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24

avril

2014

Milton Friedman: Inflation et Chômage

Lors de la remise du prix Nobel d’économie en 1976, Milton Friedman, le père du Néo-Monétarisme, conclut sa conférence par une mise en cause du keynésianisme et de la courbe de Phillips, qui lie une augmentation du taux d’inflation à une baisse du chômage. Selon lui, la stagflation des années 70 a montré la fausseté de ces théories. En anticipant l’inflation future, les agents détruisent à long terme les effets de court terme de l’inflation, et celle-ci s’accroît sans que le chômage ne se réduise. Seules les variables « réelles » de l’économie déterminent le « taux naturel » du chômage, et c’est sur elles qu’il convient d’agir tout en maintenant les prix stables et bas. La victoire des thèses friedmaniennes sera totale dans les années 80, et imprègne aujourd’hui encore toutes nos politiques économiques. Nous vous proposons la traduction de la conclusion de sa conférence, tournant de l’Histoire mondiale contemporaine.

 

 

Conclusion de la conférence en mémoire d’Alfred Nobel, 13 décembre 1976, par Milton Friedman, Université de Chicago, Illinois, Etats-Unis.

 

Une conséquence de la Révolution keynésienne des années 30 fut l’acceptation d’un niveau de salaire absolu rigide, et d’un niveau de prix absolu presque rigide, comme base de départ pour analyser les changements économiques de court terme. Il arriva que ces données fussent considérées comme garanties et essentiellement institutionnelles, et perçues comme telles par les agents économiques, de sorte que les changements dans la demande globale nominale se reflétassent presque entièrement dans la production mais très difficilement dans les prix. La vieille confusion entre les prix absolus et les prix relatifs gagna une seconde jeunesse.

 

Dans cette atmosphère intellectuelle, il était compréhensible que les économistes analysent la relation entre le chômage et les salaires nominaux, plutôt que réels, et considèrent implicitement les changements dans les salaires nominaux anticipés comme équivalents aux changements dans les salaires réels anticipés. De plus, les preuves empiriques qui suggéraient initialement une relation stable entre le niveau de chômage et le taux de change des salaires nominaux étaient tirés d’une période où, malgré de soudaines fluctuations de courte période dans les prix, il y avait un niveau relativement stable des prix à long terme, et où les anticipations d’une stabilité continue étaient largement partagées. C’est pourquoi ces données n’envoyèrent aucun signal d’avertissement sur la nature particulière de ces hypothèses.

 

« Comme dans toute science, aussi longtemps que l’expérience semblait cohérente avec la théorie régnante, elle continuait à être acceptée, bien que comme toujours, quelques dissidents peu nombreux mettaient en cause sa validité. »

 

La théorie selon laquelle y a une relation stable entre le niveau de chômage et le taux d’inflation fut adoptée par les économistes avec empressement. Elle remplissait un trou dans la structure théorique de Keynes. Elle semblait être « l’équation » à propos de laquelle Keynes lui-même avait dit : « nous sommes court ». De plus, elle semblait fournir un outil de confiance pour les politiques économiques, permettant à l’économiste d’informer le décideur politique à propos des alternatives qui s’offraient à lui.

 

Comme dans toute science, aussi longtemps que l’expérience semblait cohérente avec la théorie régnante, elle continuait à être acceptée, bien que comme toujours, quelques dissidents peu nombreux mettaient en cause sa validité.

 

Mais alors que nous passions des années 50 aux années 60, puis des années 60 aux années 70, il devint de plus en plus difficile d’accepter la théorie dans sa forme simple. Tout se passait comme s’il fallait prendre des doses toujours plus grandes d’inflation pour maintenir bas le niveau de chômage. La stagflation dressait sa tête répugnante.

 

John-Maynard Keynes
John-Maynard Keynes

« La théorie du taux naturel contient la théorie originale de la courbe de Phillips comme un cas particulier et rationnalise une série bien plus large d’expérience, en particulier le phénomène de la stagflation.»

