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mai

2014

Européennes 2014 : le choc attendu a bien eu lieu

D’après les premières estimations le Front National arriverait donc en tête des élections européennes de 2014. Il s’agit de la première fois que ce parti se hisse en tête d’une élection à portée nationale. Mais au-delà de ce constat, le choc provient plus largement de l’avance du parti de Marine Le Pen : + 5 points par rapport à l’UMP, + 10 par rapport au PS, + 15 par rapport à l’UDI-Modem, + 16 par rapport à EELV et + 18 par rapport au FdG. L’effondrement de la gauche est l’autre principal sujet d’inquiétude.

« Les deux anciens partis dominants ne donnent pas l’impression de comprendre les évènements historiques qui se déroulent sous leurs yeux. »

« En face le FN poursuit son entreprise de démolition. Il s’accapare les secteurs abandonnés par la gauche comme l’ont parfaitement montré des auteurs comme Aurélien Bernier ou Coralie Delaume. »

Les mines radieuses observées au siège du FN ne pouvaient tromper personne. Le parti de Marine Le Pen vient de réussir son pari consistant à mettre fin à ce qu’elle nomme l’ « UMPS ». Les deux anciens partis dominants ne donnent pas l’impression de comprendre les évènements historiques qui se déroulent sous leurs yeux.

 

Jean-François Copé nous rejoue sa partition de politique politicienne en tablant sur l’impopularité record du gouvernement afin d’espérer en tirer les marrons du feu pour les prochaines échéances électorales. Le décalage est total. La France rencontre des bouleversements historiques et lui pense encore à favoriser au mieux sa carrière politique. Peut-être récupèrera-t-il un portefeuille ministériel en 2017 ? Ou pourra-t-il même accéder à l’Elysée ? Et après ?

 

Il en est encore à attaquer le PS sur le niveau du déficit budgétaire alors que l’austérité est sans doute l’une des principales raisons qui expliquent les scores du PS et du FN. Le summum étant atteint au moment où Jean-François Copé reproche à France 2 de créer une illusion d’optique avec le score du FN. Au même moment s’affichaient les scores du FN (25,0 %) et de l’UMP (20,3 %), laissant aux téléspectateurs le soin d’analyser le niveau de l’illusion d’optique.

 

Et que dire des autres ? De Stéphane Le Foll convaincu que la dissolution de l’assemblée ne servirait à rien puisque le PS mène la bonne politique. De José Bové persuadé que le vote FN est stupide puisque cela ne permettra pas de continuer à construire l’Europe. De Rama Yade nous ressortant ses discours sur la mauvaise colère des Français. Les discours sont éculés. Les disques sont rayés. L’impression est donnée que les politiques ne comprennent rien ou plutôt que tout continuera comme avant quels que soient les résultats du scrutin.

 

Jean-Luc Mélenchon est l’un des seuls à surnager au sein de cette vacuité intellectuelle. Il reconnait sa défaite mais va plus loin en s’interrogeant sur la saignée au sein de la gauche. Il égratigne naturellement le parti socialiste, coupable selon lui de trahir l’idée même de gauche. Puis il effectue l’autocritique du FDG et notamment le rôle trouble du PCF qui s’est allié avec le PS dans certaines villes lors des dernières municipales.

 

En face le FN poursuit son entreprise de démolition. Il s’accapare les secteurs abandonnés par la gauche comme l’ont parfaitement montré des auteurs comme Aurélien Bernier ou Coralie Delaume. Les discours de Marine Le Pen et de ses adjoints évoquent la souveraineté nationale, le protectionnisme intelligent, le régime technocratique et anti-démocratique de Bruxelles. Ils avancent, sûrs de leur force et sans opposition.

 

Face à cet état de fait il importe d’analyser les dernières possibilités pour lutter contre cette montée en puissance qui apparait irrésistible. Le gouvernement ne semble guère plus disposer que d’une dernière carte maîtresse : Arnaud Montebourg. Si ce dernier était nommé Premier Ministre et qu’il appliquait le programme défendu lors de le primaire socialiste, le PS disposerait d’une alternative crédible. Admettons que la probabilité d’un tel scénario reste infime. L’autre solution pourrait correspondre à une union avec le centre mais cela ne permettrait que de prolonger l’illusion quelques mois de plus.

