dim.

27

avril

2014

Dexia : une banque toxique (Nicolas Cori et Catherine Le Gall)

Dexia est une banque différente des autres. Elle n’a pas d’agence. Elle s’est rendue célèbre lors de la crise de 2008 et de son sauvetage par les Etats belges et français. Or malgré ce sauvetage, il apparait dès 2009 que la question des emprunts toxiques est loin d’être réglée. La santé de Dexia reste des plus précaires. Libération publie en 2011 une carte des emprunts toxiques vendus par Dexia. Tous les territoires sont touchés au travers d’acteurs locaux tels que les collectivités territoriales, les hôpitaux ou les organismes HLM. C’est à ce moment-là, qu’une commission d’enquête est mise en place à l’Assemblée Nationale avec Claude Bartolone à sa tête. Les débats menés à l’Assemblée Nationale finissent par raconter une histoire : celle de la conversion de la France aux marchés financiers. C’est cette histoire que Catherine Le Gall et Nicolas Cori ont choisi de raconter.

« Comment Dexia est-elle parvenue à vendre des crédits toxiques à près de 5000 collectivités locales pour un risque global évalué à environ 10 milliards d’euros ? »

Comment Dexia est-elle parvenue à vendre des crédits toxiques à près de 5000 collectivités locales pour un risque global évalué à environ 10 milliards d’euros ?

 

Le commencement de cette histoire coïncide avec l’établissement du Crédit Local de France (CLF), sous la tutelle de la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC), qui avait pour habitude de financer les projets des collectivités territoriales. La conversion de la  France au néolibéralisme dans les années 80 a provoqué une concurrence accrue sur des marchés auparavant en situation de monopole. C’est cette situation qui s’est réalisée pour le marché de financement des collectivités territoriales.

 

En réaction, Pierre Richard, PDG du CLF, a voulu développer le CLF afin d’en faire une entreprise moderne qui commercialise des produits modernes. Le CLF est alors devenu une véritable entreprise contrainte de réaliser des bénéfices.

 

C’est en se mariant avec le Crédit Communal de Belgique que le CLF est devenu Dexia. A ce moment-là, le CLF est une banque et une banque rend principalement deux types de service : le dépôt et le prêt. Le métier de la Banque est donc de collecter de l’argent et de le reprêter. Le problème est que le CLF ne bénéficiait pas de clients susceptibles de déposer leur argent sur ses comptes. En effet, les collectivités territoriales ont l’obligation de déposer leur argent sur un compte spécial du Trésor Public. En conséquence, le CLF était contraint d’emprunter sur les marchés financiers l’argent qu’il prêtait, ce qui constituait un risque important.

« Il fallait alors trouver le produit susceptible de faire gonfler les marges. Ce sera le crédit structuré. »

Dans les années 90, Dexia décide de changer le modèle utilisé avec le CLF afin d’assurer la survie de l’établissement et d’éviter la faillite. En effet, Dexia se situe alors sur un marché pas très rentable à cause de la politique de libéralisation intervenue en France au cours des années 80. Dexia a donc choisi d’être imaginatif en vendant des collectivités locales des prêts qui rapportent plus. Il fallait alors trouver le produit susceptible de faire gonfler les marges. Ce sera le crédit structuré. Ce dernier consiste à mélanger un prêt à taux fixe avec un prêt à taux variable.

 

Pour commercialiser ces produits, Dexia a travaillé avec la banque d’affaire américaine JP Morgan, qui souhaitait conquérir le marché français avec ses produits structurés. Le pacte est parfait : JP Morgan apporte son expertise en produits financiers et Dexia sa connaissance des collectivités locales françaises.

 

Les deux partenaires imaginent alors de nombreux produits qui deviennent de plus en plus complexes. Le problème est alors de parvenir à convaincre les élus de souscrire à ces produits. Au départ, ils conviennent de ne réserver ces produits qu’aux très grosses collectivités. Ces dernières commencent déjà à gérer leurs dettes en passant des taux fixes aux taux variables en fonction de leurs intérêts.