Beaucoup de tentatives ont été faites pour rapiécer la théorie en lui rajoutant des facteurs spécifiques comme la puissance des syndicat. Mais l’expérience refusait obstinément de se conformer à la version rapiécée.

 

Une version plus radicale était requise. Elle prit la forme d’une accentuation de l’importance des surprises, des différences entre les ampleurs réelles et anticipées. Elle restaura la primauté de la distinction entre les ampleurs « réelles » et « nominales ». Il y a un « taux naturel de chômage », déterminé à tout instant par des facteurs réels. Ce taux naturel tendra à être atteint quand les anticipations sont en moyenne réalisées. La même situation réelle est cohérente avec tout niveau absolu des prix ou du changement des prix, ce qui entraîne de prendre en considération les effets d’un changement des prix sur les coûts réels de la tenue des équilibres monétaires. Dans ce cas, la monnaie est neutre. D’un autre côté, les changements non anticipés dans la demande globale nominale et dans l’inflation causeront des erreurs systématiques de perception de la part des employeurs et des employés, de même qu’ils conduiront initialement le chômage dans la direction opposé à son taux naturel. Dans ce cas, la monnaie n’est pas neutre. Pourtant, de telles déviations sont transitoires, bien que cela puisse prendre longtemps avant qu’elles soient renversées et finalement éliminées à mesure que les anticipations s’ajustent.

« Dans les années récentes, une inflation plus haute a souvent été accompagnée par un chômage plus haut, pas un chômage plus bas,  ni un chômage stable. »

La théorie du taux naturel contient la théorie originale de la courbe de Phillips comme un cas particulier et rationnalise une série bien plus large d’expérience, en particulier le phénomène de la stagflation. Elle a maintenant été largement, bien que non universellement, acceptée.

 

Pourtant, la théorie du taux naturel dans sa forme présente ne s’est pas avérée suffisamment riche pour expliquer les développements les plus récents, un mouvement de la stagflation vers la chuteflation. Dans les années récentes, une inflation plus haute a souvent été accompagnée par un chômage plus haut, pas un chômage plus bas, comme la courbe de Phillips simple le suggèrerait, ni un chômage stable, comme la théorie du taux naturel le suggèrerait.

Cette association récente d’une plus haute inflation à un chômage plus important peut refléter l’impact ordinaire d’évènements tels que la crise pétrolière, ou des forces indépendantes qui ont transmis une tendance à l’augmentation ordinaire de l’inflation et du chômage.

 

Pourtant, un facteur majeur dans certains pays et un facteur annexe dans d’autres peut être qu’ils sont dans une période de transition, qu’il faut mesurer cette fois, par des périodes de cinq à dix ans plutôt que par année. Le public n’a pas adapté ses attitudes ou ses institutions au nouvel environnement monétaire.

 

L’inflation ne tend pas seulement à être plus haute mais aussi de plus en plus volatile, et d’être accompagnée par de larges interventions du gouvernement sur la formation des prix. La volatilité croissante de l’inflation et l’éloignement des prix relatifs des valeurs que les forces du marché seules auraient formées se combinent pour rendre le système économique moins efficace, pour introduire des frictions sur tous les marchés, et très probablement, pour augmenter le taux de chômage enregistré.

 

Selon cette analyse, la situation présente ne peut durer. Soit elle dégénèrera en hyperinflation et en changement radical ; soit les institutions s’ajusteront à une situation d’inflation chronique ; soit les gouvernement adopteront des politiques qui produiront un taux bas d’inflation et moins d’intervention publique dans la fixation des prix.

 

J’ai raconté une histoire parfaitement standard de la façon dont les théories scientifiques sont révisées. Pourtant c’est une histoire d’une importance inestimable.

 

Les politiques publiques à propos de l’inflation et du chômage ont été au centre des controverses politiques. La guerre idéologique a fait rage sur ces sujets. Pourtant le changement drastique qui a eu lieu dans la théorie économique n’a pas été le résultat d’un état de guerre idéologique. Il n’a pas résulté de croyances ou de buts politiques divergents. Il a répondu presque entièrement à la force des évènements : l’expérience brute s’est montrée plus efficace que la plus forte des préférences idéologiques ou politiques.

