mar.

06

mai

2014

Un smicard devra travailler 165 ans pour obtenir la rémunération annuelle moyenne d'un dirigeant d'une entreprise du CAC 40

La publication par le journal Les Echos de la rémunération perçue en 2013 par les patrons du CAC 40 est particulièrement révélatrice des inégalités de revenus dénoncés par Thomas Piketty dans son livre Le Capital au XXIe siècle. Le journal a beau indiqué que le montant global de ces rémunérations est en baisse de 2,1 % par rapport à 2013, les écarts avec le SMIC, le salaire moyen ou le salaire médian sont criants.

 

Au sommet de la pyramide des rémunérations de dirigeants du CAC 40 Maurice Lévy, à la tête de Publicis, a bénéficié d'un revenu de 4 500 000 euros en 2013. A l'opposé, Henri Proglio, dirigeant d'EDF, a dû se limiter à 450 000 euros.


La rémunération annuelle moyenne des dirigeants du CAC 40 s'élève à 2 249 212 euros soit 187 434 euros par mois.

Classement des dirigeants du CAC 40 par rémunération annuelle (source Les Echos)

 

Entreprise Dirigeant Rémunération annuelle Rémunération mensuelle
Publicis  Maurice Lévy 4 500 000 375 000
L'Oréal Jean-Paul Agon 3 937 000 328 083
Carrefour Georges Plassat 3 735 000 311 250
Axa Henri de Castries 3 499 750 291 646
Total  Christophe de Margerie 3 487 200 290 600
LVMH  Bernard Arnault 3 457 075 288 090
BNP Paribas  Jean-Laurent Bonnafé 3 390 112 282 509
Sanofi  Chris Viehbacher 2 961 000 246 750
Airbus Group  Thomas Enders 2 870 004 239 167
Société générale  Frédéric Oudéa 2 706 070 225 506
Renault  Carlos Ghosn 2 669 100 222 425
Capgemini  Paul Hermelin 2 602 900 216 908
Air liquide  Benoît Potier 2 593 800 216 150
Alstom  Patrick Kron 2 550 000 212 500
Vinci  Xavier Huillard 2 504 000 208 667
Danone  Franck Riboud 2 488 025 207 335
Schneider Electric  Jean-Pascal Tricoire 2 377 100 198 092
Kering  François-Henri Pinault 2 339 476 194 956
GDF Suez  Gérard Mestrallet 2 215 000 184 583
Michelin  Jean-Dominique Senard 2 100 000 175 000
Solvay  Jean-Pierre Clamadieu 2 100 000 175 000
Saint-Gobain  Pierre-André de Chalendar 2 014 760 167 897
Crédit agricole  Jean-Paul Chifflet 1 970 000 164 167
Pernod-Ricard  Pierre Pringuet 1 960 200 163 350
Lafarge SA  Bruno Lafont 1 862 250 155 188
Gemalto  Olivier Piou 1 827 669 152 306
Veolia Environnement  Antoine Frérot 1 787 127 148 927
Technip  Thierry Pilenko 1 758 330 146 528
Vivendi  Jean-François Dubos 1 724 000 143 667
ArcelorMittal  Lakshmi Mittal 1 652 000 137 667
Essilor International  Hubert Sagnières 1 648 000 137 333
Unibail-Rodamco  Christophe Cuvillier 1 623 805 135 317
Safran  Jean-Paul Herteman 1 533 000 127 750
Alcatel-Lucent  Michel Combes 1 516 500 126 375
Legrand  Gilles Schnepp 1 335 000 111 250
Vallourec  Philippe Crouzet 1 320 000 110 000
Orange  Stéphane Richard 1 184 028 98 669
Bouygues  Martin Bouygues 920 000 76 667
Accor  Sébastien Bazin 799 186 66 599
EDF  Henri Proglio 450 000 37 500

Comparaison des rémunérations annuelles des dirigeants du CAC 40 par rapport au SMIC net annuel

 

