mer.

23

avril

2014

Israël, un état d’apartheid ? (Julien Salingue)

Poser la question de savoir si Israël est un état d’apartheid revient à sortir de l’état d’esprit selon lequel Israël et la Palestine seraient en conflit sur des frontières. Poser une telle question consiste donc à changer de point de vue et à étudier le traitement administratif et législatif que l’Etat d’Israël réserve aux Palestiniens.

 

Le 29 novembre 2012, la Palestine a été admise comme Etat d’observation à l’ONU. Le problème est qu’il n’y a pas d’Etat palestinien. Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, ne peut sortir de son pays que s’il obtient l’accord d’Israël. Actuellement, la Palestine, dont le territoire est complètement morcelé, ne représente qu’une superficie égale à 18 % de la Corrèze . Mahmoud Abbas ne peut pas payer ses fonctionnaires si l’UE ou Israël ne lui verse pas d’argent.

 

« Le 29 novembre 2012, la Palestine a été admise comme Etat d’observation à l’ONU. Le problème est qu’il n’y a pas d’Etat palestinien. Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, ne peut sortir de son pays que s’il obtient l’accord d’Israël. »

L’Etat de Palestine n’a pas de souveraineté et pas de frontières. Israël concentre l’ensemble des frontières de la Palestine à l’exception de la partie sud de Gaza, contrôlée par l’Egypte, qui agit de concert avec Israël.

 

La question est alors de se demander comment en sommes-nous arrivés là ? Le mur de la Palestine est en fait une somme de murs dont la puissance occupante a les clés. En réalité, il y a un seul Etat : Israël et au sein de cet Etat, il y a des petits cantons qui correspondent à la Palestine. Mahmoud Abbas a autant de pouvoir qu’un sous-préfet.

 

 L’apartheid est une notion de droit international dans lequel il existe un système de droit différent en fonction de l’origine ethnique ou religieuse. Cela implique une domination d’un groupe sur un autre. On constate en Palestine une situation assimilable à l’apartheid.

 

Mais pour mieux comprendre la situation, un recul historique est nécessaire. Lors de la seconde moitié du 19e siècle en Europe, on assiste au développement d’un mouvement sioniste. Ce mouvement politique se développe notamment en Europe de l’est en réaction au système de production capitaliste. En effet, les économies des pays d’Europe de l’est ne sont prêtes à ce moment là se muter en système capitaliste industriel. En conséquence, on assiste à une explosion des structures économiques et sociales des pays d’Europe de l’est qui frappe très durement les petits commerçants et les artisans en les éjectant du système de production. Or qui occupent principalement ces postes à ce moment-là en Europe de l’Est ? Ce sont les Juifs. En effet, à cette époque en Europe orientale les Juifs sont interdits de posséder des terres ou des capitaux des entreprises. Durant cette période, de nombreuses personnes de confession juive se retrouvent donc à la rue dans de nombreux pays d’Europe de l’Est. Ils deviennent alors une menace pour les systèmes institutionnels de ces pays, où un fort sentiment antisémite se développe.

 

En réaction, un mouvement sioniste se met alors en place pour promouvoir la création d’un Etat qui serait offert aux juifs. Ce mouvement a une double caractéristique. Racialiste car la création de cet Etat se base sur des bases purement ethniques. Colonial car les sionistes veulent trouver un endroit pour pouvoir s’établir.  Dans un premier temps, ils pensent à l’Ouganda, puis à Madagascar puis à une partie de l’Argentine, puis à la Palestine.

 

« L’apartheid est une notion de droit international dans lequel il existe un système de droit différent en fonction de l’origine ethnique ou religieuse. »

La progression du mouvement sioniste se base sur 4 grandes dates :

 

 

·         28-31 août 1897 : le mouvement sioniste effectue son premier congrès avec des résolutions telles que la colonisation de la Palestine et la recherche de l’appui d’une grande puissance occidentale pour favoriser leur dessein.

 

·         2 novembre 1917 : Le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères du Royaume-Uni, Arthur Balfour donne  l’appui du Royaume-Uni à l’établissement d’un foyer juif en Palestine. A cette période, on assiste à la chute de l’empire ottoman. La France et le Royaume-Uni se partagent cet empire. Les Anglais, qui prennent le contrôle de la Palestine, se persuadent que l’établissement d’Israël sur ce territoire leur assurerait un allié de poids dans la région. La référence à l’Ulster est explicite. A partir de cette date, le mouvement de colonisation va s’accélérer puisque l’armée britannique va protéger les colons. Cette accélération va être très rapide avec l’arrivée des nazis en Allemagne, qui va favoriser l’émigration des juifs vers la Palestine. Dans les années 1910, 1920 et 1930, les juifs émigrent essentiellement vers les Etats-Unis. Ensuite avec la fermeture des frontières des Etats occidentaux aux juifs, ces derniers vont alors se tourner vers la Palestine.

 

29  29 novembre 1947 : la Palestine est partagée entre deux Etats. Un Etat juif qui correspond à 55 % du territoire et un Etat arabe qui occupe les 45 % restants. Ce partage apparait injuste aux yeux des arabes qui composent les deux tiers de la population. Les arabes refusent donc ce partage, au contraire des sionistes. En effet, ces derniers acquièrent une légitimité, qui n’était pas gagnée d’avance au regard du caractère ethnique et colonisateur de leur Etat. En 1948, à la suite de cet accord, éclate une guerre entre Juifs et Palestiniens. En effet, les Juifs ont procédé à l’expulsion de 80 % des Palestiniens vivant sur le nouvel Etat juif c'est-à-dire 800 000 personnes. En réalité Israël ne voulait pas d’un Etat composé de seulement 33 % de Juifs. A la fin de la guerre, Israël possède 78 % du territoire contre 55 % auparavant. Or la bande de Gaza et la Cisjordanie ne correspondent pas à des frontières mais à des lignes d’amnistie.