 

L’importance pour l’humanité d’une compréhension correcte de la science économique positive est vivement mise en lumière par une déclaration faite voici à peu près deux cents ans par Pierre S. Du Pont, député de Nemours à l’Assemblée Nationale Française, s’exprimant, comme il se doit, à propos d’une proposition d’émission supplémentaire d’assignats - la monnaie fiduciaire de la Révolution Française :

 

« Messieurs, c’est une habitude désagréable à laquelle on est trop facilement conduit par la dureté des discussions, de supposer des mauvaises intentions. Il est nécessaire d’être bienveillants envers les intentions : on devrait les croire bonnes, et apparemment elles le sont. Mais nous ne devons pas être bienveillants du tout avec les raisonnements incohérents et les raisonnements absurdes. Les mauvais logiciens ont commis plus de crimes involontairement que les mauvais hommes n’en n’ont commis intentionnellement » (25 septembre 1790).

 

 

Milton Friedman

 

Conclusion de la conférence en mémoire d’Alfred Nobel, 13 décembre 1976, par Milton Friedman, Université de Chicago, Illinois, Etats-Unis.

 


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Commentaires : 2
  • #1

    Soulier (jeudi, 24 avril 2014 21:01)

    Evitons la faillite de nos Etats, morale et financière. Protégeons nos libertés .
    En regardant la situation du monde en général, je pense qu'il y a trois causes qui bloquent notre évolution . Nous avons les moyens et l énergie pour les renverser,
     Sans révolution, sans heurt, et sans injustice .
    La première :
    Se référer tout simplement au discours vrai et juste du 3éme Président des Etats Unis
    Thomas Jefferson en 1802.
     On ne fabrique pas de la richesse par de la SPECULATION, mais par le TRAVAIL .Je pense que les institutions bancaires sont plus DANGEREUSES pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat.
    Si tous les peuples permettent un jour que des banques privées contrôlent la monnaie, toutes les institutions qui fleuriront autour de ces dites banques priveront les gens de toutes possessions, d 'abord par l’inflation ensuite par la récession, jusqu’au jour ou leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise . A ce propos regardez : Le Président qui disait la vérité :….Et cerise sur le gâteau ,………………………………….. La loi Rothschild du 3 janvier 1973 « INTERDIT » ??? à la France de s’emprunter à elle-même à taux zéro et « OBLIGE ???? » à emprunter au Marché avec intérêts sans aucune raison ? Depuis toutes ces années, la dette à pris une telle ampleur que l intégralité des taxes et des impôts ne couvre même plus les intérêts. Les services publics sont donc entièrement financés par d autres emprunts à partir de rien, que nous REMBOURSERONT SANS FIN aux banques qui se frottent les mains …. ».( Si la population comprenait le systeme bancaire , je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin » signé: Henry Ford .. Industriel .. 

  • #2

    Soulier (jeudi, 24 avril 2014 21:04)