Entreprise Dirigeant Rémunération annuelle Nombre de fois le SMIC net 
Publicis  Maurice Lévy 4 500 000 331
L'Oréal Jean-Paul Agon 3 937 000 290
Carrefour Georges Plassat 3 735 000 275
Axa Henri de Castries 3 499 750 257
Total  Christophe de Margerie 3 487 200 256
LVMH  Bernard Arnault 3 457 075 254
BNP Paribas  Jean-Laurent Bonnafé 3 390 112 249
Sanofi  Chris Viehbacher 2 961 000 218
Airbus Group  Thomas Enders 2 870 004 211
Société générale  Frédéric Oudéa 2 706 070 199
Renault  Carlos Ghosn 2 669 100 196
Capgemini  Paul Hermelin 2 602 900 191
Air liquide  Benoît Potier 2 593 800 191
Alstom  Patrick Kron 2 550 000 188
Vinci  Xavier Huillard 2 504 000 184
Danone  Franck Riboud 2 488 025 183
Schneider Electric  Jean-Pascal Tricoire 2 377 100 175
Kering  François-Henri Pinault 2 339 476 172
GDF Suez  Gérard Mestrallet 2 215 000 163
Michelin  Jean-Dominique Senard 2 100 000 154
Solvay  Jean-Pierre Clamadieu 2 100 000 154
Saint-Gobain  Pierre-André de Chalendar 2 014 760 148
Crédit agricole  Jean-Paul Chifflet 1 970 000 145
Pernod-Ricard  Pierre Pringuet 1 960 200 144
Lafarge SA  Bruno Lafont 1 862 250 137
Gemalto  Olivier Piou 1 827 669 134
Veolia Environnement  Antoine Frérot 1 787 127 131
Technip  Thierry Pilenko 1 758 330 129
Vivendi  Jean-François Dubos 1 724 000 127
ArcelorMittal  Lakshmi Mittal 1 652 000 122
Essilor International  Hubert Sagnières 1 648 000 121
Unibail-Rodamco  Christophe Cuvillier 1 623 805 119
Safran  Jean-Paul Herteman 1 533 000 113
Alcatel-Lucent  Michel Combes 1 516 500 112
Legrand  Gilles Schnepp 1 335 000 98
Vallourec  Philippe Crouzet 1 320 000 97
Orange  Stéphane Richard 1 184 028 87
Bouygues  Martin Bouygues 920 000 68
Accor  Sébastien Bazin 799 186 59
EDF  Henri Proglio 450 000 33

Sur ce tableau, on s'aperçoit qu'un smicard devra travailler 33 ans pour obtenir la rémunération annuelle d'Henri Proglio, dirigeant et bon dernier du classement. Obtenir la rémunération annuelle 2013 de n'importe quel autre patron du CAC 40 ne sera pas atteignable pour un smicard, même en cumulant l'ensemble des revenus de sa carrière. En effet pour atteindre, la rémunération annuelle 2013 de Sébastien Bazin, avant dernier du classement, un smicard devra travailler pendant 59 ans. En commençant sa carrière à 18 ans, il pourrait donc prendre une retraite bien méritée à 77 ans.

 

Pire, pour atteindre la rémunération moyenne d'un patron du CAC 40 en 2013, un smicard devrait travailler pendant 165 ans. Sans même évoquer, la possibilité d'atteindre la rémunération 2013 du dirigeant de Publicis, Maurice Lévy, en tête du classement du journal Les Echos, pour laquelle un smicard devrait travailler 331 ans. Même un couple de smicard n'y parviendrait pas puisqu'il leur faudrait travailler 165 ans et 6 mois chacun.

 

Dans son livre Le capital au XXIe siècle, Thomas Piketty affirme que la rémunération des dirigeants de grandes entreprises n'a pas de logique économique propre et qu'elle est davantage déterminée par l'acceptation sociale de ces rémunérations indécentes. Il faut donc croire que les citoyens acceptent plus ou moins ces niveaux d'inégalités.

 

Comparons donc maintenant les rémunérations des dirigeants d'entreprise du CAC 40 avec les salaires moyen et médian en France.

