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02

juin

2014

Le décollage de la Suisse (Paul Bairoch)

Nous vous proposons aujourd'hui cet extrait d'un livre de l'historien et économiste Paul Bairoch, qui montre que le développement de la Suisse est, contrairement aux idées reçues, largement plus lié à son industrie qu'à son statut de paradis fiscal.

 

Si l'on se place vers 1830, époque pour laquelle les données sont déjà plus nombreuses et plus sûres, il apparaît que le niveau d'industrialisation par habitant de la Belgique et de la Suisse dépassait celui de la France de respectivement un dixième pour la Belgique et un quart pour la Suisse. A cette date, les Etats-Unis se situaient à peu près au niveau de la Belgique. Donc hormis l'Angleterre, la Suisse était alors le pays le plus industrialisé du monde. (...)

« L'un des arguments plaidant en faveur des chances plus grandes de réussite des très petits pays est la proximité, les contacts plus aisés entre les responsables économiques et politiques, quand ce ne sont pas les intérêts économiques qui contrôlent le pouvoir. »

Si la Belgique, vers 1800, est probablement plus industrialisée que la Suisse, non seulement la différence est très faible (moins de 10 pour cent), mais ce niveau plus élevé est surtout dû à la sidérurgie, qui est encore non modernisée à l'époque. Cette modernisation ne se place qu'après le milieu des années 1830. En revanche, en ce qui concerne la filature mécanique du coton, la Suisse au début du XIXème siècle dispose d'un nombre de broches par habitant sensiblement plus élevé que la Belgique: pas loin du double. Les présomptions sont donc assez fortes en faveur de la Suisse comme ayant été le premier pays au monde à avoir imité l'exemple anglais. Et ce malgré une pauvreté en matières premières, malgré l'éloignement de l'Angleterre, malgré l'absence de débouchés sur la mer, et malgré des terres agricoles assez médiocres en moyenne, ne serait-ce qu'en raison du relief du pays.

Il convient de relever que, contrairement à la Belgique, Etat unitaire, la Suisse, dès son origine (1291), était un Etat fédéral qui ne s'est doté d'une constitution fédérale qu'en 1848. Cela implique, comme nous l'vons noté, que, durant la première moitié du XIXème siècle, on était en présence d'une vingtaine de cantons qui avaient une totale autonomie économique, fiscale et douanière. Puisque nous aboutissons à la conclusion qu'en règle générale les petits pays ont mieux réussi que les grands, on pourrait valablement se poser la question de savoir si ce morcellement économique n'est pas un facteur explicatif complémentaire. L'un des arguments plaidant en faveur des chances plus grandes de réussite des très petits pays est la proximité, les contacts plus aisés entre les responsables économiques et politiques, quand ce ne sont pas les intérêts économiques qui contrôlent le pouvoir. Après avoir évoqué des cas contemporains, évoquons aussi ceux du passé, ceux des villes italiennes, et notamment de Venise, qui, dans le cadre du monde traditionnel, ont atteint des niveaux élevés de richesse.

Paul Bairoch


Extrait de Victoires et déboires, Histoire économique et sociale du monde du XVIème siècle à nos jours, Tome I, p 400-402, Paul Bairoch.

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Commentaires : 4
  • #1

    dan (mercredi, 04 juin 2014 09:47)

    Bonjour,

    Désolé, mais cet extrait ne montre pas "que le développement de la Suisse est, contrairement aux idées reçues, largement plus lié à son industrie qu'à son statut de paradis fiscal".

    Il ne fait en effet aucune mention de son statut de paradis fiscal et donc encore moins d'une comparaison entre les deux facteurs.

    Le niveau d'industrialisation de la Suisse est certainement lié à son statut de paradis fiscal. De même que l'éducation, la recherche, etc.
    La Suisse a su bien profiter de son statut de paradis fiscal en plaçant les profits qu'il a engendré de manière à les faire fructifier.

  • #2

    Trémarec (jeudi, 05 juin 2014 10:23)

    En effet, l'intro est un peu abusive, la Suisse joue aujourd'hui un rôle de quasi paradis fiscal, cela est vrai depuis assez longtemps, et joue un grand rôle dans l'enrichissement financier de la Suisse. En revanche, votre analyse est également abusive, car le statut financier actuel de la Suisse, comme l'exprime clairement Bairoch ailleurs, n'est pas l'origine de son développement industriel. La Suisse a mené une politique d'industrialisation qui a réussi, dans des conditions particulièrement difficiles, et c'est de cela que parle cet extrait.
    A ce titre, ce pays doit nous intéresser, car il constitue un conte-exemple aux théories classiques du développement et le tout avec un système politique décentralisé, pluri-linguistique, pluri-religieux, qui devrait intéresser davantage ceux qui veulent faire l'Europe, tout comme ceux qui veulent développer des régions enclavées ou pauvres en ressources.

  • #3

    Trémarec (jeudi, 05 juin 2014 10:25)

    et j'ajoute: un système très démocratique, avec ce système de votation populaire qui est assez unique.

  • #4

    dan (vendredi, 06 juin 2014 11:23)

    En fait je ne n'analysait pas grand chose, si ce n'est l'écart entre l'intro et le contenu de l'extrait...
    De plus, je mentionne le niveau d’industrialisation (aujourd'hui et ce qui y a mené) et non pas l'origine de son développement.
    Je trouve par ailleurs qu'au contraire cet un bon exemple de réussite qui correspond aux théories du développement, pour un pays occidental et riche. Totalement inapplicable aux pays actuellement pauvres à qui l'on a demandé de ce spécialiser dans des domaines où il avaient des avantages comparatifs. Appliqué à la Suisse, on ne ferait que des produits laitiers et de la pierre. On est d'accord d'ouvrir un marché que si l'on est dominant sur ce marché.