 

Les élus n’avaient pas l’impression d’être confrontés avec Dexia à de dangereux capitalistes. Ils étaient en confiance et Dexia en a profité en les invitant par exemple à des festivals et à des spectacles. Lorsque Dexia s’est mis à vendre des produits à taux variable, les élus ne se sont pas méfiés. Ce mouvement a ensuite été renforcé par l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché qui se sont mis à proposer également des produits structurés.


« En résumé, la faillite de Dexia s’apparente au dysfonctionnement du système financier dans sa globalité. »

A ce moment-là, des produits très risqués ont été inventés comme les produits de pente, dont le taux dépend de la différence entre des taux à court terme et des taux à long terme. Un taux bonifié est obtenu lorsque l’écart entre le taux long et le taux court, c'est-à-dire la pente, est suffisamment élevé.

 

Les élus ne comprenaient pas grand-chose à ces produits mais ils ont spéculé en profitant des taux avantageux que ces produits offraient au début. Le problème est qu’avec la crise de 2008, nous avons assisté à un resserrement de cet écart voire à une inversion, qui a provoqué une explosion des taux.

 

Pour faire face à l’inquiétude grandissante des élus, Dexia met alors au point un nouveau produit : le produit de change. Ce produit, basé sur la différence de valeur entre les monnaies, par exemple entre l’euro et le franc suisse, permet aux collectivités d’avoir accès à des taux bonifiés tant que le seuil de parité n’est pas dépassé. Le problème est que dès 2011, la crise de l’euro provoque une forte valorisation du franc suisse par rapport à la monnaie unique européenne. En conséquence le seuil de parité est dépassé et les taux des prêts des collectivités locales atteignent des niveaux délirants à 10 %, 20 % voire 30 % ou même 40 %.

 

La question du mode de commercialisation de ces produits toxiques se pose alors inévitablement. En réalité, les commerciaux adoptaient des comportements très peu scrupuleux en affirmant que les produits proposés était par exemple sans risque sur 3 ans (taux fixe sur 3 ans) et que le risque serait donc supporté par l’équipe suivante. Pour les politiques l’avantage était de pouvoir bénéficier de prêts bonifiés pendant leur mandat, c'est-à-dire de plus grandes marges de manœuvre. L’inconvénient étant que les éventuelles pertes, qui étaient largement minimisées par les commerciaux de Dexia, seraient de toute façon supportées par le mandat suivant.

 

Après les élections de nouvelles équipes sont arrivées. Des audits ont alors été réalisés afin de connaître l’état des finances de la commune. Il est apparu que les collectivités locales ont commencé à souscrire à ce type de produits dans le milieu des années 90. La nocivité de ces produits est apparue en 2010/2011. La question qui réside est alors de se demander pourquoi durant toute cette période personne ne s’est interrogé sur la dangerosité de ces produits parmi les conseillers municipaux, les journalistes ou les analystes financiers ? Pire la commission bancaire n’a pas semblé gênée par les produits structurés.

 

Les collectivités territoriales sont également contrôlées par les Préfets et par les Directions Régionales des Finances Publiques qui signaient les prêts. En réalité, ces signataires ne disposaient pas de la compétence nécessaire et le Direction Générale des Collectivités Locales du Ministère de l’Intérieur, chargée de la surveillance des collectivités locales, considéraient les produits structurés comme une innovation allant dans le bon sens. Au niveau de l’Etat, où il n’était pas de bon ton de dénoncer les risques liés aux produits structurés, ces problèmes ont donc été largement sous-estimés.

Petit à petit, les collectivités territoriales ont alors dévoilé au grand jour ce problème majeur des crédits toxiques. Plus de 200 plaintes ont été déposées contre Dexia. La question de savoir qui va payer ces dettes, qui s’élèvent à près de 10 milliards d’euros, n’a pas été tranchée, mais il est quasi certain qu’elles resteront à la charge des contribuables.

 

En résumé, la faillite de Dexia s’apparente au dysfonctionnement du système financier dans sa globalité. Certaines personnes ont cherché à alerter les décisionnaires des risques de ces produits structurés mais leur parole n’a pas eu de poids. Finalement lorsque le modèle de l’entreprise dysfonctionne, plus rien ne peut l’arrêter jusqu’au « krach » final.