 

Comparaison des rémunérations annuelles des dirigeants du CAC 40 par rapport au salaire annuel médian et au salaire annuel moyen

 

Entreprise Dirigeant Rémunération x salaire moyen x salaire médian
Publicis  Maurice Lévy 4 500 000 176 291
L'Oréal Jean-Paul Agon 3 937 000 154 255
Carrefour Georges Plassat 3 735 000 146 241
Axa Henri de Castries 3 499 750 137 226
Total  Christophe de Margerie 3 487 200 137 225
LVMH  Bernard Arnault 3 457 075 135 223
BNP Paribas  Jean-Laurent Bonnafé 3 390 112 133 219
Sanofi  Chris Viehbacher 2 961 000 116 191
Airbus Group  Thomas Enders 2 870 004 112 186
Société générale  Frédéric Oudéa 2 706 070 106 175
Renault  Carlos Ghosn 2 669 100 105 173
Capgemini  Paul Hermelin 2 602 900 102 168
Air liquide  Benoît Potier 2 593 800 102 168
Alstom  Patrick Kron 2 550 000 100 165
Vinci  Xavier Huillard 2 504 000 98 162
Danone  Franck Riboud 2 488 025 97 161
Schneider Electric  Jean-Pascal Tricoire 2 377 100 93 154
Kering  François-Henri Pinault 2 339 476 92 151
GDF Suez  Gérard Mestrallet 2 215 000 87 143
Michelin  Jean-Dominique Senard 2 100 000 82 136
Solvay  Jean-Pierre Clamadieu 2 100 000 82 136
Saint-Gobain  Pierre-André de Chalendar 2 014 760 79 130
Crédit agricole  Jean-Paul Chifflet 1 970 000 77 127
Pernod-Ricard  Pierre Pringuet 1 960 200 77 127
Lafarge SA  Bruno Lafont 1 862 250 73 120
Gemalto  Olivier Piou 1 827 669 72 118
Veolia Environnement  Antoine Frérot 1 787 127 70 116
Technip  Thierry Pilenko 1 758 330 69 114
Vivendi  Jean-François Dubos 1 724 000 68 111
ArcelorMittal  Lakshmi Mittal 1 652 000 65 107
Essilor International  Hubert Sagnières 1 648 000 65 107
Unibail-Rodamco  Christophe Cuvillier 1 623 805 64 105
Safran  Jean-Paul Herteman 1 533 000 60 99
Alcatel-Lucent  Michel Combes 1 516 500 59 98
Legrand  Gilles Schnepp 1 335 000 52 86
Vallourec  Philippe Crouzet 1 320 000 52 85
Orange  Stéphane Richard 1 184 028 46 77
Bouygues  Martin Bouygues 920 000 36 59
Accor  Sébastien Bazin 799 186 31 52
EDF  Henri Proglio 450 000 18 29

L'INSEE calcule le salaire médian de façon à ce que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l'autre moitié gagne plus. Il se différencie du salaire moyen qui est la moyenne de l'ensemble des salaires de la population considérée.

 

L'INSEE calcule le salaire moyen en équivalent temps plein  en prenant en compte tous les postes de travail des salariés (y compris les postes à temps partiel). Chaque poste de travail est pris en compte au prorata de son volume horaire de travail rapporté à celui d'un poste à temps complet. Par exemple, un poste à mi-temps durant 12 mois pour un salaire total de 10 000 euros compte pour 0,5 « année- travail » rémunérée 5 000 euros. Le même poste d'une durée de 6 mois aura un poids de 0,25 rémunéré 2 500 euros.

 

Ce tableau nous montre que même en considérant le salaire moyen, il faudrait plus d'une carrière à un salarié percevant un tel niveau de rémunération pour espérer obtenir ce que la majorité des dirigeants du CAC 40 gagnent en un an. En effet, pour obtenir la rémunération moyenne d'un patron d'entreprise du CAC 40, un salarié percevant l'équivalent du salaire moyen français devrait travailler 88 ans.

 

En considérant, le salaire médian, qui contrairement au salaire moyen n'est pas sensible aux extrêmes, il faudrait qu'une personne percevant une telle rémunération travaille 145 ans pour obtenir l'équivalent de la rémunération moyenne 2013 d'un dirigeant d'une entreprise du CAC 40. Cela signifie donc que plus de la moitié des salariés français devraient travailler au moins 145 ans pour obtenir une telle rémunération.

Nous n'avons pas pu trouver de données longues permettant de calculer sur la durée l'évolution des rémunérations des dirigeants du CAC 40. Cependant, un article de Rue89 daté du 3 septembre 2012 indique que la rémunération moyenne des dirigeants du CAC 40 a plus que doublé entre 1998 et 2008.