 

·         5-10 juin 1967 : Guerre des 6 jours. En 6 jours, l’armée israélienne écrase la résistance palestinienne pour occuper la totalité du territoire palestinien. Contrairement aux situations précédentes, les palestiniens ne partent pas car ils sont convaincus qu’ils ne pourront pas revenir. Ils vont donc passer plus de 60 ans dans des camps de réfugiés. L’élément caractéristique d’un réfugié n’est pas le fait qu’il soit parti mais le fait qu’il ne puisse plus rentrer.


« Pour maintenir sa domination sur la Palestine, Israël a un besoin impérieux du soutien des puissances occidentales. »

Le problème d’Israël est que s’il a gagné la guerre territoriale, les Palestiniens sont restés sur le territoire. En effet, 50 % des habitants du territoire restent des Palestiniens. Pour maintenir une telle situation, Israël a un besoin impérieux du soutien des puissances occidentales. Pour s’assurer un tel soutien l’Etat juif doit répondre à deux conditions. Tout d’abord, se montrer utile dans la région en luttant par exemple contre le nationalisme arabe ou en effectuant le « sale boulot » au profit des occidentaux. Ensuite, il importe de se donner l’apparence d’un Etat démocratique.

 

Le problème est qu’Israël oscille entre deux points contradictoires : être juif et être démocratique. Dès 1967, le ministre Ygal Allon propose un plan qui prend en acte du fait qu’Israël ne pourra pas contrôler éternellement la population palestinienne. En attendant ce jour, le plan Allon prévoit d’étendre autant que possible l’Etat israélien de façon à cantonner les Palestiniens dans tous petits territoires, qui seront alors laisser à ces derniers. Le but étant d’obtenir un Etat israélien qui soit le plus large possible avec une proportion de 15 à 20 % d’Arabes.

 

La première explosion surgit au début des années 90. Elle aboutit aux accords d’Oslo en 1993 et 1994, qui stipulent que l’armée israélienne se retire des zones occupées les plus densément peuplées et transfère le maintien de l’ordre dans les territoires occupées à l’autorité palestinienne. Or l’autorité palestinienne n’est en aucun cas un Etat. Elle est simplement chargée du maintien de l’ordre dans les territoires occupés. Pendant ce temps-là, Israël garde le contrôle sur tout le reste. En réalité, la question du non élargissement d’Israël est conditionnée par la capacité de l’autorité palestinienne à maintenir l’ordre dans les territoires occupés. Finalement c’est l’occupant qui demande à l’occupé de maintenir l’ordre dans les territoires occupés.

« Le problème est qu’Israël oscille entre deux points contradictoires : être juif et être démocratique. »

Evidemment cette situation ne tient pas longtemps puisque l’on demande aux Palestiniens de ne rien revendiquer et de se tenir tranquille pour éventuellement pouvoir bénéficier d’avancées telles que la construction d’une route. On assiste donc dès septembre 2000 à une seconde explosion. Les Palestiniens veulent des vrais droits. Les Israéliens écrasent à nouveau la rébellion et confient les l’autorité palestinienne à une nouvelle administration en nommant Mahmoud Abbas à la place de Yasser Arafat. Le problème est que Mahmoud Abbas a un comportement beaucoup plus favorable aux intérêts israéliens que Yasser Arafat.

 

Alors finalement pourquoi toutes ces situations autorisent à évoquer le mot d’apartheid ? Les palestiniens restés en Israël en 1948 ne peuvent par exemple pas acheter des biens immobiliers sur 93 % du territoire car ils ne sont pas juifs. En Cisjordanie, l’administration civile israélienne, émanation du ministère de l’intérieur israélien, est au-dessus de l’autorité palestinienne, y compris du point de vue de la loi.

 

Entre 1967 et 1993, l’administration civile israélienne a émis plus de 2500 ordres militaires en Cisjordanie. Israël ne voulait pas annexer la Cisjordanie car les habitants étaient trop majoritairement non juifs mais il voulait l’administrer. Dans ce but, ils ont donc créé l’administration civile qui est une annexe du gouvernement israélien.

 

On se retrouve donc dans une logique coloniale, dans laquelle une seule partie de la population a des droits. La vie quotidienne des Palestiniens est légiférée par le parlement israélien. Les Palestiniens devraient au moins avoir le droit de voter pour le parlement qui légifère leur pays. Actuellement le pari de la Palestine est faire pression sur les puissances occidentales pour qu’ils arrêtent de soutenir Israël, qui ne peut pas tenir sans l’appui économique et financier de l’occident.

 

Theux


NB: Cet article est tiré d'une conférence donnée par Julien Salingue, Docteur en Science Politique, le 14 novembre 2013 à Clermont-Ferrand. Vous pouvez retrouver plus de précisions sur le sujet sur le blog de Julien Salingue.

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Commentaires : 3
  • #1

    franck (mercredi, 23 avril 2014 11:56)

    où ont lieu les conférences à Clermont, s'il vous plait ? où est le programme ?
    merci

  • #2

    Theux (mercredi, 23 avril 2014 21:34)

    Les conférences se déroulent les jeudis à 20 heures dans l'amphi 2 de la fac de lettres de Clermont. Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site de l’association : http://amistempsdescerises.wordpress.com/

  • #3

    F6593 (jeudi, 24 avril 2014 14:33)

    Sur le sujet un petit livre très documenté : "Israel le nouvel d'apartheid" de M. F. Bole-Richard chez "LesLiensquiLibèrent", 2013