 

En s’alliant le FdG et EELV auraient même la possibilité de devenir la première force de gauche devant le PS. Mais les divergences semblent trop fortes. Il faudrait pour cela qu’EELV revienne sur sa pensée fédéraliste et que le PCF abandonne sa défense du nucléaire. Là encore, l’espoir est mince mais il existe.

 

L’UMP peut encore espérer dominer le FN mais il lui faudrait pour cela abandonner sa défense du néolibéralisme auquel les classes dominantes sont favorables. Laurent Wauquiez semble constituer le meilleur espoir même s’il doit pour cela accélérer grandement son raisonnement sur le protectionnisme.

 

A l’arrivée, le score du Front National apparait logique dans le sens où ils sont en avance sur tous les sujets qui préoccupent les Français. Ils se positionnent comme le seul parti anti-système, ce que le FdG peine à lui disputer après les calamiteuses municipales de 2014. Il a un discours clair sur l’Europe et sur l’Euro et propose des solutions simples et concrètes. Le problème est que ce package s’accompagne d’un discours anti-étranger et ultraconservateur sur certaines questions sociales. C’est pour cette raison que la gauche a le devoir de s’organiser pour offrir une alternative à ce parti, qui semble dorénavant en mesure de prendre le pouvoir.


Mathieu Bigay

Pour aller plus loin ...

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Europe: Les Etats désunis (Coralie Delaume)
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Commentaires : 8
  • #1

    thewim (lundi, 26 mai 2014 08:13)

    la gauche est foutue ! 2017 s'annonce mal.

  • #2

    Candide (lundi, 26 mai 2014 10:43)

    Le vote FN est une insurrection par procuration. On n'est plus capables de se prendre en main, de descendre dans la rue, de faire ce qu'il y a à faire pour mettre hors d'état de nuire des élites politiciennes garantes d'un système économique qui nous a précipités dans la régression sur tous les plans, alors on se sert de ça. Le vote FN marque une colère populaire mais aussi une peur d'en découdre avec ce qui n'est plus l'autorité mais une oppression. Le problème qui va se poser c'est que ce vote FN est porteur d'attentes et que ces attentes seront noyées dans les mots, les postures, les formules et les professions de foi, et qu'en face, on n'aura que le sempiternel débat d'idées réchauffées pour tenter d'éluder ces attentes. Or ces attentes, elles existent et elles ne portent pas forcément sur les clichés migratoires, xénophobes à quoi la propagande tendra à les réduire. On ne veut plus d'une Europe à la Merkel, d'une Europe inféodée aux actionnaires et aux banksters, d'une Europe des spéculateurs, d'une Europe des travailleurs détachés, d'une Europe des délocalisations, on ne veut plus de la dette et d'une monnaie de singe dont on voit très bien qu'elle a généré une inflation colossale depuis qu'elle a été mise en place. Et à cela, les Le Pen et leurs sbires n'ont pas de réponse concrète à apporter, pas plus que l'UMPS des Copé, Hollande, Sarko, Valls, et leurs petits partis soit rabatteurs de voix, soit idéologiquement satellitaires. Je crois que le message de cette élection est qu'il est temps d'en finir avec l'UE telle qu'on la subit depuis trop longtemps, et au-delà, avec le néolibéralisme. Les attentes sont d'ordre social et sécuritaire, non pas au plan de la criminalité mais à celui de la violence symbolique incarnée par le patronat, la bureaucratie, l'argent-roi, l'enfer qu'est devenu le monde du travail, une classe politique ressentie comme une pègre.

  • #3

    woyzeck (lundi, 26 mai 2014 12:37)

    Je suis d'accord avec Candide, et j'ajouterais que la seule chance de sauver l'Europe, c'est de la réformer de fonds en comble. Son mode de fonctionnement actuel ( négociation de consensus entre libéraux et socialistes au parlement qui empêche toute harmonisation par le haut des standards sociaux en Europe pour éviter la concurrence déloyale, négociation entre chefs d'états au conseil européen pour essayer de préserver des pré-carrés nationaux) a été clairement refusé par les électeurs ce dimanche. Le problème, c'est que faire l'Europe nécessite des consensus, tant il est vrai que la France est unique en Europe et qu'il faut prendre en compte l'avis de tous et les positions des 28. Donc on est arrivé à un système à bout de souffle : impossible de le réformer sans aller vers plus de fédéralisme (ce que préconisent Merkel et les Verts) et d'Europe politique. Ou deuxième solution (qui est je pense préconisée dans ce blog, mais qui à mon avis est vouée à l'échec) : sortir de l'Europe et de l'Euro, solution impossible à mettre en place (les textes l'autorisent, mais nos hommes politiques sont bien trop pusillanimes pour oser le faire, Marine Le Pen compris).