Theux

NB: Cet article est basé sur la conférence de Nicolas Cori à Clermont-Ferrand le 12 décembre 2013. Plus d'information sur le site de l'association organisatrice: Les Amis du Temps des Cerises.

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Commentaires : 6
  • #1

    Horror (lundi, 28 avril 2014 08:43)

    C'est toujours l'histoire du fabricant d'armes que l'on voudrait rendre coupable des meurtres perpétrés avec celles qu'il fabrique.
    En terme de gestion , on attend des élus qu'ils se comportent en "bons pères de familles". C'est à dire établir des budgets équilibrés entre les dépenses et les recettes et recourir au minimum aux emprunts pour éventuellement investir et sur des emprunts sains.
    Les élus shootés à la dépense Publique se sont pris pour des apprentis traders avec la nouvelle came que leur proposait Dexia qui n'a rien à envier aux taux usuriers pratiqués par Cofinoga & consorts. Il y a les abrutis qui plongent, d'autant que ce n'est pas leur argent et qu'éventuellement ce seront les suivants qui paieront les pots cassés de leurs agapes.
    La responsabilité n'en revient pas à Dexia qui n'a mis le couteau sous la gorge à aucun élu pour leur vendre ses prêts toxiques, elle revient aux incompétents élus, qu'ils le soient en terme de gestion ou en terme d'égo disproportionné une fois qu'ils ont les rênes.
    C'est trop facile de faire des conneries et de se défausser derrière, c'est juste qu'ils n'étaient pas à leur place et ce sont eux qui devraient rendre des comptes.

  • #2

    frederichlist (lundi, 28 avril 2014 22:48)

    en réalité, le livre l'explique très bien, les élus n'avaient pas toutes les billes en main, ils ne les ont toujours pas. Les conseillers en finances ne courraient pas les rues dans les collectivités à l'époque. Quand on va chez le médecin, on n'établit guère de contre diagnostic soi-même, à moins d'être médecin.
    Il faut donc faire confiance. Et si l'expert se trompe, c'est sa faute, pas celle du patient, dont la maladie a été aggravée.

  • #3

    Horror (mercredi, 30 avril 2014 07:32)

    Trop fastoche de se défausser.
    Quand on vous propose un taux variable sur 15 ans ou plus il faut déjà se méfier. Quand en plus ce taux est indexé sur la variation du taux de change entre le Franc Suisse et l'Euro, il y a de quoi s'enfuir en courant vu la volatilité potentielle.
    Et pour ça il n'y a pas besoin d'être un expert de la finance. Ils ne l'auraient sans doute pas pris pour un crédit à titre personnel mais au nom de la commune, ce n'est pas un problème, ce n'est pas leur argent et ils ne risquent rien à titre personnel.
    C'est cette absence de conscience et de responsabilité (quand ce n'est pas une question d'intelligence ou pour le moins de bon sens) qui est vraiment coupable.

  • #4

    frederichlist (mercredi, 30 avril 2014 11:39)

    Tu sous-estimes le pouvoir de l'expertise dans une situation où il y a quelqu'un qui "sait" et quelqu'un qui subit. La responsabilité existe lorsque l'information est correcte, qu'il n'y a pas d'asymétrie.
    Aujourd'hui par exemple, un directeur de collectivité qui souscrirait à nouveau un emprunt toxique ne bénéficierait d'aucune indulgence si crise il y avait. Car l'information n'est plus aussi déséquilibrée.

  • #5

    Horror (mercredi, 30 avril 2014 17:42)

    On ne demande pas à un élu local de seulement sourire, serrer les mains sur le marché et organiser des sauteries. On lui demande de gérer au mieux au nom de la collectivité.
    S'il ne comprend rien à ce qu'il signe il faut qu'il fasse autre chose et s'ils sont si nuls que tu le prétends il faudrait les interdire de mandats, leur responsabilité étant trop grande.
    A quand le permis!
    Je crois surtout que le Pouvoir même petit rend aveugle et avide les plus faibles.

  • #6

    bank (samedi, 07 mai 2016 09:38)



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    Cordialement De Mr.Kenneth E