendrez !) de s'opposer à LA règle de la mondialisation...


Le conglomérat incestueux... Boouuhh !

Pourtant quelque chose cloche dans la tête des citoyens... La couleuvre est trop grosse... Malgré leur cécité crasse, due à leur rang de simples salariés ou de petits patrons de PME, l'Europe et la Mondialisation n'ont pas le vent en poupe.

Car enfin, si l'on y pense, la France n'a pas attendu l'Union Européenne à 28, ni l'€uro en 1999 pour être un pays prospère. Etrangement, sans même s'intéresser de près aux mécanismes monétaires ou commerciaux, il semble bien que certains choix des dernières décennies en la matière n'aient pas été parmi les plus judicieux... Et qu'il faut donc changer quelque chose. Voilà qu'aujourd'hui, tout un pan de la société française, (et la situation est semblable quasiment partout en Europe), s'appauvrit, concurrencé qu'il est par une main d'œuvre moins chère en Asie, au Maghreb, autant qu'à ses propres frontières, en Allemagne, en Espagne, pays dans lesquels le prix du travail a été diminué. Afin de financer cette baisse des salaires, l'Etat a réduit les taxes et impôts sur les entreprises, et de fait, a réduit la protection sociale envers les citoyens.

 

Et les gens s'interrogent :

 

"Agissons alors !

- Changer de politique ? Vous n'y pensez pas, imbécile ? Les règles du jeu sont européennes, tout le monde le sait. L'Union contrôle intégralement une politique monétaire rigoriste au service des intérêts économiques de l'Allemagne. La réduction de nos déficits est "surveillée"par la Commission. La France est "sommée" de faire des efforts, de payer enfin son tribut  à la crise...

-Son tribut ?

-Oui, c'est comme faire une offrande aux Dieux chez vous les pauvres gens...

- Mais avant...

-Avant, notre croissance était AR-TI-FI-CIELLE, gros bêta. Avec de l'inflation et des dévaluations...

- Mais alors les salaires augm..

-Eh vouis... que veux-tu, mais tu ne vas pas faire comme ces réactionnaires de pacotille qui ont peur du monde moderne...

-Non, je..

-Attention, tu te pétainises, mon ami...

 


Un discours poussiéreux presque en 2014, tant il sature les ondes depuis quarante ans, charriant avec lui l'espérance d'une France "normale". Profitons enfin de l'opportunité de la crise pour faire les réformes... Et alors vous verrez ...

 

On a vu...

Nicolas Doze et comparses tiennent aujourd'hui ce même discours de rigueur sacrificielle. Malgré les jérémiades néolibérales à propos des patrons méprisés, mal aimés, de cette France qui tombe, appeurée, dans le déni, arc-boutée sur un modèle social dépassé, eh bien... toutes les grandes réformes pro-entreprises ont été faites dans notre pays. Et le plus souvent, par le parti Socialiste. Insuffisant bien sûr car la liberté de l'argent est sans limite.

Face aux difficultés, les entreprises se plaignent...

Et les Peuples, eux, se braquent. L'Europe est une proie facile, entend-on... car certains de des problèmes nationaux préexistaient à l'Union.

C'est vrai.

L'Europe n'est pas la cause de tous nos maux... Pour autant, l'Europe est une question majeure et réelle en ce sens qu'elle limite la souveraineté nationale et donc l'exercice de la démocratie.

Qu'une économie nationale ait des difficultés est une chose ; qu'elle dépende des autres pour les résoudre en est une autre. Qu'elle ne dépende que des autres est terrifiant.

La propagande sur la paix, le bonheur, la réconciliation franco-allemande permanente ne suffisent plus. Depuis le rejet du traité constitutionnel de 2005 par référendum, puis son vote au parlement en 2008, les choses sont assez claires : l'Europe n'est pas négociable. Elle ne fait plus partie des domaines de compétences des citoyens.


 

Si les gens votent mal, c'est bien simple : qu'ils ne votent plus. En Europe comme partout, pour l'économie, il n'y a pas de plan B. Pourquoi donc, dans ce cas, faudrait-il que les gens votent ?