  • #4

    Guadet (mardi, 27 mai 2014 00:37)

    Le FN a eu le mérite de la clarté, ce qui n'est pas le cas du Front de Gauche qui ne s'oppose pas franchement au PS, ou de Dupont-Aignan dont certains éléments du discours font penser au FN ou à l'UMP. Du coup, ils ne sortent pas du rôle de supplétifs apportant juste un peu d'originalité dans leur discours mais ne tranchant pas vraiment sur l'UMPS, ce qui leur défend toute ambition de devenir de grands partis.
    La solution serait qu'ils forment une coalition opposée clairement à la politique économique néolibérale et proposant une alternative, ce qu'ils sauraient faire, en mettant pour un temps leurs vieilles lunes de côté, libertaire et internationaliste pour les uns, sécuritaire et nationaliste pour les autres. Ils montreraient ainsi qu'ils veulent vraiment agir pour le bien des Français et des Européens et non se faire juste une petite popularité à la télé.

  • #5

    Antoine Lamnège (mardi, 27 mai 2014 08:13)

    @guadet : je ne vois pas comment une coalition antilibérale pourrait fonctionner de la gauche radicale à la droite. Les solutions économiques sont largement les mêmes, certes, mais les projets de société incompatibles. Le Bien des français, c'est très subjectif.

  • #6

    Horror (mardi, 27 mai 2014 09:19)

    L'ultra Gauche en est resté à la poussiéreuse lutte de classes ouvrière qui n'existe plus faute d'industrie alors que le FN parle à tout le Monde. C'est aussi simple que cela.

  • #7

    Guadet (mardi, 27 mai 2014 12:57)

    @ Antoine Lamnège

    "Les solutions économiques sont largement les mêmes" : c'est le plus important et il n'est pas difficile de comprendre qu'elles ne pourront jamais être appliquées si elles ne sont pas défendues par une organisation disposant d'une large base au lieu de l'être par des petits partis qui se tirent dans les pattes.
    Le programme du conseil de la résistance a pu s'imposer parce que l'occupation a provoqué la constitution d'un large front allant des communistes à la droite chrétienne. Si on avait continué chacun de son côté comme dans les années trente, la politique économique et sociale de l'après guerre - politique ayant permis une croissance inédite du niveau de vie et une diminution des inégalités - aurait été impossible.
    Même au niveau de la base, l'après-guerre a vu beaucoup d'exemples de coopération entre communistes et cathos, ce qui prouve que les projets de société ne sont pas aussi incompatibles qu'ils en ont l'air. Le bien des Français comporte aussi de nombreux points objectifs sur lesquels on devrait pouvoir travailler si l'on n'est pas intolérant.

  • #8

    Colbert (mercredi, 28 mai 2014 05:10)

    La gauche est foutue en effet, mais ça n'est pas nouveau, on le savait depuis les glauques années Mitterrand. Quant à l'extrême-gauche, il n'y a plus d'appétence pour elle, elle est aux soins palliatifs, Melenchon se borne à prolonger la triste agonie du stalinisme.

    Soyons clair : ce qu'il est convenu d'appeler la "gauche" est définitivement engluée dans la mélasse sociétale, le taubirisme, le sans-papiérisme, l'horreur Canal+, le terra-novisme, la médiocrité EELViste. Elle n'en sortira plus.

    Reste le FN. Malgré tout ce qu'il a pu charrier par le passé, il apparaît comme désormais la seule alternative crédible. Il commence à attirer les esprits imaginatifs, à jeter des têtes de pont dans les élites intellectuelles, et avec le résultat qu'il vient d'obtenir il ne va pas manquer de magnétiser des enarques qui flairent le filon porteur.

    Le choix est douloureux, mais simple : ou bien nous laissons le FN être colonisé par des libéraux conservateurs qui en feront une nouvelle UMP, ou bien nous y entrons massivement pour sauvegarder le potentiel révolutionnaire qu'il a suscité.

    C'est une question sérieuse.