 

Il est intéressant de constater que sur la même période le salaire moyen a progressé de 12,1 % et le salaire médian de 8,3 % (source INSEE).

 

Cet écart entre salaire moyen et salaire médian est d'ailleurs particulièrement intéressant pour analyser la poussée des hauts-revenus. Ainsi comme nous l'indiquions précédemment, le salaire médian n'est pas sensible aux extrêmes à l'inverse du salaire moyen. Or au niveau de l'extrêmité basse, le salaire moyen est limité par le SMIC. A l'autre extrêmité, en revanche, il n'existe pas de salaire maximum. C'est donc l'extrêmité haute des salaires qui expliquent principalement les différences entre salaire moyen et salaire médian au cours du temps. Le graphique ci-dessous qui mesure l'évolution de l'écart entre le revenu disponible médian par ménage et le revenu disponible moyen par ménage est donc particulièrement intéressant.

NB: Le revenu disponible d'un ménage comprend les revenus d'activité, les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d'autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs. Quatre impôts directs sont généralement pris en compte : l'impôt sur le revenu, la taxe d'habitation et les contributions sociales généralisées (CSG) et contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS). Source INSEE.

Ce graphique montre clairement l'accélération brutale de l'évolution de l'écart entre le revenu disponible moyen et le revenu disponible médian à partir de 1998. Ainsi entre 1970 et 1998, une évolution de + 18,1 % est constatée alors qu'elle est de + 35,6 % entre 1998 et 2008 soit une augmentation deux fois plus rapide pour une durée quasi 3 fois plus brève. Entre 2008 et 2011, cette hausse est de + 14,2 % en seulement 3 ans !

 

On assisite donc bien à une explosion des hauts-revenus dans ces périodes alors que la conjoncture économique est loin de connaître une aussi grande euphorie, notamment depuis la crise de 2008, comme l'indique l'évolution de la courbe du chômage sur le graphique ci-dessous:

Source INSEE

La question qui reste en suspens est de savoir combien de temps les Français vont-ils supporter de telles inégalités qui font que certaines personnes gagnent en un an ce qu'eux-mêmes ne gagneront pas en une vie. Combien de temps vont-ils supporter la hausse de ces rémunérations, ou même le maintien, alors que le taux de chômage s'approche de son niveau record ? Combien de temps vont-ils supporter de voir leurs prestations sociales baisser ? Combien de temps vont-ils supporter de voir leurs salaires stagner ou diminuer ? Combien de temps vont-ils supporter de voir leurs services publics diminuer comme le montre le projet de fusion des régions ?

 

Parce que c'est la crise ? Parce qu'il s'agit de faire des efforts ? Parce qu'il faut entrer dans l'économie monde ?

 

Il est vrai que, comme l'explique parfaitement le Prix Nobel d'économie Paul Krugman, les dynasties peuvent s'acheter l’influence, et pas seulement sur les politiques, mais également sur le discours public. Il est vrai que le lobby ou les médias constituent des armes extrêment puissantes pour convaincre les Français et ceux qui les gouvernent. Au point de ne pas remarquer qu'un éléphant vient d'entrer dans la pièce ?

Mathieu Bigay

Pour aller plus loin ...

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Commentaires : 4
  • #1

    gari (mercredi, 07 mai 2014 12:46)

    enfin là, on traite des 0,1% les plus riches...
    ça ne règle pas la question de tous les autres
    interressant quand même

  • #2

    christian (samedi, 24 mai 2014 14:34)

    Tant qu'il y aura des miettes...Les gens ne se rendent pas compte de la situation,au pire,ils n'y croient pas!Pratiquement tous ceux qui ont des revenus (mème les minimaux) se pensent de la "classe moyenne":c'est la grande "fraude" des dirigeants et çà marche!a mon avis,pour longtemps encore!Pour atteindre la masse,il faudra une aggravation de la crise (économique,sociale,environnementale).Voir la Grece,par exemple (en plus le controle social s'est nettement "amélioré" depuis les années 70).

  • #3

    des pas perdus (samedi, 24 mai 2014 17:06)

    Très intéressant. On constate le même phénomène dans les autres pays capitalistes...

  • #4

    GARNIER roger (lundi, 13 juin 2016 14:35)

    non!