 

Viviane Reding (A propos du referendum sur la sortie de l'UE au Royaume-Uni) : Le fait est que, très souvent , je vois que la vérité est présentée de façon complètement déformée. Comment voulez-vous alors que les gens prennent une décision éclairée ? Ils ne le peuvent tout simplement pas.

 

Qu'en pense Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen du centre ?

 

 

Ce discours fataliste, fait évidemment le bonheur du grand patronat qui rêve lui, d'une Europe fédérale, sans entrave aucune à l'argent. Et, comme le patronat n'est pas (encore) un parti politique à part entière, il porte par l'intermédiaire de ses représentants, une voix plus directe quant à la marche à suivre : si la France n'est pas réformable, qu'elle soit mise sous tutelle !

 

Trop facile pour Le Pen.

On imagine que c'est avec de telles sorties, présonisant une mise sous tutelle, qu'en mai les citoyens se bousculeront dans les isoloirs et voteront bien sagement pour les partis "sérieux".

 

Chaque jour un peu plus, l'UMP, le centre et le PS, eurolâtres et libéraux, se rapprochent les uns des autres, offrant à voir le spectacle médiocre d'adversaires finalement très bons amis... et bien démunis face aux dénonciations permanentes de l'UMPS venues d'extrême droite, et dont tout le monde constate qu'elles sont largement fondées. La prochaine volée de bois vert reçue par le Parti Socialiste sera douloureuse. Elle sera méritée.

Le Front de Gauche, n'ayant pas terminé sa mue sur des questions aussi fondamentales que l'€uro ou la souveraineté nationale, (lire à ce propos le livre d'Aurélien Bernier) demeurera inaudible aux citoyens non ou peu politisés, malgré le combat essentiel contre les Traités Transatlantiques.

Petit à petit, les Nations se fragilisent en profondeur, laissant resurgir au devant de la scène des questions identitaires et ethniques, jusque là estompées. Sur un continent où la politique et l'économie sont cadenassées, laissées à une poignée d'experts bien placés, où la question sociale régresse, s'affirment différences et divisions en tout genre.


 

Antoine Lamnège

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Commentaires : 10
  • #1

    Guadet (mardi, 22 avril 2014 00:52)

    C'est vrai qu'en 2005 beaucoup n'ont pas dû comprendre grand chose : sinon il n'y aurait pas eu tant de oui.
    Un texte constitutionnel qui imposait une seule politique économique, empêchant toute réelle démocratie future, ça ne s'était vu que dans les pires tyrannies ; et vouloir que les peuples votent eux-mêmes la déchéance de leurs droits politiques, c'était le comble du gonflé.

  • #2

    Antoine Lamnège (mardi, 22 avril 2014 10:12)

    Il ne faut pas sous-estimer, à mon avis, le vote des plus vieux, pour qui être "anti-européen" est une aberration, tant l'Europe a selon eux construit la paix. Voilà du moins, un demi siècle qu'on le leur dit. (Ce qui n'est pas faux, mais qui est TRÈS exagéré).
    Ni sous-estimer la lenteur des changements de mentalité. La génération qui arrive est bien plus eurosceptique. L'utopie fédérale convainc encore sur les bancs des universités ou de sciences-po. Guère ailleurs.

  • #3

    Mélanie (mardi, 22 avril 2014 11:00)

    Ce Minc, tout de même... quelle fripouille !

  • #4

    vin (mardi, 22 avril 2014 22:08)

    En effet il ne faut pas oublier les européennes. http://www.blogactualite.org/2014/03/noublions-pas-les-elections-europeennes.html

    Le peuple doit participer, mais pour ça il faut en effet l'informer (nous comptons faire une série d'articles sur les différents candidats comme en 2009).

    Personnellement, je pense que ces européennes réservent des surprises aux euro-béats qui vont déchanter. La situation a tellement changé depuis 2009, l'euroscepticisme monte clairement. Mais il est vrai que les mentalités changeront encore progressivement et surtout ces européennes ne sont pas une fin en elles : il faudra poursuivre le mouvement aux autres élections car changer l'UE passe forcément par les Etats souverains également.