    Constat : Le monde entier est sur le point de se révolter, se référer aux actualités.Nos sociétés sont traversées par une vague de bouleversements ; Aucun domaine n'échappe à cette déferlante . Que ce soit au niveau politique avec la remise en cause des élites qui aboutit dans certain pays à de profonds changements de régime ; que ce soit au niveau économique avec cette soit disant crise financière mondial qui n'en finit plus, voulue et fabriquée de toute piece par certain ; que ce soit du point de vue climatique avec ces cyclones polaires encore jamais vus et ces vagues submersibles , aucun secteur ne semble y échapper . C'est comme si nous arrivions à la croisée des chemins et que tout convergeait et se mettait en place pour entrainer le vacillement de nos societés vielle de 1000 ans , vu les résultats très négatifs; Les révolutions n’ont jamais rien arrangé, au contraire. Il est temps de transformer «  REVOLUTION en EVOLUTION » Le Mahatma Gandhi l'a fait, Alors .  : La seconde :
    Sans vouloir mettre en avant l’écologie, car elle appartient à tout le monde, mais une simple logique de survie, il faut : Vite très vite développer et utiliser les énergies libres, ne plus dépendre des pays producteurs de pétrole, gaz, etc. C’est la ruine de nos états, »SOYONS INDEPENDANTS »
     Il suffirait tout simplement de faire un audit sur les dépenses énergétiques de tous les particuliers et de toutes nos entreprises ! Nous récupérerions des milliards d’Euros qui seraient réinvestis dans la consommation !
    Ces énergies existent et sont disponibles pour tous, les brevets sont tout simplement bloqués . De quel droit nous les interdire ? Le résultat serait immédiat. L’industrie dans sa globalité redémarrerait et des milliers d’emplois seraient crées, la consommation redémarrerait et les coûts de production baisseraient. La plus grosse facture est L’ENERGIE !

    C’est comme si, à une époque nous avions refusé l’électricité et insisté à améliorer la bougie ???
    Imaginez le retard et les conséquences dramatiques dans lesquelles nous serions .
    Enlevons toutes peurs crées par certains et sortons du moyen-âge .Pour le coté obscur , savoir reconnaitre que l’argent du pétrole et du gaz sers à financer le terrorisme mondial ! C EST UN CRIME CONTRE L HUMANITÉ D UTILISER DES CARBURANTS FOSSILE A NOTRE ÉPOQUE ! ARRÊTONS DE TOURNER AUTOUR DU POT
    La troisième :
    Le social, lui aussi appartient à tout le monde . Mettre au pas ceux qui profitent à mauvais escient de nos démocraties, en abusent et ne font aucun effort pour avancer d’eux mêmes et portent préjudice à ceux qui en ont vraiment besoin .Ils pourrissent notre système de solidarité et sont aussi coupables que ceux qui spéculent.
    Je suis persuadé que ce chalenge ambitieux et noble peut être réglé par des Hommes et des Femmes intelligents, dynamiques, influents et surtout qui sortent de la normalité comme Nicolas Sarkozy , Christine Lagarde et Angela Merkel pour l’Europe et Barack Obama pour tout le continent Américain . Entourés d’une équipe de valeur composée d'hommes et de femmes qui sauront  conjuguer la finance ,le travail et le bien être de tous ! Personne ne sera mis de coté, tout le monde en profitera du plus modeste au plus grand .  Pour ceux qui ont de la richesse, tant mieux ils seront un moteur de réussite, » Et pour la majorité une autre richesse: du travail, du bien être et de l’espoir ! Tout ceci est possible mais pas dans 10,20 ou 50 ans, mais de suite ! Il serait temps !
    Je suis convaincu que le monde serait moins malade !!!! Il suffit de regarder l’actualité …. Mais ou allons-nous ?
    « UNE AUTRE GUERRE MONDIALE ? »
    Ne passons pas à coté d’un avenir meilleur . Nous n’avons plus rien à perdre . Construisons le futur que nous voulons avoir .
    En plus pour éradiquer l’ignorance des peuples, créons des chaines de télévisions libres, » non pas pour déblatérer sur l’un ou l’autre, ce qui créerait encore des divisions  mais pour informer, débattre sur la réalité de ce qui çe passe, ouvrir les esprits, la culture permet d’éviter la guerre . Il y a tellement de sujets . Sortir de ces émissions stériles « télé réalité, jeux, feuilletons …... et j’en passe ; ce n’est pas avec ces programmes que l’on peut réfléchir et changer notre vie . De toute façon les médias ne reflètent pas ce qui se passe dans le monde mais ce qu' on veut qu'’il se passe dans nos têtes.
    Servons nous des réseaux sociaux intelligemment car nous avons la chance d'en disposer .
    Qui que vous soyez ! Vous aimez vos parents vos enfants votre famille !
    Alors faites circuler !
    R.S