  • #5

    Horror (mercredi, 23 avril 2014 11:16)

    Quand on met les recalés du PS au ministère des affaires Européennes, il ne faut pas s'étonner!
    Une Europe technocratique est la seule issue pour générer un bloc de taille à lutter dans le futur avec les USA, l'Asie et la Russie.
    C'est également la seule issue pour nous débarrasser de ces coûteuses myriades de politiques inefficaces, inutiles, carriéristes et corrompus jusqu'à la moelle.
    Quand à la souveraineté Nationale que brandissent ces pseudos défenseurs de la Nation, c'est la tarte à la crème d'une idée qui n'existe plus depuis la seconde Guerre Mondiale, question de taille critique dans un environnement globalisé.
    C'est surtout un élément qui permet de justifier leur existence parasite.

  • #6

    Zasttava (mercredi, 23 avril 2014 21:25)

    @ Horror
    "Quand à la souveraineté Nationale que brandissent ces pseudos défenseurs de la Nation, c'est la tarte à la crème d'une idée qui n'existe plus depuis la seconde Guerre Mondiale, question de taille critique dans un environnement globalisé."

    C'est vrai que la Norvège et la Suisse et leurs 12 millions d'habitants souffrent de ne pas être membres de l'UE "seule issue pour générer un bloc de taille à lutter dans le futur"...

    Paie ton charlot !

  • #7

    F6593 (jeudi, 24 avril 2014 14:49)

    Article lucide, constats accablants. C'est bien parce que de plus en plus de français en prennent conscience que l'Union Populaire Républicaine, ou UPR (www.upr.fr) croît à grande vitesse malgré l'omerta de tous les médias, seul parti à proposer la sortie de ce "Machin" en suivant la voie légale de l'article 50 du Traité sur l'Union (T.U.E.).
    àAntoine :
    Non ce ne sont pas "Les Vieux", les vioques quoi, merci pour eux !, qui soutiennent le "Machin" ! L'âge moyen des adhérents de l'UPR est de 40 ans, ce qui laisse entrevoir un bon nombre de vioques dans mon genre! Par ailleurs tous les observateurs s'accordent à décrire la place de la Bastille lors de la proclamation des résultats de la dernière élection présidentielle, comme peuplée exclusivement de très jeunes, décervelés applaudissant à l'élection du pire laquais de l'impérialisme américain et du patronat réunis que la France ait jamais connu, et pourtant elle en a connus ! Les vioques, eux, savent depuis leurs culotes courtes, ou leur jupe à plis, que le "Machin" est une création des USA, remise en selle à leur propre profit du projet hitlérien de "Nouvelle Europe".

  • #8

    Horror (vendredi, 25 avril 2014 08:47)

    @ Zasttava
    Il faut comparer ce qui est comparable que ce soit en taille et en capacités.
    La Norvège est un "Emirat" auto suffisant avec son pétrole, la Suisse est l'aspirateur historique du pognon du Monde entier. Chacun d'eux a une spécificité qu'il fait qu'en dépit ( ou grâce à leur taille limitée), ils n'ont pas besoin de s'adosser directement à l'Europe qui les tirerait vers le bas à cause de leur excellence.
    La France n'a pas de pétrole et est devenu un repoussoir à pognon de l'extérieur et de l'intérieur, ses domaines d'excellence sont bien trop réduits rapportés à la taille et nos gouvernants font tout pour les dézinguer de surcroît.

  • #9

    Zasttava (samedi, 26 avril 2014 13:06)

    @ Horror

    D'accord sur les spécificités de la Norvège et de la Suisse.
    Mais qu'est-ce-qui empêche la France d'avoir ses propres spécificités pour la dégager de devoir s'adosser à un ensemble supranational néfaste ? Nous en avons les capacités et les qualités, mais comme vous le dites très justement "nos gouvernants font tout pour les dézinguer de surcroît".

  • #10

    Horror (samedi, 26 avril 2014 19:33)

    Le pétrole ne se décrète pas!
    Etre une plate forme financière historique non plus!
    Pour le reste, à part le nucléaire, nous n'avons plus grand chose et on a décidé de casser celui ci.